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VIDEO et interview AUDIO (Rwanda,1992 et Gabon,1993) : MOBILISONS NOUS TOUS CONTRE LE SIDA !                

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vidéo ( sida au Rwanda, reportage de Serge MOATI, 1992, 2min30 environ ). Attention :  pour une qualité optimale de la vidéo, veuillez la lire une première fois en entier afin de pouvoir la regarder correctement la deuxième fois. Étant donné que le téléchargement de la vidéo est plus lent que sa lecture, la qualité du premier défilement (avec téléchargement ) est très médiocre. Durée approximative des téléchargements : 1°) ligne téléphonique numérique : quelques minutes  2°) ligne téléphonique habituelle : un peu plus longtemps...   3°) Internet à débit rapide (câble, ADSL...) : quelques secondes.  Autre possibilité : en faisant un clic droit sur le lien hypertexte de la vidéo ou l'interview audio et en cliquant sur "enregistrer la cible sous", vous pourrez enregistrer l' une ou l' autre sur votre disque dur et y avoir accès sans vous connecter à l' internet.  Cette page vidéo et audio a été réalisée grâce au concours précieux de Sandrine et de son équipe de http://www.lesmotspourledire.fr ; qu'ils en soient vivement remerciés ici.

interview audio ( interview de C.HUBER par M. BEKALE de la Radio-Télévision Gabonaise, avril 1993 : " les chrétiens face au SIDA ", 6min30 environ )

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Autres vidéos :

 

http://test01769.mutu.sivit.org/BRONCHIOLITE%20(F)/

1)vidéo bilingue alsacien/français de 5 minutes concernant les bronchiolites du nourrisson (clic droit sur "bronchiolite", enregistrer sous... puis lecture, environ 5 minutes de téléchargement avec une connexion cable ou ADSL). Rixheim-Strasbourg, 1998.

2)vidéo de 20 minutes de la télévision "Santé-Vie" (interview de Brigitte Simonetta) au sujet du bilinguisme précoce (clic droit sur "bilinguisme", enregistrer sous... puis lecture, environ 20 minutes de téléchargement avec une connexion cable ou ADSL). Paris, 2001.

                      

Lancement de la campagne contre le SIDA : Latif Guèye tire sur les adultes              Inauguration d'un centre de traitement du sida à Libreville par Mme Chirac            La capitale pétrolière du Gabon dans la psychose des "voleurs de sexe"          Editorial : la guerre contre le sida  Sida : venir au secours de l'Afrique           Les ONG reprochent à Johannesburg de faire trop peu d'efforts contre la pandémie qui touche un habitant sur neuf          Le Botswana, une nation tout entière aux prises avec le VIH            La lutte contre le sida face aux tabous socioculturels          L'ONU lance une bataille planétaire contre le sida          « PEUT-ON BREVETER LE SOLEIL ? » Batailles équivoques contre le sida         Sida, l'espérance d'une nouvelle ère         Les réponses discordantes de l'Afrique du Sud et du Botswana face au sida          Des anti-rétroviraux aux mères enceintes séropositives sud-africaines       La mort du petit Nkosi Johnson       

SIDA (liens utiles):

PROPOSITIONS D'ACTIONS POUR LUTTER CONTRE LE SIDA AU GABON  

SITUATION EN JANVIER 2001 (Service d'épidémiologie du Programme National de lutte contre le sida PNLS et Institut de recherche pour le développement de Montpellier, AFP 2001) :

       Le taux de prévalence du sida atteint plus de 7% en milieu urbain au Gabon avec des taux de 7,7% dans la capitale Libreville et de 9% dans la capitale économique du pays, Port-Gentil 

        Parmi les facteurs d'expansion de la pandémie, les chercheurs citent la pauvreté et l'analphabétisme, l'ignorance du VIH, le vagabondage sexuel, l'abus de pouvoir des hommes sur les femmes, la prostitution sous ses diverses formes et la résistance à l'usage du préservatif. 

QUE POURRIONS NOUS PROPOSER ACTUELLEMENT ?

    1°) organiser un dépistage anonyme et gratuit du VIH dans les Grands Hôpitaux du Gabon

     2°) proposer systématiquement un dépistage du VIH aux femmes enceintes en début de grossesse puis traiter les mères infectées et leurs enfants par l'AZT (RETROVIR) ou à défaut la Névirapine (confère Programme National de lutte contre le sida du SENEGAL)

     3°) organiser à Libreville comme cela existe à Dakar (taux de séropositivité VIH du Sénégal : entre 1 et 2%) une prise en charge thérapeutique des personnes infectées à coût modéré à partir d'une étude des différents dossiers soumis par les médecins traitants du Gabon à un comité national de médecins et de chercheurs (supervision technique : ONUSIDA  http://www.unaids.org/ ?). Ces derniers évalueraient la nécessité d'un traitement en fonction du stade d'immunodépression des malades.

FINANCEMENTS :

      1°) l' État Gabonais et la Caisse Nationale de Sécurité Sociale, l'aide internationale.

      2°) réduction considérable par les laboratoires pharmaceutiques du prix des médicaments antirétroviraux (exemple du coût au Sénégal : entre 60 et 600 francs français par mois et par malade, en fonction des revenus des patients)

                                                                                                                   Christian HUBER, Rixheim le 27/04/2001.

CONTACTS UTILES :

http://www.cfes.sante.fr  Comité Français d'Éducation pour la Santé

33 (0)800 840 800  Sida Info Service (24h sur 24, anonyme et gratuit en France)

33 (0)800 235 236  Fil Santé Jeunes (8h à 24h, anonyme et gratuit en France)

33 (0)1 42 35 74 02 Ikambéré (association de soutien aux femmes séropositives d'Afrique)

POUR INFORMATIONS COMPLÉMENTAIRES :

Lancement de la campagne contre le SIDA : Latif Guèye tire sur les adultes

Wal Fadjri (Dakar). 28 Août 2001. Publié sur le web le 28 Août 2001 By Demba S. Dia. Dakar.

Ne pas accéder au seuil fatidique du taux de prévalence de 3 %, tel est le voeu des autorités. Pour cela, il faut une vaste sensibilisation. Mais Latif Guèye va plus loin en pointant l'index sur les adultes.

C'est à cause d'une entorse au protocole que les organisateurs du lancement de la campagne nationale de mobilisation sociale contre le sida, qui s'est tenue dimanche dernier à La porte du millénaire, ont invité l'ambassadeur Latif Guèye à prendre la parole en dernier lieu, après Awa Guèye Kébé, ministre de la Famille et de la Petite enfance. Mais le président de l'Afrique aide l'Afrique (Aaa), par ailleurs patron de l'Ong Jamra, qui a troqué sa veste d'ambassadeur contre la tenue du jeune, a démontré qu'il ne s'est pas encore départi de sa virulence verbale. Et c'est pour lancer, tout de go : "Je ne prendrai plus de gants pour parler du sida. De toutes les façons, ceux qui veulent comprendre comprendront, ceux qui ne le veulent pas, c'est leur affaire. Mais nous les jeunes, tant que nous ne nous dirons pas la vérité, rien ne pourra marcher.

Sachons que le sida ne partira pas du Sénégal tant que perdureront le doxaan et le mbaraan dont font preuve les "pa" (adultes, Ndlr). C'est trop facile d'accuser les jeunes, car il y a la pédophilie. On voit des "pa" qui rôdent autour des écoles pour piéger les "disquettes", les "quinzequettes", les "yoplait" (les filles âgées de 10 à 13 ans). Et c'est pour les emmener dans les milieux interlopes". Et il ne s'arrête pas en si bon chemin car, poursuit-il, "aujourd'hui, les chiens ne s'accouplent plus dans la rue, car les hommes les y ont remplacés".

Selon Latif Guèye, pour venir à bout de tout cela, il faut une division du travail, afin de tenir à chacun le langage qui sied. Car si le Sénégal a enregistré de bons résultats, c'est parce qu'il y a eu une approche pluridisciplinaire, surtout chez les jeunes. Mais en plus, selon lui, les filles et les garçons célibataires ne se comptent plus dans ce pays.

Et la seule solution à ce problème est que les parents facilitent le mariage de leurs enfants. Cela permettra de réduire la pauvreté. Et de marteler : "Les adultes déshonorent les jeunes. Nous les jeunes, nous devons nous mobiliser."

Mais avant lui, madame Awa Guèye Kébé avait fait remarquer que "le Sénégal est cité comme un modèle de réussite en matière de lutte contre le sida".

Mais, ajoute-t-elle, "force est de constater que, dans la dynamique de l'évolution de l'épidémie du sida, le Sénégal se trouve dans une période charnière où, plus que jamais, les efforts et la vigilance doivent être redoublés. Caractérisé par une épidémie de type concentré, le Sénégal ne doit pas atteindre le seuil fatidique du taux de prévalence de 3 %".

C'est pourquoi, selon elle, cette campagne de mobilisation sociale illustre la prise de conscience que, malgré la réussite, le danger est toujours à nos portes. Un motif de plus pour s'engager à freiner la propagation du vih/sida, grâce à une responsabilisation individuelle et collective.

Copyright © 2001 Wal Fadjri. Distribué par AllAfrica Global Media (allafrica.com)

Inauguration d'un centre de traitement du sida à Libreville par Mme Chirac

(AFP, avril 2001, Le Monde, juin 2001) :

LIBREVILLE, 2 avr (AFP) - 13h56 - L'épouse du chef de l'Etat français, Mme Bernadette Chirac, a participé, lundi à Libreville, à l'inauguration d'un centre pour le traitement des séropositifs et des malades du sida, a constaté l'AFP. Accompagnée pour l'occasion par le président gabonais, Omar Bongo et son épouse Edith Lucie, ainsi que du Pr Marc Gentilini, président de la Croix-Rouge française http://www.croix-rouge.fr/goto/index.html , Mme Chirac a pu visiter ce centre conçu par l'organisation humanitaire en collaboration avec le gouvernement gabonais.

La première dame de France doit quitter le Gabon dans la soirée au terme d'une visite de 24 heures qui aura été axée sur l'inauguration du Centre de traitement ambulatoire (CTA).

Installée dans l'enceinte de l'hôpital général de la capitale gabonaise, cette structure a pour objectif d'améliorer la prévention du sida et d'assurer une prise en charge globale des personnes atteintes du VIH/sida, dans un pays qui a connu ces dernières années une forte progression de l'épidémie, a expliqué la Croix-Rouge française.

Le taux d'infection de la population urbaine gabonaise atteint plus de 7% dans Libreville et 9% dans la capitale économique du Gabon, Port-Gentil, selon une étude effectuée entre novembre et janvier derniers dans ces deux villes qui regroupent les trois quarts de la population gabonaise, estimée à environ un million d'habitants.

En deux ans, le taux de séroprévalence au niveau national est passé de 4,3% à 6,4%, avec 30.500 séropositifs ou malades parmi les 15-49 ans, selon les études de l'ONUSIDA au Gabon. Il était de 2,2% en 1989 et de 2,8% en 1991.

Le CTA de Libreville, qui va participer à la surveillance épidémiologique du VIH, pourra délivrer des médicaments traitant les infections opportunistes et, dans la mesure du possible, des antirétroviraux (trithérapie), dont le coût reste encore extrêmement élevé par rapport au niveau de vie des populations locales.

Il s'agit du septième CTA mis en place par la Croix-Rouge française qui en a déjà installé six autres dans différents Etats africains (Burkina Faso, Congo (Brazzaville et Pointe Noire), Côte d'Ivoire, Maroc, Sénégal).

La capitale pétrolière du Gabon dans la psychose des "voleurs de sexe"

LIBREVILLE, 27 mars (AFP) - 17h39 - Une véritable psychose des "voleurs de sexe", soupçonnés de faire disparaître la virilité des hommes, s'est emparée de la capitale pétrolière du Gabon, Port Gentil, où un Libérien a été lynché lundi par une foule en colère. "On ne comprend pas ce qui se passe. C'est une psychose généralisée", affirme un policier du commissariat central de Port-Gentil, contacté mardi par téléphone depuis Libreville, en décrivant l'angoisse qui a saisi depuis une semaine la gente masculine de cette ville d'environ 100.000 habitants.

"Maintenant, chacun prend ses précautions...", ajoute ce fonctionnaire tout en avouant porter désormais sur lui quelques "fétiches" et autres "gris-gris" pour se protéger de ces individus aux pouvoirs surnaturels.

La multiplication des "disparitions" de pénis dans la ville transforme souvent la peur en colère, et les habitants d'un quartier se retournent rapidement vers le premier suspect qui a eu le malheur d'avoir serré la main ou frôlé la "victime".

Lundi, un jeune homme d'origine libérienne a été battu à mort par la foule, tandis que plusieurs autres personnes, prises à partie et agressées par des habitants dans des circonstances similaires, n'ont dû la vie sauve qu'à l'intervention des forces de l'ordre, selon la police.

"Nous avons eu, en tout, cinq cas d'agression et une enquête a été ouverte", ajoute un haut fonctionnaire qui précise que les personnes molestées, à l'exception du Libérien, sont toutes de nationalité gabonaise.

Aucun fait relatif à une disparition avérée de pénis n'a pour l'instant été trouvé par les enquêteurs, qui ont toutefois décidé de faire appel à un médecin pour examiner trois "victimes".

Ces hommes, qui affirmaient tous avoir reçu "comme une décharge électrique avant de sentir leur sexe rétrécir", présentaient un état normal, notamment devant des femmes invitées pour l'occasion à "tester" leur virilité - avec succès - en les "tripotant", a révélé de son côté un agent des forces de l'ordre.

"Chaque jour qui passe apporte son lot de nouvelles rumeurs et de révélations", indique pourtant le quotidien pro-gouvernemental L'Union dans son édition de mardi.

Selon le journal, la rumeur évoque l'arrivée, à Port-Gentil, où siègent la plupart des compagnies pétrolières du Gabon, d'un réseau de malfaiteurs dont la spécialité serait de faire "disparaître" les pénis, pour les rendre ensuite "aux propriétaires, moyennant une somme d'argent".

Certains Portgentillais restent toutefois sceptiques, d'autant plus que certains cas semblent fantaisistes, comme ce Camerounais qui aurait fui Port-Gentil après avoir commis le type forfait sur un homme et... une fille.

"Même les impuissants vont prétendre qu'on leur a piqué le sexe", lance ironiquement une Gabonaise.

Le maire de Port Gentil, Me Pierre-Louis Agondjo Okawé, ne souvient pas lui d'un tel précédent dans l'histoire de cette ville tranquille, contrairement à la capitale Libreville, frappée par les "rétrécisseurs de sexe" en 1997.

Fort "préoccupé" par les actes de violence consécutifs à la rumeur, l'édile se prépare néanmoins à lancer un appel pour que les populations ne s'adonnent pas au lynchage des "voleurs de sexe".

Une précaution qui ne semble pas inutile quand on sait qu'une rumeur similaire avait déclenché une panique au Sénégal pendant l'été 1997 après avoir fait des ravages au début de la même année au Ghana et en Côte d'Ivoire.

Huit personnes avaient alors été tuées et 36 autres blessées en moins de trois jours dans l'agglomération dakaroise.

Editorial : la guerre contre le sida  

LE MONDE | 01.06.01 

DEVANT l'immensité d'un drame, on connaît cette tentation : baisser les bras par lassitude et fatigue de l'âme, une manière de fuite ou d'abandon. Le sida en Afrique est de ces drames-là, de ceux qui, par leur ampleur, paraissent défier toute solution. Qu'on en juge, ou plutôt que l'on dresse la comptabilité macabre de l'épidémie sur le continent noir.

Sur les quelque 36 millions de personnes touchées par le virus depuis vingt ans, plus de 25 millions l'ont été en Afrique. En l'an 2000, sur les 5,3 millions de personnes contaminées par le virus (chiffre Banque mondiale), 3,8 l'ont été sur ce même continent. Les morts du sida s'y comptent par millions - jeunes hommes, jeunes femmes, enfants infectés dès la naissance. A ce niveau-là, les chiffres ne parlent plus. Pour être plus concret, il faut dire que, dans tel ou tel petit pays africain, c'est parfois une génération entière de jeunes qui est décimée. Il faut citer les experts de l'ONU qui relèvent que le sida est bien plus qu'une crise sanitaire : l'épidémie affecte toute l'économie du continent. Il faut entendre la CIA qui, dans un récent rapport, mentionnait le sida comme un des facteurs de déstabilisation profonde de l'Afrique. Il faut visiter ces gigantesques mouroirs que sont nombre d'hôpitaux africains, misérables réserves pour morts-vivants.

Pourtant, s'organise un début de combat. Le 5 juin 2001 sera le premier anniversaire du premier article d'un laboratoire américain décrivant un syndrome étrange qui, bientôt appelé sida, allait constituer l'épidémie la plus mortelle de l'histoire de l'humanité. Vingt ans plus tard, la communauté internationale se mobilise, essentiellement au chevet de l'Afrique.

Une session extraordinaire de l'Assemblée générale de l'ONU se réunira du 25 au 27 juin. A la demande du secrétaire général, Kofi Annan, elle devrait appeler à la création d'un Fonds mondial multilatéral pour la lutte contre le sida et les deux autres maladies dites de la pauvreté, le paludisme et la tuberculose. En vue de cette session extraordinaire, le programme des Nations unies Onusida évoque "une catastrophe planétaire aux proportions colossales et sans précédent". M. Annan veut, pour une longue période, disposer d'au moins 7 à 10 milliards de dollars annuels.

Reçu en visite officielle en Afrique du Sud, Lionel Jospin s'est inscrit dans la même démarche, d'alarme et de mobilisation, en annonçant que la France contribuerait à hauteur de 150 millions d'euros pour trois ans. Le premier ministre s'exprimait dans le pays qui compte le plus grand nombre de malades du sida au monde : 4,7 millions fin 2000, soit un Sud-Africain sur neuf ! Il a eu les mots justes pour dire que l'épidémie devait devenir l'une des toutes premières priorités de l'aide publique internationale et que l'arme première était l'argent, pour l'accès aux thérapies. Il s'est félicité que les grands laboratoires commencent à accepter le principe des médicaments génériques pour les pays les plus pauvres. C'est la seule solution pour sauver de la mort des millions d'Africains. Il n'y a pas de fatalité, de malédiction : le salut d'une partie de l'humanité impose de mener une véritable guerre contre le sida.

Sida : venir au secours de l'Afrique

   

LE MONDE | 01.06.01 | 12h57

En visite officielle pour deux jours en Afrique du Sud, le premier ministre français, Lionel Jospin, a déclaré, jeudi 31 mai, que la lutte contre le sida nécessitait une "approche globale" et qu'elle devait être une priorité de l'aide publique internationale. Bernard Kouchner, ministre délégué à la santé, a précisé, le même jour à Paris, les grandes lignes d'une coopération interhospitalière entre des établissements européens et africains. En Afrique du Sud, il y a actuellement 4,7 millions de séropositifs, soit un habitant sur neuf, et le taux est particulièrement élevé chez les femmes enceintes. L'espérance de vie devrait passer de 57 à 50 ans au cours de la prochaine décennie. M. Jospin s'est démarqué de la politique africaine menée par ses prédécesseurs ainsi que par l'actuel président de la République.

LE CAP, de notre envoyée spéciale

Lionel Jospin au Cap et Bernard Kouchner à Paris. La stéréo gouvernementale a pleinement fonctionné, jeudi 31 mai, pour présenter les mesures que la France préconise pour intensifier la lutte contre le sida en Afrique. Arrivé dans la matinée pour un voyage de deux jours en Afrique du Sud, le premier ministre a saisi l'occasion d'un discours, devant le Parlement, pour évoquer longuement la question et l'accès aux médicaments génériques. Cette déclaration intervenait six semaines après l'annonce du retrait de la plainte de trente-neuf laboratoires pharmaceutiques contre le gouvernement sud-africain qui, en novembre 1997, avait fait voter une loi destinée à favoriser les médicaments génériques.

"L'étendue de l'épidémie exige de généraliser le principe de la fabrication et de la commercialisation des médicaments génériques pour les pays les plus pauvres", a observé le premier ministre. "Les accords multilatéraux sur la propriété intellectuelle doivent permettre de concilier la liberté d'industrie et de commerce avec les réalités économiques et sanitaires du monde contemporain, a-t-il ajouté. Un consensus international sur le principe de prix différenciés pour les médicaments sous brevet est devenu indispensable pour que tous les malades, dans tous les pays, puissent accéder aux meilleurs soins disponibles".

Dans un pays qui compte 4,7 millions de malades du sida, soit près d'un Sud-Africain sur neuf, l'accès aux thérapies est presque devenue une question de survie. Le long des rues, sur de gigantesques écrans publicitaires, les campagnes en faveur de l'utilisation du préservatif ne s'embarrassent pas de précautions : "Choisissez le préservatif ou choisissez la tombe", peut-on lire, sur fond d'image montrant un cercueil qui se referme. "Si rien n'est fait contre le sida, la croissance démographique deviendra négative en 2003 ou 2004 en Afrique du Sud", a confirmé un membre de la délégation française. Les "prix différenciés" aujourd'hui pratiqués dans les thérapies contre le sida, vont de 12 000 dollars par habitant et par an dans les pays riches, à 350 ou 450 dans les pays les plus pauvres.

INITIATIVE FRANÇAISE

A quelques semaines d'une session extraordinaire de l'Assemblée générale des Nations unies à New York qui sera entièrement consacrée au sida, M. Jospin a souligné que "la France milite pour une approche globale de l'épidémie. Une approche seulement médicale du sida ne suffirait pas à circonscrire le désastre humain dont l'Afrique est la première victime". Observant que la propagation de la maladie dépend aussi de "facteurs sociaux" tels que la pauvreté, l'accès à l'éducation et l'état des infrastructures de prévention, le premier ministre a affirmé que la lutte contre le sida doit devenir "une priorité de l'aide publique internationale" afin de porter à cinq millions en trois ans, le nombre de personnes bénéficiant d'un traitement.

M. Jospin a indiqué que le gouvernement français affectera 1 milliard d'euros à la lutte contre le sida, sur les 10 milliards que représente l'annulation de la dette des pays les plus pauvres. Il a également annoncé que la France contribuera, à hauteur de 150 millions d'euros sur trois ans, à la "constitution d'un fonds multilatéral consacré à la lutte contre le sida, le paludisme et la tuberculose", trois épidémies qui constituent une "entrave majeure au développement des pays les plus pauvres". Il a mis l'accent sur le deuxième volet de l'aide proposée par un certain nombre de pays européens, à l'initiative de la France, concernant les infrastructures hospitalières. "Sans capacité de dépistage, d'accueil et de suivi des malades, le combat contre le sida est vain", a-t-il observé, en évoquant le programme de jumelage entre établissements européens et africains. "C'est là une mesure concrète, efficace, solidaire", a indiqué  M. Jospin.

Bernard Kouchner, ministre délégué à la santé, a précisé le 31 mai à Paris que l'initiative française, était d'ores et déjà formellement soutenue par l'Italie, l'Espagne, le Portugal et le Luxembourg. "En dehors de l'Union européenne, la Slovénie est déjà avec nous. D'autres pays rejoindront probablement cette initiative dans les jours et les semaines à venir, a déclaré M. Kouchner. Les Allemands se sont déclarés intéressés mais attendent d'avoir une vision d'ensemble de leur implication dans la solidarité Nord-Sud sur le sida pour se prononcer officiellement. Les Suisses semblent également prêts à nous rejoindre dans ce qui n'est que la première vague d'une nouvelle forme de solidarité internationale."

En pratique, les structures hospitalières des pays adhérant à cette initiative devraient être dotées de moyens financiers spécifiques leur permettant de tisser, via des accords de parrainage ou de partenariat, de nouveaux liens de solidarité médicale interhospitalière dans la prise en charge des malades du sida dans les pays du tiers-monde. L'initiative française fait suite à celle lancée, en avril 1997 à Abidjan, par Jacques Chirac et Bernard Kouchner d'un fonds international de solidarité thérapeutique. "Je me souviens encore de l'accueil parfois goguenard, souvent hostile, toujours distancié que nous recevions il y a trois ans, lorsque, bien peu nombreux, nous plaidions en faveur des traitements et que l'on nous répondait presque invariablement que c'était impossible, confie M. Kouchner. Désormais le sujet a mûri et chacun s'accorde à dire qu'il s'agit d'un impératif humain et politique, et qu'il est possible d'y faire face."

Pascale Robert-Diard (avec Jean-Yves Nau à Paris)

Les ONG reprochent à Johannesburg de faire trop peu d'efforts contre la pandémie qui touche un habitant sur neuf  

LE MONDE | 01.06.01 de notre correspondante

Une entreprise de pompes funèbres de Pietermaritzburg, à l'ouest du pays, commercialise depuis peu des cercueils spécialement conçus pour être enterrés verticalement. Une affaire prometteuse dans un pays où nombre de cimetières affichent complet. Premier responsable de cette pénurie de place: le sida. L'Afrique du Sud compte en effet le plus grand nombre de séropositifs au monde : 4,7 millions fin 2000 soit un sud-africain sur neuf. L'ampleur de la pandémie s'explique autant par la pauvreté que par la lenteur des autorités, voire leur mauvaise volonté, à mettre en place des programmes nationaux de lutte contre cette maladie.

Ce n'est qu'en février que le gouvernement a annoncé une augmentation substantielle du budget consacré à la lutte contre le sida, mais ces efforts sont toujours jugés insuffisants par les associations et ONG locales. Ces dernières reprochent en particulier à l'Etat de ne pas prendre en compte dans son programme les traitements à base de médicaments antirétroviraux. Paradoxalement, alors que l'Afrique du Sud l'a emporté sur trente-neuf entreprises pharmaceutiques internationales qui lui contestaient le droit d'importer des médicaments génériques moins coûteux, elle n'a toujours pas de programme national de traitement des malades. Le 19 avril, quelques heures après l'annonce par les industries pharmaceutiques du retrait de leur plainte, la ministre de la santé, Manto Tshabalala Msimang, excluait tout changement de politique du gouvernement sur les antirétroviraux, infligeant une douche froide aux activistes de la lutte contre le sida.

Les autorités arguent du coût trop élevé des traitements pour en favoriser l'accès au plus grand nombre. Leur second argument se veut scientifique, le ministère de la santé mettant en avant la toxicité de ces traitements. Ainsi, la Névirapine, qui devait être testée dans dix-huit cliniques privées début 2001, n'est toujours pas disponible, faute d'autorisation gouvernementale. Cette polémique sur les antirétroviraux avait été lancée l'an dernier par le président Thabo Mbeki. Ce dernier avait également fait scandale en affirmant qu'il n'y avait peut-être pas de lien de causalité entre l'infection par le VIH et le sida, un virus ne pouvant selon lui être responsable d'un tel syndrome. S'appuyant sur des thèses controversées diffusées par un biologiste californien, il avait écrit à Bill Clinton et au secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, pour les convaincre de prendre en compte cette théorie qui fait du sida la conséquence de la pauvreté, de la malnutrition, ou du manque d'hygiène.

ATTENTISME

M. Mbeki est allé jusqu'à qualifier les critiques envers cette hypothèse de "campagne de terrorisme et d'intimidation intellectuelle" et à les comparer à la "tyrannie de l'apartheid raciste." La levée de bouclier des scientifiques sud-africains, de la presse, de la puissante Eglise anglicane, des syndicats et des partis alliés du gouverment, de l'ancien président Nelson Mandela, puis du parti au pouvoir, n'est pas parvenue à le faire officiellement changer d'avis. Elle a toutefois abouti à ce qu'il ne s'exprime plus sur le sujet. Pour autant l'Afrique du sud reste très prudente, pour ne pas dire hostile, à l'emploi des antirétroviraux, et attend toujours les conclusions d'une commission mise en place par la présidence et regroupant plusieurs scientifiques dissidents.

En mars, une délégation de parlementaires européens avait dénoncé l'attentisme du gouvernement sud-africain. "Alors que des centaines de milliers de personnes meurent de ce fléau, il est inacceptable que si peu d'efforts concrets soient faits", estimant que la politique du gouvernement n'était pas adaptée à l'ampleur du problème. Quelques semaines auparavant, la ministre de la santé avait jugé que les dernières statistiques sur l'état de la pandémie n'étaient "pas alarmantes", soulignant notamment la baisse du taux d'infection chez les adolescents, passé de 21 % en 1998 à 16,1 % en 2000 . Il n'en reste pas moins que le nombre de séropositifs s'est globalement accru, passant de 3,6 millions en 1998 à 4,2 en 1999 et 4,7 en 2000 . Le taux est particulièrement élevé chez les femmes enceintes (24,5 % en 2000 contre 22,4 % en 1999 ). Selon l'Institut sud-africain des relations raciales, l'espérance de vie passerait de 57 à 50 ans dans la prochaine décennie.

Pour le programme des Nations unies pour le développement (PNUD), qui estime qu'en 2010 un sud-africain sur 4 sera séropositif, ce pays "est au bord d'un désastre social et économique majeur." Si l'Etat ne semble pas en prendre la mesure, le secteur privé, lui, commence a réagir. Récemment le groupe pharmaceutique américain Bristol-Myers Squibb a annoncé la mise à disposition d'antirétroviraux à bas prix pour les entreprises privées, après avoir fait une offre au gouvernement restée sans réponse. Le géant minier sud-africain Anglo Américan, a pour sa part prévu de fournir d'ici six mois des traitements à ses employés séropositifs. Cependant, les initiatives privées restent encore marginales et selon le directeur exécutif d'Anglo, Clem Sunter, qui s'exprimait début mai lors d'une conférence au Cap, les entreprises sont elles aussi "en pleine négation du sida".

Fabienne Pompey

Le Botswana, une nation tout entière aux prises avec le VIH

LE MONDE | 26.06.01 | 11h46

FRANCISTOWN de notre envoyé spécial

A 37 ans, Muyambango Mubita paraît en avoir facilement dix de plus. Malgré la chaleur, il porte un pull vert par-dessus un maillot de football jaune vif. Il se déplace lentement et parle d'une voix rauque, à peine audible, le souffle court. "Je n'ai pas toujours été comme ça", dit-il, comme pour s'excuser. Hospitalisé pour un ulcère digestif, il apprend en 1995 qu'il est porteur du virus du sida, le VIH, comme 300 000 de ses compatriotes du Botswana. Plus grand que la France, mais peuplé seulement de 1,6 million d'habitants, le Botswana, au cœur de l'Afrique australe, possède le taux d'infection par le VIH dans la population âgée de 15 à 49 ans le plus élevé du monde : 35,8% en 2000, selon Onusida, le programme de lutte des Nations unies contre le sida.

Muyambango Mubita vit à Tsholofelong (littéralement "Lieu d'espoir"), un centre d'accueil de jour pour séropositifs de Francistown, deuxième ville du pays avec ses 60 000 habitants, non loin de la frontière avec le Zimbabwe. L'oncle qui l'hébergeait l'a chassé de son toit lorsqu'il l'a su séropositif. Durant deux ans, Muyambango a vécu sans domicile fixe. Atteint d'une tuberculose en 1998, toussant, crachant du sang, il n'a pas pu conserver son emploi de gardien. "Avant, je ne croyais pas à cette maladie. Je n'utilisais pas de préservatifs", raconte Muyambango. Sur les trois enfants qu'il a eus, avec trois femmes différentes, seule la petite dernière, âgée de 4ans, est séropositive, comme sa mère. Les deux garçons, âgés, eux, de 7 et 5 ans, présentent des tests négatifs.

A la différence de Muyambango, la plupart des habitants du Botswana ignorent leur statut sérologique. Officiels, membres d'associations, médecins, tous s'accordent à souligner la difficulté de convaincre quelqu'un de subir un test quand il n'y a pas de traitement à proposer à ceux qui se révéleraient séropositifs.

CHAQUE FAMILLE TOUCHÉE

Spécialisée dans les soins palliatifs, Olwin Donald a été envoyée à Francistown, au centre Tsholofelong, par l'organisation britannique Skill Share Africa : "Nous accueillons entre vingt-cinq et trente personnes par jour. Certaines n'ont pas fait de test de dépistage, mais ont des signes cliniques évocateurs du sida. Deux femmes qui ont franchi le pas et ont appris qu'elles étaient séronégatives continuent à venir au centre, car elles ont compris qu'elles devaient se battre pour le rester."

Le tabou domine. Dans le pays, moins d'une dizaine de personnes –mais pas une seule personnalité– ont révélé publiquement leur séropositivité. "Nous avons la certitude que chaque famille est touchée, reconnaît Angelica Magaga, coordinatrice du centre Tsholofelong, mais en général les gens disent que ce n'est pas le VIH." Un avis que partage Patricia Bakwinye, coordinatrice du centre d'accueil pour orphelins Tshireletso, à Monarch, une localité de 15 000 habitants dans la banlieue de Francistown.

Cette mère célibataire de cinq enfants a quitté son emploi d'aide-comptable en 1998 pour s'occuper dans la journée des orphelins, hébergés la nuit dans leurs familles. "Au début, j'ai reçu 3 enfants dans la maison de mon père, où je suis toujours logée. Avec les volontaires bénévoles du centre, nous accueillons à présent 275 enfants, qui ont perdu au moins l'un de leurs parents." Aucune estimation officielle du nombre d'orphelins n'est actuellement disponible. Cependant, selon les projections officielles, il pourrait se situer en 2010 entre 159 000 et 214 000 individus, soit quelque 20% des enfants du Botswana.

La mort est partout. Neuf fois sur dix, estiment les épidémiologistes, si le nombre de nouveaux cas de contamination et le taux de mortalité dus au sida ne se modifient pas au Botswana, les garçons qui ont eu 15ans en 1999 mourront du sida. L'espérance de vie, qui avait progressé de 10 ans entre 1971 et 1991, pour atteindre 65,3 ans, est retombée à 46,2 ans en 2000.

VOLONTÉ POLITIQUE

Comme le dit le révérend Edmund Dlala, prêtre de l'Eglise pentecôtiste et coordinateur national du Réseau des personnes vivant avec le sida du Botswana, "c'est la nation tout entière qui vit avec le virus". Cent millions de pulas (25 millions d'euros) sont dépensés chaque année pour les funérailles. Des funérailles de pauvres peuvent coûter de 4000 à 6500 pulas (1000 à 1625euros), alors que le salaire minimum est de 450 pulas (112,5 pulas). Les familles doivent alors s'endetter. La capitale, Gaborone, ne comptait qu'une seule entreprise de pompes funèbres en 1996. Elles sont quatre aujourd'hui à se partager ce marché prospère.

Pourtant, malgré la gravité de la situation, le Botswana pourrait s'en tirer mieux que beaucoup d'autres pays d'Afrique et du tiers-monde. Le pays est riche, même si les richesses n'y sont pas équitablement partagées : avec 7 milliards de dollars, le Botswana possède le taux de réserves en devises le plus élevé par habitant. Grâce à l'extraction de diamants et, plus accessoirement, au tourisme – les safaris y sont réputés – et à l'exportation de viande de bœuf, le pays connaît un dynamisme économique spectaculaire, souvent cité comme un exemple de développement. La baisse du prix des médicaments antirétroviraux a donné plus de corps à l'engagement personnel du président du pays, Festus Mogae, de fournir d'ici à la fin de l'année 2001 des traitements contre le sida aux personnes qui en ont besoin.

Il faut dire qu'à la différence de son puissant voisin sud-africain, il existe au Botswana une réelle volonté politique de combattre le virus du sida. Le directeur de la police comme celui de l'administration pénitentiaire reconnaissent "perdre une partie de leur personnel du fait du sida" et ont mis en place un programme d'éducation et de prévention. Détentrice du monopole sur les mines de diamants, l'entreprise Debswana, propriété à part égale de l'Etat et de la De Beers, possède son propre programme de prévention et vient d'annoncer qu'elle fournirait à ses employés et à leurs épouses des traitements antirétroviraux.

Actuellement, Muyambango Mubita reçoit pour tout traitement des antibiotiques et des antalgiques. Et nul ne peut dire s'il pourra attendre jusqu'à la fin de l'année pour pouvoir bénéficier des trithérapies

Paul Benkimoun

La lutte contre le sida face aux tabous socioculturels

LE MONDE | 26.06.01 | 11h26

La session spéciale de l'ONU sur la pandémie, qui s'est ouverte lundi 25 juin à New York, a dû être suspendue pendant plus de deux heures. L'incident a été provoqué par plusieurs pays musulmans qui ont tenté de s'opposer à la participation d'une déléguée d'une organisation homosexuelle.

NEW YORK (Nations unies) de nos envoyés spéciaux

Quelques minutes auront suffi, dans la matinée du lundi 25 juin à New York, pour saisir à quel point les modalités de la lutte contre le sida peuvent déclencher de profondes discordes au sein de la communauté internationale : des affrontements qui se sont produits, en dépit du long et patient travail diplomatique qui a précédé la tenue de la première session extraordinaire jamais consacrée par les Nations unies à cette maladie sexuellement transmissible.

Ouverte par le secrétaire général, Kofi Annan, la première journée de cette manifestation de trois jours avait programmé les interventions de soixante-huit chefs d'Etat, ministres ou chefs de délégation. L'Egypte (au nom des pays de l'Organisation de la conférence islamique) a provoqué le premier incident en contestant la présence de Karyn Kaplan, membre de "International Gay and Lesbian Human Rights", initialement conviée à participer à l'une des trois tables rondes prévues et consacrée à la question du sida et des droits de l'homme. Cette ONG avait été écartée la veille de l'ouverture de la session. Onze pays musulmans, notamment le Soudan, la Syrie, le Pakistan et la Libye s'étaient opposés à la participation de Mme Kaplan sans fournir de justifications précises…

Ce fut le début d'échanges très vifs qui devaient durer plus de deux heures et pendant lesquels le président de l'Assemblée, le Finlandais Harri Holkeri, fut souvent mis en difficulté. Pour contrer l'initiative des pays musulmans, le Canada la Norvège et la Suède, suivis par près d'une trentaine de pays, surtout européens, réclamaient le retour de l'ONG contestée.

VIBRANT PLAIDOYER

Rappels au règlement, contestations répétées sur le quorum atteint ou non : trois tours de scrutin furent nécessaires pour dégager une majorité (62 pour, 30 abstentions) en faveur de la participation de Mme Kaplan à la table ronde… Tous les pays musulmans sans exception, ainsi que le Japon et la quasi-totalité des pays d'Afrique, se sont abstenus ou n'ont pas participé au vote. La question de fond – celle de la participation directe des militants homosexuels dans le débat – n'aura été que rarement abordée. "Tout cela est très préoccupant, s'est lamenté le représentant du Nigeria, et je me demande ce que retiendra la presse internationale, demain matin, de nos discussions… Qu'il y a une bagarre entre les partisans et les adversaires des homosexuels, et que la déclaration solennelle qui devait être adoptée lors de cette session aura été reléguée au second plan. On ne se souviendra que de cet incident."

Seul pays africain à voter en faveur de l'ONG en question, l'Afrique du Sud a lancé un plaidoyer vibrant contre toute forme de discrimination : "Ceci est une conférence consacrée aux gens qui meurent du sida, a noté le représentant de Pretoria, ajoutant : les gens qui en meurent sont des Blancs, des Noirs, des homosexuels, des hétérosexuels… bref tout le monde."

APPEL AUX PAYS RICHES

Cet incident a pris d'autant plus de relief qu'il faisait immédiatement suite à l'intervention d'ouverture de Kofi Annan, dans laquelle le secrétaire général a lancé un appel solennel à la tolérance. Critiquant implicitement les pays musulmans qui refusent encore toute référence à la sexualité dans la déclaration finale, M. Annan a dit : "On ne peut pas faire face au sida avec des jugements moraux ou en refusant d'accepter des faits déplaisants, et encore moins en stigmatisant ceux qui sont infectés en les rendant responsables."

Pour éviter justement des controverses sur la déclaration finale, le secrétaire général avait exhorté les pays encore réticents à "parler clairement et ouvertement, à la fois de la manière dont les gens se contaminent ainsi que de la manière dont on peut prévenir l'infection". Sur une note plus optimiste, M. Annan s'est félicité néanmoins d'un tournant dans l'attitude de la communauté internationale face à la pandémie : "Le monde commence enfin à se réveiller et le sida ne peut plus accomplir son œuvre meurtrière dans l'ombre." Il a aussi appelé les pays riches à contribuer davantage au Fonds mondial pour la santé qu'il a lancé en avril à Abuja. Pour financer la bataille contre le sida, estime M. Annan, les pays développés devraient multiplier par cinq le budget qu'ils consacrent actuellement à la lutte contre l'épidémie.

Parlant au nom de la France, le ministre de la coopération, Charles Josselin, a aussi mis l'accent sur la non-discrimination : "Je tiens à souligner, a-t-il dit, que les droits de certaines catégories de personnes, malades ou non, et particulièrement vulnérables – je parle des femmes et des enfants, des homosexuels, des prostitués, des migrants – sont encore ignorés. (…) Ne pas reconnaître cette réalité est inacceptable sur un plan de santé publique."

Pour sa part, le secrétaire d'Etat américain Colin Powell – à la tête d'une délégation de plus de quarante personnes –, a annoncé la décision de son gouvernement d'accroître la contribution des Etats-Unis au Fonds mondial qui, pour l'heure, s'élève à 200 millions de dollars. Sans toutefois préciser à quelle hauteur et dans quel délai, il a indiqué aux journalistes que les contributions futures de son pays dépendraient de la manière dont cet argent est utilisé. "Par ailleurs, a-t-il ajouté, aucune guerre dans le monde n'est plus destructrice que la pandémie de sida. J'étais soldat et je sais ce que c'est que l'ennemi, et le sida est un ennemi vicieux (…). Le silence tue, et briser le silence est un moyen permettant à toutes les couches de la société de lutter contre la pandémie."

Au Palais de verre de New York, dont la façade s'orne pour l'occasion d'un gigantesque ruban rouge lumineux, symbole de la lutte contre la pandémie, la Norvège et le Canada ont également annoncé, lundi, des contributions respectives de 110 et 47 millions de dollars au Fonds mondial pour la lutte contre le sida.

Afsané Bassir Pour et Jean-Yves Nau

Génériques : Washington retire sa plainte contre le Brésil

Les Etats-Unis ont retiré, lundi 25 juin, leur plainte devant l'Organisation mondiale du commerce (OMC) contre le Brésil à propos de la fabrication de médicaments génériques anti-sida et vont ouvrir des négociations sur le sujet, a indiqué, lundi, Robert Zoellick, représentant spécial du président George W. Bush pour le commerce. Dans un communiqué, Robert Zoellick souligne que "les Etats-Unis soutiennent le programme courageux et efficace lancé par le Brésil pour combattre le sida. avec cette initiative, nous serons capables de rassembler nos énergies pour mieux combattre la propagation de ce virus dangereux."

En 1997, le Brésil a voté une loi selon laquelle les laboratoires pharmaceutiques du pays peuvent fabriquer des médicaments génériques si les brevets de médicaments étrangers ne sont pas exploités dans les trois ans sur le territoire brésilien. Le Brésil produit sept des douze médicaments anti-sida.

Bernard Kouchner et les "idées fausses"

"Il nous faut impérativement développer, à travers le monde, une prévention plus audacieuse, a déclaré, lundi à New York, le ministre français délégué à la santé, Bernard Kouchner. Il nous faut une prévention qui informe, bien sûr, mais aussi une prévention qui démarginalise, médicalement correcte et pas seulement politiquement correcte. On le sait - mais on se refuse encore souvent à l'admettre et à y répondre -, ce sont les femmes, les migrants, les personnes ayant des pratiques sexuelles stigmatisées qui constituent aujourd'hui les victimes les plus nombreuses. Ce sont ces populations, les plus exposées, auxquelles nos sociétés offrent le moins de possibilités de faire face au risque de contamination, mais aussi de faire face à la maladie lorsqu'elles en sont atteintes. C'est vers elles que doivent en priorité se tourner les efforts indispensables de prévention."

"Nous devons aussi, a-t-il poursuivi, combattre les idées fausses, aux relents parfois clairement racistes, sur les traitements dans les pays du Sud. A ceux qui, y compris dans des positions officielles éminentes, affirment que les Africains sont incapables de prendre des traitements complexes, il faut répondre que les études menées, par exemple en Côte d'Ivoire et en Ouganda, ont démontré très précisément le contraire." - (Corresp.)

L'ONU lance une bataille planétaire contre le sida

LE MONDE | 28.06.01 | 12h44

Malgré de sérieuses controverses sur le texte de la déclaration finale, l'Assemblée générale de l'Organisation affiche sa volonté de faire face à une "crise mondiale" qui pourrait faire 100 millions de victimes d'ici à 2010.

NEW YORK (Nations unies) de nos envoyés spéciaux

La première session extraordinaire de l'ONU consacrée au sida s'est achevée, mercredi 27 juin, par la publication d'une déclaration intitulée Crise mondiale, action mondiale dont la rédaction a fait l'objet de sérieuses controverses mai qui a pu, en définitive, être adoptée à l'unanimité. Il s'agit là d'un "premier plan de bataille" qui fixe des objectifs assortis d'un calendrier en matière de mobilisation politique, prévention, de soins et de traitements, de non-discrimination, des droits de l'homme et de protection des "personnes vulnérables".

C'est ce concept qui a été à l'origine des divergences publiques qui ont marqué l'ouverture de la conférence entre, d'une part, les pays musulmans, parlant ici d'une seule voix, et, d'autre part, la quasi-totalité des pays occidentaux. Après avoir échoué lors de leur première tentative lancée en séance plénière, les pays islamiques ont réussi à bloquer, dans le texte final, toute référence aux homosexuels masculins, aux toxicomanes et aux prostitué(e)s comme étant les personnes les plus vulnérables vis-à-vis de l'infection par le VIH. Les pays occidentaux, qui ont dû accepter le compromis pour atteindre le consensus, ont néanmoins remporté des victoires sur d'autres points, à savoir le rôle des femmes et leur droit à la "maîtrise de leur sexualité", une notion à laquelle certains pays musulmans avaient également cherché à s'opposer.

Se félicitant de la session extraordinaire, qui signale que "le monde s'est finalement réveillé aux dangers et à la gravité de la crise du sida", le secrétaire général, Kofi Annan, a évoqué ces "douloureuses différences" entre les gouvernements pour ajouter que l'ONU est bien "le meilleur endroit" pour qu'elles soient exposées. Tout en se disant déçues du compromis sur le document final, la plupart des ONG, présentes en force au siège de l'ONU, reconnaissent que les Nations unies ont "fait ce qu'elles ont pu" pour organiser une lutte mondiale contre la pandémie, qui, si rien n'est fait, pourrait tuer plus de 100 millions de personnes d'ici à 2010.

Les activistes d'Act Up ont cependant tenu à exprimer leur indignation sur l'exclusion, dans le document final, de toute référence aux homosexuels. "Cette déclaration, adoptée par l'ensemble de la communauté internationale, montre que le monde ne donne pas de valeur à nos vies, nous qui avons débuté la lutte contre cette maladie", a déclaré Eric Sawyer, le président "historique" d'Act Up.

Un autre résultat tangible de cette session extraordinaire aura été l'endossement du "Fonds mondial sida et santé" lancé en avril par Kofi Annan. Rien n'est encore défini quant au statut de cette nouvelle structure, tout comme ce qui concerne ses modalités de fonctionnement et le mode de collaboration qui permettrait d'associer les agences onusiennes, les initiatives gouvernementales et le secteur privé. L'objectif chiffré visé – réunir chaque année entre 7 et 10 milliards de dollars – apparaît aujourd'hui très ambitieux. Pour l'heure, et en dépit du solide engagement des Etats-Unis, moins d'un milliard de francs a pu être trouvé. Les plus optimistes parient sur une dynamique internationale qui, espèrent-ils, devrait commencer à porter ses fruits dans les prochains mois. Des contributions, celle du Japon notamment, devraient être annoncées lors du prochain G8 de Gênes.

PROFONDES DIVERGENCES

Lors de cette session, la présence en force des chefs d'Etat africains a mis en relief l'absence très critiquée du président sud-africain Thabo Mbeki, qui, paradoxalement, est actuellement présent aux Etats-Unis et dont on sait que le pays est l'un des plus touchés par la pandémie. Interrogé à Washington, où il rencontrait le président George Bush, M. Mbeki a dit que l'Union européenne avait "imposé" une réunion au niveau ministériel plutôt qu'un sommet de chefs d'Etat. Les activistes ont aussi dénoncé l'absence des dirigeants d'agences de l'ONU, sauf celui de l'Organisation internationale du travail (OIT). L'absence de tout représentant de la Commission européenne a également été dénoncée.

Cette session a aussi permis d'observer la résurgence de profondes divergences entre les pays européens quant à la future stratégie de lutte. Pour Clare Short, secrétaire d'Etat britannique au développement – qui estime que le Fond mondial devrait "revoir ses prétentions à la baisse, aux alentours d'un milliard de dollars au maximum" –, l'effort prioritaire sinon exclusif doit porter sur la prévention. Sur ce point, le Royaume-Uni est rejoint par plusieurs pays nordiques comme le Danemark et la Finlande. D'autres Européens prônent une approche beaucoup plus équilibrée entre la prévention et le traitement. "Quand on veut tout investir dans le champ de la prévention, cela signifie-t-il, clairement, qu'il faut oublier ceux qui sont déjà touchés par la maladie alors même que des traitements existent ?, a déclaré au Monde Bernard Kouchner, ministre français délégué à la santé. Je trouve cela tout simplement immoral."

Afsané Bassir Pour et Jean-Yves Nau

Vers l'accès aux trithérapies pour une quarantaine de pays africains

LE MONDE | 28.06.01 | 13h44

NEW YORK (Nations unies) de notre envoyé spécial

Après l'annonce qu'un accord avait été trouvé entre le Brésil et les Etats-Unis sur le dossier complexe des médicaments génériques contre le sida (Le Monde du 27 juin), la session spéciale des Nations unies consacrée à cette pandémie a été marquée par l'annonce des progrès en cours dans l'accès des pays en développement aux trithérapies antirétrovirales.

Selon les données fournies par Peter Piot et Gro Harlem Bruntland, respectivement directeur général de l'Onusida et de l'OMS, près de soixante pays - dont quarante sur le continent africain - sont aujourd'hui entrés dans un processus visant à leur permettre à court terme un accès aux trithérapies ainsi qu'aux médicaments indispensables pour traiter les infections dites opportunistes qui sont associées à l'infection par le VIH.

Les négociations en cours s'inscrivent dans le cadre du partenariat public-privé initié il y a un an. Ce partenariat réunit les agences des Nations unies et cinq géants de l'industrie pharmaceutique mondiale : Boehringer Ingelheim, Bristol Myers Squibb, Glaxo Wellcome, Hoffman La Roche et Merck. Au cours du seul mois de juin, vingt-trois pays se sont déclarés intéressés et dix pays africains (Burkina Faso, Burundi, Cameroun, Côte d'Ivoire, Gabon, Mali, Maroc, Ouganda, Rwanda et Sénégal) ont aujourd'hui déjà obtenu des accords avec les fabricants qui leur permettent de bénéficier de réductions notables du prix des médicaments.

En pratique, selon l'Onusida, le coût annuel des trithérapies antirétrovirales contre l'infection par le VIH est passé, en Afrique, de 12 000 dollars en 1996 à moins de 1 000 dollars aujourd'hui. Facilitée par la récente décision de l'industrie pharmaceutique d'abandonner ses poursuites judiciaires contre l'Afrique du Sud, cette évolution est pour beaucoup due à la concurrence induite par les producteurs de médicaments génériques.

"SOLIDARITÉ HOSPITALIÈRE"

Une base de données identifiant les prix et l'origine des médicaments indispensables dans le traitement des infections opportunistes ainsi que certaines molécules antirétrovirales a été établie par l'Unicef, l'OMS et l'Onusida en liaison avec Médecins sans frontières. Trente-quatre firmes (dont 29 productrices de génériques) ont demandé à figurer sur cette base. Certains pays africains - le Cameroun, la Côte d'Ivoire et le Gabon - commencent à allouer des fonds publics spécifiques pour subventionner l'accès aux médicaments contre le sida.

Pour encourageante qu'elle puisse apparaître, l'évolution des prix des médicaments indispensables dans la prise en charge médicale des malades du sida ne saurait masquer l'essentiel : les substantiels rabais obtenus ces derniers temps n'ont rien changé au fait que ces médicaments sont toujours inaccessibles à l'immense majorité des vingt-cinq millions de personnes infectées par le VIH qui vivent sur le sol africain. En d'autres termes, au-delà des réductions tarifaires, acquises et à venir, des fonds supplémentaires sont indispensables pour permettre l'accès à ces molécules mais aussi pour aider à l'organisation d'une réelle politique de dépistage, de sécurité transfusionnelle et de prise en charge médicale. C'est le sens de l'initiative lancée par Kofi Annan, secrétaire général de l'ONU, visant à la création d'un "fonds mondial pour la santé et le sida".

Pour sa part, la France a exposé devant les Nations unies sa volonté d'associer à cette dynamique nouvelle une action complémentaire. Il s'agit d'organiser une forme originale de jumelage - de "solidarité hospitalière" - entre les établissements de santé et les personnels de soins du Nord et du Sud. Ce projet (déjà défendu par l'Italie, l'Espagne, le Portugal, la Suisse, le Luxembourg et la Slovénie, auxquels s'associeront la Suède et l'Irlande) cherche à faire en sorte que les traitements contre le sida soient, dans le tiers-monde, délivrés dans les meilleures conditions médicales possibles.

J.-Y. N.

« PEUT-ON BREVETER LE SOLEIL ? » Batailles équivoques contre le sida

LE MONDE DIPLOMATIQUE | JUILLET 2001 | page 3,  http://www.monde-diplomatique.fr/2001/07/RIVIERE/

Après des années de léthargie, la communauté internationale engage, enfin, une « guerre » contre le sida. Session spéciale des Nations unies, fin juin, et sommet du G8, à la mi-juillet : un fonds multilatéral sera mis sur pied avant fin 2001. Mais l'accord qui se profile, entre les organisations internationales et une industrie pharmaceutique obsédée par les profits, risque de contrevenir à l'objectif affiché : l'accès aux soins pour les millions de malades du Sud en attente de traitement.

La « guerre du sida » a commencé en Afrique du Sud. A Durban, lors de la conférence mondiale de juin 2000, les malades africains dénoncent l'« apartheid sanitaire » - les victimes du sida sont pour la plupart au Sud et les médicaments au Nord - et réclament avec force l'accès de tous aux traitements antiviraux. A Pretoria, le 19 avril 2001, les trente-neuf firmes pharmaceutiques qui intentaient un procès à l'État sud-africain finissent par prendre la mesure des dégâts provoqués dans l'opinion mondiale par la défense à tout crin de leurs brevets, et abandonnent subitement la procédure. Elles prétendaient démontrer que les lois sud-africaines visant à garantir un approvisionnement de médicaments à un coût acceptable contrevenaient à l'accord sur les Adpic - aspects des droits de propriété intellectuelle relatifs au commerce -, dans le cadre de l'Organisation mondiale du commerce (OMC).

Les lendemains de cette première grande victoire ont un goût amer : le gouvernement sud-africain affirme ne pas être en mesure d'engager un grand programme d'accès aux soins. « Les antirétroviraux sont toujours chers », explique Mme Jo-Anne Collinge, porte-parole du ministère de la santé (1). Une position que dénonce le docteur Bernard Pécoul, de Médecins sans frontières (MSF) : « Dans le bidonville du Cap - 3 millions d'habitants -, le dispensaire mis en place par plusieurs associations propose depuis dix-huit mois un programme de prévention et des tests de dépistage qui débouchent sur un traitement des maladies opportunistes. Depuis le début du mois de mai, nous y proposons désormais des antirétroviraux, en opposition frontale avec le gouvernement. »

Qualifiées par le ministre français de la santé, M. Bernard Kouchner, de « sacrifices terribles » (2), les donations et les baisses de prix annoncées par les laboratoires se révèlent toutefois insuffisantes. Le financement des traitements requiert une mobilisation internationale d'une ampleur nouvelle, que conduira M. Kofi Annan. Après avoir consacré pas moins de quatre séances du Conseil de sécurité à la pandémie, le secrétaire général de l'Organisation des Nations unies (ONU) s'engage personnellement dans la mise sur pied d'un fonds global de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme.

L'initiative de M. Annan (3) fait suite à la proposition formulée par un groupe de chercheurs et d'experts internationaux réunis à l'Université Harvard (Boston) autour de l'économiste Jeffrey Sachs. Constatant la faillite médicale et morale des organisations internationales en matière de sida, ceux-ci proposent, le 4 avril 2001, une « formule de consensus sur les traitements antiviraux contre le sida dans les pays pauvres », largement reprise par la presse internationale (4).

Déclarations martiales

Le document de Harvard commence par un réquisitoire en faveur des multithérapies : malgré leur succès dans les pays riches, « celles-ci restent inaccessibles dans les pays les plus pauvres de la planète, où les interventions se sont concentrées presque exclusivement sur la prévention. Avec la montée en flèche de la mortalité due au sida dans les pays à faible revenu, la prévention de la transmission du virus et le traitement des personnes déjà infectées doivent être toutes deux des priorités globales de santé publique ».

Il réfute ensuite « les objections du passé », notamment :
1. « Les pays pauvres ne disposent pas de l'infrastructure médicale adéquate pour un traitement sûr et efficace. » Réponse : une part de l'aide sera affectée au renforcement des structures sanitaires. Par ailleurs, l'expérience du bidonville du Cap démontre, selon le docteur Pécoul, qu'« avec des moyens modestes - loin des "éléphants blancs" proposés comme projets pilotes par l'Onusida - on peut apporter un traitement de qualité ».
2. « Le mauvais suivi de régimes médicamenteux complexes risque d'entraîner des résistances » ; M. Andrew Natsios, administrateur de l'USAid, la principale agence américaine de développement international, osera même expliquer que beaucoup d'Africains « n'ont jamais vu, de leur vie entière, une horloge ou une montre », et qu'il est hors de question qu'ils prennent des médicaments à heures fixes (5) ! Dans cette logique, pourquoi ne pas également interdire de soins les analphabètes du Nord ? L'argument, du reste, oublie que les régimes médicamenteux contraignants ne concernent qu'une infime partie des malades, ceux sur qui les thérapies de première instance n'ont pas - ou plus - d'effet.
3. Le financement des traitements viendrait siphonner les ressources affectées à la prévention. « Un traitement approprié sert non seulement à prévenir le décès des individus infectés, soulignent les chercheurs de Harvard, mais joue aussi un rôle majeur dans la prévention en réduisant la charge virale des personnes traitées et en encourageant une plus grande participation [des autres] aux programmes de prévention. »

Des objectifs chiffrés sont proposés : un million de personnes sous traitement au bout de trois ans (contre environ dix mille actuellement). Dans sa cinquième année, le programme complet, prévention et traitements réunis, bénéficierait à trois millions de personnes, pour un coût de 6,3 milliards de dollars. l'accès aux médicaments devient tout à coup une hypothèse audible dans les cénacles internationaux. A Pretoria, les firmes pharmaceutiques jettent l'éponge. M. Kofi Annan envisage une enveloppe annuelle de 7 à 10 milliards de dollars, alimentée par des contributions exceptionnelles en provenance de gouvernements, d'entreprises ou de fondations philanthropiques (6). L'espoir renaît. Enfin les choses bougent ! Mais la modeste contribution initiale annoncée début mai par les Etats-Unis (200 millions de dollars, dix fois moins qu'attendu) infléchit cette impression. Et la conférence organisée à Genève le 4 juin sonne comme un rappel à l'ordre. Le fonds global, né de la nécessité de financer l'accès aux traitements, paraît leur tourner le dos et, de nouveau, focalise la solidarité internationale sur la seule prévention. « Un extraordinaire sentiment de convergence » a animé les conférenciers, se félicite le docteur David Nabarro, directeur exécutif du bureau de la directrice générale de l'OMS, Mme Gro Harlem Bruntland. Conclusion des débats : les victimes obtiendront « une quantité limitée et soigneusement ciblée de traitements médicamenteux (7) ».

Pour M. Sachs, « cette dérive d'une stratégie équilibrée (prévention et traitement) vers un choix de prévention sans traitement serait un désastre. (...) Prévention et traitement forment une combinaison inséparable. l'actuel manque de financement est choquant, mais cela ne peut servir d'excuse à l'abandon de la cause des traitements. En deçà de 7 milliards, il n'est pas d'effort sérieux. Le sous-financement du contrôle de l'épidémie restera l'un des plus grands actes d'irresponsabilité morale et de politique à courte vue (8) ».

A quoi ont servi ces déclarations martiales servies par les plus hauts responsables internationaux ? « Il n'est pas une guerre au monde qui soit plus importante, déclarait, au cours de sa visite au Kenya, fin mai, le général Colin Powell. Je suis le secrétaire d'Etat des Etats-Unis d'Amérique, pas le secrétaire à la santé : comment se fait-il que je m'intéresse à cette question ? (...) C'est plus qu'une question de santé publique. C'est une question sociale. C'est une question politique. C'est une question économique. C'est une question de pauvreté (9). »

Le Conseil national de sécurité des Etats-Unis avait auparavant identifié l'épidémie comme l'une des plus importantes menaces pesant sur la stabilité du monde. Au-delà du risque sanitaire, les déséquilibres démographiques envisagés auront des répercussions dramatiques hors des frontières des pays concernés : que devient un pays dont la moitié de la population adulte est mourante ? Quid des 13,2 millions d'orphelins du sida ?

Mais c'est aussi un enjeu juridique majeur qui a poussé la nouvelle administration américaine à reprendre la main sur ce dossier. Pour M. Robert Zoellick, le représentant au commerce du président George W. Bush, la controverse sur l'accès aux médicaments formait « un test de la capacité [de l'administration américaine] à renforcer l'adoption des principes du libre-échange aux Etats-Unis et dans le reste du monde. (...) Le retour de bâton [qui] se prépare contre l'industrie pharmaceutique pour l'affirmation agressive de ses droits de brevet face à une crise sanitaire monumentale (...),l'hostilité que cela génère pourraient mettre en péril tout le système des droits de propriété intellectuelle (10). »

Une lecture très restrictive des accords internationaux sur la propriété industrielle interdit de facto la production de médicaments génériques dans les pays du Sud, ou l'importation, dans les pays les plus pauvres, des génériques produits ailleurs, au coût le plus faible. Mais cette interprétation est mise en cause par de nombreuses associations (de MSF à la Campagne sud-africaine pour l'accès aux traitements, en passant par Act Up), qui plaident, auprès des gouvernements, des organisations internationales et dans la rue, en faveur de l'utilisation élargie des « licences obligatoires » et des « importations parallèles ». Deux mécanismes prévus comme des exceptions, en cas d'urgence sanitaire par exemple, dans l'accord sur les Adpic. Début 2001, le « retour de bâton » est manifeste : attaqué devant l'OMC par les Etats-Unis, le Brésil conteste vigoureusement le poids financier des brevets sur sa politique de distribution gratuite de médicaments antisida. Le 25 juin, les Etats-Unis retirent leur plainte, en échange de la promesse de « pourparlers préalables » à toute licence obligatoire accordée sur un brevet américain. Dans les forums internationaux, des convergences se dessinent entre le Brésil, l'Inde, la Thaïlande et l'Afrique du Sud. la France, timidement, fait des propositions : « Il faut aussi explorer d'autres voies, comme la production des nouveaux médicaments dans les pays en voie de développement eux-mêmes » (message du président Jacques Chirac aux conférenciers de Durban, 9 juillet 2000, rejoint sur ce point par M. Lionel Jospin, premier ministre, lors de son déplacement en Afrique du Sud, le 5 juin 2001). Et les communautés européennes tentent de mieux prendre en compte les impératifs de santé publique dans leur interprétation des accords sur les Adpic (communication du 11 juin 2001).

Dans ce climat, l'offre faite à MSF par la firme indienne Cipla d'un cocktail d'antirétroviraux à moins de 350 dollars par an (au lieu de 10 000 dollars pour les produits des « big pharmas ») résonne comme un coup de tonnerre. Elle rend soudain crédible l'émergence, au Sud, de producteurs de médicaments génériques au moindre coût.

« Deal » contre « deal »

Coordinateur du Consumer Project on Technology (Washington), et cheville ouvrière de l'offre Cipla, M. James Love le souligne : « Le succès, dans les pays en développement, des producteurs du Sud, est assez important. Or, sans eux, il n'existe pas de réel levier sur les coûts. Il importe donc de ne pas lier l'utilisation du fonds global à des achats auprès des producteurs européens et américains, et, en revanche, d'autoriser la concurrence et d'acheter auprès des firmes qui proposent le meilleur prix - avec une qualité acceptable. Jeffrey Sachs a été terrible à ce propos : il recommandait que les achats soient faits exclusivement auprès des "big pharmas". » Est-ce pour cela que le mécanisme de Harvard rencontra l'assentiment de l'administration Bush, de la Commission européenne, des experts de l'OMS, de l'Onusida, de la Fondation Bill et Melinda Gates et... de l'industrie pharmaceutique ? Elle offrait une réponse à l'« apartheid sanitaire », sans pour autant baisser la garde sur les brevets.

Et pourtant... A la suite de Cipla, de nombreux « génériqueurs » sont entrés dans la ronde, et permettent d'envisager des traitements à 200 dollars annuels. La formule proposée par Harvard les met pour sa part à environ 1 000 dollars. « Il serait extrêmement dangereux que le fonds global se concrétise sur ce "deal" entre les firmes pharmaceutiques et l'administration américaine, calcule le docteur Pécoul. Une lecture ouverte de l'article 30 des accords sur les Adpic permettrait en effet au fonds de se fournir auprès des génériqueurs. Le coût total des médicaments pour 5 millions de patients passerait alors de 5 milliards à 1 milliard de dollars. Cela résoudrait d'emblée le dilemme prévention-traitement, et libérerait des financements pour les infrastructures et pour le suivi des malades. »

En 1955, le docteur Jonas Salk, le créateur du premier vaccin contre la poliomyélite, est interrogé en héros dans une émission de télévision. Le journaliste lui demande à qui appartient le brevet. « Eh bien... au peuple. Il n' y a pas de brevet. Peut-on breveter le soleil ? » A la fin de sa vie, le docteur Salk consacrait l'essentiel de ses travaux à la recherche d'un vaccin contre le sida. Contre l'acharnement antithérapeutique, ses successeurs réussiront-ils à faire briller un rayon de soleil ?             Philippe Rivière.

Sida, l'espérance d'une nouvelle ère

 LE MONDE | 09.07.01 | 16h02 | analyse

La session extraordinaire que l'ONU vient de consacrer au sida aura-t-elle, comme le voulaient ses organisateurs, constitué une " étape historique" dans la lutte contre cette pandémie qui, vingt ans après son émergence, fait, chaque jour, quinze mille nouvelles victimes dans le tiers-monde ?

S'il est trop tôt pour dire quel sera, en pratique, l'impact réel de cet engagement voulu par le secrétaire général, Kofi Annan, cette initiative, tout comme l'émergence de la question du sida sur l'agenda politique international, fournit l'occasion de prendre la mesure des difficultés et des failles de l'action du système onusien face à ce qui, depuis près de quinze ans, est devenu une question majeure - planétaire - de santé publique. Officiellement chargée de la promotion de la santé et de la lutte contre les grands fléaux infectieux, c'est l'Organisation mondiale de la santé (OMS) qui devait s'intéresser à cette nouvelle maladie dont on crut, un instant, qu'elle ne concernerait que les homosexuels masculins et les toxicomanes des pays industrialisés.

Victimes de ses pesanteurs bureaucratiques et de ses préoccupations plus idéologiques que sanitaires - le slogan officiel parlait de " la santé pour tous en l'an 2000" -, l'OMS agit bien tardivement. Il y eut bien, en 1986, la création d'une entité spécifique - le "programme mondial de lutte"- d'emblée confiée à Jonathan Mann, qui perçut l'ampleur du défi sans trouver les moyens pour le relever. En 1987, aux côtés de Hafdan Malher, alors directeur général de l'OMS, il s'adressait à l'Assemblée générale de l'ONU pour tenter de mobiliser la communauté internationale sur le danger du sida.

"A mon sens, la bataille n'est pas perdue, mais la guerre n'est encore nullement gagnée, déclarait au Monde le docteur Mann, trois ans après sa prise de fonctions (Le Monde du 1er décembre 1989). Soit nous allons, dans les années qui viennent, amplifier nos efforts, soit la maladie va progresser plus vite que prévu. Dans cette hypothèse, nous risquons de perdre la course contre l'épidémie. Je crois que la progression de l'épidémie de sida sera un problème majeur au moins jusqu'en l'an 2000. Les traitements dont nous commençons à disposer, comme l'AZT, sans même parler de leur difficulté d'administration, ne sont pas des médicaments qui pourront être largement utilisés à travers le monde. Je ne vois pas quelque chose qui permette de résoudre le problème de l'évolution de l'infection vers la maladie chez la plus grande partie de la population mondiale contaminée."

On mesure, près de douze ans plus tard, à quel point ces prévisions pouvaient être pertinentes. On observe aussi le peu de poids qu'ont pu avoir sur la progression de la pandémie l'OMS comme les autres agences onusiennes (Unicef, Banque mondiale, PNUD) chargées, directement ou non, de la lutte contre un mal qui soulève désormais, en Afrique subsaharienne notamment, de graves questions démographiques et économiques. Ni la création, en 1995, de l'agence spécialisée Onusida (initiative visant à contourner les scléroses d'une OMS alors dirigée par le docteur Nakajima) ni le timide mais croissant intérêt porté par les autres agences n'auront permis de fournir de réponses adaptées durant la fin des années 1990.

SUCCÈS OU ÉCHEC

Si l'on excepte les rares progrès enregistrés dans quelques pays d'Afrique - l'Ouganda notamment -, tout ou presque reste à faire dans les pays les plus touchés, qu'il s'agisse d'éducation, de dépistage, de prévention et, plus encore, de traitement. Pour Peter Piot, directeur général d'Onusida, le plus important aura été, en définitive, de parvenir à faire en sorte de dépasser le strict cadre des agences onusiennes et de faire inscrire la lutte contre le sida dans l'espace de la politique internationale.

De ce point de vue, la session extraordinaire de l'ONU pourra, au choix, être perçue, de manière quelque peu paradoxale, comme un succès ou comme un échec. Car l'accord qui, après bien des difficultés, put être trouvé sur une déclaration solennelle constitua bel et bien une victoire des pays musulmans, qui obtinrent à cette occasion que l'on ne mentionne pas le fait que les homosexuels masculins, les prostitué(e)s ou les toxicomanes soient des personnes " vulnérables" vis- à-vis de la contamination par le VIH. C'est dire le chemin qui reste à parcourir pour que la lutte contre cette maladie sexuellement transmissible, associée au respect des droits de l'homme, puisse trouver sa pleine efficacité.

L'autre aspect marquant de la session extraordinaire des Nations unies - la création d'un " Fonds mondial sida et santé" - témoigne également de manière éclairante des limites de l'action des agences onusiennes. Cette initiative, personnellement soutenue par Kofi Annan, consiste à récolter d'importantes ressources financières - entre 7 et 10 milliards de dollars chaque année - pour organiser et soutenir la lutte contre le sida mais aussi contre la tuberculose et le paludisme, les trois maladies infectieuses les plus meurtrières à l'échelon planétaire.

Après l'engagement initial des Nations unies, de la Grande-Bretagne et de la France, et dans l'attente des contributions japonaise et italienne, qui devraient être annoncées lors du prochain G8 de Gênes, le Fonds réunit moins de 1 milliard de dollars. Et le secrétaire d'Etat américain, Colin Powell, a indiqué que la future participation américaine tiendrait compte de l'efficacité de cette initiative. Or, là encore, les questions sont multiples.

Les 7 à 10 milliards annuels seront-ils finalement affectés en totalité au Fonds ? De quelle façon organisera-t-on ici l'interface entre les autorités gouvernementales, les ONG et les agences de l'ONU ? Comment hiérarchisera-t-on les actions contre le sida, la tuberculose et le paludisme - ces deux dernières pathologies étant encore souvent perçues, à la différence du sida, comme une sorte de fatalité ? Pour l'heure, l'initiative de Kofi Annan et la perspective de pouvoir disposer d'une nouvelle source de financement ont fait resurgir une question essentielle quant à l'action de la communauté internationale : faut-il, dans les pays du tiers-monde les plus touchés par la pandémie de sida, privilégier la prévention ou le traitement ?

La production croissante de médicaments génériques actifs contre l'infection par le VIH, l'évolution notable sur ce sujet de la position des géants mondiaux de l'industrie pharmaceutique tout comme l'intérêt de plus en plus grand des mouvements activistes font que tout est réuni pour placer cette question au centre de multiples controverses. Des controverses auxquelles n'échapperont pas les futures actions engagées par la communauté internationale. On observe déjà un affrontement entre, d'une part, ceux des pays anglo-saxons (la Grande-Bretagne tout particulièrement), pour qui le traitement des malades africains du sida est, en l'état, un luxe inaccessible, et, d'autre part, ceux qui, la France notamment, estiment impensable de ne pas associer une action thérapeutique à l'organisation de la prévention.

Afsané Bassir Pour et Jean-Yves Nau

Les réponses discordantes de l'Afrique du Sud et du Botswana face au sida

LE MONDE | 20.07.01 | 13h04

L'or et le diamant. C'est en exploitant respectivement l'un et l'autre que l'Afrique du Sud et le Botswana ont bâti leur prospérité économique. C'est parmi la population travaillant dans les mines que l'Afrique du Sud connaît les taux les plus importants d'infection par le virus du sida. Dans une Afrique du Sud où environ 20% de la population âgée de moins de 50 ans est porteuse du VIH et où vivent 4,6 millions de séropositifs, la firme AngloGold, filiale du géant Anglo American, estime qu'un tiers de ses 44000 mineurs sont infectés.

Chez son voisin, le dépistage volontaire auquel ont participé, en mai 1999, 75% des employés de la Debswana Diamond Company, firme paraétatique qui a le monopole de l'extraction du diamant au Botswana, montrait un taux de contamination de 28,8%, ce qui correspondait à l'époque au chiffre de la population générale. Depuis, les estimations ont été revues à la hausse, et le Botswana (1,6 million d'habitants) compte à présent le taux de personnes âgées de 15 à 49 ans infectées par le VIH le plus élevé du monde: 35,8%.

Parachevant le système de travail migrant, apparu à la fin du XIXe siècle, où les mineurs vivaient en foyers, séparés pendant des mois par plusieurs centaines de kilomètres de leurs familles et recourant à des prostituées, l'apartheid a aussi laissé cet héritage à l'Afrique du Sud démocratique. Un travailleur migrant y a 2,5 fois plus de risques d'être séropositif pour le VIH qu'un travailleur non migrant, selon une étude récente du docteur Mark Lurie, du Conseil de la recherche médicale d'Afrique du Sud. La solitude, la consommation d'alcool et le manque d'information sur les modes de transmission du sida concourent à des rapports sexuels non protégés et à des contaminations massives.

Au Botswana, les mineurs connaissent d'autres conditions de vie, mais le diamant est si décisif que la pénurie de main-d'œuvre qualifiée provoquée par le sida fragilise ce secteur. En 1999, 59,1% des décès et 75% des départs à la retraite pour raisons de santé parmi les employés de Debswana étaient liés au sida.

L'impact économique et social de l'infection par le VIH est majeur en Afrique australe, la région du monde la plus touchée par la pandémie de sida. Les projections pour l'Afrique du Sud, présentées en décembre 2000 par le Programme commun des Nations unies sur le VIH/sida (Onusida), prévoient que l'épidémie entraînera "d'ici à 2010 une baisse de 17% du produit intérieur brut (PIB) par rapport à ce qu'il aurait été sans le sida" .

Au Botswana, pays ayant le PIB par habitant le plus élevé d'Afrique, Onusida prévoit que le budget gouvernemental sera "amputé de 20% à cause du sida au cours des dix prochaines années, les progrès du développement détruits peu à peu, et une réduction d'environ 13% dans les revenus des ménages".

Dans ces deux pays, les réponses gouvernementales apparaissent presque aux antipodes l'une de l'autre. Le président sud-africain Thabo Mbeki avait soulevé une controverse aux résonances internationales au cours de l'année 2000 en émettant des doutes sur la cause du sida. Il avait repris à son compte des théories, largement battues en brèche par les scientifiques du monde entier, selon lesquelles le VIH ne serait pas à l'origine de la maladie. Des prises de position que beaucoup ont interprétées comme des tentatives de justifier –sans le dire– le fait que le gouvernement sud-africain ne faisait rien pour tenter de fournir aux malades les médicaments antirétroviraux. Festus Mogae, président du Botswana, s'est, au contraire, personnellement impliqué dans la lutte contre le sida, et s'est engagé à fournir ces médicaments anti-VIH aux personnes qui en ont besoin d'ici à la fin de l'année 2001.

En revanche, de part et d'autre de la frontière, le pragmatisme est la marque commune des grandes entreprises minières, AngloGold et Debswana. Robert Godsell, président-directeur général d'AngloGold, a annoncé que sa firme allait lancer un essai clinique avec des antirétroviraux pour plusieurs centaines de mineurs ainsi que leurs épouses. Pour autant, il se refuse à reconnaître le facteur de risque professionnel que constitue le travail migrant, car la loi sud-africaine oblige l'employeur à indemniser le personnel victime d'une maladie à caractère professionnel. Dans d'autres secteurs industriels, Coca-Cola assume les frais de traitement de ses 1500 employés sud-africains et DaimlerChrysler AG a annoncé qu'il en ferait de même pour ses 4445 salariés dans le pays et leurs familles.

Chez Debswana, où a été créé depuis un an un poste de directeur chargé de gérer l'impact de l'infection par le VIH et du sida, un programme interne national d'information et de conseil, avec du personnel à plein temps, existe depuis 1995. Le 14 mars 2001, l'entreprise a annoncé que, dans le cadre de ce programme, elle fournirait les traitements à ses employés touchés par le sida. Un budget de 2,5 millions d'euros a été prévu pour couvrir les coûts des médicaments et des examens biologiques de surveillance. De plus, Debswana exige des entreprises présentes sur place qui souhaitent avoir des relations commerciales avec elle qu'elles adoptent un programme anti-sida et déploient à l'égard de leurs employés une politique d'éducation à la prévention. Le réalisme a parfois du bon.

Paul Benkimoun

Des anti-rétroviraux aux mères enceintes séropositives sud-africaines

 LEMONDE.FR | 14.12.01 | 18h00

La justice sud-africaine a ordonné à l'Etat de généraliser l'accès aux anti-rétroviraux (Nevirapine) dans les établissements publics de santé pour les mères enceintes séro-positives.

La Haute Cour de Pretoria a infligé, vendredi 14 décembre, un désaveu majeur à la politique de l'Etat sud-africain concernant le sida. Ce dernier a été sommé de généraliser, dans les établissements publics de santé, l'usage des anti-rétroviraux afin de limiter la transmission du virus VIH de la mère à l'enfant. Chaque année, quelque 70 000 enfants naissent séropositifs en Afrique du Sud. Une étude qui porte sur l'an 2000 fait apparaître que 24,5 % des femmes enceintes sont séropositives.

La Cour, saisie par une ONG d'aide aux malades, l'organisation Treatment Action Campaign (TAC), a estimé que le médicament Nevirapine, distribué à ce jour seulement dans dix-huit sites pilotes, devrait être disponible pour toutes les femmes enceintes séropositives dans des établissements publics de santé, si elles sont suivies médicalement.

La TAC a plaidé le droit constitutionnel à l'égalité devant la santé pour toutes les femmes enceintes séropositives, et pas seulement pour celles qui sont traitées sur les sites pilotes. De son côté, le gouvernement Mbeki a justifié son refus de généraliser la Nevirapine en mettant en avant un manque de ressources "humaines, financières et d'infrastructures" et a évoqué des questions d'efficacité et d'innocuité non prouvées du médicament.

"AUJOURD'HUI, NOUS AVONS ÉCRIT L'HISTOIRE"

Mais la Haute Cour a tranché en faveur de l'ONG. Elle a ordonné au gouvernement de "produire immédiatement un programme national complet et efficace" pour prévenir cette transmission du virus mère-enfant, avec tests, suivi, traitement, mais aussi fourniture de substitut lacté à l'allaitement. Elle attend du gouvernement, d'ici au 31 mars, un rapport détaillé attestant de la mise en place du programme.

"Aujourd'hui, nous avons écrit l'histoire, s'est réjoui Mark Heywood, porte-parole de la TAC. Ce jugement apporte l'espoir à des dizaines de milliers de femmes séropositives qui peuvent commencer à en bénéficier immédiatement dans les centres adéquats." Et d'ajouter : "Nous voulons croire que cette triste histoire, ce triste conflit sont maintenant terminés, et que nous pouvons travailler ensemble (avec le gouvernement) pour assurer une application rapide" du programme Nevirapine. Au ministère de la santé, qui n'était pas représenté vendredi à l'audience, aucun porte-parole n'était disponible à la mi-journée pour un commentaire.

Pour la TAC, cette décision est le second grand succès, après celui enregistré en mars-avril, mais cette fois aux côtés du gouvernement, dans un procès phare, contre trente-neuf firmes pharmaceutiques, sur l'accès aux médicaments "génériques" bon marché. Depuis, l'ONG avait focalisé sa campagne sur l'Etat, le suppliant de faire de la Nevirapine sa priorité numéro un contre la transmission du virus de la mère à l'enfant. Au fil des mois, la croisade avait reçu le soutien de plus en plus massif du monde syndical, des églises, d'universitaires, de médias et de personnalités comme le Prix Nobel de la paix Desmond Tutu.

Domitille Hazard, avec AFP

La mort du petit Nkosi Johnson

Le petit Nkosi Johnson, âgé de douze ans et devenu en Afrique du Sud le symbole de la lutte contre le sida, est mort dans son sommeil à son domicile de Johannesburg, vendredi 1er juin, a annoncé sa mère adoptive, Gail Johnson. Nkosi était né séropositif en 1989. Les médecins avaient alors estimé qu'il ne vivrait pas plus de neuf mois. Il était devenu le symbole de la lutte contre le sida l'année dernière, après avoir prononcé un discours qui chavira le cœur des délégués à la conférence mondiale sur le sida de Durban, en suppliant de traiter les malades comme des gens normaux.

 

SIDA (liens utiles):

http://www.tac.org.za/home.htm (site associatif sud-africain) 

http://www.unaids.org/ (site ONUSIDA)

http://www.hiv-sida.com/ (site complet sur l'infection par le VIH)

http://www.nomade.tiscali.fr/cat/forme_sante/specialites_medicale/sida/afrique/ (annuaire sida en Afrique)

http://santetropicale.com/ (site de médecine tropicale)

http://www.afriquesante.com (site d'Afrique-Santé, partenaire de Radio-France Internationale et d'Africa n°1)

http://www.monde-diplomatique.fr/dossiers/sida/(dossier complet du monde diplomatique)                    NEW

http://www.afrik.com/journal/dossier/indexdos.htm?dossier-9005-2.htm (dossier d'afrik.com)

http://www.radiofranceinternationale.fr (dossier de Radio France Internationale)

http://www.salesien.com (Salésiens)

http://www.salesien.com/ate.htm (Salésiens en Afrique Équatoriale)

comité d'Aide et de Soutien aux Enfants Nécessiteux d' Afrique Centrale (C.A.S.E.N.A.C.) (prise en charge des enfants touchés par le sida en Afrique Centrale)

http://www.maranatha-project.com./ (orphelinat en Haïti)

http://perso.wanadoo.fr/afrique.developpement.chretien/

http://www.pointscoeur.org/                                                        

Planethics (l'éthique sur le net)

www.paris.msf.org/ (Médecins Sans Frontières avec pétition pour l'accès aux médicaments anti-sida en Afrique)

http://www.entretemps.asso.fr/Sida/Signatures.html (pétition pour l'accès aux médicaments anti-sida en Afrique)

http://www.croix-rouge.fr/goto/index.html  (Croix-Rouge française et Organisation Panafricaine de Lutte contre le sida)

http://id-net.fr/~lhummel/page2.html (réseau ville-hôpital de Meurthe et Moselle)

http://www.cfes.sante.fr   (Comité Français d'Éducation pour la Santé)

www.chez.com/seths/ (Société Européenne Toxicomanies, Hépatites, Sida)

http://www.sidaction.org (association internationale de lutte contre le sida)

www.planetfinance.org (organisation de lutte contre la pauvreté par les nouvelles technologies)

http://www.mainzer-hospiz.de/ (association de soins palliatifs du Dr M. WEBER de Mayence, Allemagne)

musique :  asimbonanga (J.Clegg)

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