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Bilinguisme 1, bilinguisme 2, bilinguisme 3, bilinguisme 4, graphie de l'alsacien

8. ANNEXES (avec la très aimable autorisation de Jean PETIT)

GENÈSE DU HOCHDEUTSCH      GENÈSE DU FRANÇAIS   INTERFÉRENCES ENTRE FRANÇAIS ET ALSACIEN    CONCLUSIONS ET PERSPECTIVES    ZUSAMMENFASSUNG   NEIN, NEIN UND NOCHMALS NEIN  Gedanken zur Erziehung am Kolleg Sankt-Blasien vor dem Hintergrund der PISA-Studie, Herbst 2002    Paroles de mamans bilingues      polémiques autour de l'allaitement    BILINGUISME EN ALSACE ET AILLEURS (liens utiles) : 

cigogneb.jpg (5419 octets) phil1.jpg (58201 octets) phil2.jpg (58362 octets) Braun1.jpg (57204 octets) Braun2.jpg (62316 octets) lieder1.jpg (115739 octets) lieder2.jpg (119714 octets) lieder3.jpg (124417 octets) lieder4.jpg (107763 octets) eicher.JPG (54505 octets) interreg1.jpg (58455 octets) interreg2.jpg (59488 octets) 

fusion.jpg (73055 octets) expoals2.jpg (80795 octets) expoals1.jpg (80834 octets) eltern.jpg (57375 octets) Thomine.jpg (71997 octets) pflim.jpg (88333 octets) SB.jpg (52450 octets) jesuiten.jpg (108172 octets)    

Rencontres franco-allemandes et Kolleg Sankt-Blasien Forêt-Noire, automne 2002

8.1  GENÈSE DU HOCHDEUTSCH 

Au moment où les tribus germaines envahissent l’em­pi­re ro­­main (5° siè­cle) s’a­morce au sud de l’aire germanophone un ensemble de transformations con­sonantiques dénommées 2° mutation con­sonan­ti­que. Cette 2° mutation con­so­nan­­ti­que scinde le germanique primitif en Hochdeutsch (su­bissant la mutation) et en Niederdeutsch (ne la subissant pas). Le Hochdeutsch se divise géogra­phi­quement en Mitteldeutsch, parlé en Allemagne moyenne, et en Ober­deutsch, parlé en Allemagne  du Sud (cf. carte A). Dans le temps, le Hoch­deutsch se dé­com­pose en Althochdeutsch (de 900 à 1150), Mittelhoch­deutsch (de 1150 à 1250) et Neuhochdeutsch (de 1250 à nos jours).        

La 2° mutation consonantique affecte pour l’essentiel les occlusives sour­des [p t k], du germanique: 

·     en position postvocalique, derrière une sonante ou une liquide, ces occlusives se transforment en fricatives doubles [ff ss xx], vite réduites à des fricatives sim­ples après voyelle longue en finale: germanique *dorp, *up, *dat, *ik è ahd. dorf, uf, das, ix. Cette transformation affecte au 5°- 6° s. tous les parlers hochdeutsch, à l’ex­ception du francique mosellan et du fran­cique ripuaire pour la tranformation [t è s] et à l’ex­ception du francique ri­puaire et d’une partie du francique mosellan pour la transformation [p è f] (cf. carte A).

 

·     en initiale absolue ou derrière consonne, ces occlusives se transforment en af­friquées [pf, ts kx]: germanique *ap­pla, *ti:d, *kind è ahd. apful, zi:t, hoch­alemannisch kxind. La transformation [t èts] est la plus précoce et la plus gé­né­rale: elle se produit au 5°-6° s. et affecte la totalité de l’espace hochdeutsch. La transformation [p è pf] se propage plus tardivement (6°-7°siècles) et ne tou­che que l’aire oberdeutsch (Ale­man­nisch, Bairisch-öster­rei­chisch, Ost­frän­kisch; cf. cartes). La mutation  [k è kx] est encore plus tardive (7°-8° siècles) et plus limitée. Elle est réduite au Hoch­alemannisch et à la partie méridionale de l’espace Bairisch-öster­rei­chisch.

 

A. Situation de l'Alsace et de la Moselle dans l'espace dialectal germanophone (Carte établie d'après Werner König, DTV-Atlas der deutschen Sprache, München, pp. 239-231). Cartogra­phie réalisée par H. Kneidl (Regensburg).

L’articulation linguistique des parlers alsaciens-lorrains apparaît sur les car­tes A et B. L’Alsacien comporte: 

¨  à son extrémité méridionale, une aire haut-alémanique, le Sundgau, déli­mitée par l’isophone Kind/Kchind;

 

¨  plus au Nord, une aire bas-alémanique (de Altkirch jusqu’au-delà de Hague­nau). Les isophones Ichlaut/Achlaut et Raje/Rage (Regen), ori­entés Sud-ouest/ Nord-est et encadrant la ville de Colmar, séparent unterelsässisches et oberel­säs­sisches Niederalemannisch.

 

¨  dans sa partie septentrionale, 2 aires sud-franciques. L’aire orientale est fer­mée vers le Sud par la rivière Seltzbach qui coïncide avec l’iso­pho­ne Eis/Is, limite méridionale de la diphtongaison neuhochdeutsch (celle-ci se propage à partir du 12° s. depuis l’aire bavaroise). Ces 2 aires sud-franciques sont d’ap­par­tenance oberdeutsch, parce que si­tuées à l’Est de l’isophone Apel, Pund/ Apfel, Pfund (Speyerer Linie) dont le point de départ est Lutzelhouse.

 

¨  Le francique rhénan de Moselle, limité à l’Ouest par l’isophone dat, wat/ das, was (Hunsrückbarriere) qui passe près de Faulquemont et de Saint­-Avold. Le francique rhénan est un descendant di­rect du fran­cique ripuaire. Son consonantisme l'apparente au Mitteldeutsch.

 

¨  Le francique mosellan confine à l'Ouest au duché de Luxembourg. Sa limite septentrionale se situe hors de France: elle est marquée par l’isophone dorp/ dorf orienté Sud-ouest/Nord-est. L’aire fran­cique mosellane est en outre traver­sée par l’iso­phone up/uf (Trierer Linie) qui passe à l’Est de Boulay et de Bou­zonville. La géographie linguistique de la Lorraine thioise se différencie nette­ment de celle de l’Alsace: en Lorraine, la fron­tière franco-allemande coupe en effet perpendiculairement les iso­­­phones de l'éventail rhénan (Rhei­ni­scher Fä­cher) et les variations linguistiques sont donc très importantes sur une surface ré­duite. 

Les parlers germaniques subissent également des transformations proso­di­ques. L’accent de l’indo-européen était musical et mo­bile: il pouvait frapper une syllabe quelconque du mot, contribuant ainsi à son identification. L‘accent ger­manique est dynamique et fixe: il frappe la syllabe initiale du vocable, le dé­marquant des éléments précédents de la chaîne. Cette mu­tation prosodique est probablement due à un phénomène de substrat entre les tribus germaniques et une population non indo-européenne.

B. Carte Linguistique de l'Alsace, s'inspirant de celle publiée par le Cercle René Schickele dans Notre avenir est bilingue. Zweisprachig unsere Zukunft (Strasbourg, 1968). L'adaptation gra­phi­que a été réalisée par H. Kneidl (Regensburg).

Les conséquences de cette mutation accentuelle sur l’évolution du ger­ma­ni­que et de l'allemand sont immenses. Contrairement à l’accent mu­si­cal, l’ac­cent dynamique tolère bien les syllabes fermées. Mais son placement sur l’i­ni­tia­le entraîne l’amuïs­sement des syllabes inaccentuées finales. Le système dé­si­nen­tiel complexe de l’indo-eu­ropéen est ainsi con­­sidé­ra­ble­ment réduit et des mar­queurs préposés (articles, pré­posi­tions, pronoms personnels) viennent com­pen­ser cet­te déperdition morphologique. La typologie synthétique de l’in­do-eu­ro­péen fait place à la typologie analytique de l'allemand. En outre l’ac­cent de mot al­lemand évolue: l’ap­pa­rition de préfixes verbaux inac­centués, l’in­ges­tion mas­sive de vocabulaire latin paroxytonique (id est: accentué sur l'avant-dernière syl­labe) et de vocabulaire français oxy­tonique (id est: accentué sur la dernière syl­labe) le font passer du statut d’ac­cent fixe à fonction démarcative au statut d’ac­cent mo­bile à fonction identificative (um­fahr­en ~ um­fahren). 

         Les parlers germaniques innovent aussi en utilisant la position du verbum finitum (id est: le verbe conjugué, porteur les désinences) pour discriminer pro­positions assertives indépendantes ou principales (Zweit­stellung), interrogatives alternatives (Spitzenstel­lung) et su­bordonnées (Endstellung). Ils se distinguent encore des langues romanes en optant pour la succession déterminant-dé­termi­né.

olca9.JPG (61310 octets) olca7.jpg (49318 octets) olca6.jpg (44738 octets) olca8.jpg (47022 octets) olca4.jpg (92854 octets) olca1.jpg (81783 octets) olca2.jpg (80147 octets) olca3.jpg (89164 octets)

abcm1.JPG (76951 octets) abcm2.JPG (64094 octets) abcm3.JPG (68250 octets) sitebi02.jpg (76182 octets) lingal.jpg (86685 octets) Matzen.JPG (94207 octets) Friehjohr.JPG (82441 octets) frieh 3.JPG (60706 octets) frieh 4.JPG (95895 octets) frieh 1.JPG (90036 octets) frieh 2.JPG (92666 octets)   

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Dessins de Tomi Ungerer pour les classes bilingues paritaires: " Les Alsaciens détestent deux choses, l'arrogance et la violence. Devant la première, ils réagissent par l'escargotisme; devant la seconde, par le caméléonisme."..Jacques Chirac reçu à Rixheim en 1977 par le maire Pierre Braun.Jeunes Nippons en tenue de kendo. Les Japonais aiment l'Alsace parce qu'elle sait allier tradition et modernité. (in Le Figaro magazine, juin 2001).

8.2  GENÈSE DU FRANÇAIS

 

Les Francs qui envahissent la terre gauloise au 4° siècle adop­tent le gallo-romain, la civilisation latine des peuples soumis étant plus évoluée que la leur. Mais ils continuent aussi à parler leur langue et une situation de bilinguisme s’installe au Nord de la Loire. Elle se perpétue jus­qu’au 11° siècle. Dans l’en­sem­ble, les Francs de­venus roma­nophones respectent le positionnement paro- ou proparoxytonique de l’accent latin, mais ils réalisent cet accent dynamiquement, à la mode francique et non pas musicalement, selon l'usage gallo-ro­main. 

         Cette modalité de réalisation accentuelle, perçue com­me trait d'identité du vainqueur, s’impose à toute la population du royau­me franc. La densité du peu­plement franc (proportion de 20 % sur la Loire, croissant vers le Nord et dé­croissant vers le Sud) et la longévité du bilinguisme franc/gal­lo-ro­main sont des facteurs décisifs de cette adop­tion. L’accent dyna­mi­que transféré en gallo-ro­main, lamine le fond lexical latin, comme il a laminé le fond lexical germa­ni­que. Le sys­­­tème flexionnel se trou­ve considérablement réduit et des marqueurs pré­­posés (articles, prépositions, pronoms personnels) viennent combler ce défi­cit mor­­phologi­que. La typologie syn­thé­ti­que de l’indo-européen est remplacée par la typologie analytique du français. En ce sens, l’évolution menant du ger­ma­nique au Neuhoch­deutsch est sem­blable à celle menant du gallo-romain au français mo­derne

         Mais, sur le plan phonologique et notamment prosodique, des différen­ces subsistent et s’accusent. La rencontre de l’accent d’intensité ger­­ma­nique et de la tendance à l’ouverture syllabique, qui caractérise les langues romanes dans leur ensemble, constitue une conjonction délétère: elle provoque non seulement la dis­parition des syllabes inaccentuées mais aussi la dissolution du conso­nan­tis­me fermant les syllabes accentuées sub­­sistantes. Cette érosion est donc plus dé­vastatrice en français qu’en allemand (cf. tu joues [tyÈZu], il joue [il tyÈZu] ~ du spielst [duÈSphiùlsth], er spielt [?eù ÈSphiùlth]). Elle est aussi sans égale dans la Ro­mania. Les principales étapes en sont: 

- 4°-5°siècles: réduction des géminées latines ll, pp, bb, tt, dd, ff, vv, ss (con­servées par l’italien) à des con­sonnes simples; 

-10° siècle: élimination de la consonne nasale avec nasalisation com­­pensa­toire de la voyel­le précédente en finale syllabique: latin plan-ta-re è fr. planter [A)]; 

-11° siècle: vocalisation du [lò] vélaire antéconsonantique avec, en finale, amu­ïs­­­se­ment d'une éventuelle consonne subséquente: latin falsus è fr. faux

-12° siècle: chute du [s] dans le groupement [st] avec allongement com­pen­sa­toi­re de la voyelle précédente, prothétique (scola è escola  è école) ou non (hos­tis è hô­te); 

-15° siècle: apocope ( = disparition) frappant le [s] du pluriel, celui de la 2° per­son­ne du singulier et tout le consonantisme terminal. 

         L’allergie consonantique ainsi développée en finale syllabique se double d’une pro­pension à initialiser la syllabe plutôt par une consonne que par une voyelle. Plusieurs phénomènes convergents (éviction du hiatus, élision, liaison) contribuent alors à la prolifération du schème CV. Cette tendance est si pré­gnan­te en français standard qu'elle en vient parfois à neutraliser l'opposition de gen­re masculin ~ féminin: cette opposition est normalement marquée au singu­lier sur les possessifs mon ~ ma, ton ~ ta, son ~ sa  lorsque l'objet possédé com­mence par une consonne: mon [mâ] /ton [tâ] /son [sâ] vélo ~ ma/ta/sa poupée; mais lorsque celui-ci commence par une voyelle, les seules formes utilisées sont alors mon/ton/son dans lesquelles la voyelle du possessif est dénasalisée et la consonne nasale reconstituée pour éviter le hiatus et réaliser le schéma syllabi­que CV: mon avion [mnaÈvi»oâ], ton avion [tnaÈvi»oâ], son avion [snaÈvi»oâ]  CVCVCV; mon auto [mnoÈto], ton auto [tnoÈto], son auto  [snoÈto]  CVCVCV. Un mécanisme analogue se manifeste sur les adjectifs beau [bo]/bel(le) [bEl] et nouveau [nuÈvo]/nouvel(le) [nuÈvEl]: le beau vélo [l«boveÈlo] CVCVCVCV ~ la belle poupée [labElpuÈpe] CVCVCVCV; le bel avion [l«bElaÈvi»oâ] CVCVCVCV, la belle auto [labEloÈto] CVCVCVCV. 

         Diminués de leur syllabe finale inaccentuée, les paroxytons latins devien­nent des oxytons; les proparoxytons subissent le même sort, soit par am­putation des 2 dernières syllabes inaccentuées, soit par déplacement de l’accent sur l’avant-dernière syllabe et amputation de la dernière. Le schè­me oxytonique se trouve ain­si généralisé et sa fonction démarcative consacrée par là-même. En outre, à partir du 13° siècle, cet accent perd son caractère dynamique. Il est au­jourd’hui très peu marqué et réalisé par un abaissement fréquentiel et/ou par une élongation des segments. Il a tendance à disparaître dans le groupe et à démar­quer ainsi non plus des élé­ments isolés, mais les groupes eux-mêmes: il est de nature syntaxique et syntagmatique, non lexicale et paradigmatique. 

         La base articulatoire très individualisée du français l’oppose à toutes les autres langues de la Romania. Exposées de façon plus modérée à l’accent d’in­ten­sité ger­manique, elles n’ont transformé en oxytons que quelques paroxytons du fond la­tin. Elle ont ainsi ad­joint le schème oxytonique aux schèmes paro- et propa­ro­xy­to­nique et développé un accent mo­bile dont la fonction identificative préserve la netteté et la force dans le groupe. 

         Mais c’est avec les langues de la germania lato sensu et surtout avec l'al­le­­mand que l’opposition est maxima­le: ces langues affectionnent les syllabes fer­­mées par une et même par plusieurs consonnes. Elles présentent des schè­mes syllabiques de tout type. Enfin, leur accent à forte composante dynamique est mobile et sa fonction identificative empêche sa disparition dans les groupes. 

         L’opposition acoustique entre français et allemand est aujourd'hui con­si­dérable: alors que la phrase française se dévelop­pe d’une seule coulée avec ses accents de groupe tem­­pérés et ses liaisons feutrées, la phrase allemande déploie un relief tour­menté de montagne alpine avec ses crêtes intensives et les failles de ses coups de glotte.

8.3  INTERFÉRENCES ENTRE FRANÇAIS ET ALSACIEN

Les contacts prolongés entre les dialectes germaniques d’Alsace-Lorraine et le français ont déclenché des interférences. Elles affectent la phonologie, le lexique, la sémantique et la morphosyntaxe. 

Phonologie. Dans la mesure où les parlers primitivement installés étaient les dia­lectes germaniques, le transfert a joué vers le français. Ces interférences ont été ensuite adoptées par la génération suivante comme traits de langue constitu­tifs du français régional. Ce mécanisme a fonctionné deux fois dans l’histoire de l’Al­sace-Lorraine: une première fois au 18° siècle, avant 1870, et une deuxième fois après 1918. 

         La prosodie du français parlé en Alsace-Lorraine est de type germa­no­pho­­ne. L’accent de mot est déplacé vers l’initiale dans les bisyllabiques et les tri­sylla­bi­ques, ce déplacement s’accom­pa­gnant d’une élonga­­­tion de la voyel­le accentuée si celle-ci est suivie d’une consonne sono­re: broder è [Èproùde]; aborder è [È?aborde]. En français standard, l’ac­cent de mot est peu marqué et réalisé par un abaissement du fondamental laryngé, accompagné d’une légère élongation des segments subtoniques. En français alsacien-lorrain, l’accent de mot est très marqué et réalisé par une élévation du fondamental, accompagnée d’une forte élévation d’inten­si­té. 

         Les transferts phonématiques sont difficiles à décrire en termes généraux par suite de la variabilité du tissu dialectal. En alé­manique et en francique rhé­nan, l’on constate: 

-qu’à l’initiale [b d g] ~ [p t k] sont réalisés comme [p t k] ~ [ph th kh] devant voyelle: beau è [poù]; peau è [phoù]; cette réinterprétation phonologique évite l’homophonie. Mais devant consonne l’opposition est neutralisée et l’on pro­nonce donc crocs comme gros: [kroù]; 

-qu’en finale ces mêmes [b d g v]  sont assourdis en [p t k f], cette neutra­li­sa­tion n’aboutissant toutefois pas à l’homophonie: il se produit en effet un allon­gement compensatoire de la voyelle précédant l’occlusive: vi­de  è [viùt] ~ vite è [vit]; grive è [kriùf] ~ griffe è [krif]. Il s’agit encore de la réin­ter­pré­ta­tion phonologique d’un trait purement phonétique: en français standard, les vo­yelles suivies d’une consonne sonore sont plus longues que les voyelles suivies de la forme sourde de cette même consonne; 

-que les oppositions [z] ~ [s] et [Z ] ~ ]S] sont neutralisées en [s] et [S] avec main­­­tien de la disphonie: rose è [roùs] ~  rosse è [ros]; cage è [khaùS] ~ cache è [khaS]; 

-que les timbres vocaliques du français subissent des altérations très va­riables, l’opposition [o] ~ [] étant toutefois généralement neutralisée au profit de [o] en toutes positions et non pas seulement en finale comme en français standard.; 

-que les voyelles nasales sont purement et simplement dénasalisées ou ren­­­­dues par la succession voyelle pure + [N]; 

-que les voyelles placées en finale absolue sont généralement allongées com­me en dialecte et en Hochdeutsch

         Depuis 1945, un transfert phonologique en sens inverse se manifeste. Il est dû à l’immigration massive de ressortissants fran­cophones et à la dominance très marquée du français dans la vie pu­blique. Il se traduit par un glissement de l’accent de mot vers la finale et par un affaiblissement de son caractère dyna­mi­que. Au niveau segmental, l’on note une atténuation du souffle des occlusives sourdes [ph th kh], un affaiblissement du coup de glotte [?] et du Hauchlaut [h], pouvant aboutir à une disparition totale de ces deux phonèmes, une transfor­ma­tion du [r] apical en [{1] vélaire, tel qu'il est réalisé dans le fran­çais de Paris, du Nord et de l'Est de la France: [r] è [{1], une nasalisation du [Aù] postérieur de l'alsacien: Vater [ÈfAùth«r] è[Èfa)ùth«{1], enfin une sonorisation du [s] sourd alsa­cien à l'initiale: Summer [Èsum«r] è[Èzum«{1] (cf. François Rosenblatt, 1999, p. 434). 

Lexique. Trois siècles d’immersion des dialectes alsaciens et lorrains dans la ci­vi­lisation française ont conduit ces parlers à adopter, dès l’époque napo­léo­nien­ne, un nom­bre considérable de termes français dans les domaines les plus di­vers. Il s’agit surtout de substantifs, assimilés phonologiquement pour la plu­part, si bien qu’ils ne sont plus reconnus par un francophone à première au­di­tion. Ils ont trait à la politesse (bonjour, salut, au revoir, bonsoir, adieu, merci; salutiere, derangiere, regrettiere), aux imprécations (numdebibb = nom d’une pipe, num de die = nom de Dieu), à la nourriture, à l'habil­lement, à l'habitation, aux transports, à la santé... 

         Certains de ces emprunts, réalisés in­directement par l’inter­mé­diaire de l’al­lemand: Ade, Banane, Kaffee, poussieren etc., ont encouragé des emprunts directs formés parfois sur le même modèle: ambetiere, ex­kü­siere, sich debru­jie­re, sich demärdiere. Positif lorsque le mot emprun­té comble une lacune sé­man­tique de la langue emprunteuse (Ba­nane, Garage), l'em­prunt lexical est alar­mant lorsque le terme emprunté vient supplanter un terme déjà existant dans la langue emprunteuse sans apporter d'enrichissement séman­tique ou stylistique (ami, crayon, timbre, vélo etc ...). 

         Les éléments lexicaux empruntés par le français à l’alsacien sont rares. Ils se rapportent au domaine culinaire et sont assimilés phonologiquement: chou­­­croute (Sauerkraut), Kirsch, Koug­­lof (Kugelhupf), Schnaps

Sémantique et syntaxe. Dans ce domaine aussi, le transfert jouait surtout jus­qu’ici des dialectes vers le français régional et se manifestait: 

-dans les mécanismes de word order: Il faut ça aussi écrire (= Il faut écrire ça aussi; induit par l’agencement: Man muss das auch schreiben); Je donne aux vaches du foin (= Je donne du foin aux vaches); dans les dialectes alémaniques et franciques, comme en allemand standard, le complément substantif au datif ap­paraît avant le complément substantif à l'accusatif: Ich gebe den Kühen Heu); 

-dans des décalques de lexèmes ou locutions: cartes à vue (= cartes pos­tales; ind­uit par Ansichtskarten); donner du gaz (= accélérer; induit par Gas geben); 

-dans des (ré)interprétations germaniques de vocables ou de mots-outils fran­çais: C’est lui qui cuit (= C’est lui qui fait la cuisine; induit par le sens du verbe kochen; également attesté en Lorraine et en Belgique); une tasse de thé de camomille (= une infusion de camomille; induit par: Ka­millentee); 

-dans des constructions ou régimes déviants comme: s’intéresser pour quelque chose (= s’intéresser à quelque chose; induit par: sich interessieren für). 

         Les transferts sémantiques et syntaxiques en sens inverse se sont multi­pliés depuis 1945. Les exemples ci-des­­­­sous ont été recueillis en Alsace (sauf in­di­cation contraire): 

-Er het zehn Johr (= Er ist zehn Jahre; induit par: Il a 10 ans); Unser Junger hadd 25 (= Unser Junge ist 25; induit par: Notre garçon a 25 ans; observé en Moselle); 

-Er isch krànk gefàlle (= Er ist krank geworden; induit par: Il est tombé mala­de); 

-Diss isch siner Fähler (= Er ist schuld daran; induit par: C’est sa fau­te);

Le code-switching alsacien-lorrain. Un autre phénomène d’inter­ac­tion est le code-switching alsacien-lorrain. Il consiste à truffer une conversation menée en dialecte de vocables français et/ou de locutions françaises, ou même, à la li­mite, à alterner dans une mê­me conversation des séquences en dialecte et des séquen­ces en français: Am lundi isch Eco­le; Ich brüch a hüffe Biecher ùn Hefter, a pààr Protäschkajee, e Stilo, e Kreju-Spitzer un e neji Truss, denn miner àlt Plüm­je isch kàpütt (= Lundi, il y a école; il me faudrait beaucoup de livres et de cahiers, quelques protège-cahiers, un sty­lo, un taille-cra­yons et une nouvelle trous­se, car mon vieux plumier est fichu). L’exemple suivant a été recueilli en Lorraine: Ben, ils vont prendre une chambre. Sie gehen im Hotel schlafen. Le code-swit­ching est un phénomène essentiellement urbain et beaucoup plus fé­mi­nin que masculin. Ses premières manifestations écrites en Alsacien remontent à 1902, mais il s’est considérablement répandu depuis 1945, au point d’être abu­sivement con­si­­déré comme une particularité alsacienne et lorraine (Il était couramment pratiqué au 18° s., à la cour du roi de Prus­se). 

         Le code-switching alsacien-lorrain possède plusieurs fonctions parfois con­tra­dictoires: marque identitaire, jonglerie de bilingue accompli... ou signe de faiblesse d'un bilingue imparfait. Aujourd’hui il est un symptôme de déclin (Frédéric Hartweg, 1985, 1973, passim; Jean Petit, 1993, p. 30). Il favorise ou déclenche même les mécanismes de rapprochement pho­nologi­que et suscite de nouveaux emprunts lexicaux.

CONCLUSIONS ET PERSPECTIVES 

Nous avons exposé les mesures d'unification linguistique qui ont accompagné la constitution de l'unité politique du royaume de France et de la République Française. Les premières remontent à Louis XIV. La deuxième offensive contre les "patois" fut menée par la Révolution. C'est toutefois seulement à partir de la loi Guizot, promulguée en 1833, que le processus d'éradication systématique des langues régionales s'enclenche et se précipite (cf. supra 1.8). Préfets, recteurs, inspecteurs d'académie, inspecteurs primaires et instituteurs oeuvrent dès lors dans le même sens et cette action unificatrice revêt des aspects de persécution indéniables. Nous en fournissons ci-dessous quelques exemples édifiants: · En 1831, le préfet du Finistère et des Côtes-du-Nord écrit au Ministère de l'Éducation Nationale: "Il faut, par tous les moyens possibles, favoriser l'appauvrissement, la corruption du breton, jusqu'au point que, d'une commune à l'autre, on ne puisse pas s'entendre [...] Il faut absolument détruire le breton". · En 1833, l'Inspecteur d'Académie de Mauléon déclare fièrement: "J'ai exigé des instituteurs l'abolition entière de l'usage de la langue basque en France". A quelques kilomètres de là, le béarnais, langue maternelle d'Henri IV, est évidemment traité de la même manière. · En 1846, le Préfet des Basses-Pyrénées affirme: "Nos écoles en Pays Basque ont particulièrement pour objet de substituer la langue française au basque". · En 1903, l'Inspecteur d'Académie Dantzer, propose au Conseil Général du Morbihan: "Créons, pour l'amélioration de la race bretonne, quelques-unes de ces primes que nous réservons aux chevaux, et faisons que le clergé nous seconde en n'accordant la première communion qu'aux seuls enfants parlant français". C'est l'époque où tout élève surpris à parler breton se voit accrocher un sabot au cou en signe d'arriérisme. · Dans la nuit du 1er au 2 octobre 1914, le soldat François-Marie Laurent, originaire de Mellionec, en Bretagne centrale - où il a laissé sa femme et ses deux enfants -, est légèrement blessé sur le front de Champagne: la dernière phalange de son petit doigt de la main gauche est arrachée. Il va se faire soigner au poste de secours sur le conseil de son capitaine. Le médecin, trouvant la blessure trop légère, le soupçonne de s'être automutilé et de vouloir se dérober à ses obligations militaires. Le soldat ne s'exprime que malhabilement en français. Il est accusé d'abandon de poste, condamné par le conseil de guerre et fusillé le 19 octobre 1994. Il sera tout de même réhabilité, mais seulement 20 ans plus tard. · En 1943, l'instituteur breton Kerlaan, profitant du relâchement du centralisme français sous l'occupation allemande, fonde à Plestin-les-Grèves une école d'expression bretonne. L'école sera fermée en 1945 et Kerlaan condamné à l'indignité nationale à vie pour cette initiative jugée "illégale". · En 1977, un haut fonctionnaire breton, gagné depuis à la cause de Diwan, écrivait encore: "Les petits Bretons, jusqu'au moment où ils commencent à apprendre le français à l'école, ne donnent aucun signe d'intelligence". Enfin, nos parents ou grands-parents sont encore nombreux à se souvenir de ces inscriptions qui apparaissaient sur les murs des écoles un peu partout en France, à l'époque où nos langues régionales étaient encore vivantes: "C'est chic de parler français" (Alsace) ou "Parlez français. Soyez propres" (Roussillon) ou encore "Il est interdit de cracher par terre et de parler breton" (Bretagne, cf. Pierre Jakez Helias, Le cheval d'orgueil, Plon, 1975). Il faudra attendre 1991 pour entendre un Inspecteur de l'Éducation Natio-nale affirmer que la disparition des langues parlées dans l'hexagone équivaudrait à une catastrophe écologique sans précédent, à un "ethnocide réalisé par l'État au détriment de la Nation" (Jean Cormerais, Inspecteur d'Académie Adjoint de Bretagne, dans une allocution prononcée devant le Haut Comité de référence pour la Langue et la Culture Alémanique et Francique en Alsace et en Moselle, 30 novembre 1991). Et il faudra attendre 1993 pour qu'un Alsacien polyglotte ose avancer qu'il existe en France "une lacune majeure dans la réflexion sur les droits de l'homme" (Fred Urban dans un document diffusé par le Cercle René Schickele en 1993). Mais quelques hirondelles ne font pas le printemps. En 1992, l'Éducation Nationale refuse de corriger les épreuves de BEPC rédigées en breton. En 1993, elle procède de façon équivalente pour les épreuves de BEPC rédigées en basque. En cette même année 1992 est enfin introduite dans la constitution fran-çaise cette fameuse clause de l'article II stipulant que La langue de la République est le français (cf. supra 3.7). Cette mesure vise à mettre un frein à l'hégémonie de l'anglais (lois Toubon), dans le domaine de la recherche scientifique notamment. Malheureusement l'intention du législateur sera régulièrement dévoyée par la suite et cet article sera invoqué, en liaison avec l'édit de Villers-Cotterêts, signé par François 1er en 1539, pour pourchasser les langues régionales. C'est en se référant à ces dispositions légales qu'en 1996 Bernard Bonnet, Préfet des Pyrénées Orientales, tente de faire supprimer les plaques de rue bilingues à Perpignan et se permet d'adresser aux maires des communes catalanophones une circulaire leur interdisant l'usage du catalan sous peine de perdre tous les subsides de l'État. C'est en arguant de ces mêmes références que Lou Ravi, Sous-Préfet d'Apt (dans le Département du Vaucluse), exige en 1998 la réimpression des tickets d'entrée délivrés pour la visite de la forteresse provençale de Buoux, sous le prétexte qu'ils sont rédigés partiellement en langue provençale. Les tendances jacobinistes de l'État français s'illustrent d'éclatante manière dans les difficultés soulevées par la signature de la Charte Européenne des langues minoritaires. Cette charte fut promulgée en 1992 par le Conseil de l'Europe et soumise à la signature et à la ratification des États membres du Conseil. Elle a pour but d'assurer la protection et la promotion des langues régionales et minoritaires et se justifie "d'une part, par le souci de maintenir et de développer les traditions et le patrimoine culturels européens, d'autre part, par le respect du droit imprescriptible de pratiquer une langue régionale ou minoritaire dans la vie privée et publique" (document du Conseil de l'Europe, Résumé du traité). La charte a été signée de-puis par 18 des 38 États qui constituent le Conseil de l'Europe (Allemagne, Autriche, Croatie, Chypre, Danemark, Finlande, Espagne, Hollande, Hongrie, Liechtenstein, Luxembourg, Macédoine, Malte, Norvège, Roumanie, Slovénie, Suisse, Ukraine). Elle a été ratifiée par 8 d'entre eux (Allemagne, Croatie, Finlande, Hollande, Hongrie, Liechtenstein, Norvège, Suisse). La République Française ignora cette charte jusqu'en 1996. En mai de cette année, le Président Chirac est en tournée en Bretagne. Impressionné par l'originalité de la culture bretonne ainsi que par l'assurance et la fierté avec lesquelles elle se manifeste - cette assurance et cette fierté contrastent singulièrement avec les complexes alsaciens - , il se déclare en plein accord avec les principes qui inspirent la charte. Le Premier Ministre Alain Juppé annonce peu après, lors d'un voyage en Corse, que son gouvernement a demandé au Conseil d'État d'étudier sur le plan juridique la possibilité pour la France d'adhérer à la charte. Le 24 septembre 1996, le Conseil d'État annonce que cette adhésion serait contraire à la constitution. Les attendus demeurent confidentiels. Dans les régions de France concernées, des comités sont alors créés en 1998 pour réclamer la modification de cet article II et la reconnaissance des langues régionales comme langues de France. Peu après sa nomination comme Premier Ministre en remplacement d'Alain Juppé, Lionel Jospin, conformément à l'un de ses engagements électoraux, se penche sur la situation des langues régionales de France: il confie à Madame Nicole Péry, députée des Pyrénées-Atlantiques (Pays Basque) la mission de dresser un bilan complet de l'enseignement de ces langues et de formuler des propositions pour l'évolution du dispositif. Madame Péry se met au travail, mais elle est bientôt appelée à une fonction gouvernementale. Le relais est pris par Bernard Poignant, député européen et Maire de Quimper. Bernard Poignant remet son rapport, intitulé Langues et cultures Régionales, le 30 juin 1998. Le rapport s'inscrit dans la tradition républicaine. Il fait silence sur le programme de nivellement linguistique de la Révolution, mais il concède que les instituteurs de la IIIème République ont pourfendu les parlers provinciaux et cite la Mireille de Frédéric Mistral et Le cheval d'orgueil de Pierre Jakez Helias comme chefs-d'oeuvre de la littérature française. Enfin et surtout, il met en lumière le succès des écoles associatives et reconnaît l'effet d'aiguillon qu'elles ont exercé sur l'enseignement public pour qu'il fasse une place aux langues régionales de France. L'esprit qui inspire le rapport est celui de la conciliation et il constitue un plaidoyer pour l'adhésion à la charte. En même temps, il explicite la distinction entre signature et ratification du document. La première démarche est une déclaration d'intention globale, un engagement à ne rien entreprendre contre les langues régionales et minoritaires, mais au contraire à tenter de les préserver et de les promouvoir. La deuxième démarche prévoit l'énumération, la définition et la délimitation géographique des langues auxquelles doit s'appliquer la charte et le choix pour chacune d'entre elles d'un minimum de 35 engagements choisis parmi les 94 proposés. Le rapport Poignant suggère une expertise juridique pour réfuter l'avis négatif émis par le Conseil d'État et déterminer, parmi les 14 points, les 35 points qui pourraient s'accorder avec la constitution et permettre à la France de signer la charte. Cette proposition est entachée de 2 inexactitudes: tout d'abord, le choix en question n'est pas requis pour la signature, mais seulement pour la ratification; ensuite, ce choix ne peut être global, il doit s'effectuer séparément pour chacune des langues concernées. Le gouvernement Jospin demande alors à Guy Carcassonne, Professeur de droit public à l'Université de Paris X-Nanterre, de procéder à l'expertise envisagée par le rapport de Bernard Poignant. Guy Carcassonne remet son document en septembre 1988. Il conclut qu'il est possible de signer et de ratifier la charte à deux conditions: d'une part, faire précéder la signature d'un préambule précisant bien qu'il est hors de question de reconnaître des minorités dotées d'un statut juridique particulier; d'autre part, écarter lors de la ratification les dispositions qui pourraient soulever des problèmes juridiques ou constitutionnels et entraîner pour l'État français des obligations financières auxquelles il ne pourrait faire face. Guy Carcassonne en vient ainsi, en ce qui concerne les langues régionales à faire le départ entre enseignement de la langue et enseignement dans la langue. S'il ad-met que l'État puisse soutenir l'un et l'autre dans les classes pré-élémentaires, il exclut qu'il puisse le faire au-delà: "[...] Or si l'on peut juger raisonnable l'enseignement de ces langues [les langues régionales ou minoritaires], il est tout sauf assuré que l'on jugerait raison-nable l'enseignement dans ces langues qui, au demeurant peuvent ne pas s'y prêter toutes. Et l'on ne saurait non plus exiger de l'État qu'il prenne en charge le travail considérable qui consisterait à mettre à la disposition des intéressés le matériel pédagogique nécessaire, dans toutes les matières enseignées, dans toutes les langues régionales ou minoritaires. Cette distinction essentielle, entre enseignement des langues et enseignement dans les langues, n'a évidemment pas lieu d'être faite, et d'ailleurs elle ne l'est pas, au niveau préscolaire où il est plus question d'éveil pédagogique que d'apprentissage de disciplines identifiées, de sorte que la pratique du bilinguisme, lorsqu'elle existe, y traduit à la fois l'enseignement d'une langue et l'enseignement dans la langue. Pour les autres niveaux d'enseignement en revanche, sans préjudice de ce que font et continueront de faire des initiatives privées, l'État ne peut s'engager formellement que sur l'enseignement de ces langues et non sur l'enseignement dans ces langues" (Guy Carcassonne, Étude sur la compatibilité entre la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires et la Constitution de notre République, septembre 1998, pp. 67 et 68, chapitre 103). En décembre 1998, après avoir pris connaissance de l'étude de Guy Car-cassonne, nous écrivions au Premier Ministre: "A l'heure actuelle, l'éducation bi-lingue comportant un enseignement dans la langue 2, se réalise en France dans les écoles pré-élémentaires et élémentaires associatives: depuis 30 ans au Pays basque, depuis 23 ans en Roussillon (catalan), depuis 22 ans en Bretagne, de-puis 20 ans en Occitanie, depuis 9 ans en Alsace. L'enseignement public a emboîté le pas depuis 16 ans au Pays basque et en Bretagne, depuis 8 ans en Alsace, depuis 6 ans en Roussillon, depuis 5 ans en Occitanie en ouvrant des classes pré-élémentaires et élémentaires dites bilingues paritaires ou semi-immersives et dans lesquelles l'horaire est réparti, à parts égales, entre le français et la langue régionale. L'approche linguistique instrumentale, c'est-à-dire l'enseignement de la langue par l'enseignement dans la langue, est également adoptée depuis plus de 20 ans dans l'enseignement secondaire de divers pays du monde et depuis plus de dix ans dans l'enseignement secondaire français lui-même, notamment dans ses sections dites européennes. Si le gouvernement français signait la charte européenne des langues régionales ou minoritaires selon les modalités préconisées par le Professeur Guy Carcassonne, cette ratification constituerait donc non pas une progression mais une régression. L'État pourrait être en effet conduit à se désintéresser des classes immersives associatives, actuellement liées à lui par convention, et à marginaliser, voire à supprimer les classes bilingues paritaires déjà existantes dans le secteur public". Cette lettre demeure sans réponse. Mais le gouvernement Jospin se met au travail. Il prépare un préambule conforme aux recommandations de Guy Carcassonne pour la signature: dans les domaines de la juridiction civile, pénale et administrative, le français reste la seule langue officielle; c'est en français que sont tenus de s'exprimer les membres de la fonction publique dans l'exercice de leur fonction; mais la publication en langue régionale des textes officiels des collectivités locales est autorisée. En ce qui concerne la ratification, sur les 52 points jugés compatibles avec la constitution par Guy Carcassonne, seulement 39 sont retenus. Le gouvernement fait appel aux avis du professeur Guy Cerquiglini, directeur de l'Institut National de la Langue Française au CNRS pour dresser l'inventaire des langues concernées: ce seraient au premier chef celles parlées sur le territoire français: l'alémanique et le francique en Alsace et en Moselle et leur référence écrite: l'allemand standard, le basque, le catalan, le corse, l'occitan, le franco-provençal, le breton et le flamand. A cela s'ajouteraient plus de 50 idiomes parlés dans les territoires d'outremer comme la Nouvelle Calédonie et la Guyane ainsi que peut-être encore des langues exogènes représentées dans l'hexagone, telles le berbère et le yiddish, et ne bénéficiant d'aucune reconnaissance légale hors de France. Dans le secteur éducatif, l'enseignement dans les langues régionales est admis à côté de l'enseignement des langues régionales et le rapport Carcassonne a donc été corrigé sur ce point. Mais cet enseignement doit rester facultatif et l'ouverture de classes immersives est conditionné par un nombre suffisant de demandes parentales devant être apprécié par l'Administration qui conserve ainsi la situation en mains. Comme on le voit, il s'agit donc d'une signature et ratification a minima. Entre-temps, la ligue de l'enseignement, qui a commencé à s'intéresser aux langues régionales en 1980, se déclare favorable à la signature et à la ratification de la charte (in Les idées en mouvement, n°63, novembre 1998). Mais la Fédéra-tion des Oeuvres laïques du Haut-Rhin demeure égale à elle-même: elle considère la charte comme inutile, les langues régionales n'étant pas opprimées, et elle met en garde contre "des dérives toujours possibles en Corse, au Pays Basque et même en Alsace, qui pourraient porter atteinte à la continuité de la République" (in L'Alsace du 08/05/99). Les conseils régionaux d'Alsace et des Pyrénées Atlantiques, présidés respectivement par Adrien Zeller et François Bayrou, anciens ministres, votent des motions en faveur de la charte. En Bretagne, 750 écrivains, poètes, artistes, personnalités du monde culturel, sportif et économique, se prononcent pour l'adhésion à la charte. La pétition est remise à Jacques Chirac et à Lionel Jospin le 13 janvier 1999. En Alsace et en Lorraine, Adrien Finck, Tomi Ungerer et André Weckmann lancent un appel dans le même sens. Les résultats sont rendus officiels le 4 mars 1999. L'appel a recueilli plus de 600 signatures d'artistes, d'écrivains, de sportifs, d'acteurs culturels et économiques. Ultérieurement une centaine d'élus et parlementaires alsaciens viendront s'adjoindre aux 600 signataires. Il faut noter que des membres ou sympathisants de la majorité socialiste et notamment des écologistes, côtoient dans ces pétitions des membres du RPR, de DL (Démocratie Libérale) et surtout de l'UDF, groupés autour de François Bayrou. Ce même mois, les députés Verts déposent à l'Assemblée Nationale une proposition de loi constitutionnelle visant à modifier l'article II de la constitution et à lui communiquer la forme suivante: "La langue de la République est le français. La République reconnaît et valorise les langues régionales". Le front du refus s'organise lui aussi. En avril 1999, une vingtaine de personnalités appartenant au microcosme parisien, à la fondation Marc Bloch et au MDC (Mouvement des Citoyens) de Jean-Pierre Chevènement, le Ministre de l'Intérieur, se mobilisent contre la charte. Les membres du MDC sont particulièrement virulents: ils considèrent que l'unité de la nation est en danger et se déclarent prêts à rechercher toutes les alliances, à droite comme à gauche, pour empêcher signature et ratification. Dans les polémiques qui s'engagent, l'amalgame est pratiqué à grande échelle: les mouvements d'extrême-droite ayant, ici et là, pris fait et cause pour l'identité régionale - alors qu'ils sont jacobins et centralistes à Paris -, les défenseurs des langues régionales sont considérés comme leurs alliés inconditionnels et tenus pour responsables de leur méfaits et de leur progression électorale. Certains milieux résistants rappellent que c'est la France pétainiste qui a favorisé le régionalisme et autorisé certains actes de collaboration indéniables et indéfendables commis au nom de l'identité régionale, en Bretagne notamment. Le 7 Mai 1999 à Budapest, lors d'une réunion pour le 50ème anniversaire de la création du Conseil de l'Europe, Pierre Moscovici, Ministre délégué aux Affaires européennes, signe la charte au nom de la France. Il agit sur délégation du Président Chirac. Mais l'on apprenait le 6 mai, c'est-à-dire la veille, que ce même Président avait demandé au Conseil Constitutionnel de se prononcer sur la com-patibilité de la charte avec la constitution de la République. Sans doute voulait-il apaiser par ce geste les milieux gaullistes, essentiellement groupés autour de Charles Pasqua et de Philippe de Villiers, qui avaient manifesté leurs appréhensions et même leur opposition à cette signature. Le 23 juin, Le Conseil Constitutionnel rend son verdict: il considère la charte comme incompatible avec la constitution. La ratification qui aurait dû suc-céder à la signature se trouve par là-même rendue impossible. Le Premier Minis-tre demande immédiatement au Président de la République de convoquer le par-lement en Congrès pour procéder à une modification de la constitution: celle-ci consisterait en l'adjonction d'un article 53.3 qui stipulerait que la France est auto-risée à ratifier la charte. Le Président refuse en arguant que l'on peut promouvoir les langues régionales sans modifier la constitution ni ratifier la charte. Les passions se réveillent. Les jacobins et les souverainistes exultent. Dans les milieux régionalistes, la déception est grande et la colère gronde. L'on parle d'intégrisme linguistique, l'on affirme que la France est le pays des droits de l'homme moins un. Henri Giordan et Robert Lafont, linguistes mondialement connus et reconnus pour leurs travaux sur les langues minoritaires et les identités culturelles, font remarquer: "Il est piquant d'observer que l'adhésion à cette charte est requise désormais des pays candidats au Conseil de l'Europe: la France se trouverait aujourd'hui exclue de l'institution qui joue un rôle majeur dans la démocratisation des états postcommunistes !" (Henri Giordan et Robert Lafont, in Libération du lundi 5 juillet 1999, pp. 4-5, p. 4). Et en cette fin d'année 1999, l'on ne peut que constater la brûlante actualité des réflexions du pasteur alsacien Frédéric Hoffet en 1951: "Nous touchons là à la tare la plus profonde de la pensée politique française: son jacobinisme latent. Celui-ci est une déformation de l'idéal de 1789 sous l'empire du complexe d'uniformité. Il nous présente le spectacle curieux d'une doctrine profondément démocratique dans son essence puisqu'elle proclame la primauté de la personne et place la liberté au premier rang des buts de la politique, aboutissant à des méthodes dictatoriales qui n'ont rien à envier à celles des systèmes les plus réactionnaires. Ainsi, dans le cas de l'Alsace, les mêmes hommes qui ne cesseront de proclamer leur attachement aux idéaux de la Révolution, chercheront à ravir à des populations patriotes leurs institutions, leurs traditions, leur langue, sans même se rendre compte qu'ils se trouvent en contradiction avec les principes dont ils prétendent s'inspirer" (Frédéric Hoffet, 1951; 1994, pp. 186-187). Le gouvernement français semble maintenant s'orienter vers une grande loi sur les langues régionales qui reprendrait les dispositions de la charte et contournerait l'obstacle constitutionnel. La France était déjà connue en Europe pour son intolérance linguistique. En mars 1998, Rolf Hochhuth, le célèbre dramaturge autrichien, auteur de Der Stellvertreter cite par exemple le grand historien Carl Jakob Burckhardt : "Kaum ein Volk hat das Ziel der Sprachherrschaft politisch so bewusst und so intensiv betrieben wie die Franzosen. Fremdsprachen im eigenen Land haben sie teilweise mit Feuer und Schwert ausgerottet, so das Provenzalische, oder die Sprache, die in Navarra gesprochen wird, und auch das Bretonische" et il affirme lui-même "Den bizarren französischen Sprachchauvinismus wollen wir nicht [...]. Es geht um diese Ein-Reich-ein-Slang-Schwärmerei, die unserer Epoche [...] das Hirn lähmt [...]"(Spiegel, n° 12 du 16.03.98, p. 275). Il est évident que les lamentables avatars des tentatives d'adhésion à la charte ne vont pas améliorer cette image. La réputation d'intolérance de l'État français envers ses langues régionales se double d'une autre réputation tout aussi négative: celle qu'a le francophone de ne pas avoir le don des langues. Elle se rencontre dans le grand public, mais aussi dans les milieux spécialisés qui se consacrent à l'enseignement des langues vivantes étrangères. Elle est répandue dans l'hexagone et en dehors de l'hexagone. Elle a été exprimée par des hommes de plume tels Joseph de Maîstre. Ayant passé 14 années de sa vie à Saint-Pétersbourg, il avait eu l'occasion de comparer l'aisance avec laquelle les russophones apprenaient le français et les difficultés qu'éprou-vaient les francophones à apprendre le russe (cf. son ouvrage Considérations sur la France, 1796). Plus près de nous, Emile Durkheim, le fondateur de la sociolo-gie moderne, a également constaté ces difficultés très objectivement et les a relatées dans ses cours et articles rassemblés par ses disciples: L'éducation morale et L'évolution pédagogique en France (1906). Le patron des patrons japonais, interviewé en 1990, à l'occasion d'une de ses visites en France, déclarait: "Les Français sont des gens sympathiques, inventifs, mais ils ne savent pas les langues. Un jour, cela constituera un vrai handicap pour eux". Ces difficultés du francophone sont également illustrées par des plaisanteries en vogue du genre de celle-ci: "Qu'est-ce qu'un trilingue ? - Quelqu'un qui parle trois langues. Qu'est-ce qu'un bilingue ? - Quelqu'un qui parle deux langues. Et qu'est-ce qu'un monolingue ? - C'est un français ! ". Il est symptomatique que les Français brocardent les Belges, les Suisses, les Anglais, les Allemands, les Espagnols, les Italiens dans les domaines les plus divers, mais qu'ils se gaussent d'eux-mêmes dans le domaine de l'apprentissage linguistique. L'allemand et l'anglais parlés par l'actuel Ministre des Finances français, Dominique Strauss-Kahn, remplissent les journalistes étrangers d'admiration du fait de leur qualité, mais aussi de stupéfaction dans la mesure où ce locuteur est francophone ! Le handicap acquisitionnel invoqué est bien réel. Nous l'avons analysé en détail dans nos deux ouvrages (Au secours, je suis monolingue et ... francophone, Presses Universitaires de Reims, 1992, et Francophonie et don des langues, Presses Universitaires de Reims, 1999). Il affecte l'apprentissage oral des langues étrangères, étant bien entendu que le cerveau humain réoralise l'écrit pour le comprendre et que la langue orale jouit ainsi d'un primat psycholinguistique in-discutable sur la langue écrite. Ce handicap est donc sérieux. Il est dû aux hyper-singularités du français standard de langue d'oïl dans le domaine prosodique: · quasi exclusivité du schème syllabique primitif C+V entraînant une véritable allergie aux groupements consonantiques (cf. supra 1.1 et annexe 8.2) · accent tonique fixe frappant l'initiale des vocables (oxytonie) et rendant difficile l'acquisition des langues à accent mobile - toutes les langues de la Romania, toutes les langues de la Germania, les langues slaves, le grec moderne - ou celle des langues à accent fixe localisé ailleurs que sur la finale - première syllabe pour le hongrois, le finnois et le tchèque, avant-dernière pour le polonais - (cf. supra 1.1 et annexe 8.2) Cette déficience acquisitionnelle n'est évidemment pas fatale. Elle ne se présente que chez les francophones demeurés monolingues au-delà de l'âge de 6-7 ans, ce qui nous amène à dire que le francophone a plus besoin de bilinguisme précoce que le locuteur de tout autre langue. Les résultats obtenus jusqu'ici au Pays basque, en Catalogne Nord, en Bretagne, en Occitanie et en Alsace apportent la preuve que tout francophone exposé intensément et durablement en pé-riode critique à une autre langue que le français déploie des capacités acquisitionnelles optimales, rigoureusement identiques à celles des autres ressortissants de la planète. Quant à l'Alsace, terre de toutes les souffrances, ballottée dans les tourmentes des guerres, elle semble maintenant devoir et pouvoir assurer une fonction qui lui revient dans son intérêt propre, mais aussi dans celui de la France et de l'Europe: être la pépinière du bilinguisme français-allemand et "le trait d'union entre la France et l'Allemagne" (Jean-Marie Woehrling, 1991, p. 261). Il serait juste, qu'après avoir pris son parti des avatars de l'Histoire, elle en tire aussi parti. Et il serait digne d'une grande nation de l'inciter à être elle-même et à ne plus refouler son identité. Janvier 2000

Zusammenfassung 

Durch die Werke seiner großen Dichter und Denker Otfried von Weißenburg (860), Reinmar von Hagenau (V 1200), Gottfried von Straßburg (1210), Johannes Tauler (V 1361) und Sebastian Brant (1494) hat sich das Elsass an der Entstehung und Entwicklung der deutschen Hochsprache und Literatur genau so maßgebend beteiligt wie Luther durch seine spätere Bibelübersetzung (1534). Nach dem westfälischen Frieden und der Eingliederung des Elsass in das französische Königreich verlagert sich der Schwerpunkt der deutschen Kultur nach Mitteldeutschland und Preußen. Am Ende des achzehnten Jahrhunderts aber gründen Goethe und Herder den Sturm und Drang nicht in Frankfurt, Jena oder Weimar, sondern in der Straßburger Altstadt. Gleichzeitig setzt das Volkslied zu seinem Siegeszug durch die deutsche Literatur an, und zwar nicht etwa in Sachsen, sondern im Elsass. Von dieser Zeit ab übernimmt das Elsass eine neue Aufgabe: es wird zur Hochburg der deutsch-französischen Zweisprachigkeit, zu einer Denk- und Forschungsstätte über Sprachunterricht, zu einer Begegnungsebene zwischen romanischer und germanischer Kultur. Innerhalb von 25 Jahren wechselt das Land viermal seine staatliche Angehörigkeit. René Schickeles und Albert Schweitzers Werke werden also unter Schmerzen und Tränen geboren, senden aber eine exemplarische Botschaft des Humanismus und des Friedens an die ganze Welt. Von 1946 ab erhebt das Elsass durch seine gewählten Vertreter in den Conseils Généraux und später im Conseil Régional Anspruch auf sein Recht zum Bilingualismus. Das 1990 ins Leben gerufene Haut Comité de Référence pour la Langue et la Culture Alémanique et Francique en Alsace et en Moselle ist die Herauskristallisierung dieser Forderung, die hartnäckig, aber geduldig und würdig, ohne Bombenlegung, mit den "einzigen Waffen des Geistes" (so René Schickele) und des Wortes geltend gemacht wird. Die ebenfalls 1990 erfolgte Gründung der Elternvereinigung ABCM-Zweisprachigkeit stellt eine entscheidende Wendung dar. Als erfahrener Germanist und Psycholinguist erzählt J. Petit die Saga der Vereinigung und schildert die Widerstände, die sie in ihrer bahnbrechenden Tätigkeit zu überwinden hatte. Er erklärt und begründet auch die didaktischen und linguistischen Optionen ihrer Pioniere: Parität beider Sprachen auf dem Stundenplan, ausgleichende Immersion, Partnerprinzip von Grammont (Eine Sprache, eine Bezugsperson), Verwendung der Zielsprache als Instrument für alle möglichen Tätigkeiten und in Hauptfächern und vor allem Rückgriff auf die natürliche Erwerbsstrategie, dessen faszinierende Wege und Umwege sachkundig und zugleich leidenschaftlich belauscht und beleuchtet werden. Der dann durch den entschlossenen Einsatz von Recteur de Gaudemar und durch die mustergültige Arbeit der akademischen Bewertungskommission blitzartig erfolgenden Verbreitung bilingualer Klassen in der Éducation Nationale wird auch Rechnung getragen. Die in den Vereinseinrichtungen und in den staatlichen Schulen erzielten Ergebnisse werden ausführlich besprochen. J. Petit drückt schließlich den Wunsch aus, das Elsass möge, nachdem es so oft von der Geschichte misshandelt wurde, sowohl in seinem eigenen als auch in Frankreichs und Europas Interesse die Chance beim Schopfe ergreifen, die ihm jetzt die Geschichte bietet. 

 

Du IXème au XVIème siècle, l'Alsace a connu de grands poètes et écrivains dont les oeuvres ont été tout autant constitutives de la langue et de la littérature allemandes que la Bible de Luther qu'elles ont précédée. Depuis son rattachement à la France par le traité de Westphalie en 1648, l'Alsace assume progressivement un nouveau rôle: celui de foyer du bilinguisme français-allemand, de centre de recherche sur l'enseignement des langues vivantes et de lieu de rencontre entre les cultures romane et germanique. L'Alsace a souffert des guerres. En 75 ans (1870-1945), elle a changé quatre fois d'appartenance. Les oeuvres de René Schickele et d'Albert Schweitzer ont donc été enfantées dans la souffrance et les déchirements, mais elles adressent au monde un exemplaire message d'humanisme et de paix. Depuis 1946, par la voix de ses élus aux Conseils Généraux, puis au Conseil Régional, l'Alsace revendique inlassablement son droit au bilinguisme. Elle le fait dans la dignité, sans pose de bombes, avec les "seules armes de l'esprit" (René Schickele) et du verbe. La fondation de l'Association ABCM-Zweisprachigkeit en 1990 marque un tournant décisif dans cette évolution. Germaniste de terrain et psycholinguiste, Jean Petit nous conte la saga de la jeune association et il nous décrit les résistances qu'il lui a fallu surmonter dans son travail de pionnier. Il explique et justifie également les options didactiques et linguistiques des fondateurs: parité horaire des deux langues, immersion compensatoire, principe de Grammont (une personne, une langue), utilisation instrumentale de la langue à apprendre dans les domaines d'activité les plus divers et pour la transmission du savoir disciplinaire, enfin et surtout recours à la stratégie naturelle de l'acquisition dont il éclaire les fascinants cheminements en spécialiste passionné. La rapide extension des classes bilingues survenant peu après dans l'Éducation Nationale, grâce à l'engagement résolu du Recteur de Gaudemar et au travail exemplaire de la Commission d'évaluation académique, est également prise en considération. Les résultats obtenus dans le secteur associatif et dans le secteur public sont exposés en détail. Jean Petit souhaite en terminant que, dans son intérêt propre, mais aussi dans celui de la France et de l'Europe, l'Alsace saisisse à bras le corps cette chance que lui offre enfin l'Histoire après l'avoir si longtemps maltraitée.

Dimanche, 12 janvier 2003 Jean PETIT, 18, avenue du Maréchal Joffre, F-66690-SAINT-ANDRÉ

Chers collègues et amis de l'enseignement immersif, Je vous fait part du décès de Denis Girard, Inspecteur Général Honoraire de l'Education Nationale, survenu le 31 décembre 2002. Denis Girard était apprécié pour sa droiture, son objectivité, sa modestie et sa compétence. Auteur d'une méthode et de plusieurs ouvrages de didactique, il a beaucoup œuvré pour l'amélioration docimologique de nos examens et en particulier du baccalauréat. Il s'est de tout temps intéressé à l'enseignement précoce et l'a soutenu de toutes ses forces. Il a notamment en 1996 participé aux travaux de la commission scientifique internationale de conseil et d'évaluation pour le bilinguisme français-allemand (CSCEB). J'ai présenté mes condoléances à son épouse, Madame Geneviève Girard, 39, boulevard de Port Royal, 75013-Paris. 

Ich muss Ihnen mitteilen, dass Denis Girard, Generalinspektor i.R., uns am 31. Dezember 2002 verlassen hat. Denis Girard war als rechschaffener, objektiver, bescheidener und kompetenter Fachmann äußerst geschätzt. Er ist Verfasser einer Lehrmethode und mehrerer didaktischer Abhandlungen und hat sich sehr für die dokimastische Aufbesserung unserer Prüfungen, insbesondere der Reifeprüfung eingesetzt. Er hat sich von jeher für den Frühunterricht lebender Sprachen interessiert und hat ihn nach Kräften unterstützt. Im Jahre 1996 hat er sich an den Arbeiten der Internationalen Wissenschaftlichen Kommission zur Beratung und Evaluation des deutsch-französischen Bilingualismus beteiligt (KBEDFB). Ich habe Frau Geneviève Girard, 39, boulevard de Port Royal, 75013-Paris, mein Beileid ausgedrückt. 

Mit herzlichen Grüßen/Bien cordialement/De còr e d'òc/ Amistosament i a rebeure/ Kenavo hag a greiz kalon/Ikus arte eta bihotz: Jean Petit

 

NEIN, NEIN UND NOCHMALS NEIN

Gedanken zur Erziehung am Kolleg Sankt-Blasien vor dem Hintergrund der PISA-Studie

P. Walter HAPPEL SJ, Kollegsdirektor, Herbst 2002

Nein, wir haben wahrhaftig keinen Grund, uns zufrieden zurückzulehnen und uns auf unseren Lorbeeren auszuruhen. Zwar ist das Kolleg ein Gymnasium in Baden-Württemberg und Baden-Württemberg hat ja zusammen mit Bayern bei PISA mit die besten Ergebnisse zu verzeichnen. Aber auch diese besten Ergebnisse sind im weltweiten Vergleich nur Mittelmaß. Mittelmaß aber kann sich ein rohstoffarmes Land, dessen wichtigste Ressourcen seine Menschen sind, nicht leisten. Selbst wenn wir ein rohstoffreiches Land wären, wäre eine Vergeudung der Talente unverantwortlich. Zwar darf man sich freuen, im deutschland- weiten Vergleich nicht auch noch zu den Verlierern zu gehören, aber so wie es ist, kann und darf es nicht bleiben. Auch und gerade um unserer Kinder willen nicht. Schließlich werden sie die Herausforderungen einer mehr und mehr globalisierten Welt zu bewältigen haben, was ihnen nur dann erfolgreich gelingen wird, wenn alle, die Schüler selbst, die Lehrer, die Eltern, die Erzieher, nicht zuletzt auch die Kultus-bürokratie die Ergebnisse von PISA ernst nehmen und eingestehen, dass sie alle an dem unbefriedigenden Ergebnis aus unterschiedlichsten Gründen und Motiven beteiligt sind. Mit dem Finger auf andere zu weisen, wird ebenso wenig Erfolg haben wie das Herummanipulieren an Strukturen. Strukturen mögen hinderlich oder förderlich sein, Strukturen allein aber garantieren nicht den Erfolg, sondern nur die Menschen, die innerhalb dieser Strukturen innovativ, kreativ und risikofreudig mit Engagement und harter Arbeit daran gehen, die Zukunft zu gestalten. Nein, wir brauchen am Kolleg auch nicht zu resignieren. Schließlich spricht vieles dafür, dass wir durchaus auf dem richtigen Weg sind. Zwar mag die "Ehrenrunde" in der Schule in Deutschland keine Seltenheit, sondern ein Massenphänomen sein, bei uns am Kolleg ist das keineswegs der Fall, dass mit der Lebenszeit der Kinder und Jugendlichen in so unverantwortlicher Weise umgegangen wird. Im Osten der Bundesrepublik Deutschland sind es "nur" ein Viertel der 15-jährigen Schülerinnen und Schüler, die mehr Zeit als vorgesehen für ihre Schullaufbahn brauchen. Im Westen der BRD sind dies sogar ein Drittel und sie verlieren die meiste Zeit beim Sitzenbleiben. So hat im Durchschnitt jeder Vierte, wenn er 15 Jahre alt wird, bereits einmal eine Klasse wiederholt. Das machen wir am Kolleg so nicht mit. Wenn im Schuljahr 2001/02 von 824 beurteilten Schülerinnen und Schülern nur 24 nicht versetzt wurden, so entspricht das 2,9 % und ist gegenüber dem Vorjahr, in dem mit 25 Schülern 3,2% nicht versetzt wurden, ein weiterer - wenn auch leichter - Schritt hin zu einer Verbesserung im verantwortlichen Umgang mit der Lebenszeit der uns anvertrauten Schüler. Dass die Noten am Kolleg dabei keineswegs verschenkt wurden oder werden belegt auch dieses Jahr wieder das Abitur. Alle 83 Abiturienten haben, wie auch in den vergangenen Jahren, das Abitur erfolgreich bestanden. Dabei ist die Abitur- durchschnitsnote von 2,2 beim Baden-Württembergischen Zentralabitur insbesondere auch deshalb beachtenswert, weil Kollegianerinnen und Kollegianern im Unterschied zu so manchem normalem Gymnasiasten einiges mehr abverlangt wird an Einsatz und Aktivitäten, sei es in der Vinzenzkonferenz, die sich um die Alten und Kranken in der Stadt kümmert, sei es bei Amnesty international oder sonstigen Übernahmen von verantwortlichen Positionen im Kollegsleben mit seinen vielen Freizeitaktivitäten. Jeder interne Kollegianer muss davon ja mindestens zwei auf Dauer für sich wählen. Auch die Tatsache, dass einige Schüler, die sich schwer taten und das Abitur "nur" mit der Note 3,4 bestanden, den Schnitt des Abitur- Jahrganges insgesamt nicht so beeinträchtigt haben, dass wir nicht zufrieden sein dürften, ist ein gutes Zeichen. Auch "unsere" drei chinesischen Abiturienten, die vor drei Jahren noch fast ohne Deutschkenntnisse zu uns kamen und nun zweimal mit 2,2 und einmal mit 2,7 das Abitur bestanden haben, sind ein Hinweis darauf, dass die Arbeit, die unsere Lehrerinnen und Lehrer, Erzieherinnen und Erzieher am Kolleg leisten, sich durchaus sehen lassen kann. Sie dürfen mit Recht stolz sein. 145 Schüler, die am Schuljahresende 2001 / 2002 lobend erwähnt wurden (das heißt einen Noten-durchschnitt von mindestens 2,0 aufweisen konnten) und 33 Schüler, die den Klassenpreis erhielten gegen- über 112 lobend Erwähnten und 31 Preisträgern im vergangenen Schuljahr ist uns ein Ansporn für das neue Schuljahr, ein Ansporn, für den wir dankbar sind. Wir dürfen uns nicht zufrieden zurücklehnen. Wir müssen auch nicht resignieren. Zum dritten Mal nein, wir müssen auch nicht alles anders machen. Es gilt vielmehr, das "Magis" das Mehr im Sinne der Spiritualität des Jesuitenordens und seiner Erziehungs-prinzipien ernst zu nehmen. Es geht hierbei nicht um eine quantitative Steigerung "mehr und mehr und immer mehr", sondern um die Haltung und Einsicht dessen, der da weiß, dass er das, was er durchaus gut und zufriedenstellend getan hat, auch noch etwas besser machen könnte. Dabei muss Bewährtes nicht nur bewahrt werden, sondern es ist zu prüfen, was noch zu verbessern ist, statt pädagogischen Mode- trends nachzulaufen. Es ist sicher bedeutsam, dass zwei Drittel aller Schüler, die am Kolleg ihre Gymnasialzeit beginnen, dies mit Latein als erster Fremdsprache tun. Dass auch eine erkleckliche Zahl als dritte Fremdsprache Griechisch wählt, ist nicht etwa ein Zeichen von verknöchertem Konservativismus, sondern ein Hinweis, dass es uns um Bildung geht, nämlich darum. Menschheitserfahrungen von den Quellen her weiterzugeben, Grundlagen zu schaffen, um einen fruchtbaren Dialog auch und gerade mit anderen und fremden Kulturen führen zu können, ohne sich dabei selbst zu verlieren. Es geht ja nicht nur um die Aufrechterhaltung des laufenden Betriebs, um die Gegenwart zu sichern, sondern es geht darum, auf gesichertem Fundament zu Innovationen zu kommen, die die Zukunft ermöglichen und gestalten. Das Kolleg ist für diese Art des Vorgehens sicher ein gutes Beispiel. Weil es in Treue zu seinen Wurzeln, den Wurzeln seiner Pädagogik, das Alte und Bewährte bewahrt hat, sich aber neuen Aufbrüchen nie verschloss. Die Einführung eines naturwissen-schaftlichen Profils ist dafür ebenso ein Beispiel wie die Ermöglichung von Spanisch als dritter Fremdspra-ehe neben Griechisch und Französisch oder aber auch die Einführung der Euroklasse oder des Faches Chinesisch und der damit verbundene lebendige Austausch mit dem Ausland und unserer Par+nerschule in China. Von hier aus gilt es weiter zu gehen. Wir brauchen mehr Lehrer aus dem nicht Deutsch sprechenden Ausland. Die Schüler im Internat, die aus 21 Nationen kommen, finden noch nicht ihre Entsprechung in der Zusammensetzung des Lehrerkollegiums, obwohl sich auch hier mit Kolleginnen und Kollegen aus 6 Nationen und - in der Bundesrepublik Deutschland keineswegs üblich - Lehrern aus verschiedenen Bundesländern eine gewisse Vielfalt abzeichnet. In Zukunft werden noch mehr Fächer in Englisch oder einer anderen Fremdsprache unterrichtet werden müssen, wenn wir den Anschluss an die Zukunft nicht verpassen wollen. Dass sich dabei auch methodisch neue Ansätze und Aufbrüche im Gesamt des Kollegslebens ergeben werden und zu befördern sind, versteht sich von selbst.Fördern durch Fordern hört und liest man heute allenthalben und mancher tut so, als handle es sich hier um eine neue Einsicht. Am Kolleg wissen wir uns diesem Grundsatz schon immer verpflichtet und haben es daher auch schon immer in unseren Informationsunterlagen hervorgehoben, die wir einer interessierten Öffentlichkeit gerne zur Verfügung stellen. Nein, nein und nochmals nein! Wir dürfen uns nicht zufrieden zurücklehnen, wir müssen nicht resignieren, wir müssen aber auch Bewährtes nicht aufgeben. Wir dürfen engagiert und optimistisch wie bisher, risikofreudig und mutig alle Potentiale und Talente aus- schöpfen, um Menschen für andere zu erziehen, die bereit sind, verantwortungsbewusst zu entscheiden und Verantwortung zu übernehmen bei der Gestaltung der Welt in Familie, Staat und Kirche. P. Walter Happel SJ, Kollegsdirektor

paroles de mamans bilingues

       Je ne sais si une si petite lucarne pourra contenir un message aussi débordant d'émotion et de gratitude... C'est en cherchant la partition du "Hans im Schnockeloch" que je suis tombée dans votre site (comme Obélix dans sa marmite !)et j'y ai passé plus d'une heure fantastique - sans en épuiser toutes les ressources. Comment ne pas être captivée par ces sujets si divers - mais qui coïncident si exactement avec mon vécu personnel? En effet j'ai fondé ma famille au Cameroun, y ayant vécu 4 ans, et l'Afrique reste dans mon coeur comme une blessure ouverte, un deuxième pays, un rêve à jamais perdu... Après la Mission et l'oecuménisme, le bilinguisme est devenu une seconde bataille - nous faisons partie de cette poignée de fous qui s'est lancée dans l'aventure ABCM dans un contexte et une ville plus qu'hostiles... Pour le plus grand bonheur de nos enfants à qui nous avons offert une passerelle vers nos amis de Hollande, d'Allemagne - et du monde entier ! Votre site si riche est une invitation à la curiosité : j'ai papillonné entre PBVE et RGO! Un petit regret concernant cette étude : aucune mention à propos de l'allaitement... qui permettrait certainement, s'il était encouragé, de diminuer considérablement l'incidence du RGO. Si vous avez des futures mamans à convaincre... j'ai connu les plus beaux mois de ma vie de femme en allaitant mes trois enfants. Jamais je n'aurais réussi ... si j'avais été primipare en France. La pression familiale et sociale - associée à la méconnaissance des médecins-hommes et à la mauvaise volonté des maternités et du lobby des laits maternisés est tout simplement énorme ! J'en pleurerais de voir ces mères stressées par le timing et la composition du biberon, et ces bébés qu'on laisse pleurer dans le vide... Notre langue dans ce domaine est bien grossière, puisqu'elle ne considère que l'aspect fonctionnel (nourrir - allaiter = vache laitière ? ) d'un geste d'amour . Alors que le verbe "stillen" évoque aussi l'apaisement du petit être qui trouve chaleur et réconfort - en plus du lait - dans le sein de sa mère.

Nathalie H. (extraits du guest book, 15/05/2003)

polémiques autour de l'allaitement

       Dans l'Express du 09 octobre 2003, Mr le Pr Marcel Rufo répondait à une interview où il précisait : Un sein qui allaite n'est pas un sein sexué. Lorsque la maman recommence à avoir des relations sexuelles - le plus tôt est le mieux - elle ne peut pas allaiter et se faire caresser un sein : ça ne se partage pas, un sein. Je suis en plein combat avec mes consoeurs Edwige Antier et Christiane Olivier, qui tiennent des propos bizarres : il faut allaiter son bébé jusqu'à 1 an. Moi, je crois qu'au 3ème mois on peut le mettre à la crèche et reprendre le travail. Et lorsque je vois un garçon de 4 ans téter encore sa mère, je le signale au juge. Quand un gosse touche les seins de sa mère, elle doit lui dire : «Non, laisse-moi. Ce sont nos jouets à nous, ton papa et moi. Toi, tu as ta voiture.» Et il faut arrêter avec cette culpabilisation biologique, immunologique, etc. Quand une femme refuse d'allaiter, on doit la respecter. Devant de tels propos, la CoFAM (Coordination Française pour l'Allaitement Maternel) a réagi à travers son président, le Dr Marc Pilliot, par une lettre ouverte que vous trouverez ci-dessous :

           Monsieur, Généralement, j'aime bien votre façon de parler et votre verve provocante. Et c'est pour cela que nous vous avions invité à Lille en mars 2000 pour un congrès de L'ENVOL. Aujourd'hui, je vous écris en tant que Président de la CoFAM, un regroupement de toutes les associations françaises pour l'enseignement et le soutien de l'allaitement maternel. Nous sommes tous très choqués par vos propos récents dans l'Express : « Un sein qui allaite n'est pas un sein sexué. Lorsque la maman recommence à avoir des relations sexuelles, elle ne peut pas allaiter et se faire caresser un sein ». Et vous suggérez d'arrêter le sein dans le courant du 3ème mois. D'où sort donc cette idée que le rapport sexuel entre l'homme et la femme décide du sevrage de l'enfant ? Le sein nourricier et le sein sexué ne se contredisent pas : ce sont deux fonctions qui ne se font pas dans le même temps. En Suède, plus de 50 % des femmes nourrissent au sein au-delà de 6 mois. En Norvège, elles sont 80 % à le faire à 6 mois, et 36 % à un an (1). En Grande-Bretagne, 13 % des femmes allaitent encore à 9 mois (1). A vous écouter, toutes ces femmes-là, qui vivent dans notre culture occidentale, seraient névrosées et n'auraient pas de sexualité ? Allons donc ! Vos propos sont démesurés, sans nuance et surtout sans fondement. Plus loin dans vos propos, les bras m'en tombent : vous signifiez à l'enfant que « les seins sont des jouets pour papa et maman, et lui il a sa voiture ». Quelle piètre idée de la femme vous communiquez à cet enfant ? Pauvres seins qui seront plus tard brusqués comme le sont souvent les petites voitures des bambins ! Et si l'enfant est une fille, quelle piètre idée vous lui donnez de sa future féminité ? Je comprends que vous vouliez déculpabiliser les mères qui utilisent le biberon et je suis en plein accord avec vous lorsque vous dites : « une femme qui refuse d'allaiter, on doit la respecter ». Mais est-ce donc une raison pour culpabiliser la femme qui allaite ? En France, il n'y a pas de « culture » de l'allaitement, y compris chez les professionnels de santé. Trop de femmes sont mal informées ou découragées d'allaiter à cause du manque de soutien et du manque d'informations justes et objectives. Déjà les jeunes mères perdent confiance dans leurs capacités et dans la physiologie à cause d'une médicalisation souvent abusive de la grossesse. Elles perdent encore plus confiance en elles quand elles « ratent » leur allaitement : elles se croient responsables, alors que c'étaient les informations autour d'elles qui étaient erronées. Avec vos propos, vous les culpabilisez un peu plus. Alors de grâce, revenons à des choses simples, sans passion et sans projection personnelle : - L'allaitement maternel au sein est un sujet de santé publique, tant les bienfaits pour l'enfant et pour la mère sont importants et « scientifiquement » prouvés. C'est pourquoi l'OMS « recommande une alimentation au sein exclusive pendant 6 mois, puis l'introduction d'aliments complémentaires avec la poursuite de l'allaitement jusqu'à 2 ans ou plus » (54ème Assemblée mondiale de la Santé). La plupart des Sociétés de Pédiatrie dans le Monde ont adopté ces recommandations. En France, l'ANAES a étudié la mise en oeuvre de l'allaitement maternel et sa poursuite jusqu'à au moins 6 mois. - Par ailleurs, replaçons l'allaitement maternel dans un contexte plus global de norme biologique et anthropologique. Comme l'écrit Mr le Professeur SOULE, « l'allaitement au sein constitue une fonction humaine essentielle qui a assuré la pérennité de l'espèce et qui engage profondément la mère dans une relation très particulière à son nourrisson, avec une part biologique et instinctuelle fondamentale. Décider de s'en priver, d'en priver le bébé n'est donc pas aussi anodin ou atonal que certains le disent [.]. Ne devons-nous pas considérer l'allaitement au biberon comme une situation expérimentale ?» - Le lait artificiel est déchargé d'une part des interactions biologiques et fantasmatiques qu'offre l'allaitement maternel au sein. - Le sein appartient à la mère et c'est à elle à décider du sens qu'elle lui donne et à qui elle veut bien l'attribuer. - Enfin, le rôle du soignant est d'aider, d'accompagner, et non pas de juger. Dans l'espoir de vous avoir fait pressentir le sens de mon indignation, et avec mes remerciements pour votre bienveillante attention, je vous prie de croire, Monsieur, à l'expression de mes respectueuses salutations. Dr Marc PILLIOT Président de la CoFAM Président de L'ENVOL Pédiatre à la Clinique Saint-Jean de Roubaix 2ème maternité en France à avoir obtenu le Label « Ami des Bébés » décerné par l'OMS et l'UNICEF

Tout à fait d'accord avec la lettre ouverte au Pr Marcel RUFO. Quellle désastreuse image de la pédopsychiatrie nous donne ce monsieur ! Heureusement qu'il n'exerce pas de responsabilités à l'OMS... " Quand une femme refuse d'allaiter, on doit la respecter " jusque là je suis tout à fait d'accord mais.. je rajouterais volontiers dans la phrase suivante : Quand une femme française décide d'allaiter malgré toutes les bétises qu'elle peut entendre autour d'elle, il faut la féliciter, l'encourager et la conseiller du mieux possible (d'où l'importance des associations de promotion de l'allaitement maternel...) ! Enfin, pourquoi serait-ce aux médecins de définir la durée de l'allaitement ? C'est le choix de la maman de débuter et aussi d'arrêter l'allaitement. J'espère qu'on va s'abstenir de faire intervenir la justice dans ce débat car sinon notre pays risquerait de glisser très dangereusement vers le totalitarisme ! Bien pédiatriquement vôtre Christian HUBER

extraits du groupe de discussion des pédiatres francophones sur internet 

BILINGUISME EN ALSACE ET AILLEURS (liens utiles) :

http://www.kolleg-st-blasien.de/index.htm (Collège Sankt-Blasien,Allemagne)  http://www.euroklasse.de   NEW  voir aussi PISA-Studie

http://eltern68.free.fr (association de parents d'élèves bilingues du Haut-Rhin)

http://www.eltern67.net/ (association de parents d'élèves bilingues du Bas-Rhin)

http://www.alsace-lorraine.org (Haut-Comité pour l' alsacien)

http://www.olcalsace.org (site de l'Office pour la langue et la culture alsacienne)

http://www.ami-hebdo.com (ami du peuple/Volksfreund, hebdomadaire chrétien bilingue d'Alsace et de Lorraine)

http://www.museumspass.com (passeport des Musées du Rhin Supérieur)

http://membres.lycos.fr/museedupapierpei/  (Musée du Papier Peint de Rixheim)

http://www.coe.fr/cplre/fr/index.htm (Congrès des Pouvoirs Locaux et Régionaux en Europe)

http://www.ville-colmar.fr/salondulivre/coeur.html (salon du livre Colmar 2001 : " délions les langues ")

http://www.lemondebilingue.asso.fr   (association pour l'éducation bilingue et le plurilinguisme)

http://www.enfantsbilingues.com/enfantsbilingues/ (conseils pour les parents d'enfants bilingues)

http://kiddyassoc.multimania.com (association pour le plurilinguisme précoce à Mulhouse)

http://www.ajfe.fr (Junge fer's Elsässische,"jeunes pour l'alsacien")

http://members.aol.com/infolehrer/liens.html (enseignants des classes billingues)

http://www.ville-rixheim.fr/html/sommaire.htm (ville de Rixheim)         

http://site.voila.fr/alsacezwei  (René Schickele Gesellschaft, Culture et bilinguisme en Alsace

http://junge.dichter.free.fr/ (concours des "junge Dichter" ou jeunes poètes)

http://www.uoc.es/euromosaic/web/homefr/index1.html (dossier sur le multilinguisme du parlement européen)

http://www.alsace.net 

http://mapage.noos.fr/ephil (page personnelle du Pr Phillips)

http://flarep.com (association FLAREP pour la défense des langues régionales de France)

http://heimetsproch.org (association Heimetsproch)

http://www.8ung.at/alemannisch (Alemannische Haimsiite vum Dietmar KOLB)

http://www.cr-alsace.fr

www.ecomusee-alsace.com/(écomusée d' Ungersheim)

http://www.education.gouv.fr/discours/2001/dlangviv.htm (discours du Ministre de l'Éducation Nationale en janvier 2001)

http://www.education.gouv.fr/discours/2001/clregion.htm (discours du Ministre de l'Éducation Nationale en avril 2001)

http://viventnoslangues.free.fr/index.htm (associations défendant la diversité linguistique et culturelle dans le monde)

http://www.ethnologue.com/ (site anglophone d'ethnologie)

http://www.lb.refer.org (internet au Liban)

http://www.rwth-aachen.de/lfed/  (site du Pr Butzkamm, Aix La Chapelle)

http://www.europedaujourdhui.com/

http://www.sdv.fr/judaisme/perso/vigee/ (Claude Vigee)

http://www.languesdefrance.com/ (portail des langues de France)

C'est de plus en plus un devoir sacré de transmettre à mes enfants le chant de l'âme qu'est notre langue maternelle  François Cacheux

Jede Provinz liebt inhren Dialekt : denn er ist doch eigentlich das Element in welchem die Seele inren Atem schöpft  Johann Wolfgang Goethe

Musique: Ode à la joie (Beethoven)

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