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BIBLIOGRAPHIE "Alsace":

ANNUAIRES (Alsace et Afrique):

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ADOLF P., Dictionnaire : l'anglais par l'alsacien, université populaire d'Obernai, éd. Le Verger 1997. Wo e Wille isch, isch e Waj/Wëj !  Where there's a will, there's a way !  Saviez vous que l'anglais a conservé de vieux mots qui n'existent plus en allemand standard... mais qu'on retrouve en alsacien ? Devinez donc le mot alsacien qui se cache derrière le verbe anglais jump et le mot anglais, étrange partenaire de notre "Dürlibs" ! Il est vrai que les dialectes germaniques, dont l'alsacien et l'anglo-saxon, ont peu à peu suivi des chemins différents... mais beaucoup de similitudes ont survécu au grand changement de 1066 ! On aurait donc tort de ne pas tirer parti de ressources dialectales pour apprendre l'anglais fondamental... Il s'agit en somme de tout un programme ! Outre une méthode de prononciation, l'ouvrage répertorie plus de mille mots alsaciens et anglais de même origine, illustrés par : des centaines d'exemples concordant partiellement ou totalement dans les deux idiomes, des expressions courantes et tours idiomatiques, des proverbes savoureux, des anglicismes en alsacien, des notes étymologiques et grammaticales, des éléments de comparaison et d'intérêt historique. Né à Strasbourg en 1931, Alsacien de vieille souche, plurilingue (alsacien, allemand, anglais), Paul Adolf est un ancien professeur d'anglais. Diplômé d'études supérieures, Docteur ès lettres, fervent adepte du plurilinguisme en Alsace, il a créé, dès 1966, à l'intention des adultes mais aussi des jeunes désireux de parfaire leurs connaissances, la première Université populaire des villes moyennes du Bas-Rhin à Obernai avec plusieurs antennes dans le département. Il est Vice-président de la Fédération des UP d'Alsace. Depuis la création de l'UPO, celle-ci a compté quelques milliers de personnes. L'auteur y a dispensé les premiers cours d'anglais en tirant - entre autres - parti des ressources dialectales. Dès les évènements de mai 1968 revalorisant le régionalisme, il s'est mis à donner d'originaux cours de dialecte alsacien pour contribuer à la nécessaire sauvegarde du riche patrimoine linguistique régional si important - comme le prouve cet ouvrage - dans l'apprentissage de l'anglais et de l'allemand ! Depuis longtemps, les contacts des Alsaciens avec les milieux anglophones en Alsace et dans le monde ont convaincu Paul Adolf de l'utilité voire de la nécessité, d'un dictionnaire comparatif alsacien-anglais. Il fallait aussi songer aux Alsaciens, souvent loin de leur terre natale, et soucieux de ne pas perdre leurs racines ancestrales et linguistiques. Rompu aux méthodes de la linguistique contrastive et tirant parti de ses connaissances dialectales (mots, expressions, proverbes, etc...) et de ses enquêtes dialectologiques, il avait déjà consacré deux thèses à une comparaison de l'alsacien et de l'anglais (phonétique, phonologie et lexique) qui ont enfin abouti, après des années de recherche dans cette entreprise lexicographique de longue haleine, et après un premier lexique consacré au substantif alsacien et anglais, à ce nouveau et inédit dictionnaire comparatif, inventaire de la plupart des étymologies et des richesses lexicales communes aux parlers alsaciens et à l'anglais.

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  souvenirs de mon jardin (photos C.H. 1998)

BRAEUNER G., PFEFFEL l'Européen, Esprit français et culture allemande en Alsace au siècle des lumières, éd. La Nuée bleue 1994. Aujourd'hui injustement oublié, le Colmarien Théophile Conrad Pfeffel (1736-1809) a été le plus grand écrivain alsacien du 18° siècle mais son rayonnement a dépassé le cadre régional. Celui que l'on a appelé le "La Fontaine alsacien" a été l'un des plus grands fabulistes de langue allemande, l'inventeur de la fable politique. Médiateur entre les cultures française et allemande, Pfeffel, à travers son activité de traducteur, a fait connaître le répertoire du théâtre français en Allemagne et, inversement, a contribué à la diffusion d'auteurs allemands en France. Par ailleurs, ce pédagogue talentueux a créé à Colmar une école européenne, l'Académie militaire, dont l'enseignement se nourrissait des principes éducatifs de Rousseau, Pestalozzi et Basedow. Pendant 20 ans, de grands noms du monde politique, universitaire, littéraire et artistique ont fait le voyage de Colmar pour y rencontrer Pfeffel. Sa stature morale, son inlassable curiosité intellectuelle, son impressionnant réseau d'amis et de correspondants, ses milliers de lettres ont contribué, malgré son infirmité -  il était aveugle depuis l'âge de 20 ans - à asseoir sa réputation en Europe. Gabriel Braeuner nous fait découvrir, dans cette biographie riche et alerte, un Alsacien hors du commun à une époque où un citoyen français pouvait être un intellectuel allemand.

Rhin 1.JPG (108110 octets) Rhin 2.JPG (118913 octets) Rhin 9.JPG (124372 octets)  Rhin 8.JPG (142171 octets) Rhin 12.JPG (107987 octets) Rhin 13.JPG (37476 octets) Schweitzer Symposium 2000.jpg (27018 octets) Rhin 11.JPG (148689 octets) Rhin 4.JPG (76157 octets) Rhin 6.JPG (150430 octets) Rhin 5.JPG (120087 octets) Rhin 16.JPG (145195 octets) Rhin 14.JPG (97640 octets) Rhin 15.JPG (76100 octets)  

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Le Rhin de Schaffhouse à Rotterdam ( in Roland Recht, Le Rhin, Vingt siècles d'art au cœur de l'Europe éd. Gallimard)

BRANT Sébastien, La Nef des Fous, adaptation française par Madeleine Horst, éd. La Nuée Bleue 1992. C'est en février 1494, durant le Carnaval -  la saison des fous -  que parut à Bâle Das Narren schyff du Strasbourgeois Sébastien Brant. Le succès fut foudroyant et durable. Jamais, depuis l'invention de l'imprimerie, un livre en langue allemande n'avait connu pareil succès. Brant, dominé par l'idée que les malheurs des hommes résultent de leurs péchés, entreprend de leur montre la laideur de leurs vices ou folies et présentent une galerie de portrait de fous où chacun pourra se reconnaître. Rien n'échappe à sa rigueur impitoyable :  l'orgueil, la fraude, le blasphème, l'usure, les sérénades nocturnes... Derrière le moraliste âpre et sans concession, pointe un observateur fin, souvent truculent. Cette attention aux hommes et à la vie - magnifiée par la superbe série de gravures sur bois, à laquelle Dürer, jeune, aurait travaillé - confère à la Nef des fous une vigueur et une modernité sans ride.

CANETTI Elias, Die Stimmen von Marrakech, édition bilingue Les Langues Modernes 1992. Ruelles silencieuses, jardins de rêves, marchés aux chameaux, quartier des épices, des cordiers ou des maroquiniers, images et sensations revécues par la magie de la mémoire restituent les "voix" de Marrakech, mais aussi ses couleurs et ses odeurs dans l'intimité de sa vie quotidienne.

CERVANTES, Don Quichotte, éd. Gallimard 1949. ...Là-dessus ils découvrirent trente ou quarante moulins à vent, et, dès que don Quichotte les vit, il dit à son écuyer : " La fortune conduit nos affaires mieux que nous eussions su désirer, car voilà, ami Sancho Pança, où se découvrent trente ou quelque peu plus de démesurés géants, avec lesquels je pense avoir combat et leur ôter la vie à tous. - Quels géants ? dit Sancho. - Ceux que tu vois là, répondit son maître, aux longs bras, et d'aucuns les ont quelques fois de deux lieues. - Regardez, monsieur, répondit Sancho, que ceux qui paraissent là ne sont pas des géants, mais des moulins à vent et ce qui semble les bras sont des ailes, lesquelles tournées par le vent, font mouvoir la pierre du moulin. - Il paraît bien, répondit don Quichotte, que tu n'es pas fort versé en ce qui est des aventures : ce sont des géants, et, si tu as peur, ôte-toi de là et te mets en oraison, tandis que je vais entrer avec eux en une furieuse et inégale bataille." Et, disant celà, il donna des éperons à son cheval Rossinante. 

CREMER D., Im Morgenrot singst du das neue Lied, Gedichte zu Glasmalereien von Marc Chagall, Matthias-Grünewald-Verlag, Mainz 1996.

DALGALIAN G., Enfances plurilingues, Témoignage pour une éducation bilingue et plurilingue, L'Harmattan, 2000.

DE TURENNE Henri, DUCHER François, Les Alsaciens ou les deux Mathilde, JC Lattès, arte éditions 1996. Voici, de la défaite de 1870 au procès des "Malgré nous", près d'un siècle de l'histoire de l'Alsace, à travers la chronique du village d'Alsheim et de ses habitants. Mathilde de la Tour n'a pas vingt ans lorsque son mari est tué au cour de la guerre franco-prussienne. L'Alsace devient allemande. Durant près d'un demi-siècle, envers et contre tout, recluse dans son château, Mathilde va incarner la fidélité à la France, qu'elle confond avec le souvenir de celui qu'elle a aimé. Toutefois, elle ne pourra pas empêcher son fils d'épouser une "Prussienne", la jeune Frederike, fille d'un général. Au village, d'autres familles - les Imhof, vignerons, les Laugel, aubergistes de père en fils - s'accommodent inégalement de la tutelle allemande. Mail il faut vivre. Mariages, naissances, deuils continuent de rythmer les années. La "revanche" de 1914-1918 ne lève pas les malentendus. Pas plus que Berlin, Paris ne comprend ces Alsaciens qui ont "le cœur français et l'accent boche". Lorsqu'en 1940 le rideau de fer tombe sur une alsace que Hitler a décidé de germaniser coûte que coûte, paraît la deuxième Mathilde, bouleversante héroïne de la résistance, qui incarne à son tour la liberté alsacienne. Mais son sacrifice - et et celui de milliers d'Alsaciens - suffira-t-il à délivrer ce peuple du poids de l'Histoire ? Brassant de multiples destinées, de l'aristocrate prussien Wismar au communiste Seligman, du baron kempf, l'industriel, à Rachel la juive berlinoise exilée, du résistant catholique Laugel à rené Imhof, collaborateur nazi, ce roman adapté de la grande série télévisée de Henri de Turenne, Michel Deutsch et Michel Favart nous fait revivre et comprendre la tragédie d'un peuple déchiré entre deux grandes nations. Tragédie qui ne trouvera son dénouement que dans une Europe enfin réconciliée. 

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DEYON P., Rencontres en Alsace, souvenirs d'un recteur, éd. saisons d'Alsace 1994. "J'avais en effet, dans l'intervalle, découvert avec émerveillement quelques- unes des meilleures universités américaines. Quel choc pour un universitaire français à la fin de la décennie 1960 de se retrouver sur un campus de la Nouvelle-Angleterre, du New Jersey ou de la Californie ! Tout, depuis le décor architectural, l'environnement paysager et forestier, la richesse des bibliothèques, les conditions matérielles de travail, l'état des locaux, des salles de cours et des bureaux, l'atmosphère d'émulation et de curiosité intellectuelles, le goût des débats et des confrontations, tout lui donnait le sentiment d'un privilège, d'une réussite de civilisation, et lui inspirait des comparaisons amères avec l'état de notre enseignement supérieur. Je fus également frappé par le caractère dialogué et permanent de la communication entre maîtres et étudiants, de l'esprit d'initiative, de responsabilité individuelle de ceux-ci, de la totale liberté pédagogique de chaque établissement. Sans méconnaître le caractère spécifique des institutions de chaque pays, sans ignorer la faiblesse redoutable de l'enseignement secondaire outre-Atlantique, je trouvais dans ce modèle universitaire des suggestions et des raisons supplémentaires de travailler à la modernisation de nos universités et de notre système éducatif. Je rentrais des États-Unis et d'un voyage au Japon quand, au lendemain des élections de 1981, on me proposa pour la seconde fois la direction d'une académie. Cette fois-ci j'acceptai, et j'eus la chance d'être nommé à Strasbourg !"  "L'allemand en quelque sorte promu "langue régionale de France", nous bousculions d'un coup bien des tabous et ouvrions d'imprévisibles et passionnantes perspectives.   Pierre Deyon

DREYFUS Lucien, Apprendre à être, "Lignes de vie", éd. Cêtre 1994. "... Il ne me paraît pas inutile de proposer à un lecteur dont je pourrais me flatter d'être l'aîné, quelques éléments d'une vie qui n'a pas été sans quelques grands combats : pour une industrie au service de l'homme; pour une culture dialectale, reflet d'une Alsace forte et joyeuse, moqueuse et tendre... Le combat pour la vie enfin, le plus essentiel, qui guide mes pas, d'une fondation médicale à une autre (...) Par-delà les modes et les péripéties, les évolutions et les révolutions, se maintiennent les grandes valeurs humaines... Il y aura toujours des hommes de bonne volonté, des chercheurs de l'impossible, des poètes inspirés, des médecins désintéressés et dévoués; je n'ai pas eu la chance d'être l'un ou l'autre. Mais les uns et les autres doivent savoir que ma pensée profonde à leur égard s'enracine dans cette phrase si belle de Virgile Rossel : " Comment ne serait-je pas avec vous, qui travaillez à réaliser ce qui fût  le rêve de toute ma vie ? "   Lucien Dreyfus

DÜRRENMATT Friedrich (1921-1990), Der Besuch der Alten Dame.

EGEN Jean, Le Hans du Florival, une enfance alsacienne, éd. Terres d'enfance 1984. Où se trouve le centre du monde ? Les opinions divergent. Les chrétiens le situent à Rome, les juifs à Jérusalem, les anguilles dans la mer des Sargasses... Jean Egen le place dans la vallée de Guebwiller où, s'il faut l'en croire, Dieu le père vient se recueillir avec le chœur des anges quand il lui prend envie de contempler sa création. Cela ne veut pas dire que l'auteur des "Tilleuls de Lautenbach" a passé son enfance parmi les séraphins. IL a eu pour compagnons de jeunes démons et de petites diablesses, pour éducateurs de fort joyeux tontons et pour protectrice une grand'mère Kugelhopf. Sans parler d'un ami cheval, de plusieurs copains chiens et d'autres créatures de tous poils qui revivent dans ce livre. Des cruautés de l'Histoire, les Alsaciens ont tiré une philosophie de la gaieté. C'est elle qui nourrit cette chronique du Florival où il est également démontré que le bonheur, comme l'a dit Jean Giono, se situe dans les petites vallées.

ELCHINGER L.-A., l'âme de l'Alsace et son avenir, éd. la nuée bleue 1992.

EGLES René, Maikäfer fliej, mit Bilder vun Raymond Piela un CD, éditions EMA, Pfulgriesheim 1995.

ÉRASME (Rotterdam v.1469 - Bâle 1536), Éloge de la folie.

FAURE E., Découverte de l'Archipel, l'école des lettres, Le Seuil, Paris 1995.L'ÂME FRANÇAISE OU LA MESURE DE L'ESPACE  " ...La vanité et la crainte du ridicule sont les traits les plus saillants du caractère français. C'est étrange, à coup sûr, la vanité étant, neuf fois sur dix, la source du ridicule. Mais c'est ainsi. C'est ainsi parce que le Français surveille la vanité des autres, qu'il tourne en ridicule dès qu'il a pu la saisir. Mais non la sienne propre, que tourne en ridicule son voisin. Voilà ce que c'est que d'être le peuple de la terre aimant le plus la vie de société, la conversation et la mode. Chacun, ici, use son temps à observer ce qui se passe à l'extérieur d'autrui, non à l'intérieur de lui-même. Il n'est pas de pays où l'on voie de plus fines pailles dans l'œil de celui qui est de l'autre côté de la table, mais où la station la plus prolongée devant le miroir soit aussi impuissante à révéler de plus grosses poutres dans le sien. "On ne la fait pas" au Français, mais il croit aux miracles de Lourdes...   Si le portrait qu'en a fait César reste vrai, si le Français est une mixture amusante d'ostentation et de sociabilité, d'esprit d'hospitalité et de fanfaronnade, de curiosité et d'intempérance, de bravoure et de pusillanimité, de générosité et d'étourderie, de mobilité et d'éloquence, il est aussi - César n'avait pu s'en apercevoir encore, mais une longue histoire depuis a permis de le constater - il est aussi, grâce à ces éclairs innombrables qui brillent si fréquemment entre ses impulsions toutes issues d'un désir de plaire incapable de se contraindre, le plus apte de tous les peuples à porter sur lui-même un jugement objectif perspicace et doué d'une force singulière à mesurer ses élans. Oui, le peuple français est le peuple le plus intelligent de la terre. Voilà pourquoi sans doute, il ne réfléchit jamais... " 

L'ÂME ALLEMANDE OU L'ANNEXION DU TEMPS.  "....En somme, ce qui différencie l'Allemand du reste des Européens, du Français et du Méditerranéen surtout, et pour une part très grande de l'Anglais, c'est que sa pensée et son action sont effectivement fonction de la durée et non, comme ceux-là de l'espace. Grâce à l'effort incessant d'une énergie toute appliquée à se définir elle-même, elles contraignent ainsi l'espace à modifier constamment son visage, tandis qu'ailleurs la modification semble passive, et parfois nulle comme chez les Arabes par exemple, et, à un degré d'ailleurs moindre, chez les Espagnols. Certes, c'est une grande chose que cette emprise sur le temps, et qui suffit à sanctifier l'existence du peuple allemand, comme leurs définitions méthodiques ou passionnées de l'espace suffisent à sanctifier celles du peuple français ou italien. C'est une grande chose dont la communauté humaine est appelée à bénéficier à jamais, en la payant bien entendu des souffrances qu'elle conditionne nécessairement. L'âme de ce peuple est comme un chaos tournoyant qui cherche et cherchera, sans cesse, précisément pour en sortir, un devenir à ordonner. Que l'action y échoue parfois, grâce aux faux pas du dedans ou à la résistance du dehors, elle ne peut nous faire douter de sa nécessité auguste. D'autant moins que la musique, en y réussissant toujours, consacre la mission divine à quoi cette âme prétend." 

VERTU DE L'OCCIDENT   " ...Les familiers des paquebots qui vont au-devant de la mousson savent tous qu'après avoir débouché de la Mer Rouge, il n'y a plus sur le bateau ni Anglais, ni Français, ni Allemands, ni Hollandais, ni Italiens, ni Espagnols, mais uniquement des Européens. Si l'Europe elle-même s'en aperçoit, ce sera peut-être son salut, comme la France, l'Angleterre, l'Espagne, l'Allemagne, l'Italie ont trouvé le leur dans la fusion des vieux domaines féodaux devenus provinces....Mais l'Europe actuelle serait inconcevable sans l'association la plus intime, aux profondeurs du subconscient, des vertus qui ont permis à la France et à l'Allemagne de l'affirmer dans la paix comme dans la guerre. L'architecture et la musique n'en marquent-elles pas les pôles depuis sept ou huit cents ans , L'une, mesure de l'espace, cartésienne avant la lettre, asseyant ses bases statiques sur le plan horizontal pour assurer son ascension et déterminant autour d'elle toutes les expressions de la pensée, non seulement l'abbaye et la cathédrale, non seulement le palais et l'hôtel, mais le jardin, l'alexandrin, les trois unités, le raisonnement antithétique de Pascal, le rempart de Vauban et la manœuvre de Turenne, la classification naturelle, le système métrique, l'étatisme formel de Louis 14 et de Napoléon. L'autre, fonction de la durée, hégélienne avant la lettre, montant d'un seul élan vers les cimes du devenir, éprouvant l'identité du rationnel et du réel dans l'accord de son évidence intérieure et de son langage mathématique, fécondant de proche en proche non seulement le chœur et l'orchestre, mais la pensée qui saisit l'action dans sa volonté de puissance, la chimie et la métallurgie qui fournissent à l'énergie humaine une nouvelle nourriture, les poèmes du pessimisme transcendant - Goethe, Schopenhauer, Nietzsche - qui restituent au fait de vivre sa joie et sa dignité, l'épopée panthéiste de la politique et de l'industrie qui dédaigne la forme arrêtée pour introniser le mouvement. J'imagine que la lutte séculaire qui a opposé sur tous les terrains les Germanos-Slaves et les Celto-Latins, n'a pas d'autres prétexte que ces deux tendances dont il serait aisé de trouver les origines d'une part dans la clémence climatique et la stabilité agricole qui assurent aux uns le sens rationaliste des proportions et de l'équilibre, et d'autre part dans les saisons brutales et l'étroitesse des mers libres qui relèguent les autres dans les intérieurs confortables et les métiers minutieux où les attendent le repliement sur eux-mêmes et le désir d'épancher sans interruption ni mesures autres que les cadences de l'instinct. Je ne doute pas que l'application à la guerre de ces deux armes spirituelles n'ait produit dans le passé, et même dans le présent, des rencontres harmoniques dont a profité l'Europe entière. Je ne doute pas non plus que leur utilisation pacifique, en vue d'une harmonie sans cesse recréée par une collaboration qui s'intégrerait vite à notre sentiment même, ne puisse enrichir encore l'âme européenne enfin conquise après tant de drames nécessaire à sa genèse. N'est-ce point un même cœur qui distribue aux deux ailes le sang qui permet à leurs muscles de les déployer ? Seule jusqu'ici dans l'Histoire - l'Histoire, mémoire des peuples, et c'est pour cela que l'Europe seule a une Histoire - l'Europe a su associer dans son activité morale le dynamisme lyrique qui précipite l'avenir au-devant de nos pas comme une réalité vivante, et le statisme rationnel qui définit ses principales conquêtes et les fixe dans la loi. Certains peuples ont dépassé le peuple européen dans l'exercice de l'une ou de l'autre de ces facultés capitales. L'Inde par exemple dans la première, la Chine après l'Égypte dans l'autre. Mais aucun, jusqu'ici, n'a su faire de leur réunion une unité créatrice, parce que aucun n'a eu la candeur métaphysique, comme le peuple européen, d'accepter de résoudre dans le drame même de l'être, et par lui, leur vivante contradiction qui ne prendra fin qu'avec le dernier homme. Les autres l'ont su, et ont trouvé leur agonie dans l'excès de leur sagesse. L'Europe commence à le savoir, c'est cela qui la désespère. Et c'est grâce à cela qu'elle cherche encore dans ses divisions intestines, à dégager des groupes politiques qui la constituent, des éléments exclusivistes l'un de l'autre dont l'inconsciente confrontation avait fait autrement sa force, même dans les guerres civiles qu'elle qualifiait de nationales. Cependant une dernière chance s'offre à elle, si don Quichotte et Sancho chevauchent de concert dans son cœur, en bons camarades. Elle peut, en stabilisant la Russie, servir de lien positif entre l'Amérique et l'Asie, dont la force n'est pas faite de la possession simultanée des deux éléments qui ont créé l'Europe, mais au contraire de l'ivresse avec laquelle elles vivent chacun d'eux, celui qui consiste essentiellement à agir et celui qui consiste essentiellement à penser."     Élie Faure 

FRERE MEDARD, l'Alsace fidèle à elle-même ?, mémoires, regard sur deux siècles d'histoire d'Alsace, éd. nuée bleue 1988.

FRÖHLICH Andreas, La stimulation basale, édition Schweizerische Zentralstelle für Heilpädagogik (SZH)/Secrétariat suisse de pédagogie curative et spécialisée(SPC), Lucerne 1993. Andreas Fröhlich a étudié la pédagogie spécialisée à Mayence, les sciences sociales à Kaiserlautern et a obtenu en 1986 son doctorat en psychologie pédagogique spécialisé à Cologne. Il a exercé la fonction d'enseignant spécialisé pendant 15 ans. Les principes qu'il a développés pour la prise en charge des enfants polyhandicapés sont appliqués dans de nombreux pays. L'auteur s'intéresse tout particulièrement à la stimulation précoce du développement, aux troubles de la perception, au travail auprès des parents et à l'accompagnement des personnes polyhandicapées. Il est Professeur à l'école supérieure de pédagogie d'Heidelberg depuis 1989. Largement répandue dans les pays de langue allemande depuis 15 ans déjà, la stimulation basale offre d'importantes possibilités de stimulation et de prise en charge des enfants, adolescents et adultes polyhandicapés profonds. Cet ouvrage présente de manière exhaustive le concept et vient ainsi enfin combler une lacune dans les publications françaises. Cette traduction reprend la description de tous les domaines fondamentaux de la prise en charge des personnes polyhandicapées (possibilités de stimulation, difficultés particulières, indications méthodologiques et réflexions pédago-thérapeutiques de base). La stimulation basale est présentée comme un chemin permettant d'accompagner et de soutenir les personnes polyhandicapées dans leur développement.

GOETSCHY H., A Elefanta-G'schechtla, Eine Elefanten-Geschichte, Une histoire d'éléphant, Jérôme Do Bentzinger Editeur 1996. "A Cathy, qu'elle apprenne que la langue alsacienne et l'éléphant ont des sorts ressemblants; des hommes veulent les faire disparaître mais ils ne se laissent pas faire; toi tu feras en sorte qu'aucun des deux ne disparaisse. Du bist jung und hast deine Zukunft vor dir; so bist du auch durch dein Streben eine wichtige Person für unsere Zukunft. Ja dü besch a Steckla fer unsri Zuakunft z'gstalta; a Elefant un Elsassisch das sen zwei scheni Sacha; met ma Mtutzala; affections de l'auteur" dédicace d'Henri Goetschy à Catherine Huber lors de l'une de nos nombreuses réunions d'information des parents concernant le bilinguisme scolaire en Alsace.

GLUCKSMANN A., Le bien et le mal, Lettres immorales d'Allemagne et de France, éd. R.Laffont 1997. Tu es allemand, je suis français, ou vice versa. Trois siècles de rivalité, deux guerres mondiales, une atrocité inoubliable et - miracle ! - cinquante ans plus tard les ennemis héréditaires se jurent fidélité. Pour toujours ! promettent-t-ils par beau temps. Qui sait ? redoutent-ils à la moindre crise. Grande première : la paix sur le Rhin. Paradoxe suprême : les économies fusionnent, les passants s'ignorent. Étrange réconciliation : moins je te connais, plus je t'aime ? La guerre froide avait glacé le souvenir. Aujourd'hui, les questions agaçantes dégèlent. Arrogance française ? Ambitions germaniques ? Le passé est dépassé. L'avenir reste impensé, tant les opinions du Bien et du Mal varient selon qu'on loge à l'est ou à l'ouest du même fleuve. Qu'y a-t-il de commun entre un Allemand et un Français ? Méditation à double voix, ces lettres tentent la conversion d'une relation extérieure en expérience intérieure. Quand l'Européen dialogue avec lui-même, il ne parle pas seulement monnaie, il interpelle ses penseurs, ses poètes, l'histoire; il se demande : L'Europe a-t-elle encore une âme ? L'Europe est-elle de nouveau une idée ?    André Gucksmann

GUIZARD C., Trésor dialectal, éd. du Rhin 1989.

GUIZARD C., SPETH J., dialectionnaire, Elsässisches Wörterbuch vum dreifache Wortschatz, éd. du Rhin 1991. 

HAGEGE C., L'enfant aux deux langues, éd O. Jacob 1996. Les Français sont persuadés qu'ils sont peu doués pour les langues, alors que n'importe quel Français peut devenir bilingue pourvu que l'on consente à créer pour cela les conditions favorables. Ce livre ne s'adresse pas seulement aux spécialistes des langues ou aux linguistes versés dans d'autres domaines mais soucieux de s'informer sur celui-ci. Il s'adresse également aux parents et s'efforce de répondre à leurs interrogations. Quel est l'âge auquel il convient d'introduire l'enseignement d'une nouvelle langue ? Quelles sont les facultés intellectuelles dont le bilinguisme facilite le développement ?  Quelle est l'efficacité comparée de l'apprentissage des langues au début de la vie et durant la période adulte ? Quels sont les cas d'oubli d'une des langues, notamment de la langue maternelle ? En France, l'intérêt pour le bilinguisme est un phénomène récent. Il manque encore un vaste et réel projet d'ensemble. Il s'agit ici de fournir les clefs qui doivent donner accès à une école d'un type encore inconnu. Claude Hagège

HAGEGE C., Halte à la mort des langues, éd O. Jacob 2000. "Sait-on qu'en moyenne, il meurt environ 25 langues chaque année ? Il existe aujourd'hui dans le monde 5000 langues vivantes. Dans cent ans, si rien ne change, la moitié de ces langues seront mortes. A la fin du 21° siècle, il devrait donc en rester 2500 environ, et sans doute beaucoup moins encore si l'on tient compte d'une accélération, fort possible, du rythme de disparition. Certes, comme les civilisations, les langues sont mortelles, et le gouffre de l'histoire est assez grand pour toutes. Pourtant, la mort des langues a quelque chose de tout à fait insolite, et d'exaltant quand nous nous en avisons : les langues sont capables de résurrection ! Mais la vigilance s'impose, faute de quoi toutes sont menacées, y compris le français"   Claude Hagège 

HELL V., Nathan Katz, L'universalité d'un poète dialectal, éd. du Rhin 1992. En cette année du centenaire, puisque Nathan Katz est né le 24 décembre 1892, il était opportun de rappeler l'importance essentielle de son oeuvre poétique et de le libérer de l'image stéréotypée du poète régional qui écrit en dialecte. La double Haimet, celle de l'environnement et celle de l'âme, qui est le fil conducteur du dialogue spirituel de Katz, ne signifie ni enfermement territorial, ni attitude passéiste, bien au contraire. Constituée à contre-courant, à une époque où prédominaient les préjugés nationalistes et où sévissaient diverses formes d'intolérance, son oeuvre s'ouvre sue le vaste monde et sur le futur, elle anticipe les relations transfrontalières et, sans être tributaire d'une idéologie politique, devrait susciter en Alsace la prise de conscience des virtualités européennes qu'implique le devenir culturel de notre région.

HEUSS-KNAPP Elly, Souvenirs d'une Allemande de Strasbourg 1881-1934,  éd. Oberlin 1996.Traduction de Jean-Yves Mariotte, Archiviste de la ville de Strasbourg. 1934 : Dans l'Allemagne depuis peu livrés aux nazis, une femme se penche sur son passé récent. Elly Knapp est née en 1881 à Strasbourg d'un père allemand, professeur d'Université, et d'une mère georgienne et pianiste. Elle a fréquenté son milieu d'origine mais aussi l'intelligentsia alsacienne francophile, Elsa Koeberle et le Dr Bucher. Elle s'est tournée vers l'action sociale et éducative dans le sillage du maire Schwander et de Friedrich Naumann, inspirateur de la pensée libérale allemande. En 1908, Albert Schweitzer la marie à un disciple de Naumann  Theodor Heuss, futur président de la République fédérale allemande. elle part alors pour Heilbronn et Berlin. Souvenirs de la Belle époque, de la guerre et d'une après-guerre difficile, Elly raconte avec spontanéité et sans fioritures; Les souvenirs d'Elly Heuss-Knapp paraissent pour la première fois en français, accompagnés d'une introduction et de notes, documents et photographies, réunis par l'archiviste de la ville de Strasbourg.

HISTOIRE DE LA MÉDECINE A STRASBOURG, édition La Nuée Bleue 1997. Jacques HERAN et collaborateurs. Pourquoi une telle synthèse ? Dialogue entre un historien de profession (Geoges LIVET) e un médecin attaché à l'histoire (Jacques HERAN) : "... Strasbourg : pont, carrefour et creuset. Georges LIVET. - Histoire de la médecine à Strasbourg : histoire de prestige ? Peut-être, mais surtout et avant tout, question de vocation : le pont entre les civilisations, le carrefour des influences, le creuset  qui trouve en soi les éléments de la création spirituelle. Le Rhin humaniste et européen est devenu le Rhin mystique qui ouvre à Strasbourg et à l'Europe, dans ce domaine de l'amicale compétition et de la féconde érudition, les problématiques de demain. Jacues HERAN. - Aussi , à la question du titre : "Pourquoi une telle synthèse ?", est-on en droit de donner une seconde réponse : parce que sa publication s'imposait. Le destin de la médecine strasbourgeoise est unique, l'histoire d'aucune ville universitaire française n'est comparable à la nôtre. Soumise alternativement, de gré ou de force, à la loi du vainqueur, la médecine strasbourgeoise a fini par comprendre qu'elle était riche de sa double culture. Depuis quelques décennies, tant à l'Université qu'en ville, elle a pris l'option de renoncer aux antagonismes stériles, en faveur d'une entente féconde et même de la mise en oeuvre d'une certaine complémentarité. Lors de la fabrication de la maquette, j'avais proposé que la dernière illustration de l'ouvrage soit une photographie  de la fontaine  de Tomi Ungerer, édifiée depuis peu à la porte des Juifs, au-delà de la place Broglie. Le comité de lecture ne l'a pas accepté ! Elle n'est point ancienne, elle a été controversée, elle n'a rien de médical, etc. Voire...Son aqueduc évoque deux mille ans d'histoire (qui fut aussi médicale), sa double chute d'eau représente les deux sources, la germanique et le française, les deux langues, les deux religions. Ses deux grands Demi-Janus de bronze se tournent le dos, certes, mais sous leurs yeux les eaux se mêlent. L'image symbolique de la médecine strasbourgeoise vient d'être dessinée par écrit à la dernière page de l'œuvre; J'ai gagné mon petit pari, Messieurs. Mais au-delà de cette anecdote futile, la médecine strasbourgeoise est en train de gagner le sien. Oui, un chapitre nouveau s'est ouvert dans notre histoire. En médecine comme ailleurs, Strasbourg redevient ce que l'étymologie suggère et la géographie commande : la ville des routes...." 

HOFFET F., Psychanalyse de l'Alsace, Alsatia éditions 1994. Voici maintenant ce que j'appelle "le cas Albert Schweitzer", auquel j'attribue une importance particulière. Deux scènes vont l'illustrer. La première se passe à Paris, chez le directeur d'une grande maison d'édition : "vous devriez publier les oeuvres d'Albert Schweitzer, lui déclarai-je. - Albert Schweitzer ? Qui est ce Monsieur ? - Le fameux hebdomadaire américain Life  voit en lui le plus grand homme de notre époque. Einstein, dans un récent ouvrage, le place auprès de Gandhi. - Est-ce un Allemand, un Américain, un Suisse ? - Non, un Français, un Alsacien. - Vous plaisantez. Un Français que Life  considère comme le plus grand homme vivant et que l'on ne connaîtrait pas à Paris ? - C'est cependant la vérité. Pour convaincre mon interlocuteur je lui lis les lignes que voici, extraites du Reader's Digest d'octobre 1949 : "Quand le Dr Albert Schweitzer arriva aux États-Unis l'été passé, soixante-huit reporters photographes allèrent le trouver à la quarantaine. Sa première conférence de presse dura deux heures. Tout au cours de son voyage en Amérique le fameux médecin philosophe fut acclamé partout comme une figure unique dans l'histoire. Schweitzer a conquis la gloire comme le premier organiste d'Europe, le plus important théologien protestant du monde et ses livres philosophiques ont profondément influencé la pensée de toutes les écoles de philosophie. Cela n'a pas empêché Schweitzer, musicien, philosophe, théologien, d'être en même temps un des médecins les plus fameux de l'époque et un des missionnaires les plus célèbres..." L'éditeur m'a écouté avec intérêt. Il ne publiera pas, pour autant, les oeuvres d'Albert Schweitzer écrites en allemand et traduites en six langues, ni une des quatorze biographies consacrées au grand Alsacien dans différents pays y compris le Japon. Deuxième acte à Strasbourg, où j'ai réuni dans mon salon quelques délégués au Conseil de l'Europe, deux Anglais, un Danois, un Hollandais et un journaliste américain - Vous plaisantez, dit l'Anglais. - Impossible ! fait le Hollandais. - Je ne croirai jamais ce que vous dites, renchérit l'Américain. Tel est "le cas Albert Schweitzer". Un Alsacien conquiert une renommée mondiale. A l'exception de quelques amis, personne ne le connaît à Paris..."Qui est ce Monsieur ?". On peut assurément discuter les opinions de Life, et les jugements du Reader's Digest sont loin d'être infaillibles. On peut estimer que, si l'œuvre de Schweitzer est prodigieuse par sa variété, ses ouvrages philosophiques n'ont peut-être pas l'importance que les Américains leur  attribuent. On ne peut cependant contester les faits : la diffusion extraordinaire des oeuvres de Schweitzer ni l'audience qu'il su conquérir aux quatre coins du monde. Schweitzer est l'homme le plus remarquable que l'Alsace est produit depuis le renaissance. Il incarne l'âme et l'esprit de son pays. Je dis qu'il est troublant, je dis qu'il est grave qu'il reste pratiquement inconnu à Paris. En l'ignorant, c'est l'Alsace que l'on ignore. On a voulu expliquer l'ignorance où l'on est de Schweitzer en France, par le fait que sa philosophie représente avant tout une expression de la pensée protestante, et serait de ce fait peu apte à toucher un pays catholique. Il faut répondre à cela que les protestants français eux-mêmes, qui devraient s'enorgueillir de posséder en lui un des plus grands théologiens de l'époque, ne s'intéressent guère davantage à son oeuvre que leurs compatriotes catholiques. Les grandes oeuvres de Schweitzer (Kultur und Ethik, etc...) sont d'ailleurs purement philosophiques et ont une portée universelle qui explique leur succès dans des pays tels que les Indes et le Japon. On notera du reste que quelques ouvrages de Schweitzer ont paru en France, notamment son premier livre sur Bach qu'il rédigea dans notre langue. Quelques opuscules et une biographie ont également été publiés en français mais dans des maisons secondaires. On remarquera aussi le fait curieux que Schweitzer est le grand-oncle de Jean-Paul Sartre, dont un aïeul était alsacien. Sa philosophie présente bien des points communs avec celle de cet auteur.    Frédéric Hoffet

HUBER C., Aspects actuels des problèmes de santé en Afrique: le cas particulier du Sénégal, Thèse de doctorat en médecine, Faculté de Strasbourg, année 1984 n°321.

HUBER C., CADRIN, LASSENY, Guide Pratique pour la santé de la famille, éditions ELF-Gabon, Port-Gentil(Gabon) 1986.

HUBER C.et M.C., LAUTIER F., Étude rétrospective des motifs d'admission et des principales causes de mortalité au service de Pédiatrie de l'Hôpital de Port-Gentil(Gabon) de juin 1985 à mai1986, Bulletin de la société de Pathologie exotique, 1987, pages 674-681, Paris.

HUBER C.et M.C., LAUTIER F., DESRENTES M., Les intoxications aiguës par le pétrole chez l'enfant au Gabon, Bulletin de la Société de Pathologie exotique, 1987, pages 682-688, Paris, et Médecine d'Afrique Noire, 1987, 34, pages 8-9.

HUBER C., Conduite à tenir devant les broncho-pneumopathies aiguës du nourrisson et de l'enfant, symposium des laboratoires Diamant, Hôtel Mercure Mulhouse, avril 1990.

HUBER C., Une dyspnée grave du nourrisson: un cas de myocardite aiguë à virus coxsackie, Rencontres Médicales du Centre Hospitalier de Mulhouse, novembre 1991.

HUBER C., Albert Schweitzer et la médecine tropicale, Cahiers Albert Schweitzer n°85 septembre 1991, pages 15-25, Strasbourg.

HUBER C., Perforation d'une oesophagite mycotique au cours d'une endoscopie, mémoire d'attestation d'études d'endoscopie digestive et de proctologie pédiatrique,Université Paris 7, Faculté Xavier Bichat 1992.

HUBER C., Suivi des enfants de mères séropositives VIH au Centre Hospitalier de Mulhouse, communication à la 7° journée des pédiatres du Haut-Rhin, septembre 1996, Soultz.

HUBER C., Le SIDA en Afrique considéré comme maladie de civilisation (1ère partie), Etudes Schweitzeriennes, printemps 1998, n°8, éditions Oberlin, Strasbourg.

HUBER C., Le SIDA en Afrique considéré comme maladie de civilisation (2ème partie), Cahiers Albert Schweitzer n° 119-120, août-décembre 2000, Strasbourg.

HUBER C., Le SIDA en Afrique considéré comme maladie de civilisation, poster présenté au congrès euro-sud africain de pédiatrie ESAPEC, octobre 1999, Cape Town(Afrique du Sud). 

HUBER C., Le SIDA en Afrique considéré comme maladie de civilisation (comptes-rendus de missions au Gabon et en Afrique du Sud), Archives de Pédiatrie 2000, pages 687-688, Paris.

HUBER C., POIZAT H., Le SIDA en Afrique, la maladie du désespoir, l' Alsace 10 août 2000, Mulhouse. 

HUBER C., Le bilinguisme paritaire français-allemand à l'école maternelle et primaire de Rixheim : bilans d'étapes, Trait d'union, revue d'information municipale, Rixheim 1996-2000.

HUBER C., Bilan d'étape en l'an 2000 des écoles bilingues paritaires français allemand de Rixheim, de l'essai de sauvegarde d'une langue régionale, l'alsacien, à l'éducation au respect des cultures et patrimoines de l'Europe et du Monde: enfants d'Alsace et citoyens du Monde ?  Land un Sproch, les cahiers du bilinguisme n°134-2000, pages 10-11, Strasbourg.

HUDLETT Albert, Synopsis Géolinguistique, Continuum des parlers alémaniques et franciques d'Alsace et de Moselle germanophone (avec 174 cartes dialectales), éd. Hirlé 2001.

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HUGO Victor, Le Rhin, préface de Michel Le Bris, éd. La Nuée Bleue, Bueb et Reumaux 1991. " ... Vous savez, je vous l'ai dit souvent, j'aime les fleuves. Les fleuves charrient les idées aussi bien que les marchandises. Tout a son rôle magnifique dans la création. Les fleuves, comme d'immenses clairons, chantent à l'océan la beauté de la terre, la culture des champs, la splendeurs des villes et la gloire des hommes. Et, je vous l'ai dit aussi, entre tous les fleuves, j'aime le Rhin... Oui mon ami, c'est un noble fleuve, féodal, républicain, impérial, digne d'être à la fois français et allemand. Il y a toute l'histoire de l'Europe considérée sous ses deux grands aspects, dans ce fleuve des guerriers et des penseurs, dans cette vague superbe qui fait bondir la France, dans ce murmure profond qui fait rêver l'Allemagne. Le Rhin réunit tout. Le Rhin est rapide comme le Rhône, large comme la Loire, encaissé comme la Meuse, tortueux comme la Seine, limpide et vert comme la Somme, historique comme le Tibre, royal comme le Danube, mystérieux comme le Nil, pailleté d'or comme un fleuve d'Amérique, couvert de fables et de fantômes comme un fleuve d'Asie... "   Victor Hugo

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JENNY B., Germain, "en Alsace le contraire est toujours vrai", éd Jérôme Do Bentzinger 1997. " Mer senn schien's d'Letschte, ja d'Allerletschte Vun dänne Lätze wo noch so bâbble, Wie de Schnâwel ne gewachse-n-esch, Noch uns esch ferti mit däm Trâfari Un no wurd endli, im ganze Frankri Ge parlez-vous numme franzeesch. Un s'esch erächt eso, mer hanns e so gewellt, Un s'esch erächt eso, mer hann uns gern verkellt Vor luetter "Mueder loss'mi a met défiler" Wäje de Bändele, senn mer jetzt gar nix meh"   Germain Muller

KATZ Nathan, Oeuvre poétique, traduit de l'alémanique par T. BRUCHLEN, J-P de DADELSEN, GUILLEVIC, A.KERN, J-P KLEE, G PFISTER, Y.SIEBERT et C.VIGEE, présentation par Y SIEBERT. éd Arfuyen Orbey 2001. Nathan Katz est de ces rares écrivains, comme Dante ou Joyce, qui ont créé leur propre langue. S'il prend le risque magnifique d'écrire dans une langue connue des seuls enfants de son pays natal, ce n'est pas pour s'y enfermer mais, au contraire, pour la faire accéder à l'universel, du côté de ces œuvres qu'il aime et qui l'inspirent : les poètes chinois et les tragiques grecs, les poètes persans et Rabindranâth Tagore. Pour accomplir cette alchimie merveilleuse du singulier et du général, du concret et de l'abstrait, de l'éphémère et de l'éternel qu'on appelle l'art. Il est significatif que, durant cette vie de voyages innombrables qui fut la sienne, trois livres n'ont cessé de l'accompagner : le Faust de Goethe, les discours du Bouddha et la Vie de Jésus de Renan. Et lorsqu'en 1972 un hommage solennel lui est rendu pour son quatre-vingtième anniversaire, il a ces mots admirables qui le montrent tout entier, dans cette humilité et cette bonté foncières qui font la grandeur de son œuvre : "J'ai tenté de faire œuvre d'homme. Au-dessus des frontières et des clans. Par-delà le fleuve Rhin. J'ai chanté les paysages, l'eau, les jours et la femme. En paix et en joie. C'est tout. "  Nathan Katz

KOTZUR H.J., Hildegard von Bingen 1098-1179, Verlag Philipp von Zabern 1998. Hildegard von Bingen (1098-1179)  gilt heute als eine der bedeutendsten Persönlichkeiten des Mittelalters. Als Papst Eugen3 1147 ihre visionäre Gabe anerkennt, wird aus der bis dahin unbekannten Benediktinerin eine Autorität, der sich Kaiser und Päpste, Adelige und Kleriker, Männer und Frauen beugen. Neben Bernhard von Clairvaux wird Hildegard zum Gewissen einer Epoche. Erst im Alter von 50 Jahren beginnt Hildegard mit der Abfassung ihres Lebenswerks, das neben zahllosen Briefen, der berühmten Natur- und Heilkunde sowie dem musikalischen Werk vor allem drei grosse Visionsschriften umfasst und ihren Nachruhm bis heute begründet. Das Katalog-Handbuch zur Jubiläumausstellung des Bishöflichen Dom- und Diözesanmuseums Mainz stellt anhand einer Fülle von farbig abgebildeten Exponaten sowie zahlreicher übergreifender Beiträge Lebenswelt und Schaffen dieser faszinierender Frau vor. Neben Hildegards Herkunft und Bildung wird ihre Rolle als Klostergründerin und Predigerin, als Mahnerin und Komponistin ebenso thematisiert wie ihre visionäre Sicht von Gott und Welt. Eine umfassende und reich bebilderte Präsentation ihres natur- und heilkundlichen Werkes, darunter ihres Wissens um die menschliche Sexualität, bildet einen weiteren Schwerpunkt von Ausstellung und Katalog-Handbuch. 

KRUGMAN P. Main basse sur l'Amérique (in Courrier International, janvier 2003) Aux Etats-Unis, les fruits de la croissance des trente dernières années ont été confisqués par les grands patrons, avec la complicité active de l'élite politique. Désormais, les 13 000 foyers les plus fortunés disposent d'un revenu égal à celui des 20 millions de ménages les plus modestes. La "société des classes moyennes" héritée du New Deal n'est plus qu'un souvenir, explique ici Paul Krugman. Selon le célèbre économiste, qui est devenu la bête noire des conservateurs, c'est la démocratie américaine elle-même qui est menacée par cette nouvelle ploutocratie. THE NEW YORK TIMES MAGAZINE (extraits) New York CONTEXTE L'une des études sur lesquelles s'appuie Paul Krugman dans cet article a été réalisée par Thomas Piketty et Emmanuel Saez pour le National Bureau of Economic Research (NBER), un institut américain privé. Intitulée "Income inequality in the United States, 1913-1998", elle peut être consultée (en anglais) via le site du Centre d'études prospectives d'économie mathématique appliquées à la planification (CEPREMAP) : http://pythie.cepremap.ens.fr/piketty  En France L'étude intitulée "Les inégalités dans le long terme", de Thomas Piketty, directeur d'études à l'EHESS, montre le rôle fondamental joué par l'impôt progressif sur le revenu (instauré en 1914). C'est lui qui a permis (avec l'impôt sur les successions) d' "éviter que la concentration des fortunes, fortement ébranlée par les chocs des années 1914-1945, ne retrouve après 1945 les niveaux astronomiques" observés à la veille de la Première Guerre mondiale. Ce mécanisme a joué un grand rôle dans la compression des inégalités de revenus au cours du XXe siècle. Car les inégalités salariales, elles, "sont restées extrêmement stables sur une longue période". Au début du XXe siècle, le revenu moyen des 10 % de foyers les plus riches représentait 4,5 fois le revenu moyen de l'ensemble de la population ; à la fin du siècle, après de nombreuses variations, ce rapport n'est plus "que" de 3,3. Quant aux 0,01 % les plus fortunés, leurs revenus sont passés de 300 fois à 60 fois la moyenne des revenus des Français, à la fin des années 90. Héritage On s'en doutait, mais les statistiques le confirment : le secret de la richesse, c'est d'avoir des parents riches, constate The New York Times. Prenez une famille américaine classée de par ses revenus parmi les 10 % les plus modestes de la population. Les enfants, une fois adultes, auront 31 % de chances d'être dans la même catégorie et 51 % de chances de figurer parmi les 20 % les plus modestes. A l'autre extrémité de l'échelle, dans une famille faisant, cette fois, partie des 10 % les mieux lotis, les rejetons ont 30 % de chances de rester parmi ces privilégiés et 43 % d'être parmi les 20 % les plus riches du pays. Selon une étude internationale effectuée par deux chercheurs suédois et finlandais, la reproduction économique est, contrairement aux idées reçues, particulièrement forte aux Etats-Unis. Seuls deux pays connaissent une "mobilité économique" aussi faible : l'Afrique du Sud et le Royaume-Uni. Impôts La principale mesure fiscale annoncée par le président Bush - la suppression de la taxation sur les dividendes - profitera essentiellement aux Américains les plus fortunés. Selon le Wall Street Journal, 62 % des dividendes versés aux actionnaires en 1999 sont allés dans la poche des 10 % de contribuables dont les revenus annuels dépassaient 100 000 dollars. Mais, d'après le quotidien des affaires, cette réforme ne suscite pas de réelles critiques. Désormais, peu d'hommes politiques, même chez les démocrates, jugent électoralement payant d'utiliser la fiscalité comme un instrument de redistribution sociale. Même si, reconnaît le journal, "les forces économiques creusent le fossé" qui sépare les riches des autres. Lorsque, adolescent, je vivais à Long Island, l'une de mes excursions préférées était d'aller admirer, sur la côte nord, les magnifiques demeures de "l'âge d'or" [ the Gilded Age , parfois traduit par l'âge du fric, est la période qui sépare la fin de la guerre de Sécession, 1865, du début de la Première Guerre mondiale, 1914]. Ces véritables palais n'étaient pas seulement des pièces de musée architecturales. C'étaient des monuments érigés en hommage à une société aujourd'hui disparue, dans laquelle les riches pouvaient se permettre d'employer des armées de domestiques nécessaires à l'entretien d'une maison de la taille d'un château européen. Quand je les contemplais, bien entendu, cette époque était révolue. Aucune ou presque ne servait plus de résidence privée. Celles qui n'avaient pas été transformées en musées abritaient une maison de retraite ou une école privée. Car l'Amérique dans laquelle j'ai grandi - l'Amérique des années 50 et 60 - était une société de classes moyennes, tant dans les faits que dans les apparences. Les immenses écarts de revenus et de richesses de l'âge d'or avaient disparu. Certes, il y avait la pauvreté du quart-monde, mais on considérait généralement à l'époque qu'il s'agissait d'un problème social et non économique. Certes, quelques riches hommes d'affaires et héritiers de grosses fortunes menaient un train de vie sans commune mesure avec celui de l'Américain moyen ; mais ils n'étaient pas riches comme l'étaient les accapareurs qui avaient construit les manoirs et ils n'étaient pas très nombreux. L'époque où les ploutocrates constituaient une force avec laquelle il fallait compter dans la société américaine, sur un plan économique aussi bien que politique, semblait appartenir à un passé lointain. La réalité quotidienne confirmait l'impression d'une société plutôt égalitaire. Les personnes qui avaient fait de longues études et exerçaient un bon métier (cadres moyens, professeurs d'université, voire avocats) prétendaient souvent gagner moins que les ouvriers syndiqués. Les familles considérées comme aisées vivaient dans des maisons à deux niveaux, avaient une femme de ménage qui venait une fois par semaine et passaient leurs vacances d'été en Europe. Mais, comme tout le monde, ces gens mettaient leurs enfants à l'école publique et prenaient eux-mêmes le volant pour se rendre au travail. Mais c'était il y a longtemps. L'Amérique des classes moyennes de ma jeunesse était un autre pays. Nous connaissons actuellement un nouvel âge d'or, aussi extravagant que l'était l'original. Les palais sont de retour. En 1999, The New York Times Magazine a publié un portrait de Thierry Despont, "le pape des excès", un architecte spécialisé dans les maisons pour richissimes. Ses créations affichent couramment une superficie de 2 000 à 6 000 mètres carrés ; les plus grandes sont à peine plus petites que la Maison-Blanche. Inutile de dire que les armées de domestiques sont également de retour. Les yachts aussi. Comme le prouve l'article sur M. Despont, il serait injuste de dire que les inégalités croissantes aux Etats-Unis sont passées sous silence. Pourtant, un bref coup de projecteur sur le mode de vie des riches dépourvus de goût ne donne pas une idée précise des bouleversements qui sont intervenus dans la distribution des revenus et des richesses dans ce pays. A mon avis, rares sont ceux qui se rendent compte à quel point le fossé s'est creusé entre les très riches et les autres, sur une période relativement courte. De fait, il suffit d'évoquer le sujet pour être accusé d'appeler à la "lutte des classes", à la "politique de l'envie" et ainsi de suite. Aussi, très rares sont ceux qui sont disposés à parler des profondes répercussions - économiques, sociales et politiques - de cet écart grandissant. Et pourtant, on ne peut comprendre ce qui se passe actuellement aux Etats-Unis sans saisir la portée, les causes et les conséquences de la très forte aggravation des inégalités qui a lieu depuis trente ans, et en particulier l'incroyable concentration des revenus et des richesses entre quelques mains. Pour comprendre l'actuelle vague de scandales financiers, il faut savoir comment l'homme en costume de flanelle grise a été remplacé par le PDG au pouvoir régalien. Le divorce conflictuel de Jack Welch, le légendaire ancien président de General Electric (GE), a eu le mérite inattendu de soulever un coin du voile sur les privilèges dont bénéficient les grands patrons. On a ainsi appris qu'au moment de partir à la retraite, M. Welch s'était vu accorder l'usage à vie d'un appartement à Manhattan (repas, vins et blanchissage inclus), l'accès aux avions de l'entreprise et de multiples autres avantages en nature, d'une valeur d'au moins 2 millions de dollars par an. Ces cadeaux sont révélateurs : ils illustrent l'étendue des attentes des patrons, qui escomptent un traitement digne de l' Ancien Régime* . En termes monétaires, cependant, ces faveurs ne devaient pas signifier grand-chose pour M. Welch. En l'an 2000, sa dernière année complète à la tête de GE, il a gagné 123 millions de dollars, principalement sous forme d'actions et de stock-options. Mais les salaires mirifiques des présidents des grandes entreprises constituent-ils une nouveauté ? Eh bien, oui. Ces patrons ont toujours été bien payés par rapport au salarié moyen, mais il n'y a aucune comparaison possible entre ce qu'ils gagnaient il y a seulement une trentaine d'années et leurs salaires d'aujourd'hui. Durant ce laps de temps, la plupart d'entre nous n'avons obtenu que de modestes augmentations : le salaire moyen annuel aux Etats-Unis, exprimé en dollars de 1998 (c'est-à-dire hors inflation), est passé de 32 522 dollars en 1970 à 35 864 dollars en 1999 - soit une hausse d'environ 10 % en vingt-neuf ans. C'est un progrès, certes, mais modeste. En revanche, d'après la revue Fortune, la rémunération annuelle des 100 PDG les mieux payés est passée, durant la même période, de 1,3 million de dollars - soit trente-neuf fois la paie du salarié lambda - à 37,5 millions de dollars par an, mille fois ce que touchent les salariés ordinaires [et 2 884 % en vingt-neuf ans]. L'explosion des rémunérations des patrons est un phénomène en lui-même stupéfiant et important. Mais il ne s'agit là que de la manifestation la plus spectaculaire d'un mouvement plus vaste, à savoir la nouvelle concentration des richesses aux Etats-Unis. Les riches ont toujours été différents des gens comme vous et moi, selon l'expression de Scott Fitzgerald [dans Gatsby le Magnifique , en 1925]. Mais ils le sont bien plus maintenant - de fait, ils le sont autant qu'à l'époque où l'écrivain a fait ce célèbre commentaire. C'est une affirmation controversée, pourtant elle ne devrait pas l'être. Les données du recensement montrent incontestablement qu'une part croissante des revenus est accaparée par 20 % des ménages et, à l'intérieur de ces 20 %, par 5 %. Néanmoins, nier cette évidence est devenu une activité en soi, fort bien financée. Les groupes de réflexion conservateurs ont produit d'innombrables études qui tentent de discréditer les informations, la méthodologie et, pis, les motivations de ceux qui rapportent l'évidence. Ces études reçoivent le soutien de personnalités influentes dans les pages éditoriales des journaux et sont abondamment citées par des responsables de droite. Il y a quatre ans, Alan Greenspan (mais pourquoi a-t-on toujours pensé que ce n'était pas un esprit partisan ?) a prononcé un discours important à la conférence annuelle de la Réserve fédérale [dont il est le président] qui revenait à nier l'aggravation des inégalités aux Etats-Unis. Par leur simple existence, tous ces efforts concertés sont symptomatiques de l'influence grandissante de notre ploutocratie. Mais, derrière cet écran de fumée, créé à des fins politiques, l'élargissement du fossé ne fait aucun doute. En fait, les chiffres issus du recensement ne montrent pas la véritable ampleur des inégalités parce que, pour des raisons techniques, ils tendent à sous-estimer les très hauts revenus - par exemple, il est peu probable qu'ils reflètent l'explosion des rémunérations des chefs d'entreprise. Or d'autres indices montrent que non seulement les inégalités s'accroissent, mais que le phénomène s'accentue à mesure qu'on s'approche du sommet. Ainsi, ce ne sont pas simplement les 20 % des ménages en haut de l'échelle qui ont vu leurs revenus s'accroître plus vite que ceux des classes moyennes : les 5 % au sommet ont fait mieux que les 15 % suivants, le 1 % tout en haut mieux que les 4 % suivants, et ainsi de suite jusqu'à Bill Gates [le président fondateur de Microsoft est l'homme le plus riche du monde, selon le classement du magazine américain Forbes ]. Des résultats encore plus saisissants nous viennent d'une enquête menée par les économistes français Thomas Piketty et Emmanuel Saez. En se fondant sur les déclarations fiscales, ils ont estimé les revenus des personnes aisées, riches et très très riches depuis 1913. Il en ressort avant tout que l'Amérique des classes moyennes de ma jeunesse ne correspond pas à l'état normal de notre société, mais à un intermède entre deux âges d'or. L'Amérique d'avant 1930 était une société dans laquelle un petit nombre d'individus immensément fortunés contrôlaient une grande part de la richesse du pays. Nous ne sommes devenus une société de classes moyennes qu'après le recul brutal de la concentration des revenus durant le New Deal [politique menée par Roosevelt à partir de 1933], et surtout durant la Seconde Guerre mondiale. Les revenus sont ensuite restés assez équitablement partagés jusque dans les années 70 : la forte progression des revenus durant les trente années qui ont suivi 1945 a été largement répartie au sein de la population. Mais, depuis, le fossé s'est rapidement creusé. MM. Piketty et Saez confirment ce que j'avais pressenti : nous sommes revenus au temps de Gatsby le Magnifique. Après trente années durant lesquelles les parts des plus gros contribuables étaient bien inférieures à leurs niveaux des années 20, l'ordre antérieur a été rétabli. Et les grands gagnants sont les très très riches. Un stratagème souvent employé pour minimiser l'aggravation des inégalités consiste à recourir à une ventilation statistique assez grossière, en divisant la population en 5 quintiles comprenant chacun 20 % des ménages ou, au maximum, en 10 déciles. Le discours de M. Greenspan à Jackson Hole se fondait par exemple sur des données par déciles. De là à nier l'existence des riches, il n'y a qu'un pas. Ainsi, un commentateur conservateur pourrait concéder que la part du revenu national accaparée par 10 % des contribuables a quelque peu augmenté, avant de souligner qu'il suffit de gagner plus de 81 000 dollars par an pour faire partie de cette catégorie. Il ne s'agirait donc que d'un simple transfert au sein de la classe moyenne. Mais pas du tout : ces 10 % comprennent certes un grand nombre d'individus faisant partie de la classe moyenne, mais ce ne sont pas eux qui ont le mieux tiré leur épingle du jeu. L'essentiel de l'augmentation de la part de cette catégorie sur ces trente dernières années a été le fait du 1 % le plus riche (au-dessus de 230 000 dollars de revenus annuels en 1998) et non des 9 % suivants. De plus, 60 % de l'augmentation réalisée par ce 1 % sont allés à 0,1 % des contribuables, ceux dont les revenus annuels sont supérieurs à 790 000 dollars. Et, pour finir, près de la moitié de ces gains est allée à 13 000 foyers seulement (0,01 % des contribuables) qui disposent d'un revenu annuel de 17 millions de dollars en moyenne. Alors, il n'est nullement exagéré de dire que nous sommes entrés dans un second âge d'or. A l'époque de l'Amérique des classes moyennes, la caste des bâtisseurs de palais et des propriétaires de yachts avait plus ou moins disparu. Selon MM. Piketty et Saez, en 1970, 0,01 % des contribuables disposaient de 0,7 % du revenu total : ils ne gagnaient "que" 70 fois la moyenne, pas de quoi acheter ou entretenir une mégarésidence. Mais, en 1998, ces 0,01 % ont perçu plus de 3 % de l'ensemble des revenus. Cela signifie que les 13 000 familles les plus fortunées des Etats-Unis disposaient, à elles seules, d'un revenu presque égal à celui des 20 millions de ménages les plus modestes - ou 300 fois supérieur à celui d'un ménage moyen. Certains économistes - mais pas tous - essayant de comprendre ces inégalités croissantes ont commencé à prendre au sérieux une hypothèse qui aurait paru terriblement fumeuse il n'y a pas si longtemps. Cette théorie met l'accent sur le rôle des normes sociales dans l'établissement de limites à l'inégalité. Selon elle, le New Deal a eu des répercussions plus profondes sur la société américaine que ne l'ont cru ses plus fervents partisans : il a imposé des normes en matière d'égalité relative des salaires, qui ont duré pendant une trentaine d'années, créant cette société de classes moyennes que nous en étions venus à considérer comme normale. Mais ces standards ont commencé à perdre du terrain dans les années 70 et le recul n'a ensuite fait que s'accélérer. On en a une première illustration avec les rémunérations des cadres supérieurs. Dans les années 60, les grandes entreprises américaines se sont comportées davantage comme des républiques socialistes que comme de féroces firmes capitalistes, et leurs dirigeants ressemblaient plus à des bureaucrates du service public qu'à des capitaines d'industrie. Je n'exagère pas. Il suffit de se reporter à la description du comportement du chef d'entreprise faite par John Kenneth Galbraith dans Le Nouvel Etat industrie [Ed. Gallimard, 1968]. Selon l'économiste, une gestion saine exige de la retenue. Certes, le pouvoir de décision donne l'occasion de gagner de l'argent, mais si chacun cherchait à le faire, l'entreprise serait emportée par la cupidité. Un homme d'entreprise qui se respecte s'abstient de faire ce genre de choses ; un code efficace interdit ce type de conduite. En outre, la prise de décision collective fait en sorte que les agissements, voire les pensées de chacun, sont connus de tous. Tout ceci, selon Galbraith, plaçait la barre très haut en matière d'honnêteté personnelle. Trente-cinq ans après, un article en couverture de Fortune s'intitulait "Vous avez acheté. Ils ont vendu". " Dans toutes les entreprises américaines, est écrit en sous-titre, les dirigeants ont vendu leurs actions avant que leurs sociétés ne sombrent. Et qui se retrouve avec un paquet d'actions sans valeur ? Vous." Je vous l'ai dit, notre pays a changé. Laissons un instant de côté les malversations actuelles, et demandons-nous plutôt pourquoi les salaires relativement modestes des patrons d'il y a trente ans ont atteint leur niveau astronomique d'aujourd'hui. On a avancé deux explications, qui ont en commun de mettre l'accent sur l'évolution des normes et non sur des facteurs purement économiques. La plus optimiste trouve une analogie entre l'explosion des rémunérations des PDG et celle des joueurs de base-ball. Les patrons qui coûtent cher valent leur pesant d'or, parce que, pour une entreprise, avoir l'homme qu'il faut représente un énorme avantage par rapport à la concurrence. Dans la version plus pessimiste - la plus plausible, selon moi - la compétition pour attirer les talents joue un rôle mineur. Certes, un grand patron peut faire la différence - mais ces énormes rémunérations sont trop souvent accordées à des dirigeants dont les prestations sont au mieux médiocres. La principale raison pour laquelle le chef d'entreprise gagne autant aujourd'hui est qu'il nomme les membres du conseil d'administration, lequel fixe sa rémunération et décide des nombreux avantages accordés aux administrateurs. Aussi, ce n'est pas "la main invisible du marché" qui décide des revenus astronomiques des cadres dirigeants, c'est "la poignée de main invisible" échangée dans la salle du conseil d'administration. Mais pourquoi ces patrons n'étaient-ils pas aussi grassement payés il y a trente ans ? Là encore, il s'agit de culture d'entreprise. Pour toute une génération, après la Seconde Guerre mondiale, la peur du scandale a imposé une certaine retenue. De nos jours, personne ne s'offusque plus. En d'autres termes, l'explosion des salaires des patrons traduit un changement social plutôt que la loi purement économique de l'offre et de la demande. Il ne faut pas la considérer comme une tendance du marché, mais comme quelque chose d'analogue à la révolution sexuelle des années 60 - un relâchement d'anciennes contraintes, une nouvelle permissivité. Mais en l'occurrence, la permissivité est financière et non sexuelle. Comment expliquer une telle évolution de la culture d'entreprise ? Economistes et théoriciens du management commencent à peine à y réfléchir, mais on peut d'ores et déjà suggérer quelques facteurs. L'un d'eux concerne le changement structurel des marchés financiers. Dans son nouveau livre Searching for a Corporate Savior [A la recherche du sauveur de l'entreprise], Rakesh Khurana, de la Harvard Business School, estime que dans les années 80 et 90, le " capitalisme managérial" - le monde de l'homme en costume de flanelle grise - a été remplacé par le "capitalisme investisseur". Les investisseurs institutionnels voulaient des chefs héroïques, souvent venus de l'extérieur, et ils étaient prêts à débourser des sommes énormes pour les attirer. D'ailleurs, le sous-titre du livre de Rakesh Khurana est "La quête irrationnelle du PDG charismatique" [ The Irrational Quest for Charismatic CEO's ]. Mais les théoriciens à la mode ne trouvent rien d'irrationnel à cette quête. Depuis les années 80, on attache toujours plus d'importance au "leadership", autrement dit aux qualités personnelles, à la personnalité charismatique du chef. Lorsque Lee Iacocca, le PDG de Chrysler, est devenu une figure connue du grand public au début des années 80, il était pratiquement seul dans ce cas : comme le rappelle Rakesh Khurana, au cours de l'année 1980, un seul numéro de Business Week a montré un PDG en couverture. En 1999, 19 unes leur ont été consacrées. Une fois qu'il est devenu normal, voire nécessaire pour un patron d'être célèbre, il est également plus facile de faire de lui un homme riche. Les économistes ont également contribué à légitimer des niveaux de rémunération autrefois impensables. Dans les années 80 et 90, d'innombrables articles écrits par des universitaires - popularisés dans les revues économiques et intégrées par les consultants dans leurs recommandations - donnaient raison à Gordon Gekko [financier incarné par Michael Douglas dans le film Wall Street , réalisé par Oliver Stone en 1987] : la cupidité est une bonne chose, et elle marche. Pour obtenir le meilleur des dirigeants d'entreprise, prétendaient ces articles, il est nécessaire d'aligner leurs intérêts sur ceux des actionnaires. Et pour ce faire, il faut leur attribuer généreusement des actions ou des stock-options. Loin de moi toute insinuation sur la corruption personnelle des économistes et des théoriciens du management. Il s'agirait plutôt d'un processus inconscient et subtil : les idées reprises par les écoles de commerce et qui rapportaient de coquets honoraires de consultant ou de conférencier, allaient dans le sens d'une tendance existante et donc lui apportaient leur caution. Ce que suggèrent maintenant des économistes comme MM. Piketty et Saez est que l'histoire des revenus des patrons a valeur de symbole. Bien plus que ne l'imaginent économistes et partisans de l'économie de marché, les salaires, surtout les plus élevés, sont déterminés par les normes sociales. Dans les années 30 et 40, de nouvelles conceptions de l'égalité se sont imposées, en grande partie sous l'impulsion des hommes politiques. Dans les années 80 et 90, elles se sont vues remplacées par le "laisser-faire", avec pour conséquence l'explosion des revenus au sommet de l'échelle. Un incident en dit long sur ce phénomène. Répondant à un courrier électronique d'une téléspectatrice canadienne, Robert Novak, l'un des animateurs de l'émission Crossfire sur CNN, s'est fendu de ce petit discours : "Marg, comme la plupart des Canadiens, vous n'êtes pas bien informée et vous vous trompez. Aux Etats-Unis, la durée de vie y est la plus longue, l'espérance de vie y est plus grande que dans n'importe quel autre pays au monde, y compris le Canada. C'est un fait." Mais les faits donnent tort à M. Novak. Les Canadiens vivent en moyenne deux ans de plus que les Américains. Et l'espérance de vie aux Etats-Unis est bien inférieure à ce qu'elle est au Canada, au Japon et dans tous les grands pays d'Europe occidentale. Nous vivons un peu moins longtemps que les Grecs, un peu plus que les Portugais. Les hommes font de moins vieux os aux Etats-Unis qu'au Costa Rica. Néanmoins, on comprend pourquoi M. Novak croyait que nous étions les meilleurs. Après tout, nous sommes le pays le plus riche du monde, avec un PIB réel par habitant d'environ 20 % supérieur à celui du Canada. Et dans ce pays, nous croyons dur comme fer qu'une marée montante ne laisse aucun bateau échoué. Notre richesse nationale montante ne se traduit-elle pas par un niveau de vie élevé pour tous les Américains ? Eh bien, non. Si nous avons le revenu par habitant le plus élevé parmi les pays développés, c'est surtout parce que nos riches sont bien plus riches. D'où cette idée radicale : si les riches obtiennent plus, il en reste moins pour les autres. Cette thèse - qui est une simple question d'arithmétique - est systématiquement assimilée à la défense de la "lutte des classes". Si l'accusateur se fait un peu plus précis, il dira probablement qu'il n'y a pas de quoi faire un drame de la richesse de quelques personnes. Cela pour deux raisons : d'abord, parce que si l'élite gagne apparemment beaucoup d'argent, sa part du total reste faible - autrement dit, tout compte fait, les riches ne prennent pas une si grande part du gâteau que cela ; ensuite, parce qu'essayer de réduire les hauts salaires fait surtout du tort aux personnes défavorisées, les tentatives de redistribution entraînant une démotivation. Il fut un temps où ces arguments étaient tout à fait pertinents : lorsque nous étions dans une société de classes moyennes. Mais ils se défendent beaucoup moins de nos jours. En premier lieu, la part des riches dans le revenu total n'est plus négligeable. A l'heure actuelle, 1 % des ménages touchent environ 16 % du revenu total brut, et environ 14 % du revenu net. Cette part a pratiquement doublé en trente ans, et elle est désormais comparable à celle des 40 % de la population les moins favorisés. Le transfert en faveur des privilégiés est donc important. D'un point de vue purement mathématique, les revenus des familles modestes ont dû, normalement, augmenter bien moins que le revenu moyen. Et c'est ce qui s'est effectivement passé. Le revenu moyen des ménages, hors inflation, a crû de 28 % entre 1979 et 1997. Mais le revenu médian - celui d'une famille au milieu de l'échelle de distribution, qui constitue un meilleur indicateur de la situation des familles américaines - n'a augmenté que de 10 %. Quant au revenu du cinquième de la population situé au bas de l'échelle, il a même légèrement baissé. Nous nous enorgueillissons, à juste titre, de notre croissance économique sans précédent. Mais depuis quelques dizaines d'années, il est frappant de voir à quel point cette croissance a peu profité aux familles ordinaires. Le revenu médian ne s'est accru que d'environ 0,5 % par an - et ce gain était probablement imputable pour l'essentiel à la durée plus longue du temps de travail des femmes. En outre, les chiffres ne reflètent pas la précarité grandissante dont souffre le salarié moyen. A l'époque où le constructeur automobile General Motors était surnommé en interne "Généreux Motors", nombre de ses salariés pensaient jouir de la sécurité de l'emploi - l'entreprise ne les licencierait que si elle n'avait vraiment plus le choix. Nombreux étaient ceux dont le contrat de travail prévoyait une assurance maladie même après un licenciement. Ils bénéficiaient d'un régime de retraite qui ne dépendait pas de la Bourse. De nos jours, les entreprises bien établies procèdent couramment à des dégraissages massifs. Perdre son emploi, c'est perdre sa couverture médicale, et comme des millions de personnes l'ont appris à leurs dépens, un plan d'épargne d'entreprise ne garantit en aucune manière une retraite confortable. Il n'en reste pas moins que, pour une grande partie de la population, si le système économique américain crée beaucoup d'inégalités, il génère aussi des revenus plus élevés, et par conséquent tout le monde y gagne. C'est la morale que Business Week a tirée dans un récent numéro spécial sur les "25 idées pour un monde en mutation". L'une de ces idées était que "les riches s'enrichissent, et c'est normal". Les revenus les plus élevés, entend-on souvent dire, sont le fruit d'une économie de marché qui encourage avec moult récompenses les bons résultats. C'est le système qui permet ce genre de performance, autrement dit, les privilégiés n'amassent pas des fortunes aux dépens des gens comme vous et moi. Les esprits chagrins feront remarquer que l'explosion des rémunérations des patrons n'est que très vaguement liée à leurs performances réelles. Jack Welch comptait parmi les 10 PDG les mieux payés aux Etats-Unis en 2000, et on pourrait soutenir qu'il le méritait. Mais qu'en est-il de Dennis Kozlowski de Tyco [forcé à la démission et inculpé de fraude et vol], ou de Gerald Levin de Time Warner [autre groupe en crise dont la comptabilité fait l'objet d'une enquête fédérale], qui figuraient également sur cette liste ? Est-il possible de produire des preuves directes des effets de l'inégalité ? On ne peut pas remonter le cours de l'Histoire et se demander ce qui serait arrivé si les normes sociales de l'Amérique des classes moyennes avaient continué à limiter les plus forts revenus, et si la politique gouvernementale avait lutté contre les inégalités croissantes au lieu de les renforcer. Mais nous pouvons nous comparer à d'autres pays industrialisés. Et les résultats ont de quoi surprendre. Nombreux sont les Américains qui croient que, vivant dans le pays le plus riche du monde avec le PIB réel par habitant le plus élevé, ils s'en portent forcément tous mieux : ce ne sont pas uniquement nos riches qui sont plus riches que leurs pairs à l'étranger ; la famille américaine typique est bien mieux lotie que son homologue ailleurs, et même nos pauvres s'en tirent bien par rapport au reste du monde. Hélas, ce n'est pas vrai. Prenons le cas de la Suède, cette bête noire* des conservateurs. Il y a quelques mois, le cybergourou conservateur Glenn Reynolds a fait sensation en soulignant que le PIB par tête de la Suède est comparable à celui du Mississippi : voyez, ces ridicules partisans de l'Etat-providence se sont eux-mêmes appauvris ! M. Reynolds a sans doute conclu que le Suédois moyen est aussi pauvre que l'habitant moyen du Mississippi, et par conséquent bien moins favorisé que l'Américain moyen. Mais les Suédois vivent trois ans de plus que les Américains. La mortalité infantile en Suède est moitié moindre qu'aux Etats-Unis, et l'illettrisme y est bien moins répandu que dans notre pays. Comment est-ce possible ? L'une des raisons est que le PIB par habitant constitue un indicateur parfois trompeur. Les Suédois prennent plus de vacances que les Américains, ils ont donc une durée annuelle de travail moins longue. C'est un choix, et non un échec économique. Le PIB réel par heure travaillée est de 16 % inférieur à celui des Etats-Unis, ce qui met la productivité des Suédois à parité avec celle des Canadiens. Mais le revenu moyen inférieur à celui des Etats-Unis s'explique surtout par le fait que nos riches sont tellement plus riches. La famille médiane suédoise jouit d'un niveau de vie à peu près comparable à celui de son homologue américaine : les salaires sont même plus élevés dans ce pays scandinave, et la pression fiscale plus forte est compensée par une couverture médicale et des services publics généralement meilleurs. Et à mesure que l'on descend l'échelle des revenus, le niveau de vie en Suède se place bien loin devant celui aux Etats-Unis. Les familles suédoises avec enfants, appartenant aux 10 % au bas de l'échelle - c'est-à-dire plus pauvres que 90 % de la population - disposent d'un revenu de 60 % supérieur à celui de leurs homologues américaines. Très peu de Suédois connaissent la grande pauvreté : en 1994, 6 % d'entre eux vivaient avec moins de 11 dollars par jour, contre 14 % des Américains. Moralité : même si l'on pense que l'inégalité criante aux Etats-Unis est le prix à payer pour notre revenu national élevé, il n'est pas du tout évident que le jeu en vaut la chandelle. La raison pour laquelle les conservateurs se lancent régulièrement dans une campagne de dénigrement de la Suède est qu'ils veulent nous convaincre de l'impossibilité d'un compromis entre efficacité et équité - en d'autres termes, si l'on essaie de prendre aux riches pour donner aux pauvres, tout le monde y perd. Mais la comparaison entre les Etats-Unis et d'autres pays développés n'étaie en aucune manière cette thèse. Et l'on peut même retourner contre eux l'argument des conservateurs : l'inégalité aux Etats-Unis a atteint un niveau tel qu'elle est devenue contre-productive. Jusqu'à une date récente, il était pratiquement admis que, quoiqu'on en dise, les nouveaux patrons "impériaux" avaient obtenu des résultats qui faisaient paraître négligeable le coût de leurs rémunérations. Mais maintenant que la bulle boursière a éclaté, il apparaît de plus en plus clairement que la facture était trop lourde. Le prix payé par les actionnaires et la société dans son ensemble pourrait être beaucoup plus élevé que le montant effectivement versé aux PDG. Les détails des scandales financiers ont de quoi laisser perplexe : emprunts d'initiés, stock-options, structures ad hoc, évaluation au prix du marché (mark-to-market), et autres dettes achetées avec décote et revendues à leur valeur nominale (round-tripping). Une telle complexité s'explique aisément. Toutes ces pratiques étaient destinées à favoriser les initiés, à gonfler la rémunération du PDG et de ses proches. Mais si l'on ne fait plus preuve d'aucune retenue au sein de l'entreprise américaine, le monde extérieur (y compris les actionnaires) se montre en revanche toujours aussi pudibond et n'accepte pas encore que des cadres supérieurs se livrent ouvertement au pillage. Aussi faut-il camoufler les malversations, au travers de techniques complexes que l'on peut présenter à l'extérieur comme d'astucieuses stratégies d'entreprise. Les patrons qui consacrent leur temps à imaginer des manières innovantes de détourner l'argent de l'actionnaire pour leur profit personnel ne s'occupent probablement pas très bien des vraies affaires de l'entreprise (pour preuve, les cas d'Enron, Worldcom, Tyco, Global Crossing, Adelphia, entre autres). Les investissements choisis parce qu'ils donnent l'illusion de la rentabilité, pendant que les initiés lèvent leurs options d'achat d'actions, représentent un gaspillage de précieuses ressources. Et lorsque prêteurs et actionnaires rechignent à mettre la main au portefeuille parce qu'ils n'ont plus confiance, c'est l'ensemble de l'économie qui en pâtit. Les partisans d'un système dans lequel certains s'enrichissent énormément se sont toujours appuyés sur l'argument suivant : l'attrait de la richesse constitue une grande motivation. Motivation, d'accord, mais pour quoi faire ? Plus on apprend ce qui se passe dans les entreprises américaines, moins on est convaincu que ces mesures incitatives ont effectivement encouragé les patrons à travailler dans notre intérêt à tous. En septembre dernier, le Sénat a examiné un texte de loi qui aurait introduit un impôt sur les plus-values pour les Américains qui renoncent à leur nationalité afin d'échapper à la fiscalité de notre pays. Le sénateur Phil Gramm s'en est offusqué, jugeant cette mesure "digne de l'Allemagne nazie". Propos sans doute excessif, mais pas plus que la métaphore employée par Daniel Mitchell, de la Heritage Foundation [groupe de réflexion ultraconservateur], pour décrire un projet de loi visant à empêcher les sociétés de se reconstituer à l'étranger pour des raisons fiscales : M. Mitchell a qualifié le texte d' "équivalent fiscal du verdict Dred Scott", en faisant allusion à l'infâme décision de la Cour suprême de 1857 qui ordonnait aux Etats antiesclavagistes de livrer les esclaves réfugiés chez eux. Il y a vingt ans, un ténor du Sénat aurait-il comparé à des nazis ceux qui veulent faire payer des impôts aux riches ? Un membre d'un groupe de réflexion étroitement lié à l'administration aurait-il établi un parallèle entre l'impôt sur les sociétés et l'esclavage ? Je ne le pense pas. Les commentaires de MM. Gramm et Mitchell reflètent deux changements radicaux qu'a connus la vie politique américaine. L'un concerne la polarisation croissante - nos hommes politiques sont de moins en moins enclins à faire preuve de modération, même dans les apparences. L'autre changement porte sur la tendance des responsables politiques à défendre les intérêts des riches. J'entends par là les vraiment très riches, pas les simples individus aisés : seule une personne qui possède un patrimoine d'au moins plusieurs millions de dollars peut envisager un exil pour des raisons fiscales. De la Seconde Guerre mondiale jusqu'aux années 70 - soit la période durant laquelle les inégalités de revenus étaient tombées à leur plus bas niveau - la politique fut bien moins partisane que de nos jours. Ce n'est pas une affirmation subjective. Mes collègues professeurs de science politique à Princeton, Nolan McCarty et Howard Rosenthal, ont, avec Keith Poole de l'université de Houston, fait une analyse statistique démontrant que le comportement électoral d'un membre du Congrès est, selon son appartenance à un parti, bien plus prévisible de nos jours qu'il y a vingt-cinq ans. De fait, le clivage entre partis n'a jamais été aussi net depuis les années 20. Mais sur quoi s'affrontent les partis ? La réponse est simple : l'économie. Cela paraît peut-être simpliste de décrire les démocrates comme un parti qui veut taxer les riches et aider les pauvres, et les républicains comme une formation qui entend maintenir les impôts et les dépenses sociales à un niveau aussi bas que possible. A l'époque de l'Amérique des classes moyennes, cela aurait été effectivement de la caricature, car la politique n'était alors pas fondée sur des questions économiques. Mais c'était un pays différent. Comme les professeurs McCarty, Rosenthal et Pool l'ont dit, "si les revenus et les richesses sont distribués de manière plutôt équitable , les hommes politiques n'ont pas grand-chose à gagner à faire de la politique en fonction de conflits qui n'existent pas". Aujourd'hui, les conflits existent bel et bien, et notre vie politique tourne autour d'eux. En d'autres termes, les inégalités de revenus grandissantes expliquent probablement le clivage politique croissant. Cependant, l'opposition entre riches et pauvres n'a pas eu l'effet politique que l'on aurait pu prévoir. Alors que les revenus des privilégiés se sont envolés, alors que les ménages moyens ont au mieux vu les leurs progresser modestement, on se serait attendu à voir les hommes politiques courtiser les électeurs en se proposant de faire payer les riches. En fait, la polarisation politique s'est produite parce que les républicains se sont davantage ancrés à droite et non pas parce que les démocrates se sont déplacés vers la gauche. Du coup, la politique économique a effectivement évolué en faveur des privilégiés. Les importantes réductions d'impôts des vingt-cinq dernières années - celles décidées par Ronald Reagan dans les années 80 et celles de George W. Bush - ont toutes joué fortement en faveur des très riches. (Malgré la confusion savamment entretenue, plus de la moitié des allégements fiscaux de Bush profiteront en fin de compte à 1 % des ménages, les plus fortunés bien sûr.) La principale augmentation d'impôts durant cette période, à savoir l'alourdissement de l'imposition des revenus du travail dans les années 80, a frappé avant tout la classe ouvrière. L'exemple le plus frappant de l'évolution de la politique au bénéfice des riches est le mouvement en faveur d'une suppression des droits de succession. Ces droits représentent avant tout un impôt sur la fortune. En 1999, seules 2 % des successions, les plus grosses, les ont supportés, et la moitié de cet impôt a été payée par 3 300 successions seulement, soit 0,16 % du total, valant au minimum 5 millions de dollars et en moyenne 17 millions de dollars. Un quart des recettes proviennent de 467 successions seulement. Les histoires d'exploitations agricoles et d'entreprises familiales démantelées pour payer les droits de succession sont des légendes du monde rural. Nous n'en avons trouvé pratiquement aucun exemple concret, malgré tous nos efforts. On aurait pu penser qu'un impôt qui frappe si peu de personnes tout en générant des recettes fiscales considérables serait populaire et ne susciterait pas une large opposition politique. D'autant que l'on entend depuis longtemps l'argument selon lequel les droits de succession promeuvent les valeurs démocratiques, précisément parce qu'ils limitent la capacité des grandes fortunes à former des dynasties. Aussi, comment expliquer la vigoureuse campagne en faveur d'une suppression de cette taxe ? Pourquoi cette mesure constitue-t-elle le pivot de la baisse d'impôts voulue par Bush ? Certes, ceux qui en profiteraient ne sont qu'une poignée, mais ils ont beaucoup d'argent et encore plus d'influence. C'est le genre de personnes qui attirent l'attention des hommes politiques en quête de fonds électoraux. Il ne s'agit pas simplement de financement des campagnes électorales : les partisans d'une abolition de cette taxe ont réussi à convaincre une grande partie de l'opinion de son caractère néfaste. Discuter avec des retraités relativement prospères est éclairant. Ils qualifient cette taxe d' "impôt sur la mort" ; nombre d'entre eux croient que leur patrimoine sera grevé par les taxes, même si la plupart ne paieront en réalité pas grand-chose, voire rien du tout ; et ils sont persuadés que les PME et les exploitations agricoles familiales supporteront l'essentiel du fardeau. Ces idées fausses ne sont pas le fruit du hasard. On les a délibérément promues. Par exemple, un document de la Heritage Foundation intitulé "Il est temps de supprimer les impôts fédéraux sur la mort, ou le cauchemar du rêve américain" évoque des cas qui, en fait, ne se produisent que rarement, sinon jamais, dans la vie réelle. "Les propriétaires de petites entreprises, en particulier ceux appartenant aux minorités, sont angoissés à l'idée que l'affaire qu'ils espèrent léguer à leurs enfants soit détruite par l'impôt sur la mort... Les femmes qui ont arrêté de travailler pour élever leurs enfants, une fois ceux-ci devenus grands cherchent désespérément des moyens de réintégrer la vie active sans mettre en péril le patrimoine familial à cause des impôts." Et devinez qui finance la Heritage Foundation ? Des fondations créées par les familles fortunées, évidemment. Ce n'est donc pas un hasard si les idées profondément conservatrices, qui militent contre l'imposition de la fortune, sont devenues populaires alors que les riches deviennent encore plus riches : outre qu'il permet d'acheter de l'influence, l'argent sert aussi à manipuler l'opinion. C'est probablement un processus qui se renforce de lui-même. A mesure que le fossé entre les riches et les autres se creuse, la politique économique défend toujours plus les intérêts de l'élite, pendant que les services publics destinés à l'ensemble de la population, notamment l'école publique, manquent cruellement de moyens. Alors que la politique gouvernementale favorise les riches et néglige les besoins de la population, les disparités de revenus ne cessent d'augmenter. Les Etats-Unis des années 20 ne constituaient pas une société féodale. Néanmoins, c'était un pays dans lequel d'immenses privilèges, souvent hérités, formaient un contraste frappant avec une misère noire. C'était également un pays dans lequel l'Etat, plus souvent que de raison, se mettait au service des privilégiés tout en faisant fi des aspirations de l'homme de la rue. Cette époque est, dit-on, révolue. Mais qu'en est-il réellement ? Les inégalités dans l'Amérique d'aujourd'hui ont retrouvé leurs niveaux des années 20. Les gros héritages ne jouent plus un grand rôle dans notre société, mais avec le temps - et l'abrogation des droits de succession - nous permettrons la formation d'une élite héréditaire tout aussi éloignée des préoccupations de l'Américain moyen. A l'instar de l'ancienne élite, la nouvelle exercera une énorme influence politique. Dans son livre Wealth and Democracy [Richesse et Démocratie] , Kevin Phillips émet cette sombre mise en garde en guise de conclusion : "Soit la démocratie se renouvelle, avec une renaissance de la vie politique, soit la fortune servira de ciment à un nouveau régime moins démocratique : une ploutocratie, pour l'appeler par son nom." C'est un point de vue extrême, mais nous vivons à l'heure des extrêmes. Même si les apparences de la démocratie demeurent, elles risquent de se vider de leur sens. Il est par trop facile de deviner le pays que nous pourrions devenir, un pays dans lequel de grands privilèges seront réservés aux individus qui ont le bras long ; un pays dans lequel l'homme de la rue voit son horizon bouché ; un pays dans lequel l'engagement politique semble inutile, parce qu'au bout du compte seule l'élite voit ses intérêts défendus.   Paul Krugman

KURTZEMANN Guy, in memoriam : Professeur Ernest Schneegans 1904-2000. Lettre du Syndicat National des Pédiatres Français, janvier-février 2000. Le Professeur Ernest Schneegans est décédé le 8 février, quelques semaines après l’An 2000. Né 4 ans après le siècle, à Heidelberg, de famille alsacienne, il commença ses études de médecine, à 18 ans, à la Faculté de Médecine de Strasbourg ; Interne des Hôpitaux en 1928, puis Chef de Clinique, il bénéficia d’une bourse qui lui permit de faire un tour d’Europe de la Pédiatrie : Paris, puis Vienne, Berlin et Budapest en 1935, qui étaient les capitales avancées de la Pédiatrie. Marié en 1937, le couple eut un fils et deux petits fils. Pendant la guerre de 1939 à 1945, le docteur Schneegans s’installa à Strasbourg pour exercer en médecine libérale la Pédiatrie exclusive, spécialité qui existait déjà dans les trois départements de l’ancienne Alsace-Lorraine. Ceci lui a permis d’éviter à beaucoup de jeunes gens l’incorporations dans la Wehrmacht. En 1949, il fut nommé Directeur de l’Institut de Puériculture, municipal, à l ‘époque ; tout en gardant un pied à la clinique infantile des Hôpitaux Civils de Strasbourg, dirigé de main de maître par le Professeur Paul Rohmer, son Patron, fondateur de la Pédiatre sociale ; il fut le continuateur de cette œuvre. Le " Schnee " comme l’appelaient affectueusement ses élèves, passa l’agrégation, et obtint le titulariat de la deuxième chaire de pédiatrie créée en 1967 à la Faculté de Médecine, qu’il occupa jusqu’à sa retraite, en 1975. Cultivant ses relations internationales, notamment avec les Professeurs Kerpel-Fronius et Tassowatz, il avait des connaissances très étendues, grâce à sa double culture. Avec une équipe de collaborateurs : les docteurs Albert Rohmer, Heumann, Harscher, le Professeur Geissert, il développa l’élevage des prématurés grâce au lactarium, l’école de puériculture, la pédiatrie sociale, l’étude des maladies métaboliques, la génétique. Il oeuvra tant au Comité National de l’Enfance dont il fut le Vice-Président, (la présence du Professeur Sénécal à ses obsèques en a témoigné) que dans bien des œuvres sociales : Comité Dahlen, OPI (organisation, prévention,insertion), ARAH (handicapés) et prévention des maladies du métabolisme. Dans un domaine tout à fait différent, il prit en charge les problèmes professionnels et fut appelé à la Présidence du Syndicat National des Pédiatres Français succédant ainsi au Professeur Willemin-Clog : il avait, à ce poste, une autorité reconnue, grâce à son expérience en médecine libérale et à ses fonctions hospitalo-universitaires. Le Professeur Schneegans était un homme aimable et courtois, attentif, curieux de connaissances, un chef d’école ; infatigable ne disait-il pas " que la vie est faite pour travailler ". Ses mérites, nombreux – ne fut-il pas aussi Conseiller Municipal – furent récompensés par sa nomination dans l’Ordre de la Légion d’Honneur. C’est au Professeur Juif que revint l’honneur de prononcer l’éloge funèbre, le 14 février, en " l’Eglise Saint-Paul " magnifique temple alliant dans le grès rose d’Alsace l’austérité et la flamboyance du style. Le S.N.P.F. présente à la famille ses condoléances. Guy Kurtzemann

LEBLOND Laurent, La civilisation allemande, Les éditions Ronald Hirlé, 1995. La civilisation allemande, c'est toute la richesse d'une Histoire millénaire marquée par une profonde tradition fédérale, symbolisée par le Saint Empire romain germanique. C'est une capacité d'interrogation sans cesse renouvelée par l'apport du protestantisme et du judaïsme. Actuellement, la vigueur de la démocratie et de l'économie allemande repose aussi sur le maintien de la diversité. La connaissance des modes de vie et la compréhension des mentalités de part et d'autre du Rhin sont essentielles pour les relations franco-allemandes. Elles peuvent permettre de parvenir à une véritable union politique de l'Europe respectant l'identité de chacunLaurent Leblond

LEFEBVRE Jean-Pierre, Anthologie bilingue de la poésie allemande, Bibiothéque de la pléiade, éditions Gallimard, 1993. Florilège, anthologie, recueil : une ancienne relation lie le choix des poèmes à la confection savante des bouquets destinés à l'offrande, composés selon une signification et remis dans des circonstances particulières. Cette référence implique d'autres images : celle du poème-fleur, de l'arbre, des jardins, des graines portées par le vent en terres étrangères, du rôle des oiseaux. Le présent ouvrage n'échappe ni au suave parfum de cette métaphore, ni aux difficultés qu'elle recèle. Il a été conçu, dans son principe et sa confection, comme un geste en direction des peuples et des pays de langue allemande - geste culturel, politique, voire diplomatique, affectif. De Dietmar von Aist à Johannes Kühn, il rassemble un choix important de poèmes, ainsi que de nombreux textes anonymes.

Es schlug mein Herz, geschwind zu Pferde ! Es war getan fast eh gedacht. Der Abend wiegte schon die Erde, Und an den Bergen hing die Nacht; Schon stand im Nebelkleid die Eiche, Ein aufgestürmter Riese, da, Wo Finsternis aus dem Gesträuche Mit hundert schwarzen Augen sah.

Mon cœur battait fort, vite en selle ! Et, sitôt, j'étais à cheval; Le soir déjà berçait la terre Et la nuit pendait aux montagnes. Déjà le chêne avait son costume de brume, Tour gigantesque dressée, là, Dans la broussaille ténébreuse, Où m'observaient cent regards noirs.      Johann Wolfgang Goethe, Willkommen und Abschied

LE MONDE BILINGUE, La politique linguistique du 21°siècle, Besançon 2000.

LENTZ T., Roederer (1734 - 1835), éd. Serpenoise 1989. Peut-on avoir été conseiller au Parlement de Metz, leader du comité patriotique de cette ville, député à la Constituante, procureur général-syndic de la Seine, directeur du Journal de Paris, conspirateur, conseiller d'État, sénateur, comte d'Empire, ministre napolitain, secrétaire d'État d'un grand-duché allemand, commissaire extraordinaire, pair de France, peut-on avoir fréquenté Louis 14, Robespierre, Mirabeau, Sieyès, Talleyrand, Bonaparte, Napoléon, Fouché, Louis-Philippe et Joseph Bonaparte sans pour autant figurer dans le célèbre Dictionnaire des girouettes ? Piere-Louis Roederer (1734-1835) est un de ces rares hommes qui, de l'Ancien Régime à la monarchie de Juillet, ont été au sommet du pouvoir sans jamais se renier. En compagnie de ce lorrain étonnant, c'est à la promenade dans quatre-vingt années de l'histoire de la France et de l'Europe, de Metz à Paris, de la Normandie à Strasbourg, de Naples à Düsseldorf que vous convie Thierry Lentz, au fil des pages de ce passionnant ouvrage.

MITTERRAND F., De l'Allemagne, de la France, éd. Odile Jacob 1996. "Je rêve à la prédestination de l'Allemagne et de la France, que la géographie et leur vieille rivalité désignent pour donner le signal de l'Europe. Si elles ont gardé en elles le meilleur de ce que je n'hésite pas à nommer leur instinct de grandeur, elles comprendront qu'il s'agit d'un projet digne d'elles. Elles auront d'abord à s'en convaincre. La France toujours tentée par le repli sur soi et l'illusion épique de la gloire dans la solitude, l'Allemagne toujours hésitante entre ses vocations, soit nation arrimée à l'union de l'Europe, soir héritière, sans le dire, d'ambitions impériales. On me dira : c'est une utopie ! Mais qu'est-ce qu'une utopie ? Ou bien c'est une absurdité, et le temps se chargera de nous répondre. Ou bien ce n'est que l'anticipation d'un nouvel état possible. Si se produit un sursaut des volontés, en ce moment unique où tout est possible en Europe, alors l'utopie sera réalité. Et beaucoup d'entre vous la connaîtront."   François Mitterrand

PETIT J., L'Alsace à la reconquète de son plurilinguisme, Eine schwere Wiedergeburt, 2°édition augmentée, SALDE Strasbourg, janvier 2000. Du 4° au 16° siècle, l'Alsace a connu de grands poètes et écrivains dont les oeuvres ont été tout autant constitutives de la littérature allemande que la Bible de Luther qu'elles ont précédée. Depuis son rattachement à la France par le traité de Westphalie en 1648, l'Alsace assume progressivement un nouveau rôle : celui de foyer du bilinguisme français-allemand, de centre de recherche sur l'enseignement des langues vivantes et de lieu de rencontre entre les cultures romane et germanique. L'Alsace a souffert des guerres. En 75 ans (1870-1945), elle a changé quatre fois d'appartenance. Les oeuvres de René Schickele et d'Albert Schweitzer ont donc été enfantées dans la souffrance et les déchirements, mais elles adressent au monde un exemplaire message d'humanisme et de paix. Depuis 1946, par la vois de ses élus aux Conseils Généraux, puis au Conseil Régional, l'Alsace revendique inlassablement son droit au bilinguisme. Elle le fait dans la dignité, sans pose de bombes, avec les "seules armes de l'esprit" (René Schickele) et du verbe. La fondation de l'Association ABCM-Zweischprachigkeit en 1990 marque un tournant décisif dans cette évolution. Germaniste de terrain et psycholinguiste, Jean Petit nous conte la saga de la jeune association et il nous décrit les résistances qu'il lui a fallu surmonter dans son travail de pionnier. Il explique et justifie également les options didactiques et linguistiques des fondateurs : parité horaire des deux langues, immersion compensatoire, principe de Grammont (une personne, une langue), utilisation instrumentale de la langue à apprendre dans les domaines d'activité les plus divers et pour la transmission du savoir disciplinaire, enfin et surtout recours à la stratégie naturelle de l'acquisition dont il éclaire les fascinants cheminements en spécialiste passionné. La rapide extension des classes bilingues survenant peu après dans l'Éducation Nationale, grâce à l'engagement résolu du Recteur De Gaudemar et au travail exemplaire de la Commission d'évaluation académique, est également prise en considération. Les résultats obtenus dans le secteur associatif et dans le secteur public sont exposés en détail. Jean Petit souhaite en terminant que, dans son intérêt propre, mais aussi dans celui de la France et de l'Europe, l'Alsace saisisse à bras le corps cette chance que lui offre enfin l'Histoire après l'avoir si longtemps maltraitée.

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PETIT J., L'immersion, une révolution, Jérôme Do Bentzinger Editeur 2001. Jean Petit est germaniste d'origine, mais il occupe une place à part dans la germanistique française : par la voie nouvelle qu'il a frayée - celle de la psycholinguistique acquisitionnelle - à une époque où personne ne se risquait hors des sentiers battus de la littérature, de la civilisation et de la linguistique; par la démarche aussi qui fut toujours la sienne, associant intimement réflexion théorique et action pédagogique sur le terrain; par la réputation internationale enfin, à laquelle il est parvenu et qui lui a valu de figurer parmi les rares français élus professeurs invités permanents d'une université allemande. Il enseigne depuis 1996 à l'Institut Supérieur des Langues de la République Française (ISLF, Béziers). Il a été nommé citoyen d'honneur de la ville d'Ingersheim en mai 2001. Ce nouvel ouvrage nous expose la didactique de l'immersion à laquelle Jean Petit s'est consacré depuis une dizaine d'années en Alsace, mais aussi dans les autres régions de France où sont proposés des cursus bilingues sur la base du français standard et d'une de nos langues régionales (basque, catalan, corse, breton, occitan). Il nous présente ici non seulement les fondements théoriques, mais aussi les modalités de réalisation pédagogique de cette formule qui révolutionne l'enseignement des langues vivantes. Le livre s'adresse donc aux praticiens engagés dans l'enseignement précoce totalement ou partiellement immersif de nos langues régionales ou de langues étrangères, mais aussi aux parents d'élèves désireux de connaître et de comprendre cette forme d'éducation nouvelle et tous les avantages qu'elle apporte pour le développement cognitif, linguistique et culturel de leurs enfants.

PHILIPPS E., Les luttes linguistiques en Alsace jusqu'en 1945, éd. SALDE, 1986. PROCLAMATION DES REPRÉSENTANS DU PEUPLE : Les Citoyennes de Strasbourg sont invitées de quitter les modes allemandes puisque leurs cœurs sont français. A Strasbourg le 25° Brumaire l'an second de la République une et indivisible. Les Représentants du Peuple près l'armée du Rhin. Signés St. Just et Lebas. " En décidant de retracer, à grands traits, l'histoire linguistiques de l'Alsace jusqu'en 1945 et les luttes qui l'ont marquée, nous n'avons pas voulu nous plonger dans le passé pour n'avoir pas à affronter le présent. C'est en cherchant une explication au présent que nous nous sommes vu confronté avec le passé. En effet la question que l'on ne peut pas se poser lorsqu'on se penche sur le présent de l'Alsace, c'est de savoir comment un homme aussi fier que l'Alsacien, dont la personnalité s'est parfois manifestée de si brillante façon dans le passé, ait finalement pu être tenté de s'abandonner au point de renier ses origines et sa langue, c'est à dire son "moi". Seul le passé pouvait nous fournir des éléments de réponse, un passé qu'il faut connaître si l'on veut non seulement comprendre le présent, mais préserver un avenir alsacien à l'Alsace. "    Eugène Philipps

PHILIPPS E., L'ambition culturelle de l'Alsace, éd. SALDE, 1996. " L'histoire a voulu que l'univers culturel de l'Alsace englobe à la fois l'univers culturel d'expression française et l'univers culturel d'expression allemande. S'étendant de l'Atlantique jusqu'au cœur de l'Europe - en passant par Paris, Strasbourg, Berlin, sans oublier Lyon ou Marseille, Genève ou Lausanne, Zurich ou Berne, Vienne ou Graz, avec des ramifications dans plusieurs autres pays européens - il est l'un des plus vastes et des plus riches au monde. A l'heure de l'union européenne et après les bouleversements qui, à partie de 1989, ont modifié le visage de l'Europe et étendu considérablement notre champ de vision, il s'agit maintenant pour l'Alsace de s'enraciner profondément et durablement dans son univers culturel, tout son univers culturel. Une ambition fort ancienne de l'Alsace, mais qui, dans un contexte nouveau, prend une dimension nouvelle. Le français est la clef d'accès à l'univers culturel d'expression française. L'allemand est la clef d'accès à l'univers culturel d'expression allemande. L'accès à l'univers culturel de l'Alsace, dans sa totalité, repose sur la connaissance du français et de l'allemand. Dans ce livre les problèmes de langue, notamment ceux que pose l'existence de l'allemand dialectal et standard en Alsace, occupent une large place. C'est que seule la maîtrise de l'allemand et évidemment du français permet aux alsaciens de se mouvoir librement et sans aucune entrave intellectuelle dans l'univers culturel qui est le leur."  Eugène Philipps

PHILIPPS E., Nostalgies Blut und Boden?, éd. SALDE, 2000. Nostalgies "BLUT UND BODEN"  ?  En publiant à l'automne 1999 son "petit livre", Main basse sur ma langue, Robert Grossmann, élu RPR et Vice-président du Conseil Régional d'Alsace, poursuivait sans doute plusieurs objectifs. Mais c'est " cette fameuse Charte" (européenne des langues régionales ou minoritaires), dont il est un adversaire résolu, qui l'aurait fait monter sur les barricades. Cependant et assez curieusement, l'analyse de cette Charte et les problèmes qu'elle soulevait dans le contexte alsacien d'aujourd'hui ne prennent guère plus qu'une quinzaine de pages. D'ailleurs, on a vraiment quelque peine à comprendre qu'une charte qui se propose, entre autres choses, de donner au sein de l'Union Européenne une existence légale aux langues " régionales "  ferait  " main basse "  sur " l'alsacien " -  " la " langue de Robert Grossmann, même si, en l'occurrence, il ne s'agit pas d'une langue dans le plein sens du terme, mais d'un ensemble de dialectes. A la vérité, la Charte a servi de prétexte à notre auteur pour lancer d'inqualifiables attaques contre plusieurs personnalités de premier plan, notamment contre l'ancien recteur Pierre Deyon et également contre des auteurs et écrivains, dont Robert Grossmann sait qu'ils ont une autre conception que lui de la convivialité qui doit régner entre des citoyens libres et solidaires d'une grande République comme la France. Tous les moyens étaient bons pour porter atteinte à la réputation d'un certain nombre d'entre nous. En bon Alsacien, si l'on peut dire, Robert Grossmann a cherché à nous dénigrer devant l'opinion publique en nous accusant sournoisement de souhaiter en secret le retour de l'Alsace à l'Allemagne et, qui pis est, d'être au fond des adeptes de l'idéologie nazie Blut und Boden ! Il ne pouvait être question pour moi d'accepter sans réagir une accusation aussi perfide.    Eugène Philipps

POTEAU S., LESER G., Albert Schweitzer, homme de Gunsbach et citoyen du monde, éditions du Rhin, Mulhouse 1994.

REYNAUD M.; MALAREWICZ J.A., La souffrance de l'homme, Une approche globale du fonctionnement psychique. Albin Michel 1996. "...L'être humain est constamment l'objet d'un processus où interviennent des éléments différents et complémentaires. Nous sommes, en effet, à tout moment, la résultante d'une série de forces spécifiques, en perpétuelle interaction, telles que les déterminismes génétiques et environnementaux précoces, les mécanismes biologiques, psychologiques et psychosomatiques de gestion de stress, un environnement familial plus ou moins protecteur ou traumatisant. Toutes les approches réductrices que nous avons dénoncées séparent ces différentes forces et privilégient l'une d'entre elles. Selon nous, les cliniciens devraient être capables d'intégrer, autant que possible, ces différents phénomènes qui sont autant de caractéristiques du vivant : - aussi bien dans l'analyse du sujet en souffrance, ce qui implique des représentations multifactorielles et interactives du fonctionnement psychique normal ou pathologique ; - que dans les réponses thérapeutiques où ces éléments doivent, eux-mêmes, se situer dans ce processus interactif; les cliniciens doivent donc concevoir leurs différents actes thérapeutiques dans une complémentarité et une continuité. Cela devrait donc conduire dans l'idéal de la pratique, à une véritable démarche intégrative à la fois sur les différents plans épistémologique, clinique et thérapeutique. En reprenant tous ces paramètres que nous avons l'un après l'autre, détaillés tout au long de ce livre, il est alors possible de schématiser de la façon suivante l'apparition d'une pathologie, d'un trouble psychique. A la suite de cette analyse des composants et des déterminismes de l'apparition de la souffrance psychique, il est possible de distinguer cinq grands pôles de causalité habituellement invoqués dans l'apparition d'une pathologie psychique : - une des évolution marquantes de la psychiatrie actuelle met en valeur le poids de la génétique et de la biologie dans chacun de ces troubles. Nous l'avons longuement évoqué; - la pensée psychanalytique a démontré depuis un siècle maintenant, la part des relations précoces mère-enfant et des traumatismes de l'enfance. Ces données ont été relayées et confirmées par les éthologistes; - l'importance de la synergie corps esprit, ignorée par Descartes, a été redécouverte par la psychanalyse et confirmée par les différentes approches psychosomatiques et, nous l'avons vu par la neuro-endocrinologie. Les connaissances sur les mécanismes de gestion du stress ont été relayées  par les découvertes les plus récentes des neurobiologistes, et notamment par celles qui concernent les relations entre les émotions et les cognitions. La faillite du contrôle émotionnel dans l'apparition des troubles psychiques et psychosomatiques n'est plus contestée; - les mécanismes de la permanente et nécessaire adaptation aux modifications de l'environnement ont été décrits par les cognitivocomportementalistes , ainsi que leurs défaillances. Ils ont particulièrement éclairé les erreurs survenant dans le traitement de l'information et les comportements inadaptés qui en résultent. Les mécanismes d'adaptation; d'intégration et d'apprentissage doivent donc être systématiquement envisagés; - les systémiciens, s'appuyant sur les théories de la communication, ont démontré l'importance du contexte familial et social dans l'apparition et surtout le maintien des troubles psychiques, notamment au travers de la notion d'homéostasie. Par un tout autre cheminement, le rôle du stress, des traumatismes et des événements vitaux a été confirmé par les psychophysiologistes, spécialistes du stress et par les épidémiologistes. Il conviendra donc, pour chaque pathologie, d'envisager la part respective de ces différents phénomènes..."

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RIEDWEG E., OBERLE R., GUTHMANN F., FISCHER R., BRUANT B., BOEGLIN E., S.I.R.P., Mulhouse en France 1798-1998, Deux siècles de volonté humaine, éditions du Rhin, L'Alsace, 1998. ...Le paternalisme des industriels protestants : Paul Hazard dans la Crise de la conscience européenne (Fayard, Paris, 1978) écrit : il y a une espèce d'inaptitude aux affaires dans la religion papiste; tandis qu'au contraire, parmi les réformés, un plus grand zèle favorise leur inclination au commerce et à l'industrie, étant donné qu'ils considèrent la paresse comme illégitime (...) Le marchand, qui va prendre dans la société européenne une place de plus en plus considérable, passe sans remord, sans scrupule, sans hésitation de son comptoir à son temple, le front haut, sûr d'obéir à son double devoir, fier d'assumer à la fois sa place présente sur la terre et sa place future au ciel. Le propos s'applique pleinement au Mulhouse du 19°siècle. De même, d'ailleurs, Edmond About, auteur célèbre, passe à Mulhouse et s'en trouve tout remué : aucun sacrifice à la mode, rien qui puisse éveiller l'envie dans le cœur des passants ; mais on devine un intérieur confortable. Nous sommes dans une ruche de bourgeois laborieux qui se marient de bonne heure, qui ont beaucoup d'enfants et qui vivent en famille. Un désœuvré serait de trop ici, il ne saurait où passer son temps ici, on n'y connaît que des plaisirs sévères; on y voit des musées, des écoles, des bibliothèques, des laboratoires, une salle de conférence et point de théâtre. Le casino, grandiose et bien décoré, éteint son gaz bien avant l'heure où les clubs s'éveillent à Paris. La jolie promenade du Tannenwald est déserte en semaine. Je n'y ai rencontré qu'un jeune prêtre lisant son bréviaire. (témoignage portant sur les années 1860-1870...). C'est bien entendu, du patronat mulhousien et des milieux réformés en général dont il est question dans une ville où dès 1830 les catholiques généralement ouvriers des manufactures, sont majoritaires. Le tableau est là, loin d'être idyllique. Au début du 19° siècle, alors que les Koechlin et leurs amis ferraillent pour la liberté et contre la Restauration, les ouvriers ont bien d'autres sujets de préoccupation. Les salaires suffisent à peine pour se nourrir, mais il faut également s'habiller et se loger. D'ailleurs, les logements sont rares à Mulhouse, les logis misérables, malsains, de véritables taudis, voire des caves, pour des familles entières. Les conditions de travail ne sont guère plus reluisantes, l'hygiène est inconnue, l'air vicié. une journée de travail ne comporte pas moins de quatorze à seize heures, de cinq heures du matin à huit ou neuf heures le soir. Pas de droit d'association ni, a fortiori, de grève, aucun moyen de défense ni possibilité de dialogue. Corvéable à merci, l'ouvrier est encore plus mal loti lorsqu'il est... une femme ou un enfant de six ans !  Plus préoccupé jusque-là des grands combats politiques que de la condition ouvrière, le patronat mulhousien, sous l'impulsion de la Société Industrielle, entame vers 1830 son grand tournant social : aide aux femmes en couches, logements ouvriers, dispensaires pour les enfants, restaurants et magasins bon marché, création de caisses d'épargne et de prévoyance, maisons de retraite... Napoléon III, pourtant peu suspect d'une particulière tendresse à l'égard du patronat qui l'exècre, concède : si l'on pouvait faire cela partout, quel apaisement cela produirait dans les esprits et quelle éloquente réponse au socialisme. Cette réponse patronale est dictée par un strict souci moral. Si les manufacturiers protestants de Mulhouse créent les cités ouvrières, ce n'est pas simplement par pure philanthropie !  La commodité, la propreté d'un logement influent plus qu'on ne le supposerait d'abord peut-être sur la moralité et le bien-être d'une famille. Celui qui ne trouve chez lui qu'un misérable taudis, sale, en désordre, où il ne respire qu'un air nauséabond et malsain, ne saurait s'y plaire et le fuit pour passer au cabaret une grande partie du temps dont il dispose. Ainsi son intérieur lui devient presque étranger et il contracte bientôt de funestes habitudes de dépenses dont les siens ne se ressentent que trop et qui aboutisse presque toujours à la misère. En 1828; le Dr Penot publie le Discours sur quelques recherches de statistiques comparées faites sur la ville de Mulhouse. En 1836, Emile Souvestre, écrivain et professeur, fait paraître dans la Revue de Paris un article qui décrit, comme l'a fait le Dr Penot, la misérable condition des ouvriers : il n'est pas rare de voir deux ou trois familles habitant la même maison et vivant dans la plus hideuse promiscuité. Les filles de fabrique que fatiguent le travail et la pauvreté tâchent de devenir mères pour trouver une place de nourrice dans une maison bourgeoise. Partout où l'industrie a entassé la matière humaine, la corruption n'a pas tardé à s'y mettre; l'accroissement des salaires ne serait pour l'ouvrier qu'un meilleur moyen pour nourrir ses vices. Le mal est plus profond : il ne tient pas seulement à une question d'économie politique, mais à la constitution de la société tout entière. René Villermé, ancien chirurgien des armées napoléoniennes, vient étudier le monde ouvrier à Mulhouse , ce qui en dit long sur la réputation de la ville à cette époque ! Son étude paraît en 1840 et sera d'ailleurs largement citée par Paul Lafargue dans son droit à la paresse plus de quarante ans plus tard, pour... y condamner plus sûrement l'aliénation en régime capitaliste. Villermé décrit une multitude de femmes pâles maigres, marchant pied nus au milieu de la boue et qui faute de parapluie, portaient renversé sur le tête lorsqu'il pleuvait leur tablier ou leur jupon de dessous, pour se préserver la figure ou le cou, et un nombre encore plus considérable de jeunes enfants non moins sales, non moins hâves, couverts de haillons, de l'huile des métiers, tombée sur eux  pendant qu'ils travaillaient (...) , cachant sous leur veste un morceau de pain pour se nourrir en route. Le soir, tous tombaient de fatigue et se levaient le matin sans avoir pu vraiment se reposer. Noirs tableaux qu'il n'était pas nécessaire de noircir encore. Le patronat mulhousien, décrit comme un vil et cynique exploiteur par Paul Lafargue, méritait-il cet excès d'indignité ? En tous les cas , force set de reconnaître que sous l'influence d'hommes comme le Dr Penot ou encore le Dr Paul Curie, adepte de Saint-Simon, les manufacturiers mulhousiens eurent très tôt de réelles préoccupations sociales. Celles-ci sont incontestables et ont marqué une d'une empreinte durable le paysage urbain. D'ailleurs, Bismarck - après l'annexion de l'Alsace par l'Allemagne - reconnaîtra bien volontiers l'aspect avant-gardiste des initiatives mulhousiennes dans ce domaine. Avec le recul et dès Lafargue et la montée des idées socialistes dans l'opinion, il a été de bon ton de dresser de sévère réquisitoires contre le paternalisme de la fabricantocratie mulhousienne. Curieux procès pour une cause incertaine : le patronat de ce temps était majoritairement en Europe, conservateur, peu préoccupé de la condition ouvrière, indifférent à la misère de ses salariés. Le mérite incontestable des manufacturiers mulhousiens aura été - dans l'esprit de l'époque - de se soucier du logement , de la santé des travailleurs de leurs usines, d'avoir une vraie préoccupation sociale. Si l'on évoque souvent, un peu à tord et à travers, le modèle mulhousien, c'est là qu'il faut le chercher... pour le trouver. Pierre Larousse, qui publie à partir de 1864 les premiers fascicules de son Grand Dictionnaire universel du 19° siècle, ne s'y trompe pas. Il consacre des notices extrêmement élogieuses aux initiatives mulhousiennes, lui qui s'intéresse tant à l'économie, au travail des femmes et des enfants et se proclame implicitement "socialiste". Pierre Larousse rappelant les conclusions du Dr Villermé - apparemment bien informé sur ce point comme sur tout le reste -, conclut : Depuis l'époque où M.Villermé faisait ces constatations, les choses ont bien changé à Mulhouse et de notables améliorations ont été apportées à la condition des travailleurs. Le patronat mulhousien était d'autant plus enclin à un authentique paternalisme que la masse des ouvriers pouvait se révéler à l'usage totalement incontrôlable, le cas le plus typique d'émeute se situant au 26 juin 1847: Le Bäckefest - fête des Boulangers - la plus violente explosion sociale du 19° siècle à Mulhouse...

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                 ... " Je crois pouvoir vous prédire que par le commerce, l'industrie, l'activité persévérante, les encouragements que vous donnera la France, votre ville s'élèvera au rang d'une cité considérable ". Cette prophétie de Jean-Ulrich Metzger, commissaire du Directoire qui mena les négociations pour la réunion de Mulhouse à la France, s'avéra juste. L'ancienne petite cité indépendante alliée aux cantons suisses, devint, au sein de la République française, une capitale industrielle. La prophétie a gardé toute sa force, toute sa justesse. Aujourd'hui comme hier, Mulhouse se mobilise pour répondre aux nouveaux enjeux économiques et sociaux et aborder le XXI° siècle avec confiance. Aujourd'hui comme hier, elle mise sur ce qui fait son génie et sa singularité : sa capacité de travail, son "activité professionnelle". Ce génie n'a pu s'épanouir que grâce à une formidable faculté d'ouverture à l'autre et de tolérance qui lui a permis par exemple, de voir sa population doubler à chaque génération entre 1798 et 1866 ! Mulhouse n'est pas une création de la nature. Elle est le fruit du travail de l'homme, de tous ces hommes venus de vingt horizons différents pour lui apporter leur force de travail, leur savoir-faire et leur énergie créatrice. Ils ont fait de Mulhouse une ville dont l'identité est la somme de leurs identités, une ville dont l'essence même et la force sont dans la diversité.         Eugène Riedweg et collaborateurs

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REUSS Rodolphe, La Sorcellerie en Alsace aux 16° et 17° siècle, éd. du Rhin, 1987. Un observateur attentif des courants de pensées, des interrogations  et des intérêts de la société présente, constate sans grand effort un engouement certain pour la sorcellerie, la magie; une attirance nette pour l'occulte, le caché et le mystérieux. Pris en tenaille entre le développement tout azimut de la technologie et des sciences, et l'angoisse ; entre la civilisation matérielle et les élans spirituels, confrontés aux inquiétudes de l'avenir, l'homme d'aujourd'hui cherche à réconcilier l'être avec le monde, et de nouvelles raisons de vivre plus.

ROLLET Catherine, MOREL Marie-France, Des bébés et des Hommes. Traditions et modernité des soins aux tout-petits, éd. Albin Michel 2000. Où qu'il naisse, un bébé a besion d'être nourri, lavé, porté, aimé. En étudiant les manières d'accoucher, d'allaiter, de bercer, d'habiller, de guider les premiers pas et de soigner les tout-petits au cours des siècles et dans le monde entier, Catherine Rollet et Marie-France Morel mettent en résonance les apports de l'histoire et de l'anthropologie. Il n'y a pas une mais mille manières d'élever un bébé. les plus lointaines ne sont pas forcément les moins bonnes, et les bébés des pays développés les plus heureux du monde. A l'ère du tout-médical, les pratiques d'autrefois et d'ailleurs peuvent éclairer les mères, les pères et les professionnels de la petite enfance. elles devraient avant tout leur donner à réfléchir et à inventer.    

SCHMID Mathias, Tiroler Maler zwischen Paznaun und München, Zum irdischen Glück fehlt...der Segen der Kirche, Mathias Schmid Museum Ischgl Tirol Östereich, 1999.

SCHMIDLIN J.-P, Unser Wortschatz, Les mots retrouvés, éd. Oberlin, 2000.

SCHMITT Paul, Mulhouse au 19°siècle, La montée du catholicisme, éd. Coprur, 1992. L'histoire de la ville de Mulhouse occupe une surface impressionnante sur les rayons des bibliothèques alsatiques. Toutes les périodes un peu dignes d'intérêt y sont inventoriées, explorées, étudiées, sous les titres les plus divers. Un volume essentiel manquait sous la rubrique "vie religieuse", après les nombreuses études consacrées à la Réforme. Le chanoine Paul Schmitt a résolu de combler cette lacune. Son dernier ouvrage, "Mulhouse au 19°siècle, la montée du catholicisme", traite de la lente renaissance d'une paroisse catholique dans l'un des fiefs les plus fervents du protestantisme, entre 1798 et 1870. Depuis le début du 16°siècle, en effet, la cité gagnée toute entière à la foi nouvelle avait banni la religion catholique hors de ses murs. Son annexion à la France mit fin à cette hégémonie sans partage, ouvrant une ère nouvelle de progrès et de tolérance. Déployant sa verve et son érudition coutumière, Paul Schmitt brosse dans ses moindres détails un tableau dynamique de la société mulhousienne au 19°siècle. Il nous présente un à un les auteurs et les acteurs des profondes mutations qui la révolutionnèrent, des capitaines d'industrie protestants, détenteurs du pouvoir politique, aux masses ouvrières, plongées dans la misère et le désarroi moral. Dans ce contexte haut en contrastes, il retrace le laborieux essor de la communauté catholique et les principaux épisodes de la confrontation permanente entre les deux confessions. Or, si celles-ci ont su trouver un équilibre intelligent, un mode de cohabitation harmonieux, sauront-elles le préserver des tensions sociales, économiques et politiques, inévitables dans ce creuset de toutes les différences portées à ébullition ? Au-delà des statistiques et de l'analyse, loin de la caricature et de toute polémique, Paul Schmitt explore un champs d'études particulièrement vaste qui guide le lecteur à travers l'espace et le temps. Non content d'exposer les faits, d'annoncer les défis et de signaler les résultats de la ville et de ses habitants au fil des décennies, il en dissèque les mentalités, en explique les actes et les réactions avec une prudence méticuleuse. Est-il besoin de préciser que sa grande expérience d'historien met l'auteur à l'abri de la partialité et de toute spéculation ou approximation. Plus qu'un récit académique, "Mulhouse et le catholicisme" se révèle un authentique témoignage de la vie quotidienne à Mulhouse, au lendemain de son plus important rendez-vous avec l'histoire.

SCHWEITZER A., Selbstdarstellung, Verlag Heitz et Cie, Strassburg.

SCHWEITZER A., Mitteilungen aus Lambarene, Verlag Heitz et Cie, Strassburg.

SCHWEITZER A., Zwischen Wasser und Urwald, Verlag Paul Haupt, Bern 1926.

SCHWEITZER A., Afrikanische Geschichten, Verlag Paul Haupt, Bern 1939.

SCHWEITZER A., Aus meinem Leben und Denken, Felix Meiner Verlag, Hamburg 1980. Es scheint mir, dass das Werk in Lambarene zu einem bedeutsamen Teil Flucht vor unserer moralisch versteinerten und seelenlosen Kulturtradition gewesen ist - ein Übel, dem gegenüber der einzelne machtlos ist. Nicht gepredigt und gewarnt hat er und nicht geträumt davon, dass sein Beispiel Vorbild und Trost für unzählige werde. Einfach aus innerer Notwendigkeit hat er gehandelt. Am Ende muss doch ein unzerstörbarer guter Kern in vielen sein, sonst hätten sie nie seine schlichte Grösse erkannt. Albert Einstein

SCHWEITZER A., Die Mystik des Apostel Paulus, J.C.B. Mohr (Paul Siebeck), Tübingen 1981. Das Pauluswerk gehört ohne Zweifel zu den bedeutesten Büchern über den Apostel Paulus, und das Prädikat " genial " ist kaum zu hoch gegriffen. H. Goos, Albert Schweitzer, Grösse und Grenzen, 1974.

SCHWEITZER A., Les grands penseurs de l'Inde, Payot, St Amand 1990. L'éthique, c'est la reconnaissance de notre responsabilité envers tout ce qui vit. Il y a deux sortes de mystiques : l'une se déduit du principe de l'identité de l'Esprit universel, l'autre découle de l'éthique. La mystique de l'identité, qu'elle soit indienne ou européenne, n'est pas éthique et n'est même pas à même de le devenir. On peut bien lui prêter un caractère éthique en attribuant une nature éthique à l'Esprit universel. Mais, sitôt que la pensée s'écarte, fût-ce d'un cheveu, de la constatation que l'esprit universel et l'Univers sont un mystère insondable pour nous, elle cesse d'être sur le chemin de la vérité. La pensée indienne moderne s'efforce de donner à la mystique de l'identité le caractère et la signification d'une mystique éthique. Elle y réussit aussi peu que Maître Eckart (environ 1260-1327) qui fit jadis la même tentative pour la mystique européenne. Les greffes de l'éthique ne prennent pas sur la mystique d'identité. La mystique née de l'éthique, par contre, peut admettre que l'Esprit universel et le monde restent un mystère insondable pour nous. N'ayant pas besoin de donner une explication au monde, elle n'entre jamais en conflit avec la connaissance du réel. Tandis que la mystique de l'identité n'accorde que fort peu d'estime à la science, se vantant de posséder une connaissance intuitive et immédiate du monde à côté de laquelle toute autre connaissance devient insignifiante, la mystique éthique reconnaît la valeur de toute connaissance. Elle sait que toutes les recherches et découvertes de la science ne peuvent qu'approfondir le secret que tout ce qui existe est volonté de vivre. La mystique de l'éthique se réclame de la "docte ignorance" (docta ignorantia) dont parlent les mystiques du Moyen âge. La docte ignorance de la mystique éthique est ignorance en ce qu'elle se résigne à ne rien comprendre au mystère qu'est le monde. Elle est docte en ce sens qu'elle sait que la seule chose qu'il nous soit possible de savoir et que nous ayons besoin de savoir, c'est que tout ce qui existe est vie et qu'en nous dévouant pour les autres êtres nous réalisons l'union spirituelle avec l'Infini qui porte en lui toutes les existences. La mystique éthique ne cherche pas à comprendre pourquoi l'Esprit universel prend connaissance de lui-même dans le pauvre esprit humain. Elle s'en tient humblement à la constatation que le pauvre esprit humain communie avec l'Esprit universel et trouve dans cette communion richesse, joie et paix. Dans la mystique éthique,  l'homme possède, comme des biens inaliénables, la plus grande spiritualité et le plus grand idéalisme. Plus la pensée de l'Inde deviendra éthique, moins elle pourra se contenter de l'interprétation éthique d'une mystique qui , par sa nature même, n'est pas éthique, et ne peut le devenir. Tôt ou tard, elle se trouvera amenée à abandonner cette mystique pour la mystique née de l'éthique Albert Schweitzer

SCHWEITZER A., Kultur und Ethik, Beck, München 1990. Ich habe in diesem Buche die Tragödie des bisherigen Suchens nach Weltanschauung geschrieben und selber einen neuen weg zur Weltanschauung beschritten. Wo das abendländische Denken zu keinem Ziele gelangte, weil es sich nicht resolut in die Wüste des Skeptizismus hineinwagte, durchwandere ich diese Wüste ruhigen Mutes. Sie ist ja nur ein schmaler Streifen, der der ewigen Oase elementarer , aus dem Denken über den Willen zum Leben kommender Weltanschauung vorgelagert ist. Indem ich auf diese neue Weise zur Weltanschauung zu gelangen suche, bin ich mir bewusst, damit nur mannigfache Ansätze zu dieser Denkweise, die in dem bisherigen Suchen nach Weltanschauung zutage getreten waren, zusammenzudenken und zu Ende zu denken. In dieses Buch aber lege ich auch meine Überzeugung hinein, dass die Menschheit sich in einer neuen Gesinnung erneuern muss, wenn sie nicht zugrunde gehen will. Ich vertraue ihm auch meinen Glauben an, dass diese Umwälzung sich ereignen wird, wenn wir uns nur entschliessen, denkende  Menschen zu werden. Albert Schweitzer.

SCHWEITZER A., BRESSLAU H., Die Jahre vor Lambarene, Briefe 1902-1912, C.H.Beck, München 1992. Der Briefwechsel zwischen Albert Schweitzer und Helene Bresslau, seiner späteren Frau, musste lange als verschollen gelten. Vor einigen Jahren wurde er wieder entdeckt, hier wird er zum ersten Mal veröffentlicht. Er ist ein grossartiges menschlisches Zeugnis aus der Zeit, in der sich diese beide Menschen, denen berufliche Erfüllung und Erfolg in Europa offengestanden hätten, zur Arbeit in Afrika entschlossen- ein Lebensdokument aus den "Jahren vor Lambarene". 

 "Was ich will, das kann kein Hirngespinnst sein. Dafür bin ich zu realistisch. Aber ich will mich aus diesem bürgerlichen Leben befreien, das alles in mir töten würde, ich will leben, als Jünger Jesu etwas tun. Das ist das Einzige, woran ich glaube - und an deine Freundschaft. Denn auch an sie glaube ich ! Aber die Leute lassen ja nicht zu, dass man aus dem Gewöhnlichen heraustritt, dass man sich aus seinen natürlichen Bindungen löst. Ja, aber ich würde darin zugrunde gehen. Ich muss mich daraus lösen."    Albert Schweitzer an Helene Bresslau, 26.02.1905.

SCHWEITZER A., Six essais sur Goethe, traduction et introduction de Jean-Paul Sorg, Études Schweitzeriennes, ACM éditions, Boofzheim 1999.

SCHWENGLER B., L'Alsace bilingue, Jérôme Do Bentzinger Editeur mai 2000.

UNGERER Tomi, A la guerre comme à la guerre, Dessins et souvenirs d'enfance, éd. la nuée bleue, 1992. A New York, j'avais un ami d'origine juive. Il était né à Auschwitz, ses parents y étaient morts, il y avait survécu les six premières années de sa vie. Que sont mes anecdotes comparées à une tragédie pareille ? La guerre nous a épargné, ma famille, mes proches et moi. Grâce à la ruse et au bon sens de ma mère, nous avons survécu à un régime totalitaire normalisé par le quotidien. Ce livre pourrait paraître un affront primesautier aux grands drames de la misère, de la violence et de la torture. Mais si je parle de cette époque comme on parle de grandes vacances, c'est que gamin j'ai cru assister, avec le détachement de l'enfance, simplement à un spectacle, comme de nos jours mes enfants regardent le télévision. J'ai au moins appris la relativité de la condition humaine, et je suis devenu un pacifiste à ma façon. Il n'y a pas d'antidote au préjugé, à la haine, à l'injustice, sinon la prise de conscience personnelle qui nous dicte nos devoirsTomi Ungerer.

UNGERER Tomi, Mon Alsace, Texte de Paul Boeglin, éd. la nuée bleue, 1997. Chaque Alsacien porte dans son cœur une Alsace qui lui est chère, faite de souvenirs d'enfance, de paysages, d'émotions, de souffrances aussi. Lorsqu'on s'appelle Tomi Ungerer, cette Alsace intime devient un somptueux miroir dans lequel chacun retrouve tout à la fois sa petite histoire personnelle et un grand morceau d'humanité. Car Tomi Ungerer, l'un des plus grands artistes de sa génération, est autant Alsacien enraciné que citoyen du monde. Tendresse et provocation, humour et nostalgie : quand Tomi Ungerer dit "Mon Alsace", c'est d'une région gaie, colorée, sentimentale, complexe, ambiguë parfois, qu'il nous parle. Et d'amitié aussi. Pour Tomi - Paul Boeglin le montre dans son texte complice et incisif - l'enthousiasme et la générosité sont les moteurs de la vie. 

VIGEE C., Un Panier de houblon, la verte enfance du monde, èd. J.C.Lattès, 1994. Fable-océan, genèse, saga familiale, cette "verte enfance du monde" tient de tout cela. Certes cette communauté juive alsacienne de l'entre deux guerres, si riche de ses particularismes, de ses traditions et de ses croyances, n'existe plus. Mais Claude Vigée y est né, y a grandi, et voilà que revivent toutes ces petites gens, merciers, colporteurs, ramasseurs de houblon. Personnages hauts en couleur, récits cocasses, dramatiques, tendres, toute cette vie de l'Alsace, modeste et destinée à l'oubli, nous revient en pleine lumière. De la même manière que Balbec et Méséglise, par la grâce de Proust, ne quitteront plus notre imaginaire, de la même manière Seebach et Bischwiller, par celle de Claude Vigée, appartiendront à notre mémoire.

VIGEE C., La maison des vivants, éd. la nuée bleue, 1996. Claude Vigée, qui a donné le long récit de ses souvenirs intimement liés à l'histoire de sa famille en Alsace dans Un panier de houblon, reprend les photos qui ont ravivé sa mémoire. Il les mêle à cette méditation sur le temps qui passe sur les êtres, les liens entre les humains, les effets de l'Histoire sur l'histoire d'une famille juive en Alsace et plus particulièrement autour de Bischwiller où il est né. La maison des vivants est le nom du cimetière, en hébreu ; elle prête son titre à ce livre d'images, de poésie aiguë et de prose serrée et lumineuse, méditation ludique sur le travail et le sens du temps.

VOGLER B., Histoire des chrétiens d'Alsace, éd. Desclée 1994. La grande nouveauté de cet ouvrage est qu'il traite ensemble les catholiques et les protestants, avec une attention particulière à leurs relations parfois conflictuelles. A ce clivage confessionnel, auquel il faut ajouter l'importance des juifs, l'Alsace doit son originalité, politique et sociale, culturelle et spirituelle. L'affirmation d'une forte identité régionale dépend pour une bonne part de cette situation spécifique. Ce livre fait l'histoire des clercs, pasteurs et théologiens, mais plus encore celle du peuple chrétien avec ses pratiques, ses mentalités et ses sensibilités. Ainsi restitue-t-il le paysage concret qui exprime le christianisme en Alsace : églises et monastères, croix rurales des régions catholiques, art sacré, cantiques populaires, etc.     

VOGLER B., Histoire culturelle de l'Alsace, éd. la nuée bleue 1993.

VOGLER B., Histoire politique de l'Alsace, éd. la nuée bleue 1995.

WALTER H., L'aventure des langues en occident, éd. Robert Laffont, Paris 1994. " La répartition des langues ne semble pas créer de situations conflictuelles au Luxembourg : l'allemand est considéré, avec le français et le luxembourgeois, comme la langue de l'administration et de la justice, tandis que le français reste, sans poser de problèmes, la seule langue de la législation. Il est vrai que, depuis le 14° siècle, le Luxembourg connaît une longue tradition française, car les souverains du grand-duché avaient été élevés à la cour des rois de France. Les chancelleries des comtes du Luxembourg avaient abandonné assez tôt le latin pour le français et l'allemand, et elles avaient établi un bilinguisme écrit dès l'époque où, en 1354, le Luxembourg était devenu un duché. Ce bilinguisme de l'écrit s'est perpétué de nos jours, où il est même devenu un trilinguisme, car la grande presse donne les nouvelles et les analyses politiques en allemand et en français, présente les annonces administratives ou officielles uniquement en français, tandis que les annonces publicitaires et le carnet mondain, ainsi que le courrier des lecteurs, sont rédigés indifféremment dans les trois langues du pays. Le luxembourgeois, de son côté, n'a qu'une courte tradition écrite, qui ne date que de 1825. En 1850, une orthographe officielle a été proposée, qui tente de rapprocher les principes de l'orthographe de l'allemand et ceux du français, qui sont les deux langues principales de l'école. A l'école maternelle, on emploie le luxembourgeois, puis l'allemand, mais, dès l'âge de sept ans, l'enseignement se poursuit en français pendant tout le primaire et le secondaire. L'enseignement ne se fait pas en luxembourgeois, mais cette langue est enseignée comme une matière indépendante depuis 80 ans à l'école primaire, et depuis 50 ans dans le secondaire. C'est à l'école que s'opère, apparemment en toute sérénité, le passage de l'unilinguisme (tout luxembourgeois) au trilinguisme (luxembourgeois - allemand - français). Un bon exemple de ce trilinguisme naturel est offert par les séances dans les tribunaux : les témoignages y sont prononcés en luxembourgeois, les plaidoiries en français et le verdict est rédigé en allemand. Enfin, la langue de la télévision du Luxembourg est le français, mais la radio accueille les trois langues. Pays de cohabitation linguistique sereine, le Luxembourg pourrait sans doute servir de modèle pour tous les pays attachés à la diversité de leurs langues. "     Henriette Walter

WEBER J.J., Sur les pentes du Golgotha, Un prêtre dans les tranchées, éd. La Nuée Bleue 2001. Lorsque la Grande Guerre éclate , le jeune abbé Jean Julien Weber est appelé sous les drapeaux. Officier, il combat à la tête de ses hommes. Il affronte la mort et le danger en Alsace, à Notre dame de lorette, dans les Vosges et la Marne. Prêtre et soldat, il a "conscience, comme l'écrit Mgr Joseph Doré, de répondre à un devoir qui est celui de sa tâche et de sa responsabilité de combattant luttant pour son pays. A chaque page, cependant, on sent le prêtre. On le sent dans le souci qu'il se fait pour ses hommes, dans la volonté d'être fidèle à ses obligations sacerdotales...". De 1916 à 1919, pendant les convalescences qui suivent blessures et maladies, Jean Julien Weber écrit des carnets de route. Sans fioritures ni effets, il raconte l'enfer des tranchées et des bombardements, la mort et le long calvaire des combattants pris sous les déluges de fer et de feu. Jean Julien Weber (1888-1981) fut évêque de Strasbourg de 1945 à 1966. assistant au trône pontifical à partir de 1958, il est nommé archevêque à titre personnel en 1962 et fait des interventions remarquées au concile Vatican II.

ZELLER A., STUSSI P., La France enfin forte de ses régions, Glossaire engagé de la décentralisation, Préface de Raymond BARRE, éd. Gualino, Paris 2002. Crise de l'État, décentralisation, collectivités territoriales, démocratie, République, régions, égalité, environnement, gouvernance : autant de mots qui scandent désormais le débat public autour des réformes dont la France a tant besoin. Mais quelles réalités recoupent-ils vraiment ? Comment concilier le besoin d'État et d'égalité et l'aspiration à plus de responsabilités ? L'auteur y répond en nous invitant à mieux connaître les collectivités territoriales pour mieux saisir leur rôle d'avenir dans ce vaste " chantier ", toujours différé, de la réforme de l'État. Le lecteur trouvera dans cet essai les définitions des concepts liés à la décentralisation et les réflexions et propositions fortes et cohérentes formulées par un responsable politique. Sous la forme d'un " glossaire engagé ", Adrien Zeller exprime ses convictions par une approche didactique autour d'une idée-force pour la France : une République moderne et un État vraiment décentralisé.

CASSETTES VIDEO, CD-ROM et CD :

- FAVART M., Les Alsaciens ou les deux Mathilde, une saga familiale à travers un siècle d'Histoire de l'Alsace, la sept-arte-france3-swf-sr-sdr-wdr-tsi-pathétélévision 1996.

- HUBER C., FISCHBACH M., ZIMMERMANN, D' bronchiolit, Rund um, FR3 Alsace, Strasbourg 1998.

- HUBER C, PRADEL J., SIMONETTA B., Bilinguisme Paritaire Précoce, émission TV Santé-vie, Paris 2001.

- HUBER , DAUL, DOVE, BASTIAN, Bilinguisme paritaire français-allemand en école maternelle d'Alsace en 2002, "12-14", journal télévisé d'actualité régionale. FR3 Alsace, Strasbourg 27/02/02.

- PFLIMLIN Pierre, Alsacien et militant de l'Europe, Centre Régional de documentation pédagogique d'Alsace, 1997.

- Le Monde Diplomatique 1984-1998, CD-ROM.

- MULLER Germain, HIRLE Mario, s' beschte vum Barabli, FR3 Alsace, Institut National de l'audiovisuel, Strasbourg 1994.

- SCHULTZ E., 900 Jahre Hildegard von Bingen, Südwestfunk Video, Baden-Baden 1997.

- VAN DORMAEL J., Le huitième jour 1996.

 

ANNUAIRES (Alsace et Afrique):

http://www.google.com/ (mon moteur de recherche préféré...)

http://www.alsannuaire.com/ (annuaire alsacien)                                         

http://www.woyaa.com/ (annuaire africain)                                                 

http://www.africa.u-bordeaux.fr/links/SANTE/more2.html (annuaire africain)

http://www.africances.com/famille.asp  (annuaire africain)

http://www.okoume.net/annuaire/pages/ (annuaire gabonais)

http://www.internetgabon.com/Gabon_S.htm (annuaire de santé au Gabon)

http://www.burkinet.com/38.html (annuaire burkinabé)

http://www.mylinea.com/aedev/ (internet et développement durable)

http://www.echangesante.com (médecine et francophonie)

http://www.afrik.com (actualités africaines)

http://www.multimania.com/mvejan/ (site de Jan Mve, Gabon)

http://geocities.com/gabonlines/homepage.htm (découverte du Gabon)

http://www.mylinea.com/mayotte/ (portail internet de l'Océan Indien)

http://bible.gospelcom.net/bible?language=french (BIBLE EN LIGNE)  NEW

http://www.catholiens.org/fiches.asp?N=683&x=1 (sites "catholiens")

http://www.vatican.va/ (site plurilingue du Saint-Siège)

http://www.sdv.fr/judaisme/perso/vigee/ (Claude Vigee)

Musique : mademoiselle chante le blues (Patricia Kas)

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