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 Bilinguisme précoce en Alsace et développement de l’enfant : de la singularité à l’altérité, passons le gué !NEW Bilan d’étape en l’an 2000 des écoles bilingues paritaires français-allemand de Rixheim, de l’essai de sauvegarde d’une langue régionale, l’alsacien, à l’éducation au respect des cultures et des patrimoines de l’Europe et du Monde : enfants d’Alsace et citoyens du Monde ?   Fortbildung fer Kenderdoktere NEW    PARLER PLUSIEURS LANGUES : POUR OU CONTRE ?       BILANS D'ÉTAPES DES ÉCOLES BILINGUES PARITAIRES FRANÇAIS ALLEMAND DE RIXHEIM (Traits d'union 1996-2000,revue municipale d'information).

LA NECESSITE DE RESPECTER LE PRINCIPE "UN MAITRE-UNE LANGUE" DANS LES SITES BILINGUES PARITAIRES DE L'EDUCATION NATIONALE     Concours de professeurs des écoles langue régionale : l'Alsace, seule en baisse      Conséquences négatives de l'arrêté du Ministre de l'Education Nationale du 12 mai 2003 relatif à l'enseignement bilingue en langue régionale à parité horaire      L'IUFM d'Alsace, la formation des maîtres pour l'enseignement de l'allemand et l'enseignement bilingue français-allemand dans le premier et le second degré juin 2003     Les personnels contractuels et vacataires dans l'Education Nationale  

Pour en savoir plus veuillez contacter :  ELTERN 68, association de parents d'élèves bilingues, 8 rue de la Bourse 68100 Mulhouse, tel/fax :  03 89 36 07 51 mailto: eltern.68@worldonline.fr  ou ELTERN 67, 27,rue du Général Duport 67170 BRUMATH, tel:  03 88 51 97 52 mailto: eltern.67@wanadoo.fr ou  http://www.olcalsace.org (site de l'Office pour la langue et la culture alsacienne)  ou GERIPA " Groupe d'études et de recherches interdisciplinaires sur le plurilinguisme en Alsace et en Europe " (Université de Haute Alsace) Responsables scientifiques et contact : - Albert Hudlett, Professeur des Universités, germaniste, géolinguiste, Directeur du GERIPA Faculté des Lettres 10 rue des Frères Lumière 68 093 Mulhouse Cedex Tél. 00 33 (0)3 89 65 08 24 Fax. 00 33 (0)3 89 33 63 99 Mail : A.Hudlett@uha.fr  NEW

Bilinguisme précoce en Alsace et développement de l’enfant : de la singularité à l’altérité, passons le gué ! Seras-tu bilingue mon fils ? Christian HUBER, Colloque du 4-5 juin 2004, UFR des Langues, Université de Nantes, Les enjeux d’une sensibilisation très précoce aux langues étrangères à l’école.

Den Unterschied zwischen den beiden Sprachen empfinde ich in der Art, als ob ich mich in der französischen auf den wohlgepflegten Wegen eines schönen Parkes erginge, in der deutschen aber mich in einem herrlichen Wald herumtriebe. Aus den Dialekten, mit denen sie Fühlung behalten hat, fliesst der deutschen Schriftsprache ständig neues Leben zu. Die französische hat diese Bodenständigkeit verloren. Sie wurzelt in ihrer Literatur. Dadurch ist sie im günstigen wie im ungünstigen Sinne des Wortes etwas Fertiges geworden, während die deutsche in demselben Sinne etwas Unfertiges bleibt. Die Vollkommenheit des Französischen besteht darin, einen Gedanken auf die klarste und kürzeste Weise ausdrücken zu können, die des Deutschen darin, ihn in seiner Vielgestaltigkeit hinzustellen. Als die grossartigste sprachliche Schöpfung in Französisch gilt mir Rousseaus "Contrat Social". Als das Vollendetste in Deutsch sehe ich Luthers Bibelübersetzung und Nietzsches "Jenseits von Gut und Böse" an. Albert SCHWEITZER (Aus meinem leben und denken) J'imagine que la lutte séculaire qui a opposé sur tous les terrains les Germanos-Slaves et les Celto-Latins, n'a pas d'autres prétexte que ces deux tendances dont il serait aisé de trouver les origines d'une part dans la clémence climatique et la stabilité agricole qui assurent aux uns le sens rationaliste des proportions et de l'équilibre, et d'autre part dans les saisons brutales et l'étroitesse des mers libres qui relèguent les autres dans les intérieurs confortables et les métiers minutieux où les attendent le repliement sur eux-mêmes et le désir d'épancher sans interruption ni mesures autres que les cadences de l'instinct. Elie FAURE (A la découverte de l’archipel)

      « De la mutité au plurilinguisme », c’est ainsi que notre ami, le regretté Jean Petit intitulait l’une de ses nombreuses conférences consacrées au bilinguisme précoce, référence historique pour cet article. De quoi s’agit-il ? Chacun d’entre nous sait bien que le nouveau-né ne s’exprime pas par des paroles mais par des sourires, des gestes, des cris, bref une « communication non verbale ». Ce mode d’interaction avec son entourage est aussi celui qui prédomine le plus souvent chez l’enfant ou l’adulte handicapé mental surtout si son handicap est sévère. Il lui permet d’avoir une action fondamentale sur les membres de sa famille lui assurant avant tout sa survie. Il est en effet entièrement dépendant de son entourage non seulement pour ses besoins de base mais aussi pour ce qu’on pourrait qualifier la recherche de son bien-être. Quel est le rapport avec le bilinguisme, me direz vous ? Le bilinguisme est une caractéristique de nombreux êtres humains qui consiste à s’exprimer non pas de façon parfaite mais au moins satisfaisante non seulement dans une seule langue mais dans deux. D’après les études de l’UNESCO il semblerait qu’il concerne environ 60 pour cent des habitants de la planète. Il est vraisemblablement aussi vieux que l’humanité mais, les hommes étant ce qu’ils sont, il a été fréquemment source de discordes parfois très violentes ! D’autre part, si l’on se place du point de vue de la communication, on peut se demander si le monolinguisme existe réellement ! Ne peut on pas concevoir en effet la communication non verbale comme une forme de langage ? Personnellement j’en suis de plus en plus convaincu au fil de mes contacts quotidiens avec de nombreux nouveau-nés et nourrissons. D’autre part, je suis frappé par les nombreux néologismes du « parler ado » ou « verlan ». N’est-ce pas là aussi une sorte d’échappatoire à la langue et/ou la pensée unique, en l’occurrence ici celle des adultes… ? Arme de contestation massive mais non violente, il recèle un potentiel formidable pour bousculer les habitudes et dépoussiérer les idées reçues ! Quelle thérapie salutaire pour les temps présents caractérisés par l’accélération des changements et la désorientation de tant de nos concitoyens. Je crois qu’il peut être utile d’ouvrir ici une parenthèse et de s’arrêter au « parler bilingue ». De quoi s’agit-il ? Lorsque deux bilingues débutent une communication ils vont devoir mettre au point consciemment ou inconsciemment une sorte de code de bonne conduite linguistique. Il s’agit d’abord de définir la langue dominante : français ? allemand ? breton ? verlan ? Ensuite on s’autorisera plus ou moins des interférences dans la deuxième langue soit par mot ou par phrases entières. Définie ainsi, la communication bilingue est bien plus répandue dans la population qu’on ne le penserait à priori ; allez écouter vos adolescents pendant quelques minutes si vous ne me croyez pas ! Pourquoi se donnent-ils la peine d’inventer et de faire vivre une « nouvelle langue » ? Le monde et la culture des adultes sont-ils trop tristes ou pas assez fun, si l’on peut dire, pour souhaiter en prendre le large, au moins en pensée ? Un autre intérêt du bilinguisme précoce ou tardif est à mon avis qu’il favorise la réflexion. Je me souviens encore un peu de mes cours de philosophie du lycée et notamment de la fameuse triade : thèse, antithèse et synthèse. Quelle richesse pour un individu que de pouvoir réfléchir et comparer en différentes langues et cultures : français/alsacien mais aussi moderne/traditionnel, jeune/vieux, Sud/Nord etc. Certes le résultat risque d’être fort peu académique puisqu’il contient forcément ce germe un peu révolutionnaire déjà décrit plus haut et si nécessaire à toute pensée féconde. Exemple concret concernant la philosophie : du « je pense donc je suis » de Descartes au « je suis vie qui veut vivre au milieu d’autre vies qui veulent vivre (et que je dois donc m’efforcer de respecter, note de l’auteur) » de Schweitzer.

Rappel historique

 

      Le plurilinguisme était déjà d’actualité pendant l’antiquité dans l’empire romain, du moins chez les familles patriciennes. La connaissance du latin et du grec était pour leurs descendants d’une nécessité vitale pour conserver leur rang social. Les latins qualifiaient le nouveau-né d’infans c'est-à-dire « celui qui ne parle pas ». C’est en confiant leurs enfants à une nourrice grecque monolingue qui ne leur parlait que dans cette langue qu’ils étaient vraisemblablement sans le savoir les pionniers du bilinguisme précoce ! Confiés à leur précepteur, vers l’âge de huit ans, ils avaient déjà acquis le latin et le grec par voie naturelle et pouvait poursuivre leur formation dans les deux langues. Celle-ci comportait l’introduction de la lecture et de l’écriture, l’étude des règles de grammaire, l’apprentissage par cœur de listes de vocabulaire militaire, commercial ou administratif ainsi que de nombreuses traductions orales et écrites du latin en grec et vice et versa. Le but de cette éducation était de former ces jeunes romains à des taches de responsabilité dans le cadre militaire ou civil. La stratégie pédagogique consistait par conséquent à approfondir consciemment deux langues apprises préalablement et oralement par voie naturelle et intuitive. Je crois qu’il n’est pas inutile de rappeler sommairement l’histoire plus récente du bilinguisme et de ses rapports tendus avec la constitution des royaumes puis des Etats-nations en particulier en Europe… Le bilinguisme a eu longtemps mauvaise presse dans notre pays. Pourquoi ? L’unité politique de celui-ci s’est accompagnée de conquêtes intégrant des territoires qui ne parlaient pas la langue d’oïl de l’Ile de France. L’unification linguistique était considérée par conséquent comme un moyen de renforcer l’unification politique. Exemple : sous Louis XIV un arrêt du Conseil d’Etat du 30 janvier 1685 ordonne en Alsace l’emploi de la langue française dans les actes publics et proscrit celui de l’allemand au motif qu’il « est directement contraire à l’affection que lesdits Habitants d’Alsace témoignent avoir pour le service de Sa Majesté ». La révolution de 1789 reprendra cette politique en conférant à la langue française une dignité nouvelle : elle est la langue des droits de l’homme et du citoyen. C’est en fait avec la Troisième République et Jules Ferry que cette politique va pouvoir s’accélérer. C’est la loi prescrivant la gratuité, l’obligation et la laïcité de l’instruction primaire de 1880 qui a permis une promotion culturelle et sociale de la nation dans le cadre de la tradition républicaine d’égalité et de fraternité. C’est grâce aux « hussards noirs de la République », instituteurs de l’époque modestement rémunérés mais auréolés de leur savoir et fièrement conscients de leur mission qu’a pu se réaliser la diffusion du français standard de langue d’oïl. Le prix à payer a été l’affaiblissement et parfois la quasi-disparition des autres langues de France. Précisons ici que l’Alsace n’a « bénéficié » ou si vous voulez subi cette politique que plus tard lors de son retour à la France. Nous avons ici l’explication de la relative résistance des dialectes alsaciens dans notre région mais pour combien de temps encore ? La clause « la langue de la République est le français » introduite en 1993 dans la constitution et initialement prévue pour endiguer les débordements de l’anglais, a été régulièrement invoquée par les préfets, le Conseil d’Etat et le Conseil Constitutionnel pour museler les langues régionales de France. Cette intolérance vis-à-vis des langues minoritaires peut aller dans certains pays totalitaires jusqu’à l’interdiction absolue (exemple de l’Italie fasciste envers l’allemand au Tyrol ou de l’Espagne franquiste envers le catalan et le basque). C’est dans ce contexte politique et culturel que peuvent fleurir à volonté des contes d’horreur sur la nocivité du bilinguisme. Pichon a décrit ainsi un « syndrome du bilingue perturbé » comprenant : des perturbations de la latéralisation cérébrale, une structuration imparfaite de l’espace et du temps, une certaine lenteur d’idéation et de réaction, des retards d’acquisition dans les deux langues et surtout une labilité et une incohérence de la personnalité pouvant mener à la schizophrénie ! Il n’était évidemment pas venu à l’idée de ce médecin d’envisager d’autres causes de perturbations chez ses patients comme des carences familiales ou sociales sévères… A partir de l’étude de Child des adolescents italiens à New York en état d’ « anomie », c’est-à-dire en état de désorientation, d’angoisse et d’isolation sociale (1943), et surtout depuis les années soixante (Hansegard en Suède), la distinction va s’opérer entre bilinguisme soustractif et additif. La conclusion de ces études permet de faire la part des choses dans le malaise psychologique des enfants migrants : d’une part une composante sociale, d’autre part une composante purement linguistique. C’est en effet le refoulement d’une première langue au profit d’une deuxième langue totalement inconnue qui conduit le sujet à une restriction radicale de ses possibilités de communication. Cette situation lui impose de ne traduire certaines pensées ou sentiments que de manière primitive en évitant certains sujets ou en les simplifiant à l’extrême (Peter Scherfer, 1982). Ces difficultés affectives, cognitives et linguistiques de la personnalité associées au mépris de la société suffisent à expliquer l’anomie. Il est très important de souligner ici que ces conditions défavorables sont d’autant moins accentuées que l’enfant est plus jeune

Le bilinguisme additif : vive le Canada !

        Avec Peal et Lambert au début des années soixante nous disposons des premières études scientifiques d’abord rétrospectives puis prospectives concernant le développement intellectuel d’un très grand nombre d’enfants bilingues, en l’occurrence français-anglais. Ces études ont bien permis de démontrer la supériorité des bilingues quand on les laisse progresser dans un environnement institutionnel favorable. Les Canadiens ont eu la sagesse ne ne pas se contenter d’études théoriques mais d’en faire bénéficier un grand nombre d’enfants ! Toutes les autres études entreprises par la suite avec la même méthodologie rigoureuse ont toujours abouti au même constat : dans la mesure où les langues impliquées bénéficient d’une considération sociale positive et que la langue maternelle n’est pas sacrifiée, l’acquisition poussée de deux langues procure d’importants avantages cognitifs (Lewis-Balkan, 1970, Sanchez-Lopez et Forteza, 1987, Ricciardelli, 1989, Swain 1990, Diaz et Klinger, 1991, Döpke, 1991, Collier, 1992, Cziko, 1992, Davies, Grove et Wilkes, 2001). Ces études ont abouti à une didactique institutionnelle du bilinguisme institutionnel qui est reconnue internationalement. Celle-ci peut se résumer ainsi : - les deux langues impliquées ne devraient pas être en conflit mais avoir un statut social comparable et bénéficier d’une égale considération; - pour un jeune enfant tout apprentissage est tributaire de conditions affectives favorables notamment de la part des enseignants, la fameuse Nestwärme ou « chaleur du nid » des allemands; - l’introduction de la langue 2 doit être aussi précoce que possible, idéalement dès l’âge de 3 ans, à l’entrée de l’école maternelle; l’exposition à cette deuxième langue doit être intense et durable, si possible du « bac à sable au bac à lauréat… », - la deuxième langue doit être abordée instrumentalement ; on n’apprend pas le basque, le breton ou l’allemand mais on se livre à des activités de toute sorte en se servant de la langue en question. Le cerveau est ainsi fait qu’il n’assimile parfaitement une langue qu’en l’utilisant comme « bonne à tout faire » et non comme une fin en soi. Les déviances acquisitionnelles inévitables ne doivent plus être considérées comme des phénomènes morbides à éradiquer mais comme des étapes inéluctables de l’acquisition. Elles ne peuvent s’éliminer qu’en étant commises et il convient par conséquent de les marginaliser sans les combattre de front. - la langue présentée aux enfants doit être d’une authenticité totale, parfaitement maîtrisée par le maître, ce qui implique d’avoir recours à des « native speakers », locuteurs natifs ou à des enseignants parfaitement bilingues. C’est à ce prix ainsi que les interférences, c'est-à-dire les transferts abusifs de structures phonologiques, lexicales et morphosyntaxiques de la langue maternelle sur la deuxième langue ne fossilisent pas mais restent réversibles et pourront être surmontées ultérieurement. Les performances du modèle immersif : Les premières tentatives d’ouverture de classes bilingues immersives eurent lieu en France (Jean-Marie Bressand, Président-fondateur de l’association Le monde bilingue, Alice Delaunay, 800 classes bilingues français-allemand à Bordeaux dans les années soixante) mais furent brutalement stoppées par la nomenclature éducative et le Ministère de l’Education Nationale. Au Canada par contre les premières expériences positives d’écoles bilingues (Cedar Park, Montréal et Toronto French School dans l’Ontario) et surtout l’étude de Peal et Lambert, The Relationship of Bilingualism to Intelligence, 1962 ont conduit les autorités à propager cette innovation sur la totalité de leur territoire. En France, c’est à la fin des années soixante que des associations de parents vont prendre le relais de l’expérience Delaunay alors en plein essor mais déjà menacée… Cette action se situe dans le cadre d’une revendication plus générale du droit à l’existence de cultures et de langues ignorées ou méprisées par les cénacles parisiens : Seaska au Pays Basque français, La Bressola en Catalogne Nord (Roussillon), Diwan en Bretagne, Calandreta (français-occitan) à Pau et à Béziers. En Alsace, la gestation sera la plus difficile du fait de résistances considérables dues à la filiation germanique des parlers alsaciens-lorrains et surtout au souvenir des horreurs perpétrées par le nazisme. Ce sont les classes canadiennes qui ont été le plus et le mieux étudiées notamment par Lambert et collègues (confère en annexe). Quelles en sont les principales conclusions : - lorsque leur bilinguisme est « installé », c'est-à-dire le plus souvent après au moins 7 à 8 ans, on a pu démontrer aux tests verbaux et non verbaux de QI un gain moyen d’environ 14 points par rapport à un cursus qui aurait été entièrement monolingue ! Ce résultat surprenant s’explique surtout par le fait que le bilinguisme favorise la conceptualisation, la symbolisation, la souplesse des idées, la faculté d’abstraction et la « problem solving ability » ou capacité à résoudre des problèmes. - contrairement aux idées reçues, l’acquisition précoce d’une deuxième langue aboutit à une plus grande maîtrise de la langue maternelle. Ceci s’explique par l’activation intellectuelle plus grande et le travail de comparaison conscient et inconscient qui découle du maniement des deux langues. Il est important de noter que cet avantage n’est le plus souvent démontrable qu’après l’âge de 11-12 ans, après parfois un certain retard initial dans les deux langues par rapport aux groupes de comparaison monolingues… - dans la deuxième langue, les bilingues n’égalent pas totalement en fin de course les locuteurs natifs mais ils les talonnent. La légère différence constatée disparaît par la suite en cas de séjour dans le pays concerné. - la stimulation intellectuelle apportée par le bilinguisme a des répercussions particulièrement favorables dans le domaine des mathématiques. - l’acquisition ultérieure d’une ou de plusieurs langues s’effectue plus facilement et plus rapidement chez les bilingues que chez les monolingues. Ceci s’explique par les propriétés linguistiques plus variées qu’ils peuvent transférer sur la nouvelle langue sans avoir à les réapprendre. - dernier avantage des bilingues : l’attitude ouverte envers d’autres cultures et mode de pensée, l’altérité, si utile dans notre monde « globalisé » ! Les dernières avancées des neurosciences notamment de physiologie cérébrale ont permis d’expliquer un certain nombre des constatations énoncées ci-dessus. Citons les travaux de Spelke (Massachusetts Institute of Technology) et Dehaene (Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale) montrant que la production linguistique et le calcul exact sont régis par la même aire cérébrale frontale, dite de Broca, particulièrement stimulée chez les bilingues surtout précoces (confère annexes). La corrélation entre apprentissage musical et linguistique a été étudiée par des chercheurs chinois de Hongkong et allemands de l’Institut Max Planck de l’Université de Leipzig. L’analyse de phrases musicales notamment celle de leur conformité ou non aux règles de l’harmonie serait opérée par le centre de Broca de l’hémisphère droit alors que celui de l’hémisphère gauche serait plus impliqué dans la gestion de la syntaxe linguistique. Ces recherches conduisent à redéfinir la spécificité de l’aire de Broca : centre d’analyse de chaînes symboliques non seulement linguistique mais aussi mathématique et musical ! L’enseignement bilingue est parfois accusé d’élitisme. Rien n’est plus faux. La stratégie d’acquisition naturelle des langues est donnée à tout être humain normalement constitué, indépendamment du QI. C’est l’enseignement traditionnel des langues qui est élitiste du fait de son approche frontale, non instrumentale, formelle et déductive. Enfin, en ce qui concerne le coût, du fait de son rapport qualité prix la formule immersive défie toute concurrence. Nous pouvons déjà conclure ici avec Jean Petit que du fait des capacités d’acquisition du jeune enfant et de leur régression progressive après 4-5 ans, le monolinguisme apparaît comme une indigence, une sous-alimentation corticale, élevée encore dans certains pays au rang de religion d’Etat ! Le bilinguisme additif précoce, installé dans des conditions précises et connues, se révèle au contraire un puissant facteur de stimulation intellectuelle induisant des retombées positives sur des disciplines cardinales. Il représente une forme d’éducation qu’il serait très utile d’étendre dans toute l’Europe.

Bilinguisme précoce en Alsace

       Le sujet que j’aimerais aborder maintenant est celui du bilinguisme à travers mon expérience personnelle (alsacien/français) mais aussi celle des classes bilingues paritaires français/allemand qui ont fait leur apparition en Alsace il y a une quinzaine d’années. Je dois reconnaître que ce thème du plurilinguisme et du pluriculturalisme m’a toujours passionné. Comme pour mon métier de pédiatre je crois que c’est en Afrique que j’ai le plus appris dans ce domaine des cultures et de l’identité. Je me souviens fort bien d’une discussion avec un ami forestier français du Gabon au sujet des métis afro-européens et de leur intégration dans la société coloniale et post-coloniale. Selon lui ces métis pouvaient devenir des sujets très brillants dans tous les secteurs de la société ou alors d’éternels marginaux à la recherche d’une identité introuvable ! Je crois qu’il en est un peu de même pour toutes ces cultures de transition comme peut l’être par exemple celle de l’Alsace. Je comprends fort bien que certains ne supportent pas cette idée d’appartenir à deux cultures surtout quand celles-ci peuvent apparaître si opposées (ou si on le veut bien complémentaires …) comme par exemple la française et l’allemande. Le postulat que je voudrais défendre ici est que cette rencontre peut non seulement avoir lieu mais encore qu’elle peut être très féconde tant pour l’individu que pour la société, si un minimum de conditions sont respectées…. La courte histoire ne nos premières classes bilingues paritaires précoces nous a permis par ailleurs de mieux comprendre le fonctionnement de nos écoles d’Alsace avec leur environnement si particulier. ALSACE …Le nom français moderne est une adaptation de l'allemand : Elsass > Alsace. « là où il y a des infiltrations d'eau vers l'extérieur». De la racine paléo-européenne AL-(i)S, indiquant le « mouvement [de l'eau] qui dépasse». ( in Lieux dits de Michel Paul Urban, dictionnaire étymologique et historique des noms de lieux en Alsace Editions du Rhin ) . L’Alsace est un merveilleux jardin pour reprendre l’expression de Louis XIV découvrant la plaine du Rhin supérieur. Par contre son histoire est tumultueuse et comparable à mon avis à celle des enfants de parents qui se disputent ! Comment réagissent ces derniers dans ces situations difficiles ? Je crois qu’ils essayent spontanément et de toutes leurs forces de garder le contact avec leur père et leur mère, sûrement avec le secret espoir de les réconcilier. Il en est ainsi pour de nombreux alsaciens qui naviguent sans cesse entre influences occidentales et orientales à la recherche de leur identité propre. Ce sujet a déjà été abordé par de nombreux auteurs dont Frédéric HOFFET dans sa « psychanalyse de l’Alsace » et de façon plus magistrale par Albert SCHWEITZER qui a élargi cette problématique à celle de la Civilisation dans son ensemble (La civilisation et l’éthique, traduction de Kultur und Ethik de 1925 par Madeleine Horst, édition Alsatia 1975). Les personnes qui aiment l’Alsace comprendront aisément que le choix plurilingue pour nos enfants dépasse de loin en importance la simple acquisition de plusieurs langues. Il s’agit en fait de retrouver une région forte, solidaire, fidèle à son pays certes mais ouverte aussi « au grand large », à commencer par son voisin d’Outre-Rhin. Et c’est ici que les difficultés commencent pour ne nombreuses familles alsaciennes. Pour quelles raisons ? Les évènements tragiques du XX° siècle ont créé un intense ressentiment vis-à-vis de la culture germanique en général et de l’Allemagne en particulier. J’ai toujours été frappé lors de mes nombreuses réunions pour la promotion des classes bilingues, y compris lors de conseils municipaux, par ce que nous nommons ici « le complexe alsacien ». Je crois que le terme de « Hassliebe », littéralement « amour mêlé de haine » correspond assez bien au sentiment de nombreux Alsaciens vis-à-vis de l’Allemagne. Il est très différent suivant les âges mais évidemment bien plus fort pour toutes celles et ceux qui ont vécu les atrocités des guerres mondiales et en particulier celles de la deuxième. On remarque par exemple que les plus anciens qui sont par ailleurs les meilleurs germanophones alsacien et/ou allemand sont aussi ceux qui développent le plus ce sentiment ambigu vis-à-vis de nos voisins d’outre-Rhin. Je pense que ce bref rappel des conditions historiques était nécessaire aux non-initiés des subtilités de notre histoire pour comprendre la chute spectaculaire du versant germanique de notre culture après la deuxième guerre mondiale. Un certain renouveau est perceptible depuis quelques années dans le sillage de la réconciliation franco-allemande amorcée par le Traité de l’Elysée. Il se manifeste entre autres par l’extension des classes bilingues mais aussi par un début de signalétique bilingue ou trilingue dans nos villes et villages ou d’autres créations culturelles originales. Cette évolution est saine et contribue à renforcer l’image de notre petite région rhénane. Je crois qu’il en est des Alsaciens comme de n’importe quel habitant de notre planète : si l’on souhaite qu’il s’ouvre aux autres il faut d’abord lui apprendre à mieux se connaître et à s’accepter tel qu’il est c’est à dire avec une histoire démythifiée comprenant ses bons et ses moins bons côtés…. Dans le cadre de mon travail auprès des enfants handicapés, j’ai eu l’occasion de m’intéresser également à l’éducation et à la culture des enfants sourds (Actes de la journée d’étude et de recherches sur la surdité, CTNRHI, Paris 2003). J’ai été frappé par la similitude de la problématique identitaire des personnes sourdes et de celles vivant dans un environnement multiculturel comme le nôtre. La plupart des spécialistes de ce sujet s’accordent à proposer systématiquement et le plus précocement possible à ces enfants une éducation bilingue (langue des signes en première langue et langue officielle du pays en deuxième langue). Le développement récent de la technique des implants cochléaires favorise encore plus cette approche moderne qui permet non seulement de respecter l’identité culturelle liée à la langue des signes mais aussi de créer une passerelle vers le monde des « entendants ». Les avantages du bilinguisme ont été fortement soulignés lors de cette réunion. Ne pourrions nous pas reprendre certaines de ces idées pour nos enfants d’Alsace en proposant différentes approches scolaires ayant pour but un plurilinguisme associant le français en première langue et différentes langues germaniques, des plus proches aux plus lointaines (dialectes alsaciens, allemand, anglais) ? Je crois que dans ce domaine comme dans celui de la surdité les techniques médicales et pédagogiques ont fait récemment de grands progrès. Il s’agit maintenant de les appliquer avec le rythme suffisant pour aller de l’avant tout en se donnant les moyens surtout humains qui sont nécessaires pour en garantir la qualité. C’est ici que nous attend un autre problème qui est lié directement au mode de gestion de notre pays. Du fait de la centralisation administrative les décisions sont appliquées lentement et sont souvent remises en question par les « décideurs » suivants. C’est pour cette raison que manque cruellement la vision et surtout l’engagement financier mais aussi humain à long terme. La seule méthode qui a démontré une certaine efficacité est la prise en compte réelle du travail d’associations en particulier de parents mais aussi de fédérations d’associations. Il convient de citer ici le Comité Fédéral pour les langues alémanique et francique dont je suis par ailleurs le vice-président (Comité Fédéral des Associations pour la langue et la culture régionales d'Alsace et de Moselle, 29, rue de la Corneille, 68000 COLMAR,  www.alsace-lorraine.org  ). Le résultat le plus spectaculaire de cette large concertation a été la signature en l’an 2000 entre l’Etat et les Collectivités Locales de la Convention de Politique Régionale des Langues Vivantes (confère en annexe) qui n’a malheureusement pas été appliquée comme elle aurait du l’être, mais à qui la faute ? Certains ont pu estimer comme un ancien ministre de l’Education Nationale qu’il était dépassé d’ « encombrer » l’esprit de nos enfants avec des cultures « secondaires » comme celles de nos langues régionales. Au XXI° siècle l’anglais et l’informatique seraient les seules matières utiles et nobles qui leur permettraient de s’insérer harmonieusement dans ce merveilleux village planétaire. Quelle régression culturelle ! Heureusement un peu partout dans le monde des voix s’élèvent, des combats se mènent, et pas uniquement par des discours, contre cette triste uniformisation linguistique et culturelle de notre monde. Chaque lutte est un combat en faveur de la culture universelle et de l’éthique, même celle qui semble la plus désespérée comme par exemple celle des aborigènes de l’Ile de Pâques (Comment sauver le rapa nui ? Courrier international - n° 714 - 8 juil. 2004) ! Peut-on faire un plus beau cadeau à un enfant où qu’il se trouve que de lui offrir des racines et des ailes ? La publication des dernières études prospectives canadiennes concernant les méthodes d’immersion précoce des enfants dans une deuxième langue nous conforte dans ce choix pédagogique qu’on pourrait qualifier en France de révolutionnaire ! ( Lambert, European Journal of Psychology of Education, 1993, vol VIII, n°1, 3-22 ) Quelles en sont les principales conclusions ? Certains paramètres sont déterminants pour assurer une bonne efficacité dans la deuxième langue, étudiée ici par Lambert avec différents programmes d’acquisition du français par de jeunes anglophones (confère schéma en annexes) : - le temps consacré à l’étude de la langue cible, en y incluant le point de mise en immersion (précoce ou différée). Les progrès dans l’approche d’une compétence de locuteur natif dépendent directement du temps consacré à l’étude et de la précocité du démarrage. - le second paramètre est celui de la méthode utilisée : les progrès sont bien plus rapides en cas d’utilisation instrumentale de la langue pour l’acquisition de savoirs disciplinaires que lorsqu’on considère celle-ci comme un savoir disciplinaire. - enfin, l’efficacité de ces méthodes est considérablement augmentée si l’on offre aux élèves la possibilité d’interagir dans la salle de classe et en dehors avec des locuteurs natifs de leur âge. J’avais pu livrer mes premières impressions de pédiatre mais aussi d’ancien conseiller municipal de ma ville de Rixheim au sujet de l’extension progressive du bilinguisme dans les écoles associatives puis publiques de notre région depuis 15 ans (Land un Sproch, les cahiers du bilinguisme n°134-2000; pages 10-11, Strasbourg). Que de chemin parcouru depuis lors, non sans mal parfois, par les enfants, leurs parents et leurs maîtres (confère l’évolution des effectifs des classes bilingues paritaires dans les écoles maternelles, élémentaires, collèges et lycées en annexes). C’est avec grand plaisir que j’ai accepté votre invitation à ce colloque très intéressant pour venir partager avec vous nos réussites, nos difficultés mais aussi et surtout nos espoirs en ce qui concerne ce domaine si caractéristique et sensible de l’Alsace : la politique des langues…Quels sont les points les plus actuels de ce dossier en 2004 dont nous pourrions peut-être discuter pendant notre réunion ? - le récent élargissement de l’Union Européenne entraînant un débat passionné au sujet de sa nouvelle constitution devrait permettre d’aborder à nouveau la place des langues minoritaires mais aussi l’importance cruciale de la formation au plurilinguisme en particulier de nos plus jeunes concitoyens - la publication et la remise solennelle de la « Charte de la graphie alsacienne » au début de cette année par le Professeur Albert HUDLETT de l’Université de Haute-Alsace, après une concertation exemplaire en 2003 des principaux écrivains germanophones d’Alsace et de Moselle, nous donne un espoir réaliste d’une clarification future de l’écriture des différentes variétés de notre langue. Ce consensus graphique pourrait même être utile à nos voisins rhénans suisses et allemands dont les dialectes alémaniques et franciques sont très proches des nôtres. - enfin, l’engagement renouvelé des Conseils Généraux du Haut-Rhin, du Bas-Rhin ainsi que du Conseil Régional d’Alsace en faveur du bilinguisme français/allemand/langue régionale peut se résumer ainsi : développer une « vraie » Région avec une identité linguistique et culturelle originale et plurielle, d’autre part en faire « la plus européenne » des Régions de France avec un programme scolaire exemplaire de bilinguisme précoce, intensif et continu de la maternelle à la terminale ou si vous voulez du bac à sable au baccalauréat ! Malgré les lenteurs institutionnelles, les difficultés économiques, l’instabilité politique, nous pensons que l’engagement à long terme de nombreuses associations mais aussi de simples citoyens devrait porter ses fruits. Nous avons bien conscience que le développement d’une culture de trait d’union entre les mondes latins et germaniques dépasse en importance la légitime sauvegarde de notre patrimoine linguistique. L’avenir nous dira si l’Histoire aura permis à notre petite patrie si malmenée au cours du siècle précédent de réaliser enfin son vieux rêve de devenir le foyer naturel du bilinguisme franco-allemand au sein d’une Europe pacifiée, celui qu’évoquait déjà avec passion et grand talent Victor HUGO dans « Le Rhin ».

Es wààrt schun làng e schwàrzes schiffel im Ried : es schlooft im schilf an de roschtiche kett. Fer wenne denn ? fer wenne denn ? Fàhrt's endii helluf sunnewàrts, odder rutscht's ball runter bis en de blinde sumpf? Wer weiss es denn ? wer weiss es denn ? Depuis longtemps, longtemps, la barque noire attend amarrée immobile au cœur du Ried brumeux. Entre les joncs elle somnole au bout de sa chaîne rouillée. Mais qui donc attend-elle, sur la rive déserte ? Va-t-elle bientôt fuser, faucon, vers le soleil, ou sombrer dans la boue jusqu'au fond du marais - qui le saura jamais ? qui le saura jamais ? LA BARQUE DANS LE VIEUX RHIN Claude VIGEE, dans le Creuset du vent http://www.sdv.fr/judaisme/perso/vigee/  E schrej. E schrej esch's letscht was dr ewriblit vor ass de s schnüfe ufstecksch wann d'die langs am rhin annestrecksch un d'vogese di met roschtigem läub züedecke e schrej un cri il ne te restera qu'un cri lorsqu'avant ton dernier souffle tu te coucheras le long du Rhin et que les Vosges te recouvriront de feuilles mortes un cri ein Schrei ein Schrei das ist alles was dir übrigbleibt beim letzten Atemzug wenn du dich am Rhien hinstreckst und die Vogesen dich mit rostigem Laub zudecken ein Schrei a cry Nothing but a cry is left to you before you cease breathing and you stretch yourself out along the Rhine and the Vosges are covering you up with blighted leaves a cry André WECKMANN-Eugène PHILIPPS http://mapage.noos.fr/ephil/

La convention au placard ? Dans une lettre adressée aux présidents des collectivités locales alsaciennes et aux représentants de l'État en Alsace, le sénateur honoraire Henri Goetschy, auquel s'est associé Gérard Cronenberger, maire d'Ingersheim et président de l'association des élus du Haut-Rhin pour la promotion de la langue et de la culture d'Alsace, déplore "le traitement méprisant qui est réservé à l'Alsace" quant au respect de la convention portant sur la politique régionale des langues vivantes dans le système éducatif en Alsace de 2000 à 2006. " L'Éducation nationale s'engage notamment à spécialiser en moyenne 50 maîtres par an sur la durée de la convention..." Or, "déjà en 2002 il y a eu un manquement grave avec seulement 39 postes mis au concours de professeurs d'écoles langue régionale. A présent, cela atteint l'insupportable : l'arrêté ministériel du 2 mai paru au Journal officiel le 5 mai 2003 décide la création pour les concours externes : 11 postes pour le Pays basque (200 000 habitants), 8 postes pour le Pays catalan (200 000), 20 postes pour la Corse (180 000), l'Alsace, plus d'un million sept cent mille habitants, 31 postes au lieu des 50 pour lesquels l'État est totalement engagé ! (...) Je ne peux pas et ne peux plus me taire : il y a de la tromperie" martèle Henri Goetschy avant d'inviter les élus alsaciens à "conduire une démarche commune et publique pour faire respecter la convention et nous situer effectivement dans un État de droit".  voir aussi: Association des Elus du Haut-Rhin pour la promotion de la langue et de la culture alsaciennes  42, rue de la République 68040 INGERSHEIM tel 03 89 27 90 10 fax 03 89 27 90 19

NEW  Bilinguisme et coopération transfrontalière, Projet de l'Académie de Strasbourg 2003-2007; venez donner votre avis sur:  le forum voir aussi: Das Elsässisch lebt auf, weil es stirbt

En souvenir du Pr Jean Petit Toute l'Alsace et la Moselle portent le deuil de ce remarquable psycholinguiste qui a donné à l'Alsace un nouvel espoir. Tous ces enfants qui se voyaient et se sentaient frustrés de leur langue par un acharnement idéologique de l'appareil d'État, plus préoccupé d'anéantir leur patrimoine linguistique et culturel que de leur épanouissement doivent beaucoup à leur ardent défenseur. Inlassable, le Professeur Jean Petit, malgré une santé délicate, a parcouru moult fois ce long trajet de Catalogne en Alsace-Moselle pour se mettre au service de notre langue régionale et de nos tout petits qui en étaient privés et promis à l'acculturation. Ses profondes convictions démocratiques et humanistes ne pouvaient supporter que le parti pris et l'ignorance puissent étioler la joie de vivre et de découvrir de nos enfants et rabougrir par un monolinguisme exclusif leurs dons et leurs connaissances. Ses découvertes, ses connaissances scientifiques son expérience du bilinguisme et plurilinguisme lui donnait une autorité mondiale aussi bien en France qu'en Allemagne où il mena ses recherches ainsi qu'au Canada... Dans notre Région, si souvent discréditée et dévalorisée dans ce qui est sa richesse patrimoniale, il a apporté un message de réhabilitation, de grandeur et de hauteur de vue réconciliant avec leur langue régionale même ceux auxquels on en avait inculqué la honte. De son action, son autorité scientifique, ses talents d'orateurs, ses convictions profondes et ses vues d'avenir émanait une persuasion irrésistible... Henri Goetschy

GERIPA " Groupe d'études et de recherches interdisciplinaires sur le plurilinguisme en Alsace et en Europe " (Dir. Albert Hudlett) SYMPOSIUM Vers l'harmonisation de la graphie des parlers alsaciens " Elsassisch schriwe un lase : des isch e Pläsier" Date : Samedi 24 Mai 2003 ( de 9h à 17h ) Lieu : Institut Universitaire de Technologie Rue du Grillenbreit Colmar Organisateur : GERIPA " Groupe d'études et de recherches interdisciplinaires sur le plurilinguisme en Alsace et en Europe " (Université de Haute Alsace) Responsables scientifiques et contact : - Albert Hudlett, Professeur des Universités, germaniste, géolinguiste, Directeur du GERIPA Faculté des Lettres 10 rue des Frères Lumière 68 093 Mulhouse Cedex Tél. 00 33 (0)3 89 65 08 24 Fax. 00 33 (0)3 89 33 63 99 Mail  A.Hudlett@uha.fr  - Edgar Zeidler, Docteur en linguistique, germaniste, Chargé du cours d'alsacien dans le Diplôme Universitaire de Langues et Cultures d'Alsace (DULCA) à la Faculté des Lettres Envoi de l'information et des invitations (début avril 03) : étape franchie Enregistrement de la réponse des invités (pour le 10 mai 03) : Diffusion du programme définitif, liste des participants ( 15 mai 03) : Mulhouse avril 2003 Madame, Monsieur, Nous avons le plaisir de vous inviter au Symposium sur la graphie des parlers alsaciens. La lecture d'un texte écrit en alsacien doit avant tout être un moment de plaisir ; pour le goûter pleinement et l'apprécier, l'auteur doit épargner au lecteur la fastidieuse tâche du déchiffrage. En effet, s'il existe un lien étroit entre la poéticité et la graphie, il existe également un rapport immédiat entre la réception et la lecture d'un poème. Le regain d'intérêt des élèves ( écoles maternelles, primaires, collèges, lycées et étudiants ) pour les diverses facettes de notre langue régionale dans son expression dialectale est évident, mais la multiplicité et la diversité des graphies représentent incontestablement pour les générations actuelles et futures une source de difficulté au niveau de la lecture, partant de son intelligibilité. C'est pourquoi l'effervescence autour de la problématique de la configuration de la graphie interpelle tant les auteurs de textes écrits dans les différentes variantes locales que les enseignants appelés un jour à faire découvrir aux élèves le plaisir que leur procure la lecture de ces textes ou encore les phonéticiens sensibles aux débats qu'induit la fluctuation des graphies. Sont concernés par cette mise en commun tous ceux qui à un titre quelconque sont amenés à écrire et à lire des textes en dialecte. En effet, cette manifestation a pour objets essentiels d'échanger nos points de vue et prendre conscience de l'opportunité d'harmoniser la graphie de nos divers parlers. Il s'agit d'une journée de réflexion sur l'établissement d'un tableau de correspondances entre les signes graphiques et leurs valeurs phonétiques respectives. Il n'est pas question d'entraver la création poétique des auteurs, mais de leur suggérer une démarche commune qui puisse susciter notamment auprès des jeunes le goût de lire un texte dans la version " originale ", c'est-à-dire respecter le phonétisme propre de la langue de l'auteur avant de le transposer dans tout autre dialecte, c'est-à-dire en faire une lecture aménagée dans le propre dialecte du lecteur (= variante), tentative hésitante qui souvent se solde malheureusement par la perte de la musicalité, à savoir la richesse poétique du texte. Le moment nous semble venu d'accorder nos violons pour instaurer à l'échelle de notre aire dialectale une graphie qui puisse à la fois satisfaire au génie poétique et aux exigences des créateurs et répondre aux attentes des lecteurs, c'est-à-dire faciliter à ces derniers l'accès aux textes quel qu'en soit le genre. Soyez les bienvenus à cette importante journée qui pourrait marquer le début d'une nouvelle conception de la graphie et d'une démarche consensuelle en vue de la pérennisation de la langue régionale. Nous avons besoin de votre avis. Veuillez agréer, Madame, Monsieur, l'expression de nos cordiales salutations. PROGRAMME PROVISOIRE DE LA JOURNEE DU 24 MAI 2003 Langues du symposium : Français et toutes les variantes de la langue régionale A partir de 8h30 : Accueil des participants à l'IUT de Colmar 34 rue du Grillenbreit 9h00 : Allocution de bienvenue et ouverture du symposium par un représentant de l'Université 9h15 : Introduction à la thématique et présentation des objectifs ( M. Albert Hudlett, UHA, responsable du GERIPA) 9h30 : Lecture de poème Table ronde : auteurs, acteurs, lecteurs, enseignants, apprenants, linguistes ( phonéticiens) La synopsis géolinguistique Poéticité et graphie Le plaisir de lire l'alsacien (les variantes phonétiques d'un même texte) Les chances de la renaissance de la langue régionale passent par la graphie De l'utilité d'une charte de la graphie unifiée des parlers alsaciens 10h30 : Mise en place des ateliers (M. E. Zeidler, UHA) et début des travaux 12h30 : Déjeuner (restauration sur place) 14h : Séance plénière Conclusions des ateliers et discussion 15h : Présentation du Tableau des correspondances et proposition d'adoption de chaque signe (Projection sur écran) 16h : Proposition de la " Charte de la graphie des parlers alsaciens " (GRAPHAL-UHA) 17h : Fin du colloque Composition et objectifs des ateliers : - Un atelier accueillera au maximum 15 personnes - Les ateliers refléteront de façon indifférenciée les chatoiements des parlers de notre région Fonctionnement - Ecoute d'un choix de textes courts (poèmes et prose) et transcription de cet échantillonnage - Lecture de textes divers reflétant quelques variantes diatopiques Objectifs - Découverte et localisation des différences phonétiques et graphiques - Discrimination auditive en vue du Tableau des correspondances Phonétique/Graphie assortis d'exemples Discussion en vue de l'établissement du tableau de correspondances graphie/phonétique - De l'utilité d'un compromis en vue de l'objectif par rapport au lecteur et à la mission des auteurs GERIPA Université de Haute Alsace S Y M P O S I U M Vers l'harmonisation de la graphie des parlers alsaciens " Elsassisch schriwe un lase : des isch e Pläsier" Date : 24 mai 2003 ( de 9h à 17h ) Lieu : Institut Universitaire de Technologie Rue du Grillenbreit Colmar C O U P O N - R E P O N S E A renvoyer avant le 10 mai 2003 à Albert Hudlett, Professeur des Universités, germaniste, géolinguiste, Directeur du GERIPA Faculté des Lettres 10 rue des Frères Lumière 68 093 Mulhouse Cedex Tél. 00 33 (0)3 89 65 08 24 Fax. 00 33 (0)3 89 33 63 99 Mail :  A.Hudlett@uha.fr  

MUSIQUE: DIE GEDANKEN SIND FREI 1. Die Gedanken sind frei, Wer kann sie erraten, Sie fliehen vorbei, Wie nächtliche Schatten. Kein Mensch kann sie wissen, Kein Jäger erschießen Mit Pulver und Blei. Die Gedanken sind frei! 2. Ich denke was ich will Und was mich beglücket, Doch alles in der Still', Und wie es sich schicket. Mein Wunsch, mein Begehren Kann niemand verwehren, Es bleibet dabei: Die Gedanken sind frei! 3. Und sperrt man mich ein In finsteren Kerker, Ich spotte der Pein Und menschlicher Werke. Denn meine Gedanken Zerreißen die Schranken Und Mauern entzwei, Die Gedanken sind frei! 4. Drum will ich auf immer Den Sorgen entsagen Und will dich auch nimmer Mit Willen verklagen. Man kann ja im Herzen Stets lachen und scherzen Und denken dabei: Die Gedanken sind frei!  Je pense ce que je veux, elles sont libres, les pensées, et ce qui rend heureux. Personne ne peut les arrêter. Je le fais en silence, mes pensées peuvent s'envoler à ma convenance comme une ombre dans l'obscurité. Mon désir, ma volonté, aucun homme ne peut les deviner. Personne ne peut les refuser, aucun chasseur les tuer C'est ma réalité Aucun fusil assassiner la liberté de penser, la liberté de penser. Et si l'on me jette dans un cachot profond, toujours il me reste ma vérité au fond. Aucun mur ne peut lui résister: liberté de penser. Aucune frontière l'arrêter: "die Gedanken sind frei" c'est ma réalité. Liberté de penser, la liberté de penser. La liberté de penser, die Gedanken sind frei.Text und Melodie in "Lieder der Brienzer Mädchen", in Bern zwischen 1810 und 1820 gedruckt; oben ähnlich Hoffmann-Richters "Schlesischen Volksliedern", Leipzig 1842 Text auf süddeutschen Flugblättern aus der Zeit zwischen 1780 und 1800. Der Grundgedanke ist schon in Freidanks mittelhochdeutscher Spruchdichtung "Bescheidenheit" (d. h. Bescheidwissen, Lebensweisheit) vom Jahre 1229 ausgesprochen: "Diu bant mac nieman vinden, diu mine gedanke binden". Walther von der Vogelweide (etwa 1170 bis 1230) singt: "Sind doch Gedanken frei", der österreichische Minnesänger Dietmar von Aist (12. Jahrh.): "Die Gedanken, die sind ledig frei" Pour en savoir plus: http://ingeb.org/Lieder/diegedan.html 

NEW  Jean PETIT, Université de Reims et de Constance  L'ALSACE A LA RECONQUÊTE DE SON BILINGUISME EINE SCHWERE WIEDERGEBURT  (avec la très aimable autorisation de J.PETIT)  

L'HISTOIRE JUSQU'EN 1945     L'EVOLUTION LINGUISTIQUE EN ALSACE DE 1945 A 1990    

NEW Hans em Schnockeloch (musique et paroles)     BILINGUISME EN ALSACE ET AILLEURS (liens utiles) 

Bilan d’étape en l’an 2000 des écoles bilingues paritaires français-allemand de Rixheim, de l’essai de sauvegarde d’une langue régionale, l’alsacien, à l’éducation au respect des cultures et des patrimoines de l’Europe et du Monde : enfants d’Alsace et citoyens du Monde ? 

Land un Sproch, les cahiers du bilinguisme n°134-2000; pages 10-11, Strasbourg.

        Wer fremden sprachen nicht kennt, weiss nichts von seiner eigenen  ( Celui qui ne connaît pas les langues étrangères ne sait rien de sa langue maternelle )   Johann Wolfgang Goethe. Maximen und Reflexionen,II, n°23

        Den Unterschied zwischen den beiden Sprachen empfinde ich in der Art, als ob ich mich in der französischen auf den wohlgepflegten Wegen eines schönen Parkes erginge, in der deutschen aber mich in einem herrlichen Wald herumtriebe. Aus den Dialekten, mit denen sie Fühlung behalten hat, fliesst der deutschen Schriftsprache ständig neues Leben zu. Die französische hat diese Bodenständigkeit verloren. Sie wurzelt in ihrer Literatur. Dadurch ist sie im günstigen wie im ungünstigen Sinne des Wortes etwas Fertiges geworden, während die deutsche in demselben Sinne etwas Unfertiges bleibt. Die Vollkommenheit des Französischen besteht darin, einen Gedanken auf die klarste und kürzeste Weise ausdrücken zu können, die des Deutschen darin, ihn in seiner Vielgestaltigkeit hinzustellen. Als die grossartigste sprachliche Schöpfung in Französisch gilt mir Rousseaus "Contrat Social". Als das Vollendetste in Deutsch sehe ich Luthers Bibelübersetzung und Nietzsches "Jenseits von Gut und Böse" an.  Albert Schweitzer (Aus meinem leben und denken)

       " L'amour  1 En effet, supposons que je parle les langues des hommes et même celles des anges : si je n'ai pas l'amour, je ne suis rien de plus qu'une trompette claironnante ou une cymbale bruyante. 2 Supposons que j'aie le don de prophétie, que je comprenne tous les mystères et que je possède toute la connaissance ; supposons même que j'aie, dans toute sa plénitude, la foi qui peut transporter les montagnes : si je n'ai pas l'amour, je ne suis rien. 3 Si même je sacrifiais tous mes biens, et jusqu'à ma vie, pour aider les autres, au point de pouvoir m'en vanter , si je n'ai pas l'amour, cela ne me sert de rien. 4 L'amour est patient, il est plein de bonté, l'amour. Il n'est pas envieux, il ne cherche pas à se faire valoir, il ne s'enfle pas d'orgueil. 5 Il ne fait rien d'inconvenant. Il ne cherche pas son propre intérêt, il ne s'aigrit pas contre les autres, il ne trame pas le mal . 6 L'injustice l'attriste, la vérité le réjouit. 7 En toute occasion, il pardonne, il fait confiance, il espère, il persévère. 8 L'amour n'aura pas de fin. Les prophéties cesseront, les langues inconnues prendront fin, et la connaissance particulière cessera. 9 Notre connaissance est partielle, et partielles sont nos prophéties. 10 Mais le jour où la perfection apparaîtra, ce qui est partiel cessera. 11 Lorsque j'étais enfant, je parlais comme un enfant, je pensais et je raisonnais en enfant. Une fois devenu homme, je me suis défait de ce qui est propre à l'enfant. 12 Aujourd'hui, certes, nous ne voyons que d'une manière indirecte , comme dans un miroir. Alors, nous verrons directement. Dans le temps présent, je connais d'une manière partielle, mais alors je connaîtrai comme Dieu me connaît. 13 En somme, trois choses demeurent : la foi, l'espérance et l'amour, mais la plus grande d'entre elles, c'est l'amour."    (Saint Paul, premier épître aux Corinthiens 13)

        " Je pense que la paix intérieure dépend largement de l'éducation reçue et de l'état de la conscience. Si nous y réfléchissons, nous savons que plus on a d'amis, plus on est heureux. Plus on se fait d'ennemis, plus on souffre. Pour avoir des amis, il faut de la chaleur humaine, un cour généreux et une attitude sincère; partager les souffrances et les problèmes des autres. L'économie moderne nous oblige à dépendre fortement les uns des autres. Le citadin a besoin des fermiers. Le fermier des citadins et des productions de la ville. Cette relation d'interdépendance n'existe pas seulement entre pays, mais aussi entre continents. Voilà le paysage économique actuel. Dans de telles circonstances, la seule voie possible passe par un sens des responsabilités au plan universel. Pensez à chacun comme une partie d'un tout. Si l'on pense seulement à soi et pas aux autres, nous souffrirons. Les problèmes de population nous enseignent aussi la nécessité d'un véritable sens de la fraternité et des responsabilités universelles. La question des ressources naturelles confirme que l'humanité doit désormais se penser comme une entité solidaire. Cela n'a rien à voir avec la religion. Si nous souhaitons un futur heureux et paisible pour nos enfants, nous devons commencer à orienter nos pensées et nos efforts pour y parvenir."    (Tenzin Gyatso quatorzième Dalaï-Lama)

Les techniques progressent plus vite que les mentalités... 

                  Pour bien des observateurs, le vingt et unième siècle a commencé en 1989,année au cours de laquelle a été célébré l’anniversaire de la révolution française de 1789.Dans le monde entier, des évènements parfois heureux mais le plus souvent tragiques ont succédé à cette commémoration. Les premières classes bilingues associatives paritaires français allemand ont été créées en Alsace peu après, au début des années 1990, à l’initiative des parents d’élèves soutenus par l’ensemble des collectivités alsaciennes. Rappelons que le principe pédagogique central de ces classes repose sur l’utilisation alternée à parité des deux langues comme langue de " travail ". Par la suite, poussée par ce mouvement, l’Éducation Nationale a pris le relais. C’est le psycholinguiste français Jean Petit, lui-même bilingue français béarnais et professeur d’ université à Reims et à Constance, qui a été choisi pour piloter cette " innovation " alsacienne . Ayant eu l’occasion de refaire le point avec lui après 10 années de recul, nous pouvons conclure dès à présent avec les observateurs neutres de l’Éducation Nationale que ce bilan est largement positif malgré de nombreuses résistances institutionnelles prévisibles. Il s’agissait en fait au départ d’un projet régional novateur, partant véritablement des attentes d’une grande partie de la population. Il a fallu qu’il se fraye un chemin entre les idéologies et le laisser-faire qui entravent si souvent les avancées dans tous les domaines. Il illustre à mon avis assez bien les tensions qui sont perceptibles dans notre pays entre tradition centralisatrice et décentralisation avec ouverture européenne d’autre part. L’Alsace a été de tout temps un endroit privilégié pour palper le " pouls " de l’Europe : carrefour ou champs de bataille.

                Après les premières années de maternelle au cours desquelles l’enfant s’ approprie progressivement la 2° langue, l’allemand, on observe une compréhension et une expression de qualité dans cette langue( à l’oral comme à l’écrit) dès le cycle primaire et une véritable ouverture biculturelle déjà bien avant le collège. D’autres effets heureux sont repérés statistiquement par les nombreuses évaluations pédagogiques faites tout au long de la scolarité : de meilleures acquisitions en mathématiques, en français, un goût pour d’autres langues et une plus grande ouverture d’esprit. Sur le plan des effectifs, à la rentrée 1999-2000, 40% des enfants de maternelle et environ 8% des enfants de primaire (les pionniers de 1992…)suivaient ce cursus à Rixheim, de la petite section de maternelle jusque au CM2 ! Ce projet présente quelques originalités surtout pour un pays organisé à partir d’ un service public puissant et fortement centralisé comme l’est la France :

-tout d’ abord il s’agit d’ une initiative authentiquement régionale à partir de besoins économiques et culturels alsaciens.

-ensuite, il a nécessité une recherche continue de consensus(qui n’est pas terminée…)entre les attentes des enfants et des parents, des enseignants et des instances politiques et administratives locales, nationales et parfois mêmes européennes.

                  Ces particularités expliquent ses forces et ses faiblesses : il est fortement investi et soutenu par ses principaux promoteurs, les familles, les maîtres volontaires français et allemands, les associations culturelles ; mais il est à la merci des résistances et parfois des revirements des différents échelons de pouvoir dont la bonne volonté reste nécessaire pour appliquer les décisions prises par leurs prédécesseurs. Nous notons ici un défaut assez hexagonal de débat continuel et parfois interminable même après l’obtention d’un consensus et d’une décision d’application. On pointe aussi les difficultés des réformes dans notre pays où les initiatives viennent habituellement du centre, le " sommet de la pyramide ", et sont relayées ensuite vers la " base " ce qui ne va pas sans distorsions plus ou moins importantes par rapport aux réalités du terrain…Dans une situation inverse, il y a tout un travail de coordination à réaliser pour que les administrations locales et nationales puissent continuer à travailler si possible en bonne harmonie. 

                  Qu’avons nous appris pendant ces dix années ? D’une part, les résultats ne peuvent s’obtenir avec des enfants, quelque soit leur niveau, qu’avec un travail d’équipe et beaucoup de temps. Cette continuité dans le temps et l’espace doit comprendre obligatoirement : l’enfant, sa famille élargie, ses maîtres, l’environnement extrascolaire( tout un contexte historique et géographique par lequel on définit un village, une région ou un pays…).D’autre part, on aborde avec cette expérience un des domaines essentiels de la citoyenneté, c’est à dire la possibilité pour un individu de s’intégrer dans une communauté sans obligation d’assimilation totale à une langue, une culture unique et en quelque sorte exclusive. Il s’agit là d’une donnée fondamentale de la préservation d’une identité plus autonome c’est à dire qui ne dépende pas exclusivement de l’extérieur. 

                   Il est troublant de constater que ce besoin accru de liberté et d’identité devient quasi universel à l’aube du 21° siècle du Transkei à Berlin en passant par le Chiapas ou même de nombreuses régions françaises (notamment la Corse)! Certains y ont vu un repli pouvant nourrir des conflits inter ethniques voire le pangermanisme ! N’est il pas tout aussi dangereux de nier toute histoire personnelle d’ un individu au profit d’une appartenance à un modèle historique figé(celui de la révolution française de 1789)ou à un monde " globalisé " qui n’apparaît en fait le plus souvent que comme un gigantesque supermarché ? Notons au passage l’évolution culturelle de nos anciennes colonies dans lesquelles les liens avec l’ancien pouvoir ne sont plus systématiquement refoulés mais où l’on redécouvre aussi l’importance de l’ Histoire pré-coloniale(par exemple le nouveau concept du français, langue de partage du monde de la francophonie sans en être la langue unique et donc dominatrice…).

                    Ne faut-il pas voir également dans cette mode actuelle quelque peu romantique de retour aux " sources ",au village ou à la forêt pour certains…, une interrogation plus profonde quant à l’avenir de notre civilisation occidentale, prise dans une accélération vertigineuse ? La langue et la culture locales peuvent-elles encore jouer un rôle de protection mentale face à la dispersion et parfois le désarroi provoqués par la complexité et les frustrations du monde moderne, avec de la nostalgie mais sans passéisme ? 

                    Quoiqu’il en soit, nous pouvons souhaiter que les premiers résultats positifs des écoles bilingues paritaires français allemand encouragent les Alsaciens à persévérer dans ce projet éducatif d’avant garde qui est un pas de plus vers une Alsace apaisée au sein d’une Europe unifiée(de la psychanalyse de l’Alsace à sa psychothérapie…). Ceux-ci démontrent également à la France que seule l’ouverture raisonnable aux cultures voisines ou lointaines lui permet de progresser et d’être fidèle à sa vocation historique de lieu de rencontre des peuples du monde entier. Le berger se laissera-t-il guider pour une fois par les moutons ? A un an de l’introduction définitive de l’euro, nous avons marqué un premier essai ; il s’agit maintenant de le transformer !

Christian Huber, pédiatre, conseiller municipal délégué au bilinguisme et à la langue et culture régionale à Rixheim, membre du Haut Comité de référence pour la langue et la culture alémanique et francique.

Fortbildung fer Kenderdoktere

 

 

 

 

 

             

D’après Jean PETIT, l’immersion une révolution, Jérôme Do Bentzinger éditeur  

INLADUNG :  Fortbildungsowe fer Kenderdoktere
An ali kenderdoctore vum Elsas An àlli Kenderdoktore vùmm Elsàss

 Henn er's àlli met greid

 Es esch s'erschde mal das docter uf elsäsich rede un undericht gen
 Un es esch ernscht
 De Alain Burtscher het uns a gudes program gemacht
 Hofendli komme n'er alli
Hoppla

 Liewi Kollege un Kollegine, liewi Friend,

 Wie versproche sin alli uf e elsässischer Fortbildungsowe ingelade.
 Jeder soll sich glich s'Datum un de Ort merige un ufschriewe :
 Dunnerschdaa de 18. September 2003 am 20 Ühr 30 (Empfang ab 20 Ühr)
im
 Rosemeer in Roshe biem Hubert Metz mit de Unterschtüezung vum Alfred
 Heussner (Roche).

 Die Konferenz- un Arweitsproch isch selbschtverständlich unseri noch
> net ganz museumzitigi Muedersproch.

Guedi Summerferie un bis bald mit viel Witz un Humor !  

Formation médicale continue en alsacien  

        Le 18 septembre 2003 a eu lieu au restaurant Rosenmeer de Rosheim chez Hubert METZ, notre chef cuisinier de « sür un siass » de France 3 Alsace, une « première » dans notre région :   « a Fortbildungsowe fer Kenderdoktere ». L’initiateur de cette soirée de travail aura été le Dr Alain BURTSCHER, pédiatre à Munster et fervent défenseur des classes bilingues paritaires dans cette vallée. Il a été soutenu pour l’organisation par monsieur HEUSSNER des laboratoires Roche. Cette manifestation a connu un franc succès : plus de 20 pédiatres présents, exerçant dans différentes régions du Sud et du Nord de l’Alsace. Les thèmes abordés ont été les suivants :  

       · Zwei- oder Mehrsprochigi Erziehung (Christian HUBER)

· Gejewart un Zükunft vun de Kinderdoktere (Francis RUBEL)

 · Bürekindersprüechel oder Menschtertalkäs (François MULLER)

 · Bubbeledoktersprechstunderinnerunge (Roland GOLDBACH)

 " Die Bettbrunzer un die Bettseichere " (Michel FISCHBACH)
 

        L’originalité de cette soirée a tout d’abord consisté en l’adoption de l’alsacien, c'est-à-dire de notre dialecte alémanique ou francique suivant le cas, comme langue de travail exclusive. Bien que les facilités d’expression des participants soient très variables, la compréhension des différents orateurs haut-rhinois et bas-rhinois a été très satisfaisante. Enfin, chaque participant a respecté du mieux possible les règles du jeu et a essayé de surmonter sa lathophobie ou « Fehlerangst » en s’exprimant du mieux possible dans la forme dialectale qui lui est la plus proche. La communication n’en a pas été entravée, bien au contraire. Les pédiatres présents ont tous pu constater les formidables perspectives qu’offrait à un nombre croissant d’enfants le bilinguisme paritaire précoce pratiqué en famille et/ou à l’école maternelle (confère schémas des aires du langages étudiés par IRM chez les enfants bilingues précoces et tardifs) . La soirée a été agrémentée par la délicieuse cuisine d’Hubert METZ et par la présence surprise d’Huguette DREIKAUS dont l’humour a réussi à détendre l’atmosphère quand celle-ci devenait trop studieuse.  

        En conclusion, cette rencontre mémorable aura permis de confronter les points de vue concernant cet aspect passionnant du développement de l’enfant qu’est la mise en place du langage. Nous remarquons tous dans nos différentes clientèles que la mixité accrue des couples parentaux favorise de plus en plus le bilinguisme précoce.  Par ailleurs, nous avons pu nous rappeler cette donnée fondamentale concernant n’importe quelle langue vivante : pour vivre et parfois pour survivre, une langue doit être beaucoup utilisée et valorisée aussi bien en famille que dans la cité. C’est aussi de la quantité et de la qualité de cette présence publique dont dépend un statut social digne de ce nom et par conséquent l’envie de la transmettre. Des langues en danger comme nos dialectes alémanique et francique qui ne sont pas des langues officielles et qui ne sont pas (encore ?) standardisées par l’écrit (comme par exemple le luxembourgeois…)  nécessiteraient d’urgence un statut juridique leur assurant des droits au moins équivalents à ceux de notre langue officielle. C’est ici que commence le travail des hommes politiques !  

                                                                                 Christian HUBER, pédiatre à Mulhouse

 

PARLER PLUSIEURS LANGUES :    POUR OU CONTRE ?

   

Bébé santé numéro 12, septembre/octobre 2001 : 24 heures d'un pédiatre.     et Land un Sproch, Les cahiers du bilinguisme N° 140 - 2001, pages 17 et 18

Dr Christian HUBER (pédiatre, vice-président du Haut Comité de référence pour la langue et la culture alémanique et francique). Propos recueillis par de Dr Anh Tuan DUONG

" Celui qui ne sait rien des langues étrangères ne connaît pas sa langue maternelle "  Goethe

        Pourquoi ne parler une autre langue qu’en entrant au collège ? De récentes dispositions ministérielles prévoient de commencer l’apprentissage d’une langue étrangère dès le cours moyen. Certaines associations alsaciennes de parents d’élèves n’ont pas attendu pour immerger bébé dans le bain du bilinguisme dès la maternelle.

        Les premières classes bilingues français-allemand ont été créées en Alsace au début des années 1990, à l’initiative des parents. Chaque langue est utilisée, à part égale au cours d’une journée. Le psycholinguiste Jean PETIT, lui-même bilingue français-béarnais et professeur d’université à Reims et à Constance, pilote et évalue régulièrement au sein d’une commission de l’Éducation Nationale cette " innovation " alsacienne.

Le français et l’allemand dès la maternelle :

        Dans ma ville de Rixheim, ville de 15000 habitants entre Mulhouse et Bâle, 40 % des enfants de la maternelle suivent l’école dans les deux langues. En ce qui concerne la langue 2, l’allemand, ils ont déjà une bonne compréhension et produisent les premiers mots et phrases dès la fin de la maternelle ; par la suite, ils améliorent l’oral puis l’écrit et sont presque " bilingues " à l’entrée au collège.

       Nous suivons le principe de Grammont :

          une personne-une langue, c’est toujours la même personne qui parle sa meilleure langue. Une maîtresse ne parle qu’en français, l’autre qu’en allemand, en alternance par demi-journée. Ainsi les enfants pratiquent les deux langues au cours d’une même journée. Ils n’apprennent pas l’allemand, on leur parle puis ils parlent en allemand, ce qui est bien différent. Cette méthode se rapproche du modèle familial de bilinguisme rencontré dans les couples mixtes. Il ne s’agit pas d’un apprentissage abstrait d’une langue comme au collège, ce qui, surtout à cet âge, serait voué à l’échec. Il faut faire la différence entre la capacité de comprendre et la capacité de parler. Souvent les personnes comprennent plus qu’elles ne savent parler. Le principe consiste à se servir d’une langue comme d’un outil auquel les enfants sont très réceptifs dès le plus jeune âge. Ils jouent et apprennent ainsi par exemple de petites chansons en allemand. Les objets de la vie courante sont nommés, par exemple " Apfel " en désignant la pomme, sans jamais prononcer le mot " pomme ".

     Les enfants n’apprennent pas les langues de manière classique comme au collège, ils écoutent, parlent et jouent dans ces langues différentes.

     La volonté de construction européenne est favorable aujourd’hui au bilinguisme. Elle permet de dépasser les réticences psychologiques et institutionnelles (liées surtout au lourd passé des relations franco-allemandes) pour aller de l’avant. Cependant la culture du bilinguisme au sein des familles tend à s’éteindre. Les familles se dispersent, les parents ne parlent plus l’alsacien car les générations d’après-guerre ont vu la connaissance de leur langue maternelle s’effondrer. L’école est là pour prendre le relais et pour encourager les parents ou grands-parents à réinvestir ce domaine si important pour l’Alsace. (en 2001, l’absence d’expression ou au moins de compréhension de l'allemand est un réel handicap quand on cherche du travail dans notre région).

Avantages du bilinguisme sur le développement :

       Les évaluations pratiquées régulièrement par l’Éducation Nationale montrent qu’à la fin de la maternelle, les enfants comprennent l’allemand et maîtrisent le français aussi bien que leurs camarades unilingues. Ils montreraient une aisance supérieure en mathématiques et dans la manipulation des notions abstraites.

     La pratique de plusieurs langues développe l’esprit de tolérance et l’acceptation de la différence. Plus curieux sur la diversité des cultures, les enfants offrent moins de prises à certains messages xénophobes. L’expérience vécue avec mes enfants et ceux que j’ai l’occasion de rencontrer au cours de ma pratique professionnelle de pédiatre confirme ces constatations. Elle conforte notre choix de parents de proposer à nos enfants un bain de langage plurilingue. Lorsqu’un enfant réussi à bien s’imprégner de deux ou plusieurs cultures, il dispose d’un atout fabuleux pour son avenir.

Le bilinguisme chez les couples mixtes :

      Le bilinguisme à l’école s’inspire du bilinguisme familial. Il est profitable que chaque parent parle sa meilleure langue (qui est généralement sa langue maternelle) et ceci dès le plus jeune âge de l’enfant. En revanche, il faut éviter qu’un parent mélange les différentes langues car l’enfant éprouvera des difficultés en n’identifiant pas clairement une personne à une langue. De même, il ne faut pas qu’il y ait une langue pour être gentil et une langue pour gronder…

      Le principe de Grammont est que l’enfant s’identifiant à son papa et à sa maman, l’un et l’autre parle sa meilleure langue. Le bilinguisme précoce peut se construire à partir de ce schéma.

      En revanche, il est important que les deux langues soient au même niveau de reconnaissance sociale. Si l’une des langues est dévalorisée (la langue du " sous-développé ", du " pauvre ", du " paysan " etc.) les répercussions ne toucheront pas uniquement l’apprentissage de cette langue, mais iront bien au-delà et dévaloriseront la personne tout entière. L’une des illustrations en est le mal-être et les difficultés d’insertion de certains enfants de populations immigrées ou de minorités régionales :

Les deux langues doivent donc être valorisées et respectées. 

      Il y a la langue de la maison et la ou les langues de l’école. L’enfant doit être fier de toutes ses langues et cultures.

Pour conclure, on peut souligner que cet enseignement bilingue paritaire connaît un grand succès en Alsace avec cependant une population limitée à 8 000 enfants bilingues sur les 150 000 enfants de notre académie.

      L’expérience que j’ai acquise en tant que conseiller municipal délégué au bilinguisme dans ma commune me permet de dire que ce chiffre pourrait facilement être porté en quelques années à plus de 80 000 enfants tout en respectant le volontariat des parents qui reste essentiel. Si on le souhaite, il faudra à l’avenir que :

bulletL’information donnée aux parents soit plus professionnelle qu’actuellement c’est à dire compétente et honnête.
bulletLes maîtres germanophones soient recrutés en nombre suffisant, ce qui a été prévu par la dernière convention 2000 entre l’État et les Collectivités Locales. Il ne reste plus qu’à l’appliquer !

 

BILANS D'ÉTAPES DES ÉCOLES BILINGUES PARITAIRES FRANÇAIS ALLEMAND DE RIXHEIM (Traits d'union 1996-2000,revue municipale d'information).

par Christian Huber, pédiatre, conseiller municipal délégué au bilinguisme et à la langue et culture régionale.

TRAIT D'UNION 2000 :

LE BILINGUISME FRANCAIS-ALLEMAND A L'ÉCOLE MATERNELLE

AN 2000 : Enfants d'Alsace et citoyens du monde, un jeu d'enfants ?

Le bilinguisme paritaire français-allemand est proposé aux enfants de Rixheim à partir de la petite section de maternelle jusqu'au collège depuis le début des années 90. Il a rencontré un franc succès auprès des familles puisqu'il concerne actuellement 20 % de l"ensemble des enfants (environ 40 % en maternelle et 8 % en primaire, les pionniers...). Cf. tableau : 243 enfants, dans trois sites d'école maternelle et un site d'école primaire.

École Maternelle du  Centre - 2, rue des Prés - Tél. 03.89.44.47.33 :

_______________________________

CLASSE                NOMBRE D'ÉLÈVES

________________________________

Petit moyen (1)               27

Petit moyen (2)               24

Moyen grand                   25

Grand                             26

________________________________

TOTAL                           102

________________________________

École maternelle de l'Ile-Napoléon - 2, rue Charles Zumstein - Tél. O3.89.61.97.72 :

________________________________

CLASSE                NOMBRE D'ÉLÈVES

_________________________________

Petite section                  16

Moyenne section              19

Grande section                15

_________________________________

TOTAL                             50

_________________________________

École maternelle Malaisé - Rue des Romains - Tél. 03.89.44.74.36 :

_________________________________

CLASSE                  NOMBRE D'ÉLÈVES

__________________________________

Une classe petit-moyen    30

__________________________________

École élémentaire du Centre - Rue de l'École - Tél. 03.89.44.07.41 :

__________________________________

CLASSE                  NOMBRE D'ÉLÈVES

__________________________________

CP                                  22

CE1/CE2                         18

CM1/CM2                        21

___________________________________

TOTAL                            61

___________________________________

Quel est le but de cet enseignement ?

- assurer une compréhension et une expression de qualité à l'oral comme à l'écrit dans la langue 1 (le français) et dans la langue 2 (l'allemand), facilitant non seulement d'autres apprentissages (les mathématiques, d'autres langues notamment), mais aussi une plus grande ouverture d'esprit (du droit à la différence au devoir de ressemblance...).

Pour les années à venir, quelles avancées seraient-elles souhaitables ?

- assurer une information de qualité à tous les niveaux de scolarité (entrée en maternelle, accès au C.P., collège)

- faciliter l'entrée en cursus paritaire non seulement en petite section de maternelle, mais aussi en moyenne section, voire au-delà (avec des formalités d'inscription plus simples, identiques à celles du cursus monolingue) 

- garantir la pérennité de la voie bilingue au collège

- introduire l'étude de la culture alsacienne (notamment à partir de nos grands auteurs dont certains ont acquis une notoriété internationale : Nathan KATZ - Germain MULLER - Albert SCHWEITZER - Claude VIGEE, etc...)

- assurer aux enfants dont les parents ne choisissent pas le cursus paritaire une sensibilisation précoce à la 2ème langue (régionale et/ou étrangère).

En conclusion, voici le témoignage de Catherine, élève de CM2 bilingue de l'école du Centre (sans les fautes d'orthographe...) : " je trouve le bilinguisme très bien car il m'apporte beaucoup de facilités dans les langues alsacienne, allemande, anglaise et française ".

Pour en savoir plus :

.Bibliothèque Richaudeau/Albin Michel L'enseignement bilingue aujourd'hui Jean Duverger - 1996

.Collection Que sais-je ? Apprentissage précoce des langues L. Porcher et D. Groux P.U.F. 1998

.Éditions Odile Jacob/ UNESCO Un monde nouveau Fédérico Mayor (Directeur Général de l'UNESCO) - Septembre 1999

Renseignements pratiques :

Inspection de l'Education nationale 43, Grand Rue 6817O RIXHEIM - Tél. 03.89.54.23.25 ou

Mairie de Rixheim, Docteur Christian HUBER, pédiatre, conseiller municipal délégué au bilinguisme et à la langue et culture régionales, membre du Haut-Comité de référence pour la langue alémanique et francique.

TRAIT D'UNION 1999 :

Le bilinguisme à l'école maternelle et primaire de Rixheim; an2000: le collège à l'horizon

Comme le montre une expérience strasbourgeoise(école Schoepflin), le bilinguisme paritaire français-allemand aura été une innovation pédagogique des années 90 dans les écoles maternelles et primaires d'Alsace.

Rixheim a su se montrer à la hauteur de ses ambitions puisqu'elle a fait partie des premières cités à s'engager résolument dans ce nouveau cursus et qu'elle compte actuellement le plus d'enfants bilingues par commune en Alsace.

Les chiffres sont éloquents puisqu'à l'horizon 2000, nous aurons à Rixheim entre 25 et 30 % d'enfants bilingues de le petite section de maternelle à la 6ème, avec à la rentrée 1998 pour la première fois une majorité de "bilingues" en petite section (100 inscriptions pour 150 enfants concernés).

Notre expérience locale a permis de confirmer les constatations qui ont été faites dans d'autres pays bilingues comme le Canada mais également en France, au Pays Basque et en Bretagne notamment.

Quel est, en effet, le but de cet enseignement ?

1. Assurer une meilleure maîtrise de la langue maternelle dite langue 1 (en l'occurrence le français).

2. Développer les capacités d'abstraction des enfants, leur permettant une plus grande souplesse idéatoire et une meilleure capacité à résoudre les problèmes de tout type (ceci a surtout été démontré pour les mathématiques).

3. L'acquisition de la langue 2 (en l'occurrence l'allemand) se réalise avec une compétence non pas égale, mais très proche de celle des locuteurs natifs.

4. Bien entendu, la maîtrise d'autres langues (notamment l'anglais, l'espagnol mais aussi l'alsacien...) se trouve facilitée, ce qui favorise une plus grande ouverture psychologique.

Toutefois, ces résultats ne s'obtiennent qu'avec du temps et de la persévérance...

Par exemple, en ce qui concerne la langue 2, l'allemand, on note déjà une bonne compréhension et les premiers mots-phrases en fin de maternelle; par la suite, une amélioration de l'oral puis de l'écrit assure un bilinguisme déjà très fonctionnel à l'entrée au collège.

Rappelons que ce cursus est proposé aux parents de tous les enfants de Rixheim entrant en maternelle. Pour plus d'informations, on peut prendre contact avec les directrices des 3 sites de maternelle bilingue :

- Centre : 2, rue des Prés - Tél. 03.89.44.47.33

- Ile-Napoléon : 2, rue Charles Zumstein - Tél. 03.89.61.97.72

- Romains : Rue des Romains - Tél. 03.89.44.74.36

ou avec l'Inspection de l'Education Nationale - 43, Grand Rue - Tél. 03.89.54.23.25.

En conclusion, citons le Professeur PETIT, psycholinguiste de renommée internationale, professeur d'Université à Reims et à Constance, qui a été un des principaux pionniers du développement de l'enseignement bilingue en Alsace.

"L'Alsace qui a tant souffert de l'histoire devrait maintenant pouvoir profiter à plein de sa situation géographique exceptionnelle et jouer son rôle d'irremplaçable charnière entre deux cultures également prestigieuses, longtemps ennemies et maintenant amies. C'est à l'Alsace qu'il appartient de former des bilingues français-allemand dont la France, l'Allemagne et l'Europe ont besoin et dont l'ouverture d'esprit pourra contribuer à éviter des luttes fratricides."  (Land und Sproch - été 1998).

TRAIT D'UNION 1998 :

Le bilinguisme à l'école : petit bilan d'étape à Rixheim

Depuis le début des années 1990, l'enseignement bilingue paritaire français-allemand a connu un développement spectaculaire en Alsace avec actuellement plus de 200 classes de la petite section de maternelle à la 6ème.

Les évaluations pratiquées régulièrement par l'Éducation Nationale ont mis en évidence les points suivants :

- compréhension de l'allemand dès la fin de la 3ème année de maternelle

- maîtrise équivalente de la langue maternelle (le français) par rapport aux enfants du cursus unilingue traditionnel

- aisance supérieure en mathématiques et dans la manipulation des notions abstraites

-bien que difficilement mesurable, on constate empiriquement que la pratique de plusieurs langues développe l'esprit de tolérance et l'acceptation de la différence.

L'expérience vécue avec mes enfants et ceux que j'ai l'occasion de rencontrer au cours de ma pratique professionnelle de pédiatre confirme ces constatations. Elle conforte notre choix de parents de proposer à nos enfants un bain de langage plurilingue.

Le bilinguisme paritaire a commencé à l'école de Rixheim en 1992 et concerne à ce jour près de 200 enfants de la maternelle du CE2.

Pour l'avenir, il faudra suivre à mon avis les aspects suivants :

- respecter le volontariat des parents car il s'agit d'un choix d'éducation qui les engage prioritairement;

- garantir la même qualité d'encadrement aux deux cursus en confiant les enfants à des maîtres ayant les connaissances linguistiques requises (surtout au primaire où les institutions manquent encore d'expérience);

- tendre vers une plus grande égalité de traitement du cursus bilingue par rapport au cursus traditionnel, quel que soit le quartier d'origine des enfants.

Si ces conditions sont réunies, l'enseignement bilingue paritaire se révélera comme la grande innovation pédagogique dans notre région en cette fin de siècle. Il permettra à nos enfants de développer à la fois enracinement et ouverture sur le monde.

Il est clair qu'il s'agit pour l'Alsace d'un véritable choix stratégique qui a des répercussions économiques, culturelles et sociales. Cette démarche ne peut bien entendu se concevoir que dans le cadre de la poursuite de la construction européenne.

A Noter :

le 24 janvier 1998: inscriptions pour la rentrée 1998-99 dans les écoles suivantes :

- école maternelle du Centre - Rue des Prés - Tél. 03.89.44.47.33

- école maternelle d'Ile-Napoléon - 2, avenue Charles Zumstein - Tél. 03.89.62.97.72

TRAIT D'UNION 1997 :

Bilinguisme: le bilinguisme dans notre école, une longue histoire...

La rentrée 96/97 s'est effectuée comme tous les ans, dans la joie et le plaisir mais parfois aussi avec des craintes et des pleurs. Les classes bilingues à parité horaire 13 h. en allemand et 13 h. en français, sont à présent bien intégrées dans notre école maternelle du Centre. Mais pour en arriver là, de nombreuses concertations furent nécessaires et beaucoup d'encre a coulé...

Dès 1990, une réflexion est menée au sein d'une association de parents d'élèves de Rixheim, sur l'enseignement des langues. Elle met en évidence l'importance du français et de l'allemand, (langue de la REGIO) ainsi que l'intérêt d'un enseignement précoce par une méthode naturelle et ludique.

Un travail de longue haleine commence alors. Effectué par des parents d'élèves de l'ABCM (Association pour le Bilinguisme en Classe dès la Maternelle), avec l'appui efficace de Mme Hecklen, Inspectrice de l'Education Nationale, grâce au soutien déterminé de M. Braun, Maire de Rixheim, et avec l'accord de Mme Stehlin, Directrice de l'école.

Le 7 janvier 93, une Charte est signée entre le Ministre de l'Éducation Nationale et de la Culture, Jack Lang, MM. J.J. Weber, Président du Conseil Général, J.P. de Gaudemar, Recteur de l'académie de Strasbourg et A. Boyé, Inspecteur d'académie, permettant aux enfants des familles volontaires de poursuivre un cursus bilingue de la maternelle au baccalauréat.

Septembre 1993, après bien des démarches de toutes les parties concernées, 60 Rixheimois âgés de 3 et 4 ans font leur première rentrée dans les 2 classes maternelles bilingues de notre commune.

A la rentrée 1994, l'effectif des futurs petits bilingues a augmenté, car sur 27 nouveaux élèves, 22 s'engagent dans le cursus à parité horaire, français/allemand.

Persuadé des avantages du bilinguisme, le nouvel inspecteur M. Fernand Ehret, soutient activement l'expérience dans sa circonscription.

En 1995, les premiers "pionniers" du bilinguisme à Rixheim entrent au C.P.

Grâce au dévouement de nombreuses personnes, enseignants compétents et motivés, parents dynamiques et déterminés, associations, élus, etc... nos enfants bénéficient d'un atout certain pour leur vie future.

Cette anée, un deuxième site rixheimois a vu le jour à l'école maternelle d'Ile Napoléon, dirigée par Mme Cornélie H'Ssain. Ceci permettra en principe à tous les enfants de la commune, l'accès au cursus bilingue dès la maternelle. Actuellement, environ 140 élèves, sont concernés, et les premiers arrivent déjà en CE1.

A ce jour, 1200 élèves suivent cet enseignement dans une quarantaine d'écoles du Haut-Rhin. L'Association de parents d'élèves des écoles bilingues "ELTERN 68" a été créée pour apporter une aide efficace aux parents, enfants et enseignants qui le souhaitent.

Nous souhaitons à tous beaucoup de courage et une bonne réussite.

C. Huber - A Dornhoff

TRAIT D'UNION 1996 : 

Le bilinguisme à l'école:

L'apprentissage précoce et bien conduit d'une deuxième langue étant favorable au développement de l'enfant, l'équipe municipale souhaite soutenir à Rixheim les efforts du Recteur de l'Académie de Strasbourg, des Présidents du Conseil Général du Haut-Rhin et du Conseil Général du Bas-Rhin pour la promotion du bilinguisme dans notre région.

Deux solutions s'offrent aux parents volontaires :

- soit inscrire leur enfant en "voie bilingue" (dite aussi "voie intensive") dès l'âge de 3 ans, c'est-à-dire l'enseignement de l'ensemble des activités de la classe à parité horaire ou matières et activités sont réalisées ou enseignées en français ou en allemand. Renseignements à l'École du Centre, chez l'Inspecteur de l'Éducation Nationale de la circonscription ou en mairie;

- soit militer pour le développement de la "voie extensive" dont l'objectif est la généralisation de l'enseignement de l'allemand à 3 heures par semaine à partir du cycle 2 (la grande section de maternelle).

Rappelons les avantages de l'enseignement bilingue précoce, démontrés par les différentes évaluations en France et dans le Monde :

- maîtrise effective des 2 langues ;
- développement plus précoce et plus poussé des capacités cognitives et de l'esprit d'analyse, se manifestant notamment par de meilleures performances en français et en mathématiques ;
- aisance supérieure dans la manipulation de notions abstraites ;
- facilité accrue pour apprendre une troisième ou même une quatrième langue ;
- développement de la tolérance et de l'ouverture d'esprit, "portant d'altérité en eux-mêmes, les enfants bilingues n'éprouvent aucune peine à la concevoir et à l'admettre chez les autres"(Jean PETIT, Psycholinguiste, Professeur aux Universités de Reims et Constance).

En conclusion, il apparaît qu'en 1995 le bilinguisme scolaire n'est plus une utopie et qu'il devrait enfin permettre à l'Alsace d'assurer sa fonction naturelle au sein de l'Europe : trait d'union entre la France et l'Allemagne; les nombreuses activités économiques et culturelles transfrontalières, si bénéfiques à nos concitoyens, en témoignent.

ADRESSES UTILES :

1) Office Régional du bilinguisme :
    
24, avenue de la Paix
     67000 STRASBOURG
     Tél. 03.88.14.31.20.    - Fax. 03.88.14.32.29

2) Inspection de l'Éducation Nationale de la circonscription :
    Monsieur EHRET
    43, Grand'Rue
    Tél. 03.89.54.23.25

3) École maternelle bilingue du Centre :
   
Directrice Madame STEHLIN
    2, rue des Prés
    Tél. 03.89.44.47.33

4) Mairie de Rixheim
   
- Madame WEHRLE, Monsieur GERBER ;
    - Conseiller municipal délégué "bilinguisme, langue et culture régionale" : Christian HUBER.

5) Association pour le Bilinguisme en Classe dès la Maternelle, ABCM RIXHEIM :
   
Monsieur THUET
     27, rue des Perdrix
     Tél. 03.89.65.31.93

     Madame DORNHOF
     19, rue de l'Est
     Tél. 03.89.44.69.72

BIBLIOGRAPHIE :

- Guide de l'enseignement bilingue précoce à parité horaire : envoyé
  gratuitement sur demande à l'Office Régional du bilinguisme

- Jean PETIT : L'Alsace à la reconquête de son bilinguisme. Nouveaux
   cahiers d'allemand 93/4 ;

- Henriette WALTER : L'aventure des langues en Occident. Laffont 1995.

 

Jean PETIT, Universités de REIMS et de CONSTANCE L'ALSACE A LA RECONQUÊTE DE SON BILINGUISME EINE SCHWERE WIEDERGEBURT 

 L'HISTOIRE JUSQU'EN 1945.

 

Une analyse du problème du bilinguisme en Alsace ne peut être entreprise que sur la toile de fond de l'histoire. C'est pourquoi nous allons d'abord nous attacher à décrire celle-ci, au moins dans ses grandes lignes, en puisant la majeure part des indications de dates et de chiffres dans le remarquable ouvrage de Bernard Vogler et alii (3° édition,Oberlin, Strasbourg, 1991). Nous sommes conscient que ces considérations historiques nécessiteraient à elles seules plusieurs volumes. 

1.1. Des Romains aux Alamans. Dès le troisième siècle de notre ère, les premiers colons alamans s'établissent dans le territoire de l'Alsace actuelle, alors possession romaine. Ils participent, comme les Francs plus à l'ouest, à ce grand mouvement de pénétration des tribus germaniques, autorisé et encore contrôlé à ses débuts par les Romains eux-mêmes. Ils viennent cultiver les terres qu'abandonnent leurs paysans, las des perturbations agitant régulièrement ces régions frontalières et perturbant la pax romana. Au début du V° siècle, la résistance de l'empire latin s'effondre et les Alamans envahissent la totalité du territoire alsacien. Outre l'Alsace, les Alamans occupent alors le Pays de Bade, la Suisse, la Souabe, l'Allgäu et le Vorarlberg Autrichien. Un espace linguistique commun se trouve ainsi constitué, qui se maintiendra jusqu'à notre époque et facilitera les échanges culturels et commerciaux et les phénomènes d'immigration et d'émigration alsaciennes. L'on ne peut manquer de souligner la remarquable stabilité de la population alsacienne, restée attachée à son terroir du 5° siècle jusqu'à nos jours, à travers tous les avatars de l'histoire. Cette stabilité est un des éléments constitutifs majeurs du fait alsacien

1.2. Charlemagne et le Moyen Age. Sous le règne de Charlemagne, l'Alsace fait partie intégrante de l'Empire Franc. Elle bénéficie d'une attention et d'une protection particulières de la part de l'empereur. Les abbayes y sont florissantes et Otfried von Weißenburg écrit dès 860 une Histoire Sainte en langue germanique. La traduction de la Bible par Luther, généralement considérée comme déterminante pour la fixation de la langue allemande, ne verra le jour qu'en 1534, soit près de 7 siècles plus tard ! L'Alsace participe aussi aux vissicitudes de l'Empire Carolingien que se disputent les petits-fils de Charlemagne: Lothaire, Louis le Germanique et Charles le Chauve. En 842, les deux derniers s'allient contre Lothaire, leur aîné. Les serments qui scellent cette union sont signés à Strasbourg et connus sous le nom de Serments de Strasbourg. Il sont rédigés non plus en latin, comme c'était jusque-là la coutume, mais en langue vulgaire, en roman par et pour les représentants de Charles le Chauve, et en tudesque par et pour les représentants de Louis le Germanique. Ces documents officiels marquent une étape décisive dans le déclin de la langue latine et dans l'accession des langues populaires au statut de langues écrites et administratives. En 843, les trois frères réconciliés se partagent l'empire franc. L'Alsace est alors intégrée à la Lotharingie (en germanique Lothringen, c'est-à-dire Lorraine), vaste bande de territoire attribuée à Lothaire et s'étendant des Pays-Bas à l'Italie. La Lotharingie, ensemble hétéroclite et artificiel, sera harcelée par ses voisins Charles le Chauve et Louis le Germanique qui ne tarderont pas à se la partager par le traité de Meersen en 870. C'est par ce traité que l'Alsace sera finalement rattachée au royaume de Louis le Germanique. C'est à partir de cette époque que s'installe, entre les parlers romans et les parlers germaniques, cette ligne de démarcation extrêmement nette qui mord sur les actuels départements du Haut-Rhin, du Bas-Rhin et de la Moselle et qui demeurera remarquablement fixe jusqu'à nos jours (cf. la carte dressée par le Cercle René-Schickele-Kreis en 1968). L'Alsace va alors devenir l'un des principaux berceaux et foyers de la langue allemande. Au XII° et XIII° siècle, les Minnesänger, c'est-à-dire les troubadours, y chantent l'amour courtois (die Minne), détaché des contingences sensuelles. Les oeuvres de Reinmar von Hagenau (1160-1210) et de Gottfried von Straßburg (...1210...), l'auteur de la grande épopée amoureuse Tristan und Isolde, rayonnent bien au-delà de l'Alsace, sur la totalité du territoire germanique. Le dominicain et prédicateur strasbourgeois Johannes Tauler (1310-1361) est l'un des plus éminents représentants de la Mystique rhénane. Deux siècles avant Luther, il contribue puissamment à l'élaboration d'un vocabulaire abstrait traduisant les états et les mouvements de l'âme. Les villes alsaciennes connaissent un essor important au XIV° et XV° siècle. Dix d'entre elles, Haguenau, Wissembourg, Rosheim, Obernai, Sélestat, Kaysersberg, Turckheim, Colmar, Munster et Mulhouse, se regroupent en 1354 et constituent une fédération appelée décapole. Ultérieurement, en 1515, Mulhouse s'alliera à la Confération Helvétique et sera alors remplacée par Landau (située aujourd'hui dans le Palatinat). L'artisanat et le négoce se développent dans ces cités et les constructions gothiques s'y multiplient. La Cathédrale de Strasbourg est achevée en 1439, au terme de 400 ans de travaux. Durant le Moyen Age et jusqu'à la Révolution Française, le nord de l'Alsace dépend de l'Evêché de Spire, la région de Sarre-Union de celui de Metz; l'Evêché de Strasbourg déborde sur la rive droite du Rhin et englobe Achern, Offenburg et Ettenheim; quant à la région de Colmar, Mulhouse et Altkirch, elle est rattachée à l'Evêché de Bâle dont le siège est à Porrentruy. L'Alsace ne sera épargnée par aucun des fléaux du monde médiéval: les famines, les épidémies de peste et de lèpre, les massacres et les pillages de la Guerre de Cent Ans. A la fin du XV° siècle, l'Alsace est progressivement intégrée au royaume des Habsbourg dont la dynastie est autant d'origine alsacienne que suisse

1.3. La Renaissance. Quand la Réforme apparaît en Allemagne en 1517, elle gagne très vite l'Alsace et s'y propage rapidement sauf dans les territoires administrés par les Habsbourg qui demeurent farouchement catholiques et tentent de barrer la route au protestantisme. Strasbourg est conquise par les idées nouvelles et la cathédrale y devient un temple protestant ! La ville sert même de refuge aux protestants français et anglais persécutés par François Ier et Henri II. Cinq cités de la décapole (Landau, Wissembourg, Munster, Colmar et Mulhouse) se rallient à la religion luthérienne. Des paysans protestants adhérant à l'église réformée seront chassés de la région messine en 1559. Le comte de Nassau-Saarwerden les installera alors dans sept villages de l'Alsace bossue, pratiquement abandonnés depuis des années par leurs habitants: Altwiller, Burbach, Diedendorf, Eywiller, Goerlingen, Kirrberg et Rauwiller (die welschen Dörfer im Krummen Elsaß). Ces paysans parviendront à conserver leur langue française et leur religion réformée jusqu'au milieu du XVIII° siècle dans une région dialectophone et majoritairement luthérienne. Le début du XVI° siècle est aussi marqué en Alsace par la révolte des paysans, les Bundschuhe, ainsi appelés à cause de leurs gros souliers à lacets qui les différencient des nobles chaussés de bottes. Les paysans sont les victimes répétées des exactions guerrières et implacablement exploités par la seigneurie. Ils sont 30 à 40. 000 à se soulever en 1525 dans l'ensemble de l'Alsace. La répression, conduite par les seigneurs alsaciens, est féroce, surtout dans les possessions habsbourgeoises. Les Bundschuhe sont décimés et massacrés à Lupstein, Saverne et Scherwiller. Mais ils réussissent malgré tout à conserver leurs coutumes et leur organisation villageoise. L'Alsace connaît alors une sorte d'âge d'or. L'agriculture (blé et vigne) se développe, favorisée par la fertilité naturelle du sol. L'artisanat est florissant. Le négoce emboîte le pas à l'agriculture et à l'artisanat. L'enseignement est très développé et en avance sur celui des régions voisines. Les arts sont également en plein essor: -Hans Baldung Grien, l'auteur du célèbre autel de la cathédrale de Fribourg-en-Brisgau, s'installe à Strasbourg après avoir effectué son apprentissage auprès de Dürer à Nuremberg. Il s'y éteindra en 1545. Le peintre Tobias Stimmer , né à Schaffhouse en 1539, s'établira lui aussi à Strasbourg où il décèdera en 1564, après avoir participé à la décoration de l'horloge astronomique de la cathédrale. -L'Alsace connaît des prédicateurs célèbres tels Geiler von Kaysersberg (1145-1510), des historiens comme Jakob Wimpfeling (1450-1528) et surtout toute une veine d'auteurs satiriques: Thomas Murner (1475-1537), Johann Fischart (1546-1591) et enfin Sebastian Brant (1457-1521), le plus grand de tous: son oeuvre principale Das Narrenschiff (La Nef des Fous), imprimée à Bâle en 1494 et rédigée en langue allemande, est traduite dans toutes les langues de l'époque et même en plattdeutsch et en latin. La traduction en latin est supervisée par l'auteur lui-même. La Nef des fous est lue non seulement dans le Saint-Empire Romain Germanique (Das Heilige Römische Reich Deutscher Nation), mais aussi, en France, en Angleterre, dans la péninsule ibérique et dans la péninsule italique. On peut considérer qu'il s'agit de la première oeuvre obtenant un succès européen assez comparable à celui que connaîtra plus tard le Werther de Goethe. En même temps cette satire constitue le troisième apport constitutif d'une langue littéraire allemande, après l'Histoire Sainte de Otfried von Weißenburg (850) et les écrits mystiques de Johannes Tauler (1330-1350) et encore et toujours avant la traduction de la Bible en allemand par Luther (1534). Cette intense production littéraire de l'Alsace stimule le développement de l'imprimerie qui catalyse aussi elle-même en retour la création littéraire. Sebastian Brant entretient des rapports très intenses avec les officines d'impression. Gutenberg lui-même passera plus de dix ans de sa vie à Strasbourg (1434-1445). 

1.4. La Guerre de Trente Ans. Elle éclate en Bohème en 1618 et met aux prises catholiques et protestants. Elle s'étend en Alsace en 1621 avec son cortège d'incendies, de pillages, de viols et de tortures. Les troupes protestantes du général Mansfeld sont relayées par les soldats catholiques de Ferdinand II, puis par ceux du Roi de Suède Gustave Adolphe qui, stipendiés par Louis XIII, volent au secours des protestants. Viennent ensuite les armées françaises elles-mêmes qui, selon Richelieu, doivent assurer la protection des villes et des seigneurs. Quand elle n'est pas directement visée par les hostilités, l'Alsace sert donc au minimum de lieu de passage aux troupes allemandes, suédoises, françaises et espagnoles. Lorsque la Guerre de Trente Ans s'achève par le Traité de Westphalie (1648), l'Alsace a perdu plus de la moitié de ses habitants et ses villes sont saccagées. Seules Strasbourg, Mulhouse et Colmar ont réussi à échapper à la dévastation en se déclarant neutres et en consentant librement des tributs aux différentes armées. La vie culturelle et l'enseignement connaissent une grave récession. 

1.5. Le Traité de Westphalie. Le Traité de Westphalie, signé en 1648, transfère à la France les titres et les possessions territoriales des Habsbourg en Alsace. Celles-ci constituent environ 80% de l'actuel département du Haut-Rhin. Quant aux titres, ce sont ceux de Landgrave de Haute-Alsace, Landgrave de Basse-Alsace et Landvogt de Haguenau. Mais les prérogatives qui s'y rattachent sont mal définies et feront l'objet de contestations ultérieures. Le titre de Landvogt de Haguenau, est particulièrement important: il équivaut à celui de protecteur de la décapole dont Haguenau était la capitale. Le reste de l'Alsace continue à faire partie du Saint-Empire Romain Germanique. Mais la politique du Roi Soleil va dès lors consister à prendre possession de la totalité du territoire alsacien. Ce sont d'abord les villes de Strasbourg, Colmar et Mulhouse qui sont visées. La ville de Colmar est annexée en 1673, à la suite d'un coup de main militaire. De par la volonté de Louis XIV, Strasbourg, qui est une ville libre d'Empire (eine freie Reichsstadt) et dispose à ce titre d'une large autonomie, est investie en 1681 par une armée de 35.000 hommes. Elle capitule le lendemain en se plaçant sous la tutelle du monarque français "qui reçoit la ville en sa royale protection" (Annotation de Louvois en marge de l'acte de capitulation). Strasbourg conserve ses privilèges et notamment son université, mais elle doit accueillir une garnison française, rétrocéder aux catholiques la Cathédrale que s'étaient appropriée les protestants et renoncer à son privilège de pouvoir battre monnaie. La ville de Mulhouse, alliée aux cantons suisses depuis 1515, ne sera rattachée à la France et au département du Haut-Rhin qu'en 1798, sous le Directoire, à la demande de ses députés qui font état de leur sympathie pour l'idéal républicain mais spécifient bien que la ville parle allemand. C'est en réalité l'institution d'une taxation douanière gênant l'écoulement des tissus imprimés fabriqués dans la ville, les indiennes, qui semble avoir déterminé cette démarche. Du point de vue linguistique, le traité de Westphalie a pour conséquence que l'Alsace cesse de participer à la gestation du Hochdeutsch, alors que sa contribution avait été déterminante jusque-là. Quant à l'alsacien lui-même, il ne va pas tarder à porter ombrage à l'absolutisme du Roi Soleil. Un arrêt du Conseil d'Etat en date du 30 janvier 1685 y ordonne l'emploi de la langue française dans les actes publics et proscrit celui de l'allemand au motif qu'il "est directement contraire à l'affection que lesdits Habitants d'Alsace témoignent avoir pour le service de Sa Majesté" (Cité par Paul Lévy, 1929, tome 1, p. 288). Les Strasbourgeois ont beau protester, cette conception des choses fait son chemin et lorsqu' en février 1700 la langue catalane sera interdite dans le Roussillon devenu français par le Traité des Pyrénées (1659), c'est la même argumentation qui sera reprise: il convient d'interdire le catalan parce que son "usage répugne et est en quelque façon contraire à Notre Autorité, à l'honneur de la Nation Française et même à l'inclination des Habitants desdits Païs, lesquels en toutes occasions ne témoignent pas moins de zèle et d'affection pour notre service que nos anciens sujets" (Cité par Paul Lévy, 1929, tome 1, p. 288; l'édit royal du 17 mars 1700 dont est extrait ce passage est reproduit in extenso dans Francesc Ferrer i Gironès, 1986, pp. 33 et 34). 

1.6. La Révolution française et l'Alsace. Un certain nombre d'Alsaciens adhèrent à l'idéal révolutionnaire et s'engagent dans la guerre contre l'Autriche et la Prusse. Kellermann qui stoppe les armées ennemies à Valmy et Kléber qui deviendra général en chef de l'armée d'Egypte sont des Alsaciens. C'est à Strasbourg, à la demande du maire Frédéric de Dietrich, qu'est composée la Marseillaise et c'est lui qui la chantera le premier. Mais la Terreur qui s'instaure en France en 1793 n'épargne pas l'Alsace. Le maire Frédéric de Dietrich, devenu suspect, est guillotiné à Paris en cette même année. L'anticléricalisme détourne lui aussi de la Révolution une part importante de la population: toute vie religieuse est interdite et les curés ou pasteurs qui ne renoncent pas à leur sacerdoce doivent s'exiler ou se terrer. Tous les biens de l'église sont confisqués. La Cathédrale de Strasbourg est préservée de la destruction par un stratagème: on la coiffe d'un bonnet phrygien en fer blanc que les habitants qualifieront du sobriquet de Kaffeewärmer ( = réchaud à café, c'est-à-dire coiffe isolante placée sur les cafetières pour tenir le café chaud). Les deux universités que possède alors Strasbourg sont fermées. Des églises, des couvents, des chapelles, des châteaux sont détruits ou gravement endommagés. Tout le patrimoine architectural de l'Alsace est mis à mal. Au nom de l'unité de la nation, les révolutionnaires jacobins reprennent à leur compte la politique linguistique de la royauté absolue. L'abbé Grégoire, Saint-Just, Barrère et Lebas prêchent la croisade contre les patois. L'alémanique et le francique parlés en Alsace sont tout particulièrement visés: ils rendent la population suspecte de connivence avec l'ennemi et sont donc considérés comme contre-révolutionnaires. En 1794, Barrère prononce à la convention un véritable réquisitoire contre l'alsacien qu'il assimile à l'allemand: "Dans les départements du Haut-Rhin et du Bas-Rhin, qui a donc appelé, de concert avec les traîtres , le Prussien et l'Autrichien sur nos frontières envahies ? L'habitant de nos campagnes qui parle la même langue que nos ennemis [...] Il faut populariser la langue (c'est-à-dire le français): la langue d'un peuple libre doit être la même pour tous. Donnons des instituteurs de langue française à toutes les communes où le français n'est pas la langue courante; il y a une oeuvre de civisme à accomplir; les sociétés populaires y contribueront; elles indiqueront des candidats; c'est de leur sein, c'est des villes que doivent sortir ces instituteurs, c'est par les représentants du peuple envoyés pour établir le gouvernement révolutionnaire qu'ils seront choisis". Un décret de Saint-Just impose même alors le français comme seule langue officielle et somme les habitants de renoncer à porter des habits germaniques. Mais, malgré le sang versé et les excès de toutes sortes, le bilan reste positif: des milliers de paysans sont devenus propriétaires ou ont agrandi leur propriété. L'abolition des droits seigneuriaux et des dîmes les a libérés et ils ont pu payer leurs dettes. La bourgeoisie s'est enrichie par les fournitures livrées aux armées. Elle profite aussi des nombreux débouchés qui s'ouvrent dans l'armée, l'administration, la justice et l'enseignement: Jean-François Reubell, avocat colmarien, sera l'un des cinq membres du Directoire; Jean-Adam Schramm, originaire de Beinheim et gardien d'oies à ses débuts, s'engagera comme simple soldat et terminera sa carrière comme général de division et comte d'Empire en 1815. La suppression des péages et l'introduction du système métrique et décimal apporte un sang nouveau à l'économie du pays. Mais c'est surtout dans les mentalités que l'évolution est considérable: les jeunes générations ont épousé l'idéal de liberté, fraternité et égalité et c'est de cette époque que date le rattachement de coeur de l'Alsace à la France. Ceci n'empêche nullement que les Alsaciens demeurent en même temps très attachés à leur identité régionale et qu'au moment où Bonaparte réalise son coup d'état du 18 brumaire 1799 le bilinguisme soit en voie de devenir institutionnel dans l'administration et dans la presse. 

1.7. L'Alsace sous Napoléon. L'Alsace fournira 45. 000 hommes à la Grande Armée et quelques-uns de ses enfants y feront une brillante carrière: Jean Rapp, né à Colmar, deviendra général, comte et pair de France; François-Joseph Lefebvre, né à Rouffach, deviendra duc de Danzig et maréchal d'empire. Mais l'Alsace paiera aussi le tribut du sang dans les batailles de l'épopée napoléonienne. Un des apports les plus positifs du régime napoléonien à l'Alsace est le règlement de la question religieuse. Après le Concordat de 1801, l'église catholique et l'église luthérienne sont reconnues toutes deux comme églises d'Etat. Trois décrets de 1808 règlementent la pratique de la religion juive. Ces mesures contribuent beaucoup à l'apaisement des esprits croyants effrayés et choqués par les exactions de la Révolution en ce domaine. Considérée comme une sorte de marche frontière, l'Alsace devient la réserve de vivres et de munitions de l'armée française. Ce rôle accentue l'essor économique de la région dont le Rhin commence à constituer l'artère. L'administration napoléonienne a également des effets très positifs en Alsace. Lezay-Marnesia, préfet du Bas-Rhin de 1810 à 1814, s'emploie à améliorer le réseau routier et à promouvoir l'agriculture. Et surtout, il installe à Strasbourg dès sa nomination une école normale d'instituteurs. Cette école normale fut la première créée sur le territoire de l'actuelle France. Au sein de Premier Empire qui englobait la Rhénanie depuis le traité de Campo-Formio signé en 1797, elle ne fut précédée que par celle de Coblence. Enfin, le régime napoléonien se montre très tolérant envers le dialecte alsacien. Lors d'une réception officielle en Alsace l'Empereur se serait laissé aller à déclarer: "Laissez-les parler leur langue, pourvu qu'ils sabrent à la française"

1.8. De l'effondrement de l'empire napoléonien à 1870. Comme la plupart des régions d'Europe, l'Alsace passe peu à peu de l'ère artisanale à l'ère industrielle, elle voit naître la population ouvrière et grossir ses villes par suite de l'exode rural. La poussée démographique amène les Alsaciens à participer à la conquête coloniale ou à émigrer en Russie ou aux Etats-Unis. Un autre facteur essentiel est le développement de l'école. La loi Guizot, promulgée en 1833 stipule que chaque commune de plus de 500 habitants doit ouvrir une école primaire et, en conséquence, recruter et rémunérer un maître. Une école normale est créée dans chaque département. Le Bas-Rhin avait déjà ouvert la sienne en 1810. Celle de Colmar est installée en 1833. La question linguistique se pose alors avec une certaine acuité. Dans les campagnes et dans les villes, la langue usuelle de la population est le dialecte alémanique ou francique. La langue véhiculaire de l'école est l'allemand. Le français est toutefois enseigné parfois comme langue vivante. Mais cet enseignement du français est dispensé selon les méthodes traditionnelles de l'époque: l'on y apprend par coeur les règles de grammaire qui doivent être ensuite appliquées (démarche déductive), l'on dresse des listes de vocabulaire, l'on fait des exercices de traduction d'allemand ou d'alsacien en français et de français en allemand ou en alsacien). En un mot l'on utilise les méthodes mises au point par l'antiquité gréco-latine. Mais l'on fait abstraction du contexte dans lequel ces méthodes étaient utilisées à l'origine. Les jeunes Romains des familles patriciennes étaient bilingues (utriusque linguae, comme disait Horace): ils apprenaient le latin comme tous les autres enfants de leur âge, mais ils apprenaient le grec en même temps et de la même manière comme une seconde langue maternelle; dès leur naissance, ils étaient confiés à une nourrice grecque qui avait mission de ne converser avec eux qu'en langue grecque. Lorsqu'ils étaient remis à leur magister ludi, vers l'âge de huit ans, ils étaient donc déjà devenus bilingues par voie naturelle. L'enseignement qui leur était dispensé se déroulait alors dans les deux langues: il comportait effectivement, outre l'introduction de la lecture et de l'écriture, l'étude des règles de grammaire qui donnaient lieu à de nombreux exercices d'application, l'apprentissage par coeur de listes de vocabulaire militaire, commercial ou administratif et enfin de nombreuses traductions orales et écrites du latin en grec et du grec en latin. Mais ces méthodes étaient alors utilisées dans le but pour lequel elles avaient été mises au point. Il s'agissait de préparer ces jeunes Romains aux tâches de responsabilité et d'interprétariat auxquelles leur extraction les prédestinait dans le cadre militaire ou civil. Globalement il s'agissait donc non pas d'acquérir, mais d'approfondir deux langues apprises préalablement et oralement par voie naturelle et non institutionnelle: les exercices de grammaire visaient à assurer la prise de conscience et la maîtrise écrite de mécanismes grammaticaux assimilés et manipulés jusque-là inconsciemment, les listes de vocabulaire présentaient non plus un lexique fondamental déjà possédé, mais les éléments de la technicité requise. Quant aux exercices de traduction, ils visaient à faire acquérir par les élèves la capacité de passer oralement et par écrit d'une langue à l'autre; ils se greffaient eux aussi sur la possession déjà assurée des deux langues et n'avaient nullement l'intention de contribuer à l'apprentissage de l'une à partir de l'autre. Ces méthodes présentaient des vertus intellectuelles incontestables et une adéquation indéniable au but qu'elles poursuivaient et qu'elles atteignaient conformément à l'attente. Malheureusement, elles furent, à partir du Moyen Age, utilisées pour apprendre le latin qui devenait peu à peu une langue morte. Insensiblement et progressivement elles furent donc investies d'une mission qui n'était pas la leur à l'origine: celle de faire acquérir une langue non apprise antérieurement. Elles aboutirent alors à un échec, régulièrement constaté dans le monde médiéval déjà. Les clercs et les laïcs formés de la sorte se révélaient incapables de comprendre et de parler le latin qui était la langue cultivée, la langue d'église et la langue de communication de l'époque. Ils devaient alors effectuer cet apprentissage postérieurement à l'enseignement et sur le tas, dans les débats, rencontres ou conciles. Certaines familles éclairées recoururent alors à la méthode naturelle qu'avait déja pratiquée l'Antiquité. La famille Montaigne en est un exemple connu: "C'est un bel agencement sans doute que le grec et le latin, mais on l'achète trop cher. Je dirai ici une façon d'en avoir meilleur marché que de coutume, qui a été essayée en moi-même, s'en servira qui voudra. Feu mon père, ayant fait toutes les recherches qu'homme peut faire, parmi les gens savants et d'entendement, d'une forme d'institution exquise, fut avisé de cet inconvénient qui était en usage; et lui disait-on que cette longueur que nous mettions à apprendre les langues qui ne leur coûtaient rien est la suite cause pour quoi nous ne pouvons arriver à la grandeur d'âme et de connaissances des anciens grecs et romains. Je ne crois pas que c'en soit la seule cause. Tant y a que l'expédient que mon père y trouva, ce fut qu'en nourrice, et avant le dénouement de ma langue, il me donna en charge à un allemand, qui depuis est mort fameux médecin en France, du tout (= entièrement) ignorant de notre langue et très bien versé en la latine. Cettui-ci qu'il avait fait venir exprès et qui était bien chèrement gagé, m'avait continuellement entre les bras. Il en eut aussi avec lui deux autres moindres en savoir, pour me suivre et soulager le premier: ceux-ci ne m'entretenaient d'autre langue que latine. Quant au reste de sa maison, c'était une règle inviolable que ni lui-même, ni ma mère, ni valet, ni chambrière ne parlaient en ma compagnie qu'autant de mots latins que chacun avait appris pour jargonner avec moi. C'est merveille du fruit que chacun y fit: mon père et ma mère y apprirent assez de latin pour l'entendre, et en acquirent à suffisance pour s'en servir à la nécessité, comme firent aussi les autres domestiques qui étaient plus attachés à mon service [...] (Montaigne, Les essais, Livre 1, chapitre XXVI). Le dévoiement des méthodes didactiques latines fut transmis en héritage à l'enseignement des langues vivantes (français, allemand, anglais, italien, espagnol) lorsqu'elles firent leur apparition et reléguèrent peu à peu le latin au statut de langue morte. A cette occasion, ces méthodes ne perdirent rien de leur vertus intellectuelles, mais elles n'en devinrent pas pour autant des méthodes d'acquisition linguistique et leur échec fut très vite et très régulièrement constaté dans ce domaine de l'enseignement des langues vivantes, après avoir été constaté dans celui de l'enseignement des langues mortes. Les apprenants ainsi traités ne parvenaient pas à la compétence de communication qui devenait de plus en plus l'objectif principal de l'enseignement des langues au fur et à mesure que se développaient les moyens de communication et les contacts entre les peuples. C'est fortuitement que Johann Kaspar Goethe, le père du poète Johann Wolfgang Goethe, en vint à redécouvrir lui aussi les vertus de la méthode d'acquisition naturelle. Les troupes françaises, occupant la ville de Francfort à cette époque (1759), elles y installèrent une troupe de théâtre et logèrent le comte Thorane, responsable de cette troupe, dans la maison de la famille Goethe. Le contact quotidien du jeune Wolfgang (il avait alors dix ans) avec le duc et les représentations tout aussi quotidiennes de sa troupe firent effectuer à Wolfgang des pas de géant dans l'acquisition du français. Bien que Johann Kaspar Goethe fût un admirateur de la Prusse et un détracteur de la France, il n'en favorisa pas moins systématiquement ces contacts et cette fréquentation du théâtre français dès qu'il en constata les effets bénéfiques sur Wolfgang. En 1770, c'est donc à Strasbourg qu'il envoya Wolfgang, certes, pour qu'il y achève ses études de droit qu'il avait commencées à Leipzig, mais aussi pour qu'il renouvelle et approfondisse ses connaissances de la langue et de la culture françaises. L'idylle de Sessenheim (Sesenheim en allemand standard) entre la fille du pasteur Brion et le poète se déroula dans un cadre de germanophonie et Wolfgang note bien: "Aber wenn man [im Elsass] im politischen Sinne sich gern als Franzose betrachtet, so sind doch in jeder anderen Richtung deutsche Kultur und deutsche Sitten überwiegend und keine der französischen Superstitionen wird jemals dort tiefe Wurzeln schlagen" (Goethe, Schriften zur Literatur). Mais à Strasbourg, Wolfgang perfectionne aussi considérablement son français, suffisamment en tout cas pour rédiger une certain nombre de poèmes dans cette langue. Notons que c'est à Strasbourg que Goethe rencontre Johann Gottfried Herder et pose avec lui les fondements du Sturm und Drang. C'est en Alsace que tous deux parcourent la campagne pour y recueillir les chansons populaires de la bouche des vieilles grand-mères. C'est donc en Alsace que le Volkslied commence à travers la littérature allemande une marche triomphale qui le conduira du Sturm und Drang au Romantisme en passant par le Classicisme. Bien que l'Alsace n'exerçât plus d'influence directe sur l'évolution de la langue allemande, de la Hochsprache, Strasbourg demeurait donc encore à la fin du XVIII° siècle la métropole rhénane de la culture et de la littérature germanophones. Weimar, la métropole prussienne, sera sans doute encore plus brillante, mais Strasbourg possède maintenant sur Weimar l'inappréciable avantage de se situer au point de rencontre de la culture germanique et de la culture française et d'être le centre du bilinguisme français-allemand. C'est donc tout naturellement à Strasbourg qu'apparaissent aussi les premières interrogations sur l'efficacité de la didactique des langues vivantes. C'est le directeur de l'école normale d'instituteurs, Vivien, qui s'y penche en 1830 sur les résultats obtenus par l'enseignement du français en Alsace depuis le traité de Westphalie. Il les trouve décevants et exhorte alors ses maîtres à recourir à la méthode naturelle: "Nos maîtres doivent adopter les méthodes des mamans qui savent bien se faire comprendre de leurs jeunes enfants et leur apprennent le langage" (Cité par Paul Lévy, 1929, tome 2, p. 167). Ces directives sont révolutionnaires pour l'époque et elles font de Vivien le précurseur indiscutable de la méthode directe. C'est le pamphlet du professeur Wilhelm Viëtor de Marburg-an-der-Lahn: Der Sprachunterricht muß umkehren, signé du pseudonyme quousque tandem (début de la première philippique de l'avocat Cicéron contre le conjurateur Catilina devant le sénat romain) qui est assez généralement considéré comme marquant l'avénement de cette méthode directe. Mais ce pamphlet ne fut rédigé qu'en 1882, soit plus de 50 ans après que Vivien eut formulé son jugement sur les méthodes traditionnelles de l'enseignement des langues ! Un certain nombre d'instituteurs alsaciens tentent, après 1830, de s'engager sur la voie préconisée par Vivien. Mais ils sont peu soutenus et ils se heurtent surtout à un obstacle majeur: leur maîtrise généralement insuffisante du français. L'application d'une méthode naturelle présuppose en effet une compétence linguistique totale des maîtres dans la langue dont ils ont pour mission de représenter le modèle. Si leur compétence en ce domaine est mal assise, ils auront infailliblement tendance à retourner vers les méthodes classiques de la grammaire déductive, des listes de vocabulaire et de la traduction qui, du fait de leur intellectualité, leur assurent une supériorité sur leur auditoire et les sécurisent par là-même. Lorsqu'éclate la Guerre de 1870, le français a commencé à prendre pied à l'école mais les choses n'ont pas évolué autrement que sporadiquement dans le domaine des techniques d'enseignement. Dans l'Alsace profonde, dans les campagnes, dans les populations ouvrières des villes, la langue utilisée reste l'alémanique ou le francique et, fait peut-être plus important encore, la littérature alsacienne qui se développe en ce dix-neuvième siècle est d'expression dialectale. Quant à la langue liturgique utilisée dans les sermons, les prêches, les prières et les cantiques, c'est l'allemand. Mais ceci ne remet pas plus qu'auparavant en question l'attachement des Alsaciens à la France. L'écrivain Daniel Ehrenfried Stöber (1779-1835), également connu sous les pseudonymes Vetter Daniel et Gradaus, s'exclame: "Meine Leier ist deutsch... französisch mein Schwert". Le poème bien connu de Daniel Hirtz (1804-1893) traduit parfaitement ce double attachement: Mer g'höre hyt zu Frankrich wohl Un theile Noth und Glück, Doch klingt uns d'Muedersproch nit hohl, Sie gilt noch grossi Stück. Üs unserem Herze steit's Gebet Noch ditsch zuem Himmel nuf: Mer halte dran als wie e Klett' Un böje Hyser drauf. So lang noch unser Münster steht -Und dies isch kerngesund- Au d'Muedersproch nit untergeht; Denn viel gänge dnoh zue Grund. C'est pourquoi les tentatives visant à éradiquer l'alsacien soulèvent de véhémentes protestations. Nous n'en citerons pour preuve que l'opuscule de L. Cazeaux intitulé "Essai sur la conservation de la langue allemande en Alsace" (Strasbourg, 1867) dont nous extrayons ce passage: "Il n'est pas rare de trouver des hommes sincèrement dévoués à la France et guidés par d'excellentes intentions, mais poussés par un patriotisme exagéré, qui s'imaginent que, pour rendre définitivement indissolubles les liens qui unissent les Alsaciens à la patrie commune, il est nécessaire que la langue allemande disparaisse successivement. Depuis une quinzaine d'années, il s'opère, non en secret mais très ostensiblement, un travail qui aurait pour résultat la suppression de l'allemand, sinon comme langue populaire, ce qui serait impossible, du moins comme langue littéraire" (Cité dans Vogler Bernard et alii, 1991, p. 146). 

1.9. De 1870 à 1914. L'armée française essuie les premiers revers à Wissembourg et à Froeschwiller dès le début des opérations en août 1870 avant d'être totalement défaite à Sedan au début du mois de septembre. Strasbourg assiégé finit par capituler à la fin de ce même mois. La résistance de Belfort, ville alors rattachée au département du Haut-Rhin, freine un instant l'avance mais ne parvient qu'à retarder la défaite finale. Réclamée par Bismarck dès le début des hostilités, l'annexion de l'Alsace-Lorraine à l'Allemagne est finalement acceptée par la majorité de l'Assemblée Nationale française réunie à Bordeaux, malgré les protestations des députés alsaciens qui revendiquent pour la population le droit de disposer librement d'elle-même. La ville de Belfort n'est pas inclue dans les territoires cédés. A la suite de cette annexion, 128.000 personnes optent pour la nationalité française et quittent l'Alsace-Lorraine où le service militaire dans l'armée allemande devient obligatoire. Parmi les optants se trouvent beaucoup de fonctionnaires, désireux de poursuivre leur carrière en France. A partir de 1874, les députés élus par l'Alsace au Reichstag renouvelleront sans succès la protestation de Bordeaux. L'Alsace est d'abord administrée par un ministère siégeant à Berlin. Mais l'on voit alors apparaître dans le pays un mouvement autonomiste dont l'influence grandit rapidement. C'est sous sa pression que le ministère d'Alsace-Lorraine est transféré de Berlin à Strasbourg en 1879 et qu'est créé le Landesausschuß, parlement régional, ayant pouvoir de voter les lois et le budget de l'Alsace-Lorraine. Les libertés de réunion, d'association, d'expression supprimées ou étroitement contrôlées après l'annexion sont progressivement réintroduites à partir de 1900. En 1911 enfin, le Reichstag octroie à l'Alsace-Lorraine une constitution: elle devient un Reichsland, avec un Landtag élu qui vote les lois et le budget, mais un gouvernement nommé par Berlin et ne dépendant que de l'Etat allemand. La production industrielle recule dans les premiers temps de l'annexion. Les débouchés français se ferment partiellement du fait des droits de douane et il faut s'adapter au marché allemand. Mais la croissance reprend toutefois à partir de 1895. L'Allemagne déploie des efforts considérables pour promouvoir l'Université impériale de Strasbourg dont le rayonnement devient international aussi bien en Lettres, en Langues, en Histoire, en Philosophie et en Théologie qu'en Droit, en Economie, en Médecine, en Physique et en Chimie. La littérature dialectale poursuit un essor pris dès le début du XIX° siècle. Elle s'épanouit notamment dans le théâtre, non seulement autour des grandes métropoles Colmar, Mulhouse et Strasbourg, mais aussi dans toute l'Alsace où l'on assiste à la naissance de petites troupes très actives et appréciées. En 1873, l'école devient obligatoire en Alsace. En France l'obligation scolaire ne sera promulgée que sous Jules Ferry par la loi du 28 mars 1882. L'allemand redevient la langue exclusive utilisée en Alsace pour l'enseignement et le français n'est plus toléré que facultativement à raison de quatre heures hebdomadaires dans les classes moyennes et supérieures (Mittel- und Oberstufe). Mais à mesure que les enfants concernés quittent l'école, le français disparaît avec eux. C'est l'empereur Guillaume 1er qui détermine personnellement la politique linguistique. Il refuse catégoriquement aux Alsaciens germanophones l'enseignement bilingue qu'ils revendiquent pourtant avec force dès 1873. Mais dans certaines régions, la majorité de la population est francophone: c'est le cas dans les enclaves romandes en montagne Vosgienne: haute vallée de la Bruche dans le Bas-Rhin, (Oberes Breuschtal), haute vallée de la Weiss dans le Haut-Rhin autour d'Orbey (Urbeis), poches de Montreux (Münsterol) et de Courtavont-Levoncourt (Ottendorf-Luffendorf) au sud-est de Belfort. Dans ces localités et régions, le Kaiser se montre plus compréhensif et tolère un certain bilinguisme: l'allemand est certes enseigné à raison de 5 heures hebdomadaires, mais le français continue à être la langue véhiculaire jusqu'en 1880. A partir de cette date toutefois, le calcul, la géographie et le chant seront enseignés en allemand. Quant aux pédagogues chargés d'enseigner l'allemand, ils n'ont pas connaissance du message de Vivien (cf. supra 1.8.). "La méthode [...] était toute grammaticale.[...] Les élèves [...], s'ils savaient une grande quantité de vocables, étaient absolument incapables de les utiliser. Les milieux compétents ne tardèrent pas à se rendre compte de la faillite du procédé" (Paul Lévy, 1929, tome 2, p. 380). L'on décide alors d'expérimenter: dans quelques sites bilingues du Haut-Rhin, l'on tente de procéder comme en Posnanie: les élèves francophones y apprennent d'abord à lire et à écrire en allemand avant d'apprendre à lire et à écrire dans leur langue maternelle. Cette tentative se solde évidemment par un fiasco total. Dans les écoles françaises de la vallée de la Bruche, l'Inspecteur primaire de Molsheim, le silésien Ewald Bauch, comprend que l'ordre des opérations adopté dans le Haut-Rhin est contre nature et que les jeunes élèves ne peuvent apprendre à lire et à écrire efficacement une langue dont ils n'ont pas une connaissance orale préalable: "Erst hören und sprechen, dann lesen und schreiben; erst Ohr und Mund, dann Auge und Hand !" (Cité par Paul Lévy, 1929, tome 2, p. 381). Partant de ce principe, il n'introduit la lecture et l'écriture en allemand qu'en deuxième année; en première année, les élèves abordent l'allemand oral sous forme d'exercices intensifs et apprennent à lire et à écrire en français. Les résultats obtenus par Bauch sont alors si concluants que le gouvernement allemand étend la méthode à tous les sites bilingues d'Alsace-Lorraine. Le document intitulé "Entwurf eines Lehrplans für den deutschen Sprachunterricht in Schulen mit französischer Muttersprache" stipule en 1887: "In den Schulen mit französischer Unterrichtssprache ist im Deutschen so viel als möglich Sprachverständnis und Sprachfertigkeit zu erzielen.- Da der erste Leseunterricht in der Muttersprache stattfinden soll, so beginnt das deutsche Lesen erst dann, wenn die Leseschwierigkeiten im Französischen größtenteils überwunden sind, also in der Regel mit dem Eintritt in die Mittelstufe. In der Unterstufe beschränkt sich darum der deutsche Unterricht auf mündliche Übungen, auf Sprechübungen". 

1.10. La Grande Guerre. Au moment de la déclaration de guerre, 220.000 soldats du Reichsland sont incorporés dans l'armée du Kaiser, mais 3.000 mobilisables passent les frontières vosgienne et helvétique pour ne pas être obligés de porter l'uniforme allemand. Après une première offensive qui les amène jusqu'à Mulhouse, Colmar, Villé et Schirmeck en août 1914, les troupes françaises doivent se replier sur la ligne des crêtes (la ligne bleue des Vosges). Après de furieux et sanglants combats, le front se stabilise sur cette ligne jusqu'en 1918. La population souffre des bombardements, des rationnements, des réquisitions et des exactions de toutes sortes. Dans la zone des combats, les Alsaciens sont suspectés par les deux belligérants. En territoire allemand, les Alsaciens considérés comme francophiles sont internés ou assignés à résidence. Quant aux Alsaciens qui se trouvent en France sans avoir la nationalité française au début des hostilités, ils sont traités en ennemis et parqués dans des centres d'internement. Une dizaine de milliers s'engagent alors dans les armées françaises. Le sort du docteur Albert Schweitzer illustre bien ces vicissitudes: arrêté en 1914 au Gabon sur son lieu de travail du fait de son ascendance allemande (ses père et mère sont alsaciens), il sera interné à Arles, dans le même bâtiment que Van Gogh avant lui et il ne recouvrera la nationalité française qu'en 1918 ! Quand les troupes françaises entrent en Alsace en triomphatrices en novembre 1918, leur arrivée déclenche l'allégresse de la population. 

1.11. De 1918 à 1939. C'est à un Commissaire Général assisté d'un Conseil Supérieur d'Alsace-Lorraine qu'est confiée l'administration de l'ancien Reichsland. Mais les membres de ce Conseil Supérieur ne sont pas désignés par le suffrage universel, ils sont nommés par le gouvernement de la République qui nomme également un Commissaire dans chaque département. L'économie alsacienne se heurte à des difficultés comparables à celles qu'elle a connues au lendemain de la guerre de 1870. Elle doit cette fois se réorienter vers le marché français. Elle surmontera cette situation vers 1922 et connaîtra alors une certaine prospérité jusqu'en 1929. Millerand, le premier Commissaire Général, se déclare, au départ, soucieux de respecter les particularités alsaciennes, conformément à l'engagement solennel pris par Joffre à Thann en novembre 1914: "[...] La France vous apporte, avec les libertés qu'elle a toujours représentées, le respect de vos libertés à vous, des libertés alsaciennes, de vos traditions, de vos convictions, de vos moeurs [...]". Mais, dans l'ensemble, les dirigeants nommés sont originaires pour la plupart d'autres régions de France. Ils ne connaissent pas les problèmes alsaciens et ne s'adaptent que très imparfaitement à ces réalités nouvelles. Dans leur immense majorité, les fonctionnaires français dépêchés en Alsace pour remplacer les fonctionnaires allemands expulsés sont purement francophones. Ils ont, pour cette raison, tendance à marginaliser les fonctionnaires alsaciens dont l'expression est mal assurée en français. D'une façon très générale, la promotion et l'avancement de ces derniers s'en trouve freinée, parfois complètement bloquée. Cette évolution est lourde de conséquences néfastes. D'une part elle suscite des rancoeurs parmi une population qui se sent discriminée et colonisée. D'autre part elle ancre dans l'esprit de cette population la conviction que la promotion sociale passe non seulement par l'apprentissage du français mais aussi par le renoncement à l'accent et même à la langue alsacienne. Et si les adultes n'arrivent plus à se départir de ces particularités, ils auront à coeur de ne pas les transmettre à leurs enfants dont ils veulent assurer l'avenir ! Le français devient d'ailleurs la langue unique à l'école. Il doit être enseigné par la méthode directe sans aucun recours à l'allemand. Il est à peine besoin de souligner que l'utilisation de la méthode directe revêt ici un caractère particulier. Elle sert de prétexte à l'éviction de l'alsacien, ce qui constitue de toute évidence un dévoiement de ses intentions premières. Cette méthode directe est d'ailleurs appliquée dans des conditions de contre-indication complète: les maîtres qui sont censés la mettre en oeuvre ne maîtrisent pas le français. En tout état de cause, cette politique linguistique apparaît moins libérale et moins didactiquement réfléchie que celle de Guillaume 1er, reprise et poursuivie par Guillaume II. Seul l'enseignement religieux continue à être dispensé en langue allemande ou en alsacien à raison de quatre heures hebdomadaires. Quant à l'enseignement de l'allemand lui-même, l'administration française tente de le supprimer totalement en 1919, mais doit faire machine arrière devant le mécontentement que suscite cette mesure. A compter de 1924, l'allemand est même enseigné obligatoirement à raison de trois heures hebdomadaires à partir de la quatrième année d'école primaire. En 1924, le Cartel des Gauches remporte la victoire aux élections législatives françaises. Le Président du Conseil Edouard Herriot entend pratiquer en Alsace une politique d'assimilation rapide. Il manifeste donc l'intention de mettre fin au régime du Concordat de 1801 et d'annuler la loi Falloux. Le régime du Concordat avait été supprimé en France en 1905 sous la Troisième République, alors qu'il avait subsisté dans l'Alsace devenue allemande. Quant à la loi Falloux qui prévoyait le soutien des établissements d'enseignement religieux par l'Etat, elle avait été promulguée en France en 1850, puis abrogée en 1880 par la Troisième République, tandis qu'elle subsistait elle aussi dans l'Alsace allemande. L'Alsace bénéficiait en outre en tant que Reichsland d'un certain nombre de dispositions d'origine allemande: une heure hebdomadaire d'enseignement religieux prescrite dans chaque école pouvait y être dispensée par les ministres des cultes reconnus et rémunérés par l'Etat; les membres de congrégations religieuses pouvaient en outre être appelés à enseigner dans les écoles publiques. L'église catholique et les deux églises protestantes organisent alors la résistance: elles lancent des manifestations, des pétitions, des campagnes de presse et même une grève et un referendum scolaires en 1925. Surpris par cette opposition déterminée, Herriot renonce à son projet. Mais la résistance qui s'est manifestée prend conscience de sa force et un mouvement autonomiste voit le jour. Il demande une certaine indépendance dans le cadre de la République Française, le maintien du statut religieux et scolaire et la reconnaissance du droit de l'Alsace au bilinguisme. Des groupes séparatistes apparaîtront même dans quelques centres ruraux protestants, encouragés secrètement par l'Allemagne jusqu'en 1939. La Troisième République réagit très vigoureusement en interdisant des journaux, en révoquant des fonctionnaires, en procédant à des perquisitions et à 15 arrestations. Les indépendantistes arrêtés furent inculpés de complot contre la sûreté de l'Etat et traduits devant la Cour d'Assises de Colmar en 1928. Les peines prononcées furent légères, mais l'affaire souleva une émotion énorme et, aux élections législatives de 1928 qui eurent lieu la veille du procès, la gauche socialiste connut une sévère défaite en Alsace, tandis que les autonomistes auxquels s'étaient alliés les communistes enregistraient un très net succès. A partir de 1929, l'Alsace est frappée par la crise économique mondiale plus durement encore que d'autres régions, car les menaces de guerre avec l'Allemagne poussent les entreprises et les capitaux à se replier vers l'intérieur. Les industries textiles sont très particulièrement touchées. En 1936, le Front Populaire l'emporte en France, mais pas en Alsace où l'union n'a pu se faire: les socialistes toujours partisans d'une intégration rapide reprochent en effet aux communistes le soutien qu'ils ont apporté aux autonomistes. Le gouvernement de Léon Blum commet une grave erreur d'appréciation: il envisage une mesure de prolongation de la scolarité à l'intention de la seule Alsace pour y rattraper le retard occasionné par les heures consacrées à l'enseignement de la religion et de la langue allemande. Impressionné par la vivacité d'une réaction qu'il n'avait pas prévue, Blum reculera, tout comme Herriot, mais il ne pourra pas empêcher le développement d'une nouvelle poussée autonomiste et même séparatiste. Dans ce climat mouvementé, la littérature alsacienne se développe pourtant admirablement: l'expression dialectale y est représentée par les frères jumeaux Albert (1874-1930) et Adolphe (1874-1944) Matthis: ils sont les auteurs du Elsässerlied, le chant des Alsaciens, qui dit leur attachement à la France: "Mer sind Franzeesch". Mais l'expression bilingue franco-allemande est elle aussi très présente: Albert Schweitzer (1875-1965) exerce son activité médicale à Lambaréné au Gabon avec un dévouement qui lui vaut l'admiration du monde entier. Il est aussi l'auteur de plusieurs ouvrages de philosophie et de théologie et est également connu comme organiste virtuose et interprète de Johann Sebastian Bach. Maxime Alexandre (1888-1976) et surtout René Schickele (1883-1940) sont eux aussi des écrivains bilingues. Schickele se penche amoureusement sur les tourments de l'âme alsacienne, symbolisée par ce Hans im Schnokaloch qui n'a rien de ce qu'il veut et ne veut rien de ce qu'il a. L'écrivain pacifiste souffrira toute sa vie de voir les deux cultures se déchirer et il s'emploiera sans relâche à les réconcilier. Le 10 mai 1933, ses oeuvres seront livrées aux flammes, avec celles de Heinrich Mann, Erich Kästner, Ernst Gläser, Erich Maria Remarque, Stefan Zweig, Bertold Brecht et bien d'autres, dans les grands autodafés de la littérature suspecte, organisés par les hordes hitlériennes à Berlin devant l'Opéra, à Munich et dans toutes les grandes villes universitaires. Les livres ont été arrachés des bibliothèques publiques mais ils proviennent aussi des bibliothèques privées dont ils ont été extraits par leurs propriétaires eux-mêmes. Le Docteur Goebbels, l'apprenti-sorcier de la propagande nazie, attise cette démence collective dans son discours du même jour: " Das Zeitalter eines überspitzten, jüdischen Intellektualismus ist nun zu Ende...". Schickele dira la honte et l'épouvante que lui inspirent cette hystérie. Dans le même temps, l'extension prise par les médias francophones (TSF, phonographe) et l'emprise de l'administration, également francophone, commencent à rétrécir sensiblement la sphère d'influence du dialecte qui va se trouver peu à peu limité au monde rural. La connaissance de l'allemand, intimement liée à celle de l'alsacien, régresse parallèlement. 

1.12. La Deuxième Guerre Mondiale. Elle commence lorsque les troupes du Troisième Reich envahissent la Pologne. Redoutant une guerre de position en avant de la ligne Maginot, le gouvernement français fait évacuer toutes les communes situées dans une bande de 10 km de large le long de la frontière rhénane. Un tiers de la population alsacienne (430.000 personnes) quitte ainsi le sol natal et est installé dans le Sud-Ouest, dans les départements de l'Indre, de la Haute-Vienne, de la Dordogne, des Landes et du Gers. Elle y connaît quelques problèmes d'accueil et aussi d'insertion et d'adaptation dans ces régions beaucoup moins développées que l'Alsace. En 1940, deux tiers de ces Alsaciens transférés rentreront au pays, le dernier tiers ne reviendra qu'en 1945 et en partie seulement, quelques milliers demeurant définitivement dans le Sud-Ouest. Après une période d'attente et d'observation de 10 mois (la drôle de guerre), les troupes allemandes envahissent la Hollande, la Belgique ainsi que le Luxembourg et percent le front français à Sedan en mai 1940. La ligne Maginot, tournée sur ses arrières, est investie en juin 1940. Les villes de Colmar, Mulhouse et Strasbourg sont prises en quelques jours. Bien que l'armistice conclu ne lui en reconnaisse point le droit, Hitler annexe l'Alsace et le département de la Moselle. Le Bas-Rhin et le Haut-Rhin sont regroupés en un Gau Oberrhein (capitale Strasbourg) incorporé au pays de Bade. Les vainqueurs interdisent le français pensant ainsi extirper toute trace de culture décadente ("Raus mit dem welschen Plunder !", proclament les affiches nazies). L'alsacien est traité comme les autres dialectes allemands: il doit être progressivement supplanté par le Hochdeutsch. Le Gauleiter Robert Wagner écrit au Ministre des Cultes de Bade en 1940: "Der Entwicklung unseres Volkes zur einheitlichen Nation stehen zweifellos auch die Mundarten (Dialekte) im Wege. Es kann deshalb nur das Ziel des Reiches sein, die Einheit auch in der Sprache anzustreben". Une action de propagande de grande envergure est entreprise pour provoquer l'adhésion de la population à l'idéologie du Troisième Reich. Constatant le peu d'enthousiasme que celle-ci suscite, les autorités allemandes raidissent leur attitude, procèdent à l'expulsion des Alsaciens notoirement francophiles et multiplient les mesures répressives. Le délire antisémite s'applique à l'Alsace. Les synagogues sont anéanties ou saccagées et 5.000 Juifs, soit environ un dixième de la population juive d'Alsace, sont envoyés dans les camps de la mort. Les autres fuient vers la zone libre française et vers l'Espagne. Les jeunes Alsaciens sont embrigadés dans les organisations nazies: la Hitlerjugend d'abord pour les adolescents de 10 à 18 ans, le Bund Deutscher Mädchen ensuite pour les jeunes filles au-delà de 18 ans et le Reichsarbeitsdienst enfin pour ceux qui parviennent à l'âge adulte. Dès la rentrée de 1940, tous les documents français sont proscrits des écoles. Enseignants et élèves sont tenus d'adopter le salut hitlérien, le Heil Hitler. Un gigantesque système de surveillance et de délation est mis en place pour surveiller l'exécution de cette décision. Les instituteurs et professeurs doivent adhérer par écrit au parti national-socialiste et effectuer un stage de regermanisation en Allemagne (Umschulung) avant de pouvoir enseigner. Dans le cas contraire, ils sont purement et simplement révoqués et envoyés au Reichsarbeitsdienst ou même en camp de concentration. A l'origine, les enrôlements dans la Wehrmacht relèvent du volontariat et demeurent très limités. Le régime national-socialiste incorpore alors de force 100.000 Alsaciens, les plus jeunes étant nés en 1928 et les plus âgés en 1907. Un certain nombre de ces enrôlés de force tentent de s'évader. Quelques-uns y réussiront, mais d'autres seront repris et massacrés sur-le-champ tels les 13 conscrits de Ballersdorf. La mise en place du réseau de surveillance et de délation s'intensifie et les mesures répressives se multiplient. Un camp de rééducation est ouvert à Schirmeck pour accueillir les fortes têtes ou même ceux qui risquent la moindre protestation ou sont simplement surpris à écouter les émissions brouillées de la radio anglaise, la B.B.C. (British Broadcasting Corporation). Un camp d'extermination est installé au Struthof, près de Natzwiller. Des milliers de déportés y meurent, épuisés par le travail forcené qu'on leur fait accomplir ou systématiquement gazés. Leurs cadavres alimentent en matériel anatomique la Faculté de Médecine mise en place par le régime nazi à l'Université de Strasbourg. Malgré tout, une résistance s'organise peu à peu: elle part de formes modestes comparables au comportement du célèbre soldat tchèque Schweyk qui ruse, ironise et retarde l'exécution des ordres de l'oppresseur ou feint de les mal comprendre. Mais elle prend de plus en plus des formes plus incisives: actes de sabotage, quête de renseignements transmis aux armées alliées, organisation de filières pour aider les évadés à gagner le sud de la France et l'Espagne. En France de l'intérieur, les Alsaciens entrent dans les réseaux de résistance et prennent même parfois une part active à la création de ces réseaux (cf. la brigade Alsace-Lorraine dirigée par André Malraux (colonel Berger dans la Résistance). Après le débarquement des alliés en Normandie en juin 1944, des maquis se constituent dans le massif vosgien: à Volksberg, Barr, Sainte-Croix-aux-Mines et Thann. L'Alsace essuie des raids aériens de la R.A.F (Royal Air Force) qui font 800 victimes à Strasbourg et 500 à Mulhouse. Mais en novembre 1944, Mulhouse est enfin libérée par le Général de Lattre de Tassigny et Strasbourg par le Général Leclerc de Hautecloque. Les Allemands conservent toutefois une poche à Colmar et contre-attaquent en janvier 1945. Le commandement allié manifeste alors l'intention d'abandonner Strasbourg. Le général de Gaulle s'y oppose, ce qui lui vaudra la reconnaissance durable des Alsaciens. Les Alliés reprennent leur offensive le 20 janvier 1945 dans le Bas-Rhin, la poche de Colmar est réduite et l'Alsace définitivement libérée à la fin du mois de mars de cette même année. Les affiches nazies "Raus mit dem welschen Plunder !" sont remplacées par des affiches: "Raus mit dem Schwowe Plunder !". Le bilan de cette deuxième guerre mondiale est lourd pour l'Alsace: en tout, plus de 50.000 victimes par suite des faits de guerre et de la déportation. Les enrôlés de force, les "malgré-nous", qui sont 130.000 au départ, compteront à la fin des hostilités 30.000 morts et disparus et plus de 20.000 blessés. Plusieurs milliers d'entre eux, ayant suivi les incitations à déserter que diffusait l'Armée Rouge à leur intention sur le Front de l'Est, passeront des années horribles dans le froid et la faim au camp de prisonniers de Tambov, à 450 km de Moscou, avant de regagner la terre natale. Mais surtout, toute autre considération mise à part, l'Alsace constate qu'elle a changé quatre fois d'appartenance en 75 ans (1870-1945)

2. L'EVOLUTION LINGUISTIQUE EN ALSACE DE 1945 A 1990.

 

La libération s'accompagne d'une explosion de joie et les troupes alliées sont accueillies à bras ouverts. Mais des tensions ne tardent pas à apparaître entre les Alsaciens restés sur place d'une part et, d'autre part, ceux qui ont fui, ont été déportés ou engagés de force. La dénazification est bien acceptée dans son principe, mais, dans son application, les ressentiments et les passions se déchaînent et conduisent à des abus irresponsables. Le malaise général qui en résulte ne se dissipera que lorsque seront promulguées les lois d'amnistie en 1951 et 1953. A la même époque, l'oeuvre d'Albert Schweitzer trouve enfin la consécration en Allemagne d'abord, dans le monde ensuite et enfin en France: en 1951 il reçoit le Friedenspreis des deutschen Buchhandels, en 1953 le prix Nobel de la paix au titre de l'année 1952, et en 1954 la distinction Pour le mérite. C'est comme une reconnaissance de la dimension bilingue, biculturelle et internationale de la culture alsacienne. Mais dès 1945, la Quatrième République interdit "provisoirement" l'utilisation de l'allemand comme langue véhiculaire dans l'enseignement primaire et supprime même son enseignement comme langue seconde dans ces mêmes écoles primaires. L'allemand est ainsi placé sur le même pied que les autres langues étrangères et relégué dans le Second Degré et l'Enseignement Supérieur. Cette situation provisoire durera huit ans ! La décision ne touche pas que l'allemand. Elle affecte également indirectement l'alsacien. La conviction, apparue dès 1919, que la promotion sociale passe non seulement par l'apprentissage du français mais aussi par le renoncement à la langue alsacienne s'étend peu à peu. Les parents s'efforcent de ne plus parler que français à leurs enfants, puissamment aidés en cela par la radio d'abord, puis, à partir des années soixante, par la télévision francophones. Les émissions de radio et de télévision germanophones, faciles à capter en Alsace, ne sont suivies que par les grands-parents qui continuent encore à parler alsacien à leurs petits-enfants ou devant leurs petits-enfants. C'est ainsi que les jeunes générations n'ont bientôt plus du dialecte qu'une connaissance passive. Elles le comprennent encore, mais ne le parlent plus et perdent également pour cette raison la capacité de le parler. Cette évolution n'est pas propre à l'Alsace: elle affecte toutes les grandes langues régionales du territoire français: le breton, le basque, le catalan, l'occitan. La différence est que le travail d'éradication entrepris dès la Révolution et même dès Louis XIV sur le breton, le basque, le catalan et l'occitan n'a pas connu de solution de continuité, comme cela fut le cas en Alsace. L'on pourrait donc penser a priori que l'alsacien et l'allemand devraient posséder une plus grande capacité de résistance à l'éradication. Mais les interruptions survenues dans la francisation linguistique ont été imposées par des faits de guerre. Elles ont le goût du sang et des larmes. Et la dernière en date, celle causée par le Troisième Reich, a menacé la civilisation occidentale tout entière: Deutsch ist nun einmal die Sprache des Feindes ! Un travail de dissociation s'opère toutefois dans les esprits de l'intelligentsia alsacienne entre les horreurs du Troisième Reich et la langue utilisée pour les perpétrer. Les atrocités se commettent hélas dans toutes les langues sans que les langues en soient responsables. Le français fut la langue de la Terreur et des exactions colonialistes et il n'a pas été éradiqué pour autant. La langue allemande est d'ailleurs aussi celle dans laquelle l'on a pu écrire: "Diesen Kuß der ganzen Welt" (Schiller, Hymne an die Freude, texte de la neuvième Symphonie) ou encore: "Und unter uns gesagt, ich haßte die Franzosen nicht, wiewohl ich Gott dankte, als wir sie los waren. Wie hätte auch ich, dem nur Kultur und Barbarei Dinge von Bedeutung sind, eine Nation hassen können, die zu den kultiviertesten der ganzen Erde gehört und der ich einen so großen Teil der eigenen Bildung verdanke. Überhaupt ist es mit dem Nationalhaß ein ganz eigenes Ding- Auf den untersten Stufen der Kultur werden Sie ihn immer am stärksten und heftigsten finden. Es gibt aber eine Stufe, wo er ganz verschwindet und wo man gewissermaßen über den Nationen steht und man ein Glück oder ein Weh seines Nachbarvolkes so empfindet, als wäre es dem eigenen begegnet. Diese Kulturstufe war meiner Natur gemäß und ich hatte mich lange darin befestigt, ehe ich mein sechzigstes Jahr erreicht hatte" (Goethe, Gespräche mit Eckermann). L'Alsace a eu sa part dans la gestation de cet oecuménisme. Elle a eu aussi sa part dans sa transmission et sa perpétuation: Albert Schweitzer et René Schickele se sont aussi exprimés en français et en allemand. La Bundesrepublik va aussi entreprendre une Vergangenheitsbewältigung méritoire et devenir une démocratie véritable dans laquelle veillent de grandes consciences du monde littéraire, philosophique et politique. Charles de Gaulle et Konrad Adenauer vont oeuvrer à la réconciliation franco-allemande et créer, en juillet 1963, l'Office franco-allemand pour la Jeunesse (Deutsch-französisches Jugendwerk), dont la tâche est de favoriser les contacts et les échanges entre les jeunesses des deux nations. Cette réconciliation et les mesures qui l'accompagnent constituent indubitablement un tournant dans l'histoire européenne et dans celle de nos deux pays. Enfin, la République Fédérale va devenir une grande puissance économique. Elle va attirer et accueillir des travailleurs alsaciens et lorrains qui vont passer quotidiennement la frontière et être ainsi remis en contact avec la réalité de la culture et de la langue allemandes. Malheureusement ces travailleurs ne se verront généralement confier que des tâches d'exécution par suite de leur compétence linguistique insuffisante. Le Conseil Général du Bas-Rhin est la première instance à se préoccuper du bilinguisme alsacien. Dès juin 1946, il demande à l'administration scolaire de bien vouloir se pencher sur le problème et de lui présenter ses propositions. N'ayant pas reçu de réponse, il émet le 25 avril 1947, sur proposition du MRP et à l'unanimité de ses membres, le voeu que l'allemand soit réintroduit dans les écoles primaires d'Alsace à partir de l'âge de 8-9 ans et selon la règlementation en vigueur en 1939. Il exprime également le souhait que les écoles normales prennent en charge la formation du personnel enseignant nécessaire. La question sera à nouveau débattue les 8 novembre 1947, 21 décembre 1948 et 10 mai 1949. Dans sa séance du 4 novembre 1950, le Conseil Général du Haut-Rhin se saisit lui aussi du problème. Mais alors que le peuple alsacien s'exprime de plus en plus clairement par la voix de ses élus, la spécificité linguistique de l'Alsace continue à être ignorée par l'Etat français. La loi Deixonne, promulguée le 11 janvier 1951, autorise un enseignement facultatif des langues régionales en CM1 et en CM2 dans des conditions assez restrictives: accord de l'inspection départementale, volontariat des parents et des maîtres, nombre minimum d'élèves. Cet enseignement s'étendra par la suite aux classes des collèges et lycées et débouchera sur une épreuve facultative au baccalauréat. Dans l'énumération des langues autorisées figurent seulement le basque, le breton, le catalan et l'occitan. Le corse, le flamand et l'alsacien sont exclus parce que considérés comme variantes locales de langues exogènes. En 1952, un décret s'applique tout de même à l'Alsace: il donne à des instituteurs volontaires la possibilité d'enseigner l'allemand pendant une heure hebdomadaire au CM1 et au CM2. Mais ce décret se heurte à l'hostilité du Syndicat National des Instituteurs qui redoute, pour des raisons corporatistes, la création de "postes à profil", foncièrement contraire à sa politique de stricte uniformité des emplois dans le Premier Degré. Quant aux autorités scolaires, elles font preuve en la matière d'inertie et non de volontarisme. Le décret n'est donc que très partiellement appliqué. S'il l'avait été d'ailleurs, sa portée n'aurait été que symbolique: le caractère homéopathique du dosage condamnait la mesure à l'inefficacité. En 1953, les autorités académiques décident enfin de procéder à un sondage auprès de toutes les familles alsaciennes. Ce sondage révèle qu'elles sont favorables à 84 % (Haut-Rhin: 83%; Bas-Rhin: 85%) à l'enseignement de l'allemand dès l'école primaire ! Dans sa séance du 5 décembre 1955, le Conseil Général du Bas-Rhin pourra donc faire état "de la ferme volonté de la population alsacienne de voir la langue allemande devenir l'objet d'un enseignement obligatoire à l'école primaire et matière d'examen". Mais, sur le plan national, la création de l'Office Franco-allemand pour la Jeunesse (OFAJ) en 1963 ne s'accompagne d'aucune mesure particulière pour l'Alsace. Le Conseil Général du Bas-Rhin revient inlassablement sur la question le 14 janvier 1963, le 8 janvier 1964 et le 9 mai 1966. Il rappelle à cette date "que l'Assemblée Départementale s'est prononcée avec constance et à l'unanimité depuis 1946 en faveur d'un enseignement de la langue allemande suffisant et efficace dans les écoles primaires du département et que l'écrasante majorité des parents d'élèves continuent à se prononcer pour que soit donné à leurs enfants cet enseignement de la langue allemande". Le 10 janvier 1967, le Conseil Général du Bas-Rhin revient à la charge en se référant à la règlementation de 1939. Le 2 décembre 1969, Monsieur Louis Jung, sénateur du Bas-Rhin considère comme dramatique "que l'Alsace, pays naturellement bilingue, tende à devenir exclusivement francophone [...] à un moment où l'Europe s'oriente de plus en plus vers le bilinguisme" (J.O. du 3.12.69). L'année 1971 va enfin constituer un premier tournant. Un sondage IFOP dont les résultats sont publiés le 16.10.1971 confirme les résultats du sondage organisé par les autorités académiques en 1953: 85 % des Alsaciens sont favorables à un enseignement de l'allemand à l'école primaire. Les deux Conseils Généraux, dont les prises de position avaient jusqu'ici divergé, s'entendent pour rédiger un texte commun: "Le Conseil Général du Bas-Rhin, en parfait accord avec celui du Haut-Rhin, demande l'introduction d'une initiation à la langue allemande à l'école élémentaire. Les Conseils Généraux désirent une mise en place rapide de cette réforme. Ils désirent donner un caractère obligatoire à l'initiation à l'allemand et demandent à l'Administration d'être associés étroitement à l'élaboration des solutions devant résoudre les problèmes posés au point de vue administratif, financier et humain". La clause de l'obligation sera toutefois assez vite abandonnée après discussion. Le cercle René Schickele, créé en 1968 pour la promotion de la culture bilingue en Alsace, appuie la revendication de tout son poids. Ce consensus alsacien, enfin réalisé, parvient à mettre en branle le gouvernement et le Ministère de l'Education Nationale. Le 12 juin 1972, le Préfet annonce la décision prise: 15 classes de CM1 du Bas-Rhin et 15 classes de CM1 du Haut-Rhin recevront à partir de la rentrée 1972 une initiation à l'allemand, destinée à être poursuivie au CM2. Il s'agit d'une expérience dont les leçons devront être tirées... C'est Georges Holderith, Inspecteur Général d'allemand d'origine alsacienne, qui préside à la destinée de l'entreprise. Misant sur la parenté entre l'alsacien et le Hochdeutsch, Georges Holderith pense pouvoir ranimer le bilinguisme avec des moyens réduits: il instaure au CM1 et au CM2 deux heures et demie d'enseignement hebdomadaire de l'allemand, réparties en 4 ou 5 séances d'une demi-heure. La frilosité de ces mesures indigne les sénateurs alsaciens qui rédigent une protestation véhémente: ils regrettent "que l'administration centrale se croit autorisée à ignorer l'intérêt d'une région et à sacrifier une génération sous des prétextes fallacieux". Ils s'insurgent contre le concept d'expérimentation, arguant que celle-ci a été faite pendant bien des années avant 1940 et a "par ses résultats, témoigné de l'excellence d'un système que tous les spécialistes et le gouvernement lui-même reconnaissent quand il s'agit des écoles du Canada ou du Pays de Bade. Ils déplorent que les instances responsables de cet enseignement le freinent et s'attardent dans des considérations d'ordre politique ne reflétant pas l'intérêt des populations, mais celui d'un chauvinisme désuet". Et ils s'élèvent contre "la défiance exercée envers des populations qui n'ont pas à recevoir de leçon de patriotisme, même si elles désirent parler plusieurs langues". Ils se disent enfin "décidés à tout entreprendre pour faire aboutir la chance que la géographie et l'Histoire donnent à l'Alsace: le droit à une formation bilingue qui est un avantage supplémentaire et un enrichissement pour l'individu". Le texte est signé par Messieurs Louis Jung, Michel Kaufmann, Alfred Kieffer, Michel Kistler, Marcel Nuninger, Pierre Schiele et Charles Zwickert. C'est à la rentrée 1973 que l'expérience Holderith démarre véritablement, sur une base plus étendue que celle de 1972. Elle bénéficie à ses débuts de la faveur qui se manifeste partout en Europe pour l'enseignement précoce depuis le milieu des années soixante. Elle bénéficie aussi du soutien du Président Pierre Pflimlin qui écrit au Ministre de l'Education Charles Haby en décembre 1975: "L'allemand est la forme littéraire de nos dialectes qui sont -bien que certains veulent encore nier cette évidence- des dialectes germaniques appartenant à la famille des dialectes alémaniques [...] Des résultats remarquables ont été obtenus par l'introduction dans un certain nombre d'écoles du premier degré de la "méthode Holderith". Il me paraît très souhaitable que l'utilisation de cette méthode soit étendue le plus tôt possible à toutes les écoles de la région". Le Ministre tente bien une généralisation, mais l'entreprise est compromise par plusieurs facteurs: -Il est prévu que cet enseignement ne doit être confié qu'à des maîtres volontaires. Il est donc bien loin d'être généralisé et cette situation ne va pas en s'améliorant dans la mesure où les instituteurs dialectophones partent à la retraite et sont remplacés par des instituteurs de la jeune génération qui comprennent encore le dialecte mais ne le parlent plus guère. -L'alsacien n'a pas connu la même évolution que les dialectes allemands. Ceux-ci ont été progressivement supplantés par la Hochsprache. Ils ne subsistent plus qu'à l'état de particularités essentiellement lexicales et phonologiques, plus rarement grammaticales, colorant régionalement l'allemand standard. L'alsacien a pour sa part été soustrait à cette action corrosive de la Hochsprache par suite de son appartenance française depuis le traité de Westphalie. Les 47 ans d'appartenance à l'Allemagne impériale (1871-1918) et les 4 années d'appartenance au Troisième Reich n'ont pas eu d'influence linguistique majeure. La distance entre l'alsacien et la Hochsprache est donc un peu plus importante que celle séparant une langue régionale allemande de cette même Hochsprache. Elle n'est tout de même pas suffisamment conséquente pour inhiber le transfert positif prévu par la méthode Holderith. La difficulté essentielle vient du fait que l'alsacien, en étant soustrait à l'influence de l'allemand, a été exposé à celle du français. Les conséquences se manifestent sur trois plans différents: -Un nombre croissant des élèves n'a plus du dialecte qu'une connaissance passive et c'est là le facteur essentiel qui entrave ou inhibe le transfert positif attendu: "Am Beispiel des Elsaß kann man beobachten, daß Bilingualismus im Sinne von Koexistenz zweier Sprachsysteme bei einem gewissen Prozentsatz von Sprechern nicht zu einem Mischsystem führt, sondern zum Monolinguismus. Eines der beiden Systeme -und das ist meist die Mundart- wird nicht mehr gebraucht. Es bleiben nur noch lexikalische, phonologische Überreste" (Ott Jürgen und Philipp Marthe, opus citatum, p. 15). -En outre, là où le dialecte alsacien subsiste encore, il subit l'influence puissante de la francophonie ambiante: les emprunts lexicaux ne sont pas inquiétants, ils seraient plutôt une marque de vitalité; l'allemand lui-même et l'anglais en ont réalisé massivement sans en pâtir. La situation est plus préoccupante sur le plan phonologique: le Hauchlaut est en voie de disparition et, ce qui est plus grave encore, certains paroxytons d'origine germanique comme Mutter (XX) glissent vers le schème oxytonique (XX). Cette évolution est tout à fait comparable à celle qui s'amorce en Roussillon à partir du XIX° siècle et qui aboutit à la disparition totale des esdrúixols (proparoxytons: ...XXX) par déplacement de la syllabe tonique (...XXX * ...XXX). Les esdrúixols subsistent encore en catalan du sud, moins exposé à l'emprise occitane et francophone. Sur le plan morpho-syntaxique, les mécanismes de réduction de la flexion de l'article alsacien (les formes der et ein tiennent lieu de nominatif et d'accusatif masculins singuliers) semblent aussi influencés par le français dans les options prises, mais le principe de la réduction flexionnelle en lui-même se rencontre aussi dans d'autres dialectes allemands tels que le berlinois. La neutralisation de l'opposition locatif~directif (Ich liege im Bett * Ich gehe ins Bett) est plus inquiétante et constitue cette fois une interférence indubitable induite par la francophonie: elle s'apparente de très près à la disparition de l'adlatif, signalée en différents endroits dans le pays basque français. Certes l'alsacien a manifesté jusqu'ici une vitalité et une résistance remarquables, mais l'évolution actuelle fait craindre une pidginisation. -Enfin, le langage parlé par les jeunes générations est un français régional marqué par des interférences phonologiques du substrat alsacien et entrecoupé d'expressions alsaciennes. Ce code-switching permanent est certes un curiosum. On ne peut nier qu'il soit parfaitement fonctionnel et permette des adaptations pragmatiques et situatives remarquables: "Diese Mischsprache, in der die Mundart und die französische Standardsprache innerhalb desselben Satzes alternieren, kann als eine recht gut funktionierende Sprachvarietät angesehen werden. In ihr drückt sich auch elsässische Identität aus" (Ott Jürgen und Philipp Marthe, opus citatum, p. 18). Mais l'on peut aussi se demander si ce statut de citation n'est pas un hommage quasi posthume rendu par les Alsaciens à ce qui fut leur langue maternelle. Dans ces conditions, si l'on ne vise pas d'emblée au bilinguisme et si l'on s'accommode de demi-mesures, l'enseignement de l'allemand en Alsace devrait être plutôt mené comme celui d'une langue étrangère, dans une démarche contrastive utilisant des techniques incitatives, comme le fait l'expérience d'enseignement précoce Sing' und spiele mit ! démarrée en 1967 dans le département du Doubs, puis étendue et généralisée à partir de 1975 dans le Canton du Valais roman. La méthode Sing' und spiele mit ! s'implantera à Metz, en Moselle francophone, mais elle ne sera introduite que sporadiquement en Alsace (Mulhouse). L'horaire appliqué dans l'expérience Holderith (2 heures 1/2 hebdomadaires régulièrement réparties sur la semaine en séances de 30 minutes chacune) a été directement inspiré par l'expérience Sing' und spiele mit ! Mais dans l'expérience Sing' und spiele mit ! l'enseignement commence dès le CE2 à un âge où les organes audio-phonatoires présentent encore une certaine malléabilité qui va régresser brutalement par la suite au CM1 et au CM2 (cf. Petit J., 1985, passim). En 1974 paraît le rapport Burstall qui établit le bilan de l'expérience d'enseignement précoce du français menée en Angleterre depuis septembre 1964. Ce bilan est objectif et les résultats sont bien loin d'être négatifs, mais les conclusions qu'en tire Claire Burstall, son auteur, sont défavorables à l'enseignement précoce. Bien que constatant les avantages très nets des élèves ainsi traités sur le plan phonétique et sur celui de la compréhension orale, elle les présente de façon réductive et parvient à la conclusion que ces avantages sont maigres et ne justifient pas les dépenses engagées. L'honnêteté intellectuelle de Claire Burstall n'est pas à mettre en cause, mais il convient de souligner qu'elle est une universitaire de type traditionnel, ignorant tout des stratégies de l'acquisition naturelle et ayant notamment tendance à considérer les erreurs d'apprentissage comme des manifestations morbides et non comme des étapes inéluctables de l'acquisition. Il faut toutefois reconnaître, qu'à cette époque, la psycholinguistique acquisitionnelle en est encore à ses premiers balbutiements et que ces stratégies commencent à peine à être connues. Toujours est-il que le rapport Burstall a des conséquences dramatiques sur les expériences d'enseignement précoce alors engagées un peu partout en Europe. Malgré le rapport beaucoup plus éclairé et beaucoup plus positif établi en France par l'Inspecteur Général Girard (Denis Girard, 1974), les expériences d'enseignement précoce se voient peu à peu privées dans notre pays des maigres soutiens officiels qui leur avaient été consentis. L'expérience Holderith se ressent de cette évolution. En outre, elle est affectée en 1978 par la disparition prématurée de son promoteur, puis en octobre 1981 par un rapport défavorable d'André Trabant, Maire de Haguenau. Le rapport Trabant fait ressortir la modicité des mesures prises, la compétence et la formation insuffisantes des maîtres et la marginalisation de l'enseignement dispensé. L'expérience Holderith est réactivée en 1982, sous l'impulsion du Cercle René Schickele: en 1985, 75% des CM1 et CM2 sont atteints, le démarrage est même avancé au CE2 dans certains sites (18%), sur le modèle de l'expérience Sing' und spiele mit !. La proportion des CE2 touchés est de 38% en 1988-1989. L'extension à tous les CE2 est entravée encore aujourd'hui par le manque d'instituteurs compétents. Les difficultés rencontrées par la réforme Holderith ont mis en évidence le déclin du dialecte et, sur un plan plus général encore, le danger qui menace la culture alsacienne tout entière. Cette évolution ne laisse pas les alsaciens sans réaction: d'éminents spécialistes se penchent avec passion sur la situation linguistique et ethnographique de leur terroir: R. Beyer et R. Matzen publient en 1969 le premier volume du monumental Atlas linguistique et ethnographique de l'Alsace. A. Bothorel-Witz, M. Philipp et S. Spindler publieront le deuxième volume en 1984. En 1974, le député Adrien Zeller demande au Ministère de l'Education Nationale "d'autoriser, de recommander et d'organiser pour certaines activités éducatives l'usage du dialecte alsacien à l'école maternelle". Intervenant en cette même année au Conseil Régional, il déplore "que des hommes mondialement connus comme Albert Schweitzer, René Schickele [... soient] superbement ignorés dans les écoles et les lycées [de la] région" et il souligne qu'il n'est pas besoin "de procéder à de longues analyses pour pouvoir affirmer que l'issue évidente du statu quo actuel en matière de politique culturelle en Alsace est la mort de la culture alsacienne sous tous ses aspects autres que ceux qui sont en rapport avec le tourisme commercial (folklore et cuisine)". Le Conseil Général du Bas-Rhin manifeste aussi son inquiétude sur ce sujet dans sa séance du 18 décembre 1978 et il envisage des mesures comparables à celles préconisées par Adrien Zeller. En 1971 et 1980, les deux Conseils Généraux rapprochent leurs positions. Il n'est plus seulement question de langue régionale, mais de culture alsacienne dans son ensemble. En 1982, les deux assemblées adoptent des motions très voisines réclamant "le développement de la culture alsacienne à l'école et notamment la reconnaissance de l'allemand comme langue régionale de France au sens de la loi Deixonne, l'allemand étant la forme littéraire de l'alsacien, langue régionale parlée". En 1984-1985 sera mise en place, en Alsace comme sur l'ensemble du territoire français, une option Langue et Culture régionales. Cette option fonctionne à partir de la classe de quatrième et est représentée comme telle au baccalauréat. Un nombre considérable de documents de haut niveau seront alors élaborés en Alsace pour cet enseignement et édités par le CRDP de Strasbourg. Il serait injuste de dire que l'administration scolaire est restée inactive en Alsace en ce qui concerne l'enseignement de l'allemand et du dialecte et la diffusion de la culture régionale. Elle est parvenue avec le temps (trois à quatre décennies) à offrir une palette considérable de possibilités sur lesquelles Jürgen Ott et Marthe Philipp attirent à juste titre l'attention (Ott Jürgen und Philipp Marthe, opus citatum, pp. 8-14). Mais l'on est bien obligé de constater que les mesures qualitativement satisfaisantes (sections bilingues des collèges et lycées) sont quantitativement insuffisantes (la sélection qui s'y opère est rigoureuse) et que les mesures quantitativement satisfaisantes pèchent par une certaine inefficience (expérience Holderith). En tout état de cause, l'offre n'est pas à la hauteur de l'attente et de la demande. L'opinion publique alsacienne ne se satisfait pas de cette situation. En 1989, un sondage ISERCO produit les résultats suivants: 81% des personnes consultées se déclarent favorables à l'enseignement bilingue à partir du CP et 66% y sont favorables dès la maternelle ! 

Jean PETIT, Universités de REIMS et de CONSTANCE L'ALSACE A LA RECONQUÊTE DE SON BILINGUISME EINE SCHWERE WIEDERGEBURT  SUITE 

LA NECESSITE DE RESPECTER LE PRINCIPE "UN MAITRE-UNE LANGUE" DANS LES SITES BILINGUES PARITAIRES DE L'EDUCATIONNATIONALE Juin 2003

Le fonctionnement des sites bilingues paritaires français-allemand, tels qu'ils se développent dans l'Académie de Strasbourg depuis 1992, repose sur les 5 principes suivants : la précocité (début de scolarisation en site bilingue à 3 ans, 4 ans ou 5 ans), la forte exposition à la langue cible (13 heures d'allemand et en allemand par semaine constituant un minimum), la continuité de l'enseignement bilingue pendant l'ensemble de la scolarité, la répartition des activités et des matières entre les deux langues, le respect du principe " un maître-une langue ". Le respect de chacun de ces principes constitue une condition indispensable pour permettre à des enfants, au départ monolingues francophones dans leur majorité, de devenir progressivement bilingues français-allemand. A cet égard, l'abandon du principe "un maître-une langue", tel qu'il se met en place dans les faits sur de nombreux sites bilingues pour la rentrée 2003/2004, est susceptible de remettre en cause l'ensemble de l'édifice sur lequel repose le bilinguisme paritaire et par conséquent le fonctionnement des sites bilingues paritaires eux-mêmes. En effet, le respect du principe "un maître-une langue" (principe de Ronjat-Grammont) est demandé et soutenu par des psycholinguistes reconnus (MM. HAGEGE, PETIT, DALGALIAN, etc.), et se justifie pour les cinq raisons suivantes : - L'identification de la langue allemande à une personne donnée : Le recours au principe " un maître-une langue " a pour but de susciter chez l'enfant une association automatique entre la langue et la personne qui parle cette langue. Les enfants identifient l'intervenant en allemand avec la langue allemande et se servent progressivement de la langue allemande lorsqu'ils s'adressent à lui (alors qu'ils continuent à se servir du français avec toutes les autres personnes de leur entourage et bien évidemment entre eux). - La question des interférences et des emprunts lexicaux : La présence d'interférences et d'emprunts lexicaux est inévitable (et donc normale) chez les élèves en début de scolarisation bilingue et ils disparaissent avec le temps grâce au respect du principe " un maître-une langue ". En revanche, si les interférences et les emprunts lexicaux demeurent, ils " fossilisent " avec l'âge et il n'est plus possible de les supprimer chez les locuteurs. - l'utilisation instrumentale de la langue allemande : Dans un contexte sociolinguistique où la langue allemande est la langue faible et où les enfants ont spontanément recours au français, le maintien de ce principe qui permet l'identification entre une personne donnée et la langue allemande est fondamental pour que les enfants aient progressivement une utilisation instrumentale de cette langue. Sinon, la langue allemande perdra son statut instrumental au profit d'un statut de langue étrangère que l'on enseigne en tant que " langue cible ". - Le garant du respect effectif de la parité : Le respect du principe " un maître-une langue " constitue une garantie de respect effectif de la parité horaire dans les sites bilingues. Si une seule et même personne se sert des deux langues avec les enfants, la solution de facilité fera que les enfants se serviront du français dans des occasions de plus en plus nombreuses. La parité entre les deux langues ne sera plus que théorique et sera progressivement remplacée par une répartition des activités et des matières au profit de la langue française et au détriment de la langue allemande. - Un gaspillage de compétence en langue allemande : La suppression du principe "un maître-une langue " correspond également à un gaspillage de compétences en langue allemande, puisqu'il faudra un enseignant germanophone par classe à temps plein (au lieu d'un mi-temps), ce qui signifie deux fois plus d'enseignants pour un nombre équivalent de classes. Alors que l'Education nationale invoque par ailleurs le manque d'enseignants pour refuser des ouvertures de sites bilingues, ceci est paradoxal.

Concours de professeurs des écoles langue régionale : l'Alsace, seule en baisse

 

Le Journal Officiel du 6 mai dernier a publié les arrêtés de la répartition académique des " emplois à pourvoir aux concours externes et aux concours internes spéciaux de recrutement de professeurs des écoles ". Il s'agit de concours de recrutement de professeurs des écoles assurant l'enseignement en langue régionale en sites bilingues. L'Académie de Strasbourg se voit accorder au concours externe spécial 31 postes pour 2003 contre 318 au concours monolingue. En 2002, ce nombre s'élevait à 39. La Convention d'octobre 2000 sur l'enseignement des langues en Alsace a prévu par contre que 50 enseignants doivent être formés annuellement et en moyenne pour l'enseignement bilingue français allemand, soit 350 de 2000 à 2006. En quatre ans (2000, 2001, 2002, 2003), le déficit d'enseignants par rapport aux dispositions de ce texte officiel qui engage l'Etat, donc l'Education Nationale, s'élèvera à 100 personnes. Ces 100 enseignants manquants auraient permis d'ouvrir 200 classes bilingues qui auraient concerné près de 3000 enfants. Ce nombre s'ajoute à tous les enfants qui n'ont pu, de 1993 à 1999, fréquenter les classes bilingues paritaires à la suite de l'insuffisance d'offre de la part de l'Education Nationale en Alsace, soit environ 10 000 enfants. Ces données sont d'autant plus inquiétantes que les postes prévus dans d'autres régions françaises pour 2003 sont d'une autre importance : nb d'habitants concernés nb de postes (concours interne et externe spéciaux) Corse 200 000 20 Catalans du Roussillon 250 000 8 Pays basque (inclus dans 260 000 11 Académie de Bordeaux) Alsace 1 700 000 31 Bretagne 1 200 000 25 Par ailleurs, les contractuelles enseignant l'allemand ou en allemand en Alsace ne peuvent se présenter au concours interne spécial de recrutement qui, contrairement à ces régions, a été " oublié " en Alsace. Le concours externe, avec encore moins de postes offerts en 2003 qu'en 2002 en Alsace, ne laisse que peu de chances de réussite à ces " native speakers ". Au Pays Basque par contre, sur les 11 postes prévus, 4 relèvent du concours interne spécial et 5 sur 25 postes en Bretagne. Cette différence de traitement, peu conforme à l'égalité devant le service public, est extrêmement choquante. L'Alsace est la seule région où le nombre de postes mis au concours spécial n'augmente pas, mais au contraire diminue par rapport à 2002 ! Mais cette mauvaise volonté à l'égard de l'Alsace s'explique peut-être : il faudrait créer, en application de la convention, de quarante à cinquante sites par an : il n'y en a eu que 5 en 2001 ! Par exemple, il faudrait ouvrir chaque année 30 nouveaux sites dans le Bas-Rhin, l'on nous en annonce 1 ou 2 en 2003 contre aucun en 2002 ! L'on nous dit parfois qu'il y a peu de candidats au concours allemand " langue régionale ". Ce n'est pas sérieux car il est certainement plus difficile de nos jours de trouver des locuteurs basques, bretons, corses, titulaires du niveau bac +3 que des germanophones du même niveau dans le Rhin Supérieur !

Conséquences négatives de l'arrêté du Ministre de l'Education Nationale du 12 mai 2003 relatif à l'enseignement bilingue en langue régionale à parité horaire (J.O. du 24 mai 2003) 

L'arrêté du 12 mai 2003 vise à tirer les conséquences de l'arrêt du Conseil d'Etat du 29 novembre 2002, concernant l'intégration de Diwan dans le service public. Invoquant abusivement la loi Toubon, cet arrêt prétend en retirer des conditions restrictives à l'enseignement bilingue à parité horaire français-langue régionale. Selon le Conseil d'Etat, un tel enseignement paritaire ne pourrait être regardé comme conforme à la loi que si la parité horaire n'était pas dépassée au profit de la langue régionale. Mais au regard de ses compétences, le Conseil d'Etat, qui ici juge sans possibilité d'appel en premier et dernier ressort, ne peut créer de nouvelles règles juridiques. Il peut simplement annuler une disposition contraire à une loi. Le nouvel arrêté ministériel du 12 mai, qui se substitue à l'arrêté du 31 juillet 2001 annulé par le Conseil d'Etat, va au delà des restrictions " imaginées " par le Conseil d'Etat. Ce texte organise de très sérieuses entraves à l'enseignement en langue régionale : - en imposant une division de toutes les disciplines en deux langues, on crée un véritable casse-tête dans l'organisation des horaires, des programmes et des charges d'enseignement. Ces difficultés artificiellement créées vont évidemment être utilisées comme argument pour faire obstacle à l'ouverture de nouvelles classes bilingues en Alsace… Elles vont par ailleurs objectivement provoquer des dispersions qui vont finalement réduire l'efficacité de l'enseignement au détriment des deux langues concernées, sans aucune considération de l'intérêt des élèves, dont ni l'arrêt du Conseil d'Etat, ni l'arrêté du Ministre ne se soucient. - Il y a dans cet arrêté une discrimination très marquée au détriment de l'enseignement des langues régionales par rapport aux langues étrangères dans nos écoles ! Les langues étrangères sont utilisées pour enseigner entièrement des disciplines dans les sections internationales sans que quiconque n'y trouve rien à redire et ceci depuis des décennies : alors pourquoi le Ministère crée-t-il de nouvelles usines à gaz pour les seules langues régionales ! Veut-on les faire disparaître au profit de l'Anglo-américain qui, lui, sera enseigné sans restriction à 100 % du temps de certaines matières et dans certaines écoles parfois subventionnées ! En Alsace, l'équilibre du temps entre les deux langues résulte sans aucune restriction de l'application du principe " un maître/une langue ", dispositif beaucoup plus efficace à tous points de vue que les bizarreries du texte ministériel. - En imposant par ailleurs une limite horaire paritaire stricte dans la mise en œuvre de la pédagogie bilingue pour les seules langues régionales, on crée des rigidités supplémentaires néfastes, inutiles et injustifiées au regard de la loi Toubon où aucune disposition n'interdit d'aller au delà de la parité. La logique de la pédagogie immersive est de soutenir au mieux la langue la plus faible, tout en poursuivant la maîtrise de la langue la plus forte. La parité n'a en elle-même aucune vertu pédagogique, d'ailleurs les écoles publiques françaises à l'étranger, qui relèvent de notre Ministère des Affaires Etrangères, pratiquent, en faveur du français, l'immersion bien au-delà de la pédagogie des écoles Diwan ! Selon les besoins des élèves, la parité peut donc être rompue car cela peut aider la langue faible sans préjudicier la langue forte. - Il est nécessaire de conserver une démarche pragmatique concentrée sur les besoins des élèves. L'arrêté du 12 mai 2003 fait prévaloir au contraire une position idéologique, nuisible et rigide de soutien systématique à l'une des langues qui se trouve être déjà la plus dominante : cette démarche est pédagogiquement déséquilibrée. Il faut chercher d'abord l'efficacité. La pédagogie immersive, tant des écoles françaises à l'étranger que dans les écoles Diwan, a montré lors des résultats du baccalauréat qu'elle est également favorable à une parfaite maîtrise de la langue maternelles de ces pays ou chez nous, du français. Dans le classement des lycées pour leurs résultats au baccalauréat 2001, Diwan a obtenu les meilleurs résultats de France devant les grands lycées parisiens ! Le Comité Fédéral réitère sa demande aux parlementaires de la région d'intervenir pour obtenir un aménagement de la loi Toubon sous la forme d'un amendement à l'article L 121-3 du Code de l'Enseignement rédigé comme suit : " sous réserve de garantir l'objectif de la maîtrise du français et à condition de respecter le volontariat des élèves, les établissements publics ou privés d'enseignement en langue régionale peuvent organiser un enseignement immersif comparable à celui mis en œuvre dans les établissements français à l'étranger ". Dans l'immédiat, le Comité Fédéral demande très instamment que le texte ministériel soit modifié afin de prévoir que la répartition du temps par moitié entre la langue nationale et la langue régionale est assurée dès lors que le principe un maître/une langue est respecté ! Pour les régions où ce principe n'est pas respecté, l'appréciation des temps entre langue française et langue régionale doit être observée par cycle d'enseignement ou par année scolaire en fonction des nécessités pédagogiques et/ou des moyens humains disponibles pour chaque langue ! Juin 2003

L'IUFM d'Alsace, la formation des maîtres pour l'enseignement de l'allemand et l'enseignement bilingue français-allemand dans le premier et le second degré juin 2003 

L'allemand, langue régionale en Alsace est aussi la première langue européenne par le nombre de locuteurs. L'Alsace est la région qui conserve le plus de locuteurs de sa langue parmi les langues régionales de France. Par contre, l'enseignement de la forme normalisée, le "Hochdeutsch" est resté insuffisant à la fois en quantité et en qualité; l'Alsace dispose d'un nombre réduit de locuteurs la maîtrisant parfaitement à l'écrit et à l'oral. Mais il est vraisemblable que notre région possède encore, au sein des langues régionales de France, le capital linguistique le plus important. 1. L'enseignement du premier degré Le concours traditionnel de professeur des écoles comporte une épreuve de langue étrangère, en général allemand ou anglais. Il est vraisemblable que presque tous les candidats ont suivi des cours d'allemand en première ou seconde langue. Il est alors possible durant la scolarité à l'IUFM d'Alsace de former un nombre bien plus important de professeurs pour l'enseignement extensif à trois heures, qu'actuellement. Un travail de motivation et de formation linguistique complémentaire s'avère indispensable. Le concours spécial de professeur des Ecoles langue régionale possède une proportion faible de coefficients pour l'allemand, soit 5 sur 20. Tel qu'il existe, ce concours ne permet pas d'appréhender la maîtrise de la langue régionale, mais seulement celle du français. La formation en première année des élèves-maîtres reste dramatiquement marginale par rapport à l'ensemble des formations dispensées en français. Elle comporte 80 heures de cours en allemand et un stage court : 1,5 semaine en classe allemande, soit moins de cours qu'un élève de collège. En seconde année, les maîtres-stagiaires doivent apprendre à enseigner diverses disciplines en allemand. Mais, à de rares exceptions, cette formation est dispensée en langue française. Cette situation explique le peu d'assurance de certains jeunes professeurs des écoles lors de leur prise de fonction et leur tendance à préférer enseigner en français faute d'un niveau suffisant. Une autre difficulté apparaît : l'IUFM a réservé peu de places pour les candidats au concours spécial externe en première année : 50 élèves. 2. Le second degré. L'IUFM forme, traditionnellement une douzaine de professeurs du second degré à l'option européenne et bilingue. Ce nombre n'a pas été augmenté malgré les dispositions de la Convention Etat/Région qui prévoient de former plus de maîtres. 3. Propositions du Comité Fédéral. L'IUFM d'Alsace ne semble pas être totalement compétent pour la formation des maîtres bilingues. Le centre de formation aux enseignements bilingues de Guebwiller doit être transformé en IUFM spécialisé dans l'enseignement de la langue régionale doté d'un Conseil d'administration adapté à sa mission et d'un corps professoral dont tous les membres maîtrisent totalement le Hochdeutsch, l'allemand standard, et pour certains, l'Elsasserditsch, dialectes alsaciens. La part d'utilisation de la langue régionale dans les formations dispensées ne devrait pas être inférieure à 50%. Et la langue régionale devrait être, aux côtés de la langue française, langue naturelle de communication à l'intérieur du centre de formation de Guebwiller

Les personnels contractuels et vacataires dans l'Education Nationale 06.03 

Tant pour l'enseignement de l'allemand en voie extensive à raison de 3heures qu'en voie bilingue 13h, la qualité de la langue est essentielle. Or, par manque de maîtres germanophones, les inspections académiques du Bas-Rhin et du Haut-Rhin ont fait appel à du personnel contractuel, pour la plupart d'origine allemande et autrichienne et possédant une formation pédagogique, avec l'aide financière non négligeable des collectivités locales. Ces personnels contractuels sur poste dans le bilingue sont dans une situation difficile due à la précarité de leur emploi, dont ils ne sont sûrs que pendant la durée de leur contrat, à savoir un an. Actuellement, il existe près de 70 postes occupés par des contractuels dans l'enseignement bilingue du premier degré Ce personnel, qui a rendu d'énormes services depuis la mise en place du système bilingue, reste aujourd'hui indispensable et irremplaçable. Avoir à disposition un personnel de langue maternelle allemande pour l'enseignement bilingue permet de valoriser, au niveau maximum de qualité, le principe "un maître-une langue" et d'éviter ainsi de réduire le nombre de sites bilingues ouverts chaque année et leur qualité. Cela permet aussi de prévoir du personnel de remplacement en cas d'absence du maître de langue allemande de la classe. · Ces enseignants ont acquis une expérience et accumulé une somme de travail (tant pour la préparation des leçons que pour la création, la recherche et la traduction de documents pédagogiques, souvent inexistants pour cette voie) qu'il convient de valoriser et qu'il serait particulièrement stupide de laisser perdre. · Ils font profiter l'enseignement bilingue de toute l'étendue et de la maîtrise de leur langue maternelle et de leurs connaissances linguistiques de native speakers. En refoulant les contractuels, le système se privera des meilleurs locuteurs de langue allemande, alors que la formation en allemand dans la voie spécifique "langue régionale" à l'IUFM est encore bien trop faible. Il est indispensable de garder un volant de contractuels, locuteurs natifs. Ces enseignants pourraient être associés aux formations initiales et continues ou être intégrés dans les équipes pédagogiques comme référence pour la langue, dans chaque école. Ils apportent une ouverture différente sur le monde du fait de leur origine culturelle Le problème des personnels contractuels n'a absolument pas été traité correctement par l'Académie dans notre région (contrairement à d'autres régions) : · Pour les agents contractuels, qui ont 3 ans d'ancienneté, l'organisation du second concours interne spécial est une obligation réglementaire. Or ce concours n'a jamais été organisé par l'Académie de Strasbourg.. Pour l'année 2003, une session spéciale du concours interne devrait être organisée avec 10 à 15 postes offerts pour ces agents. Il serait souhaitable, à l'avenir, de prévoir un aménagement de leur temps ou modalités de travail pour leur permettre une bonne préparation des concours de recrutement interne ou externe spéciaux · Pour les vacataires ou contractuels qui ne remplissent pas les conditions de diplômes ou de durée de contrat pour les concours, on peut en outre, dans certains cas, appliquer la disposition législative sur la validation des acquis professionnels, et permettre ainsi à ces personnels de présenter les concours externes de la fonction publique. C'est, de la part d'une administration publique, faire preuve de beaucoup de mépris envers ce personnel que de leur fermer la porte sans avoir pris la peine de recourir aux modalités d'intégration prévues par la loi sur la résorption de l'emploi précaire. Nous demandons respect de la loi et plus de considération pour des enseignants de qui l'on a beaucoup exigé et à qui l'on a très peu donné jusqu'à présent dans notre académie.

 

BILINGUISME EN ALSACE ET AILLEURS (liens utiles) :

http://www.kolleg-st-blasien.de/index.htm (Collège Sankt-Blasien,Allemagne)  http://www.euroklasse.de   NEW  voir aussi PISA-Studie

http://eltern68.free.fr (association de parents d'élèves bilingues du Haut-Rhin)

http://www.eltern67.net/ (association de parents d'élèves bilingues du Bas-Rhin)

http://www.alsace-lorraine.org (Haut-Comité pour l'alsacien)

http://www.olcalsace.org (site de l'Office pour la langue et la culture alsacienne)

http://www.ami-hebdo.com (ami du peuple/Volksfreund, hebdomadaire chrétien bilingue d'Alsace et de Lorraine)

http://www.museumspass.com (passeport des Musées du Rhin Supérieur)

http://membres.lycos.fr/museedupapierpei/  (Musée du Papier Peint de Rixheim)

http://www.coe.fr/cplre/fr/index.htm (Congrès des Pouvoirs Locaux et Régionaux en Europe)

http://www.ville-colmar.fr/salondulivre/coeur.html (salon du livre Colmar 2001 : " délions les langues ")

http://www.lemondebilingue.asso.fr   (association pour l'éducation bilingue et le plurilinguisme)

http://www.enfantsbilingues.com/enfantsbilingues/ (conseils pour les parents d'enfants bilingues)

http://kiddyassoc.multimania.com (association pour le plurilinguisme précoce à Mulhouse)

http://www.ajfe.fr(Junge fer's Elsässische,"jeunes pour l'alsacien")

http://members.aol.com/infolehrer/liens.html (enseignants des classes billingues)

http://www.ville-rixheim.fr/html/sommaire.htm (ville de Rixheim)         

http://site.voila.fr/alsacezwei  (René Schickele Gesellschaft, Culture et bilinguisme en Alsace

http://junge.dichter.free.fr/ (concours des "junge Dichter" ou jeunes poètes)

http://www.uoc.es/euromosaic/web/homefr/index1.html (dossier sur le multilinguisme du parlement européen)

http://www.alsace.net 

http://mapage.noos.fr/ephil (page personnelle du Pr Phillips)

http://flarep.com (association FLAREP pour la défense des langues régionales de France)

http://heimetsproch.org (association Heimetsproch)

http://www.8ung.at/alemannisch (Alemannische Haimsiite vum Dietmar KOLB)

http://www.cr-alsace.fr

www.ecomusee-alsace.com/(écomusée d' Ungersheim)

http://www.education.gouv.fr/discours/2001/dlangviv.htm (discours du Ministre de l'Éducation Nationale en janvier 2001)

http://www.education.gouv.fr/discours/2001/clregion.htm (discours du Ministre de l'Éducation Nationale en avril 2001)

http://viventnoslangues.free.fr/index.htm (associations défendant la diversité linguistique et culturelle dans le monde)

http://www.ethnologue.com/ (site anglophone d'ethnologie)

http://www.lb.refer.org (internet au Liban)

http://www.rwth-aachen.de/lfed/  (site du Pr Butzkamm, Aix La Chapelle)

http://www.europedaujourdhui.com/

http://www.sdv.fr/judaisme/perso/vigee/ (Claude Vigee)

http://www.languesdefrance.com/ (portail des langues de France)

C'est de plus en plus un devoir sacré de transmettre à mes enfants le chant de l'âme qu'est notre langue maternelle  François Cacheux

Jede Provinz liebt inhren Dialekt : denn er ist doch eigentlich das Element in welchem die Seele inren Atem schöpft  Johann Wolfgang Goethe

musique: die Gedanken sind frei

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