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             BIBLIOGRAPHIE "Afrique":

                      ANNUAIRES (Alsace et Afrique):

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Vol Paris-Libreville avec survol du Sahara et du Mont Cameroun.Maison Liebermann, vie quotidienne et bord de mer à Libreville. Mission Saint-Louis à Port-Gentil (photos C.H., 1993). 

AMARTYA SEN, Un nouveau modèle économique, Développement, Justice, Liberté, éd. Odile Jacob 2000 NEW . Pour que chacun vive mieux, faut-il toujours plus de richesses ? Ou bien faut-il se soucier aussi du développement humain et de la liberté ? Telle est la question cruciale que pose cet ouvrage, qui renoue avec le style et l'ambition des grandes oeuvres économiques des siècles passés. Amartya Sen a reçu en 1998 le prix Nobel d'économie pour ses recherches novatrices, mais aussi parce qu'il a su redonner une dimension éthique aux débats qui font rage autour des grands problèmes économiques d'aujourd'hui. Voici , pour la première fois accessible à tous, une brillante synthèse de ses idées les plus fortes.

AMBOUROUE-AVARO J., Un peuple gabonais à l'aube de la colonisation, Le Bas Ogowe au 19°siècle, Karthala 1981. J. AMBOUROUE-AVARO a appartenu à la première génération des Africains qui ont entrepris de reconstruire le passé de leur continent. Remarquée lors de sa soutenance en 1970, sa thèse constitue aujourd'hui la base du présent ouvrage. Depuis 10 ans, le travail d'AVARO avait déjà valeur de source. IL a souvent été cité dans les études récentes sur le Gabon, alors qu'il n'existait qu'en quelques exemplaires dactylographiés. AVARO lui-même est mort tragiquement en 1978 sans avoir vu la diffusion, chez ses compatriotes gabonais, des connaissances et des idées auxquelles il tenait tant. L'effort d'AVARO a porté principalement sur l'étude minutieuse et érudite d'une région du Gabon : le Bas-Ogowe et plus précisément le royaume orungu. Il s'est particulièrement attaché à situer la crise culturelle qui a accompagné la colonisation et la difficulté des Gabonais à reconstruire leur personnalité. AVARO a opéré une véritable percée qui a permis de mieux appréhender la vision interne des sociétés africaines et la logique de leur évolution. Il a notamment montré comment la logique organique d'une civilisation originale, qui avait lentement construit sa culture en équilibre avec le milieu naturel, s"est trouvée évincée par l'irruption des valeurs d'échange, avec la poussée concomitante vers des rapports abstraits entre individus, la massification, l'uniformisation, l'entropie. L'étude d'AVARO dégage le sentiment d'un combat urgent et nécessaire à mener pour rendre la primauté, dans un cadre évidemment changé, aux valeurs d'usage et à la convivialité, caractéristiques des cultures et des sociétés africaines.

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Port-Gentil: Hôpital Général, ex "Nouvel hôpital" et bord de mer, Mission Saint-Louis, hôtel et base nautique, amis d'Albert Schweitzer au Gabon, vie quotidienne dans les quartiers populaires. Départ de Port-Gentil (photos C.H et Roland Ribière, 1993). 

BLANCHE S., L'infection à VIH de la mère et de l'enfant, Flammarion, Paris 1998.

BRAZZA Pierre Savorgnan, Au coeur de l'Afrique, Vers la source des grands fleuves 1875-1877, éd.Phébus 1992. Un officier de 22 ans aux allures de prince oriental, muni de maigres subsides et escorté d'une poignée de compagnons, cherche à percer le secret des voies d'eau qui conduisent jusqu'au centre du continent noir. Le cours inférieur du Congo étant barré par une suite de cataractes, il a choisi de remonter, plus au nord, l'immense Ogooué. On est en 1875 et, comme la plupart des voyageurs de son temps, le jeune Brazza pense que tous les grands fleuves d'Afrique prennent leur source dans un vaste lac juché sur la crête Congo-Nil, véritable mer intérieure protégée par une chaîne de sommets inaccessibles. Sa route le conduira vers de tout autres aventures : il sera le premier (malgré Stanley, son grand rival) à ouvrir une voie d'accès entre la côte et l'énorme bassin du moyen Congo; mais surtout , chemin faisant, il travaille inlassablement à la libération des esclaves... Celui dont la légende veut qu'il ait conquis un empire sans tirer un coup de fusil- ce qui est presque vrai-dénoncera ensuite les méfaits de la colonisation et sera prudemment mis à l'écart. Nous frappe aujourd'hui, à le lire, le bel entêtement d'un homme qui jamais ne voulut renoncer aux rêves généreux de son enfance (ses talents de prestidigitateur lui ouvrent d'emblée le coeur des Africains). Cette fidélité aux puissances de l'imaginaire confère à son récit une aura de magie familière qui est celle des meilleurs romans de Jules Verne.

BRAECKMAN C., Rwanda Histoire d'un génocide, ed.Fayard 1994. En quelques semaines, un million de Tutsis, de Hutus du Sud, d'opposants, d'intellectuels ont été massacrés, et deux millions se sont enfuis en terre étrangère. Tout cela dans l'assourdissant silence des puissants de ce monde, qui n'avaient pourtant rien ignoré de ce qui se tramait : ni la minutieuse préparation du crime, ni l'assassinat qui le déclencha, l'attentat qui coûta la vie au président du Rwanda et à son homologue du Burundi, ni l'impuissance des casques bleus. Il fallut attendre l'exode et l'intervention controversée de la France pour que l'opinion se réveille, s'émeuve, s'interroge. Alors, puisque rien n'a été fait quand il était encore temps, il est bon de rappeler le fatal enchaînement du malheur, d'en éclairer les origines et le déroulement. Afin que l'on se souvienne.

BROWN L.R., L'état de la planète 1991, World Watch Institute, Economica, Paris 1991.

BURTON R., SPEKE J., Aux sources du Nil, La découverte des Grands Lacs africains 1857-1863, éd. Phébus 1988. Depuis Ptolémée et pendant près de deux mille ans, voyageurs et géographes tentèrent en vain de résoudre l'énigme du Grand Fleuve. Marchands d'esclaves et trafiquants avaient eu beau remonter son cours sur près de cinq mille kilomètres, nul n'avait pu dire où il prenait sa source. Au début du siècle dernier encore, personne n'osait seulement penser que celle-ci était à chercher dans l'hémisphère sud, par-delà une chaîne de volcans couverts de neiges éternelles. Il faut dire qu'à l'époque, cette Afrique des montagnes, défendue par des fortifications naturelles réputées infranchissables, était totalement inconnue des Européens. Burton et Speke seront les premiers à forcer les portes de ces contrées situées quasi hors du monde, lieu d'une fascinante civilisation de rois pasteurs dont les fastes barbares évoquent irrésistiblement le climat politique des Mines du roi Salomon.

CAMUS A., La peste.

COMMISSION SOCIALE DE L'ÉPISCOPAT, Albert ROUET, président, SIDA, La société en question. Des parents, des soignants, des personnes malades, des institutions, des personnalités s'expriment. Déclaration de la Commission sociale. Bayard éditions 1996. Le sida agit sur les personnes et sur la société comme un révélateur. Parce qu'il tient en échec la toute-puissance médicale, parce qu'il se véhicule par le sang et le sexe, sources et symboles de vie, parce qu'il désigne mortellement des conduites spécifiques. Face au défi que cette maladie lance aux hommes, deux attitudes sont possibles : le repli ou la mobilisation, l'exclusion ou la solidarité. Partant d'un rapport d'experts (selon une démarche déjà adoptée pour les questions du chômage et du logement), les évêques de la Commission sociale de l'épiscopat ont voulu rassembler un éventail de contributions le plus large possible en misant sur l'attitude de solidarité et de mobilisation lucide de tous, croyants ou non-croyants.

COMITE NATIONAL DE LUTTE CONTRE LE SIDA ET LES MST AU GABON, Yannick Dombi ou le choix de vivre, éd. Multipress-Gabon et SIED, Libreville 1992.

COHEN D., Richesse du monde, pauvreté des nations, Flammarion, Paris 1997.

DEDET C., La mémoire du fleuve, L'Afrique aventureuse de Jean Michonet, Phébus Paris 1984. Orphelin à 14 ans de pionniers dont il a connu tous les déchirements, le métis Jean Michonet sera tour à tour : recruteur de main-d'œuvre pour les compagnies forestières (il écume le sud du Gabon, alors inexploré), expert en serpents et anti-venins, forestier, infirmier des lépreux, initié notable du bwiti, la société secrète la plus spécifique du Gabon, puis encore grand chasseur de crocos, conseiller de Léon M'Ba... L'incroyable existence de ce dernier témoin d'une Afrique en train de disparaître qui, avec lucidité et courage, a vécu jusqu'au bout l'aventure de ses deux composantes raciales, sans en renier aucune, passionnera le lecteur comme elle a fasciné l'écrivain Christian Dedet, compagnon de Michonet et auteur de cette "histoire vraie" 

DERIB, Jo, Fondation pour la vie, Suisse 1991.

DESQUESSES G., CLIFFORD F., L'Almanach de Jean de La Fontaine 1695-1995, Exacompta Paris 1994.

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DIAMOND Jared, Guns, Germs and Steel, a short history of everybody for the last 13000 years, Jonathan Cape, London 1997. Jared Diamond new book is nothing less than an enquiry into the reasons why Europe and the Near East became the cradle of modern societies -eventually giving rise to capitalism and science, the dominant forces in our contemporary world- and why, until modern times, Africa, Australasia and the Americas lagged behind in technological sophistication and in political and military power. The native peoples of these continents are still suffering the consequences. Diamond shows definitively that the origins ot this inequality in human fortunes cannot be laid at the door of race or inherent features of the peoples themselves. He argues that the inequality stems instead from the differing natural resources available to the people of each continent. Those regions endowed with the largest number of domesticable wild animals and plants, and with shapes and locations most suitable for cultural innovation and diffusion, gained a permanent lead over others. Eventally they were able to destroy less well-endowed societies through their deployment of the emblematic trio of guns (the military power of the modern state), germs (originating especially from diseases of domestic animals, hence eliciting resistance in Eurasians through long association), and steel (scientifically-guided production processes). An ambitious synthesis of history, biology, ecology and linguistics, Guns, Germs and Steel is written with a light and sure touch that will guarantee it a wide public. It is one of the most important and humane works of popular science to have appeared since the Second World War.

DUMONT R., Pour l'Afrique j'accuse, Terre Humaine, Plon, Paris 1986.

DUMONT R., Un monde intolérable, le libéralisme en question, Seuil, Paris 1988.

DUMONT R., Mes combats, Terre Humaine, Plon, Paris 1989.

DUMONT R., Misère et chômage libéralisme ou démocratie, Seuil, Paris 1994.

ELF, L'empire d'essence, fric, politique, barbouzes et pétroleuses...Enquète sur un super scandale d'Etat, les dossiers du Canard enchainé 1998.

ENGELHARD P. avec l'équipe d'ENDA, L'Afrique miroir du monde? Plaidoyer pour une nouvelle économie, Arléa, Paris 1998. "L'idée d'Afrique est la plus neuve qui soit", affirme Philippe Engelhard. Revenant du continent africain, où il vit depuis vingt ans, l'auteur de L'Homme  mondial" plaide dans ce livre pour une politique économique nouvelle et, au fond, pour une autre économie. Ce travail passionné, pédagogique et rigoureux, fruit de dix ans de réflexions, que Philippe Engelhard a partagé avec ses amis d'ENDA, s'inscrit en faux contre les clichés ethnographiques et les mirages du libéralisme. Il entend faire de la lutte contre la pauvreté du continent africain un levier de croissance économique et de changement. L'Afrique y est perçue comme un double miroir, qui renverrait au monde l'image caricaturée de sa pauvreté, de ses dérélictions et de ses logiques pernicieuses, mais aussi le reflet d'un autre futur, dont elle constituerait le laboratoire. Cette idée tiendra ses promesses si nous laissons le continent noir reprendre l'initiative dans la société et la politique, mais aussi dans l'économie.

FAURE E., D'autres terres en vue, l'école des lettres, Le Seuil, Paris 1995. L'ÂME  NOIRE OU VERTU DU RYTHME. ...Quant aux danses sexuelles, au cours de qui hommes et femmes restent toujours séparés, ce qui les différencie déjà  de la façon la plus nette des jeux européens analogues, à qui donner la palme -  j'entends la palme de moralité : au Noir qui stylise sa sensualité sans équivoque, ou au Blanc, qui pratique sans style sa luxure dissimulée ? Le Noir ne mêle pas souvent à sa sensualité trop profonde, trop intérieure, l'élément érotique qui complique celle de l'Arabe, ou spirituel qui donne une physionomie si singulière à celle de l'Européen. Il me fait ici songer à la femme, comme tout à l'heure à l'enfant. C'est de sa sensualité que dérivent sa vanité, sa curiosité, sa jalousie sentimentale, ses bavardages, son intuition du vrai et du possible, son esprit de sacrifice, son amour de la servitude; C'est elle qui a fleuri en art dans l'âme de tous les hommes, sans doute par l'intermédiaire de l'Égypte et, antérieurement à l'Égypte, des migrations préhistoriques du continent africain. Le peuple noir a fourni son humus à la végétation lyrique de l'humanité. Traînée de feu des danses primitives qui ont discipliné pour la chasse et la guerre, pour la religion et la loi les hommes de toutes races. Musique des hordes en marche qui s'élance, et qui s'insinue dans les veines, et fait bondir le sang du cœur pour rythmer la volonté et les impératifs inexorables. Jeu silencieux des droites et des courbes, équivalences sensuelles des plans, des profils, des volumes qui ont construit, avec les habitations, avec les meubles, avec les temples, le modèle concret des associations entre les hommes. Couleurs vives, contrastes puissants, interpénétration des ondes chromatiques dont la hantise a imposé aux sensibilités encore fraîches les relations subtiles entre les formes et les sentiments. Éclosion dans les centres supérieurs de la conscience de ces relations spiritualisées pour édifier les grandes harmonies verbales de l'intelligence et de la foi. Voûte grandiose de l'esprit étendue comme un ciel sur l'humble territoire des instincts, des taches obscures, du travail ingrat des laboureurs, des artisans, des mères, si ces pauvres multitudes noires méprisées de tous, dévastées par les maladies, la servitude, la faim, ravalées au niveau des bêtes, maudites de la Bible, avaient vraiment jeté vos fondements dans les sables mouvants et les marécages de la première aurore humaine ? Et si cette certitude nous pénétrait tous un jour ? Serait-ce assez de leur tendre la main ?  

L'ÂME JAPONAISE OU LE MEILLEUR MASQUE.  ...Le Japon n'a pas emprunté à l'Europe une parcelle de son esprit. Il lui a emprunté des méthodes et c'est tout. Une arme, en somme. Cela pour obéir à un impératif d'instinct qui assure, au contraire, la protection de son génie, en attendant son expansion. L'imitation de l'art européen elle-même n'aura qu'un temps, comme n'a eu qu'un temps l'imitation par l'Europe de l'art japonais, dont le naturalisme et l'impressionnisme ont épuisé la vertu. Le Japon n'en conservera, quand l'heure en sera venue, que des procédés matériels. Les conversations qu'il échange avec nous depuis un siècle ont déjà transporté le problème de nos relations du domaine de l'art proprement dit dans celui de l'esthétique, parce qu'elles nous amènent à rejeter l'emprunt réciproque des techniques pour étudier les retentissements intérieurs que l'usage des techniques a développé en nous. Quel est le rôle du Japon, dans cette confrontation entre l'Europe et l'Orient dont le caractère dramatique s'accentue ?  On me croira sans peine si j'affirme qu'il dépasse en importance et en gravité des procédés de dessin, d'ameublement, de costume, ou même de métallurgie et de construction navale. Le Japon, c'est la Grèce de l'Asie.     Élie Faure

FERRO M., Histoires des colonisations des conquêtes aux indépendances, 13°-20°siècle, ed.Seuil 1994. Pour la première fois, un historien présente et analyse l'ensemble des phénomènes de la colonisation depuis leur origine jusqu'à leur fin - voire leur survivance. Marc Ferro traite de toutes les pratiques coloniales des Européens, russes y comprises, mais également de la colonisation arabe, turque, japonaise, pour établir leurs points communs, leurs différences. le point de vue des ex-colonisés est présenté, et pas seulement la vision européo-centrique de l'histoire ou celle des vainqueurs - avec les silences des uns et des autres... Mettant l'accent sur le nouveau type de sociétés et d'économies nées de cette expansion puis de ce repli, l'auteur montre enfin comment les mouvements d'indépendance ont eu leurs effets télescopés par la mondialisation de l'économie, et plus récemment par un phénomène qu'il appelle l'impérialisme multinational.

GAULME F., Le Gabon et son ombre, Karthala 1988.

GEBER M., L'enfant africain dans un monde en Changement, étude ethno-psychologique dans huit pays sud-africains, Presses Universitaires de France, Paris 1998. Chargée par l'OMS d'étudier les répercussions de la malnutrition sur le développement du petit africain, j'ai été très vite confrontée à des coutumes, des traditions que j'ignorais et qui parfois me surprenaient. Il m'est apparu essentiel de bien connaître celles-ci et aussi leur importance sur le développement de l'enfant sain. J'ai commencé par étudier des enfants du même âge que les petits malades (âge du sevrage, de 10 mois à 3 ans). L'avance remarquable au cours des deux premières années m'a amenée à examiner des nouveau-nés et aussi à suivre des enfants jusqu'à l'adolescence. Pour mieux préciser l'influence du maternage, de l'éducation, j'ai observé des enfants de différents milieux sociaux, de différentes ethnies, de différents pays. Je n'étais pas enfermée dans un plan rigoureusement préétabli, j'ai essayé de résoudre les questions au fur et à mesure qu'elles se posaient à moi. C'est cette expérience si riche, étalée sur presque 40 ans, et qui m'a tant apporté sur le plan humain qui est relatée ici. Marcelle Geber.

GENTILINI M., Médecine Tropicale, Flammarion, Paris 1993.

GENTILINI M., Tempérer la douleur du monde, éd.Bayard 1996.

GOETZINGER, JONSSON, KNIGGE, L'Avenir perdu, Les humanoïdes associés, Genève 1992.

GLUCKSMANN A., La fêlure du monde, Ethique et sida éd. Flammarion 1994. Oui il existe une responsabilité humaine, éthique et juridique du savant face aux formidables pouvoirs que la science moderne lui confère. Ni Einstein, ni Sakharov, ni Oppenheimer n'ont estimé déshonorant de rendre compte, en citoyens, des capacités dont ils dotaient, en chercheurs, les États. Oui, il existe une responsabilité propre au corps médical et à l'ensemble des spécialistes de la santé, qui manipulent des puissances vitales et létales. Le transfuseur, au même titre que l'employé de Tchernobyl, décide pour partie, du futur de l'humanité. Oui, il existe une responsabilité de chacun : le sida réveille les questions fondamentales; la plus intime, celle de la confiance que se portent deux êtres qui s'aiment; la plus sociale, dans une situation où, fût-ce à son insu, tout homme, toute femme peut en même temps aimer et tuer.   André Glucksmann

HUBER C., Aspects actuels des problèmes de santé en Afrique: le cas particulier du Sénégal, Thèse de doctorat en médecine, Faculté de Strasbourg, année 1984 n°321.

HUBER C., CADRIN, LASSENY, Guide Pratique pour la santé de la famille, éditions ELF-Gabon, Port-Gentil(Gabon) 1986.

HUBER C.et M.C., LAUTIER F., Étude rétrospective des motifs d'admission et des principales causes de mortalité au service de Pédiatrie de l'Hôpital de Port-Gentil(Gabon) de juin 1985 à mai1986, Bulletin de la société de Pathologie exotique, 1987, pages 674-681, Paris.

HUBER C.et M.C., LAUTIER F., DESRENTES M., Les intoxications aiguës par le pétrole chez l'enfant au Gabon, Bulletin de la Société de Pathologie exotique, 1987, pages 682-688, Paris, et Médecine d'Afrique Noire, 1987, 34, pages 8-9.

HUBER C., Conduite à tenir devant les broncho-pneumopathies aiguës du nourrisson et de l'enfant, symposium des laboratoires Diamant, Hôtel Mercure Mulhouse, avril 1990.

HUBER C., Une dyspnée grave du nourrisson: un cas de myocardite aiguë à virus coxsackie, Rencontres Médicales du Centre Hospitalier de Mulhouse, novembre 1991.

HUBER C., Albert Schweitzer et la médecine tropicale, Cahiers Albert Schweitzer n°85 septembre 1991, pages 15-25, Strasbourg.

HUBER C., Perforation d'une oesophagite mycotique au cours d'une endoscopie, mémoire d'attestation d'études d'endoscopie digestive et de proctologie pédiatrique,Université Paris 7, Faculté Xavier Bichat 1992.

HUBER C., Suivi des enfants de mères séropositives VIH au Centre Hospitalier de Mulhouse, communication à la 7° journée des pédiatres du Haut-Rhin, septembre 1996, Soultz.

HUBER C., Le SIDA en Afrique considéré comme maladie de civilisation (1ère partie), Etudes Schweitzeriennes, printemps 1998, n°8, éditions Oberlin, Strasbourg.

HUBER C., Le SIDA en Afrique considéré comme maladie de civilisation (2ème partie), Cahiers Albert Schweitzer n° 119-120, août-décembre 2000, Strasbourg.

HUBER C., Le SIDA en Afrique considéré comme maladie de civilisation, poster présenté au congrès euro-sud africain de pédiatrie ESAPEC, octobre 1999, Cape Town(Afrique du Sud). 

HUBER C., Le SIDA en Afrique considéré comme maladie de civilisation (comptes-rendus de missions au Gabon et en Afrique du Sud), Archives de Pédiatrie 2000, pages 687-688, Paris.  NEW

HUBER C., POIZAT H., Le SIDA en Afrique, la maladie du désespoir, l' Alsace 10 août 2000, Mulhouse. 

HUBER C., Le bilinguisme paritaire français-allemand à l'école maternelle et primaire de Rixheim : bilans d'étapes, Trait d'union, revue d'information municipale, Rixheim 1996-2000.

HUBER C., Bilan d'étape en l'an 2000 des écoles bilingues paritaires français allemand de Rixheim, de l'essai de sauvegarde d'une langue régionale, l'alsacien, à l'éducation au respect des cultures et patrimoines de l'Europe et du Monde: enfants d'Alsace et citoyens du Monde? Land un Sproch, les cahiers du bilinguisme n°134-2000, pages 10-11, Strasbourg.  NEW

HUNTINGTON S.P., Le choc des civilisations, éd.Odile Jacob, Paris 1997. Menacé par la puissance grandissante de l'islam et de la Chine, l'Occident parviendra-t-il à conjurer son déclin ? Pour  Samuel Huntington, les peuples se regroupent désormais en fonction de leurs affinités culturelles. Les frontières politiques comptent moins que les barrières religieuses, ethniques, intellectuelles. Au conflit entre les blocs idéologiques de naguère succède le choc des civilisations... Le livre qu'il faut lire pour comprendre le monde contemporain et les vraies menaces qui s'annoncent... "Le livre le plus important depuis la fin de la guerre froide."   Henry Kissinger

ILIFFE J., Les Africains, Histoire d'un continent, éd. Aubier 1997. Ce livre est une histoire générale de l'Afrique, des origines de l'humanité jusqu'aux élections générales de 1994 en République Sud-Africaine. Les Africains ont été, et sont toujours, ces pionniers qui ont colonisé une région particulièrement hostile du globe au nom de toute la race humaine. En cela réside leur principale contribution à l'histoire. Le peuplement du continent, la coexistence de l'homme avec son environnement, la construction de sociétés durables et la défense contre les agressions venues des régions plus favorisées constituent les thèmes centraux de l'histoire africaine. John Ilife consacre un chapitre important de son ouvrage à l'esclavage : la souffrance se trouve au cœur de l'expérience africaine. Contre cette souffrance, les Africains ont élaboré des défenses qui leur sont propres : ils placent l'endurance, le courage et le sens de l'honneur au premier plan de toutes les vertus. On trouvera ici l'histoire exceptionnelle de populations exceptionnelles : celles du Maghreb, de l'Égypte, de l'Éthiopie, de toute l'Afrique Noire - une communauté de destins qui lie en une seule histoire les tout premiers êtres humains à leur descendants actuels. 

JEAN-PAUL 2, Dix repères pour l'an 2000, éd. Desclée de Brouwer, J.-C. Lattès 1994. LA FOI, Est-il nécessaire de croire ? L'ÉGLISE,  A quoi sert-elle ? LA PRIÈRE, Temps perdu ou temps pour Dieu ? L'AMOUR, L'amour humain, l'amour divin. L'HISTOIRE, l'Église entre grâce et péché.  LE MAL, Le pardon est-il possible ? LE TRAVAIL Pourquoi le travail humain ? LE MONDE, Naufrage ou salut de la planète ? LA PAIX, Faut-il se résigner à la guerre ? LES RELIGIONS, l'Église catholique a-t-elle le monopole de la vérité ? 

JOINET B. et MUGULOLA T., Survivre face au sida en Afrique, Karthala 1994. "Ce livre est le fruit d'une histoire, celle de mes rencontres avec le sida". Ainsi écrit Bernard Joinet, prêtre et psychologue, qui, depuis plus de dix ans, en Tanzanie, est en contact quotidien avec les séropositifs, les malades du sida et, plus largement avec des jeunes découvrant leur sexualité. Il a vécu le désespoir et la souffrance de beaucoup d'entre eux; il a vu leur mort. Refusant la fatalité de l'épidémie, comparée à une inondation, l'auteur estime que beaucoup peuvent s"en sortir, en se hissant à bord d'un bateau, celui de leur choix. Autrement dit, il y a plusieurs solutions de prévention et de guérison. Chacun peut les choisir selon son âge, son sexe, son éthique personnelle, sa religion et ses traditions culturelles. Écrit dans une langue directe et imagée, le livre contient des dessins simples et humoristiques de Theodore Mugulola, un artiste tanzanien. Il met à la portée de tous des données scientifiques complexes, vérifiées ou complétées en collaboration avec des spécialistes du traitement médical du sida. A la fois synthèse médicale sur le sujet et guide pour la prévention et les soins, cet ouvrage s'adresse ainsi bien aux jeunes qu'aux adultes, et particulièrement aux éducateurs, aux professionnels de santé, aux parents.

JOLY Eva, Notre affaire à tous, Les arènes, Paris 2000.  NEW  Un désir de justice ne suffit pas. Il faut comprendre l'univers dans lequel nous vivons. Ce que j'ai vu, de la protection de l'enfance jusqu'aux instructions financières, a changé mon regard. Chaque jour en Europe, des magistrats découvrent la pointe émergée d'un iceberg. Un monde nouveau se dessine. J'aimerais que chaque lecteur comprenne le sens de cette histoire. Pour que la justice devienne notre affaire à tous.

KROP P., Le génocide franco-africain, ed.J.C.Lattès 1994.Rwanda,  printemps 1994. Sur les écrans de télévision, dans le monde entier, éclatent les images terribles d'un massacre programmé. En France, l'opinion publique atterrée découvre le poids d'une insoutenable culpabilité. Celle de ses dirigeants. En ce mois de mai, Pascal Krop décide de dire sa révolte et son dégoût. Depuis des années, dans les colonnes de l'Événement du jeudi, il dénonce, sans relâche, la dérive de la politique française sur le continent noir. Journaliste d'investigation, spécialiste des services secrets, il a exploré tous les méandres de ce que la 5°république nomme pudiquement le "domaine réservé". Y règnent en fait la gabegie, la corruption et le crime. Le désastre rwandais n'est que l'aboutissement d'un système porté, cette dernière décennie, à son absolu pourrissement. Vient l'automne et avec, l'atmosphère délétère d'une fin de règne. Le manuscrit, achevé, est un brûlot. Mais les génocides ignorent le calendrier politicien des démocrates. A travers ce pamphlet implacable qui va de révélation en révélation, c'est l'Afrique qui parle et qui dresse le réquisitoire.

KRUGMAN P.R., La mondialisation n'est pas coupable, vertus et limites du libre échange, La Découverte, Paris 1998. On attribue souvent à la mondialisation des échanges une bonne partie des maux économiques et sociaux qui frappent nos sociétés. La concurrence entre pays développés est perçue comme une lutte sans merciles moins dynamiques risquent définitivement d'être éliminés de la course. La désindustrialisation du Nord est attribuée à la concurrence irrésistible du Sud. Au nom de la "compétitivité" de l'économie nationale, on prône les recettes économiques les plus contradictoires, du protectionnisme à la dérégulation totale. Le livre de Paul Krugman balaye ces clichés trop répandus, à droite comme à gauche. Le commerce international n'est pas un jeu à somme nulle et les échanges bénéficient le plus souvent à tous les partenaires. Les nations ne sont pas des entreprises en concurrence sur le marché mondial et un excédent commercial peut être un signe de faiblesse, comme un déficit peut être un signe de force. La concurrence du tiers monde est sans effet sur le niveau moyen de l'emploi et des salaires. Les taux d'intérêt jouent un rôle beaucoup plus important, et le changement technologique, auquel l'auteur consacre un chapitre particulièrement original, est une des causes principales des évolutions qui nous préoccupent. L'économie mondiale est un système complexe de relations à effets rétroactifs, pas un enchaînement de causes mécaniques à sens unique. Convaincu qu'on peut parler simplement d'économie sans trahir cette complexité, Paul Krugman s'est donné comme défi d'accomplir pour les arcanes du libre échange ce que Stephen Jay Gould a réalisé pour les mystères de l'évolution; La vigueur et la limpidité de ses essais, ainsi que le succès qu'ils ont obtenu aux États-Unis, témoignent de la réussite de son ambition.

LACOUTURE Jean, Jésuites, 1.les conquérants, 2.les revenants, éd. seuil 1991-1992. Peu d'aventures collectives auront marqué notre civilisation aussi puissamment que celle de la Compagnie de Jésus, traversant près d'un demi-millénaire, déployée sur l'ensemble de la planète, auréolée de vrais et de faux mystères, de soupçons et d'intrigues, mais portée par une foi et une énergie invincibles. Réformateurs tenus en suspicion par l'Inquisition, évangélisateurs intrépides du Japon, de la Chine ou du Vietnam, réalisateurs d'utopie au Paraguay, agents universels du papisme, confesseurs des princes, ennemis des jansénistes, éducateurs des "élites", les jésuites ont incarné, à travers les siècles, un christianisme adapté au monde, ouvert à la science profane et audacieusement engagé dans le débat politique, pour le meilleur et pour le pire. De la fondation de l'ordre par Ignace de Loyola en 1540 à sa suppression en 1773 par le pape Clément 14, Jean Lacouture propose ici, avec Les Conquérants, le premier volet d'un diptyque multicolore que complétera l'évocation des Revenants de 1814 à nos jours. En quatorze séquences, il retrace les principaux épisodes de cette histoire prodigieuse et fait surtout revivre les acteurs d'une croisade inlassablement recommencée "pour une plus grande gloire de Dieu". Une multi-biographie monumentale par l'un des plus grands biographes de ce temps.

LAPEYSSONIE, La Médecine Coloniale, Mythes et réalités, Médecine et Histoire, Seghers, Paris, 1988. "9000 formations sanitaires crées et gérées dont 41 hôpitaux généraux, 593 hôpitaux secondaires, 2000 dispensaires ruraux, 6000 maternités, 4 écoles de médecine, 2 écoles d'assistants médicaux, 19 écoles d'infirmiers diplômés, 14 instituts Pasteurs, de grands services mobiles de médecine préventive...", tel est le bilan des soixante années de médecine coloniale française. Un dernier chiffre étonnant : les 5000 "médecins coloniaux" (y compris les pharmaciens et gestionnaires) qui ont vécu cette aventure lui ont donné 750 000 mois de leur vie ! "Qui a fait mieux et où ?", comme le demande le doyen Payet. L'ouvrage de Lapeyssonie ne se borne pas à ce rappel, pourtant nécessaire, des succès et des contraintes physiques, sociologiques, matérielles et pathologiques qui ont pesé sur cette oeuvre, ces dernières n'ayant d'ailleurs pas disparu avec l'indépendance des territoires coloniaux. Il analyse les facteurs qui ont permis l'utilisation optimale des ressources humaines et financières mises en jeu et dont les plus visibles étaient l'unité de doctrine, la cohésion dans l'exécution et le suivi, autrement dit la persévérance dans l'effort. L'histoire ne se répète pas, elle bégaie, a-ton dit. Elle aurait même tendance à bafouiller de nos jours, surtout dans le domaine de l'aide médicale aux peuples malheureux; Cette grande leçon du passé que nous donne ce livre ne pourrait-elle servir à mettre un peu de rigueur dans le discours généreux mais souvent futile qui entoure l'assistance au Tiers monde, comme si l'on voulait ignorer les tristes réalités pour mieux ciseler la beauté de ce qui n'est alors qu'un geste, pour ne pas dire une gesticulation.

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LORENZ K.(Prix Nobel de Médecine 1973), Les huit péchés capitaux de notre civilisation, Flammarion 1973. "Nous avons considéré huit processus distincts mais étroitement liés par leurs causes, qui menacent de détruire non seulement notre culture contemporaine, mais bien l'espèce humaine. Ce sont les suivants : 1°. Le surpeuplement de la terre, qui pousse chacun d'entre nous à s"abriter de la profusion de contacts sociaux d'une manière foncièrement inhumaine, et qui, par l'entassement de nombreux individus dans un espace restreint, provoque inévitablement de l'agressivité. 2°. La dévastation de l'environnement naturel, qui atteint non seulement le monde extérieur dans lequel nous vivons, mais détruit en l'homme même tout respect de la beauté et de la grandeur d'une création qui le dépasse. 3°. La course de l'humanité avec elle-même, qui, pour notre malheur, devient toujours plus rapide avec le développement de la technologie. Cette contrainte du dépassement rend les hommes aveugles aux valeurs véritables et les prive du temps de la réflexion, activité indispensable et proprement humaine. 4°. La disparition de tout sentiment fort et de toute émotion par l'amollissement, les progrès de la technologie et de la pharmacologie provoquant une intolérance croissante à tout ce qui peut entraîner le moindre déplaisir. La disparition simultanée de la capacité de l'homme d'éprouver une joie à laquelle il ne parvient qu'en surmontant des obstacles, au prix d'un dur effort. Le rythme, voulu par la nature, de contrastes balancés entre le flux et le reflux des souffrances et des joies, s'atténue en une imperceptible oscillation, ce qui engendre un ennui mortel. 5°. La dégradation génétique. En dehors "du sens naturel du droit" et de certains restes hérités du droit coutumier, il n'existe pas, à l'intérieur de la société moderne, de facteurs de sélection qui viennent exercer leur pression sur le développement et le maintien des normes de comportement bien que celles-ci deviennent de plus en plus nécessaires avec le développement de la société. Il n'est pas impossible que beaucoup d'infantilismes, qui transforment une grande partie de la jeunesse rebelle d'aujourd'hui en parasites sociaux, soient vraisemblablement d'origine génétique. 6°. La rupture des traditions, résultant du fait que nous avons atteint un point critique où les jeunes générations n'arrivent plus à s'entendre culturellement avec les anciennes, encore moins à s'identifier avec elles; Elles les traitent alors comme un groupe ethnique étranger et les affrontent avec une haine nationale. Les raisons de ce trouble de l'identification viennent avant tout du manque de contacts entre parents et enfants, ce qui déjà chez les nourrissons entraîne des suites pathologiques. 7°. La réceptivité croissante de l'humanité à l'endoctrinement. L'augmentation du nombre d'hommes rassemblés en un seul groupe culturel, s"'ajoutant à l'extrême perfectionnement des moyens techniques conduisent à des possibilités, jamais atteintes dans l'histoire humaine, d'influencer l'opinion publique et de créer l'uniformité des vues. En outre, il faut signaler que la puissance d'une suggestion d'une doctrine, fermement admise, progresse peut-être en proportion géométrique avec le nombre de ses adhérents. Dès maintenant en certains lieux, un individu qui se soustrait délibérément à l'influence des mass media, par exemple à la télévision, passe pour un cas pathologique. Les effets dépersonnalisants de ces moyens sont accueillis avec plaisir par tous ceux qui veulent manipuler les foules. Enquêtes d'opinion, techniques publicitaires et une mode habilement propagée permettent aux magnats de la production, d'un côté du rideau de fer, et aux fonctionnaires, de l'autre côté, d'exercer un pouvoir identique sur les masses. 8°. L'armement nucléaire, qui fait peser sur l'humanité un danger plus facile à éviter que les sept processus décrits ci-dessus. Ces phénomènes de déshumanisation, dont nous avons parlé du premier au septième chapitre, sont favorisés par une doctrine pseudo-démocratique qui affirme que le comportement social et moral de l'homme n'est absolument pas déterminé par l'évolution phylogénétique de son système nerveux ou de ses organes sensoriels, mais qu'il est uniquement influencé par le "conditionnement" qu'il a subi au cours de son ontogenèse du fait de son environnement culturel."      Konrad Lorenz   

LUCOTTE G., Introduction à l'anthropologie moléculaire "Eve était noire", Technique et documentation-Lavoisier, Paris 1990. " Ève était noire". Ce sous-titre provocateur est emprunté à Alexandre Dorozynsky qui, dans un éditorial remarquable, avait très tôt attiré l'attention du grand public sur l'intérêt des recherches en biologie moléculaire relatives à l'origine de notre propre espèce, l'Homo sapiens. Le résultat principal de ces études est que nous proviendrions, comme c'est d'ailleurs le cas pour les autres espèces d'Homo, du continent africain. Ceci n'implique pas cependant que la première femme avait la couleur noire; la pigmentation mélanique corporelle très foncée constituant vraisemblablement un phénomène survenu très récemment au cours de l'évolution humaine.  G. Lucotte

LUGAN B., Histoire de l'Afrique du Sud, éd.Perrin, Paris 1995.

LUGAN B., Histoire du Rwanda, éd.Bartillat,1997.

MAILLARD J., Un monde sans loi, la criminalité financière en images, Stock 1998.

MAYER R., Histoire de la famille gabonaise, Centre Culturel Français St-Exupéry, Sépia Libreville 1992.

MAYOR F., Un monde nouveau, ed.Odile Jacob/UNESCO, Paris 1999.

MANDELA N., Un long chemin vers la liberté, traduit de l'anglais (Afrique du sud) par Jean Guiloineau, ed. Fayard 1995. En 1974, alors qu'il est au pénitencier de Robben Island, Nelson Mandela rédige clandestinement des "souvenirs". C'est ce texte, sorti en fraude, qu'il retrouvera lors de sa libération en 1990, après plus de vingt-sept ans de détention, et qu'il reprendra pour en faire Un long chemin vers la liberté. Nelson Mandela raconte comment le petit campagnard, né en 1918 au Transkei, dans la famille royale des Thembus, va ouvrir le premier cabinet d'avocats noirs d'Afrique du Sud et devenir un des principaux responsables de l'ANC. Ce récit mêle des souvenirs personnels, voire intimes, aux analyses de la situation en Afrique du Sud et aux descriptions des luttes et des combats contre la domination blanche et l'apartheid. L'enfance et les rites d'initiation, la fuite à Johannesburg, le travail dans les mines et les études de droit, le premier mariage et le divorce, puis le second mariage avec Winnie, la découverte du nationalisme africain, les Campagnes de défi, la clandestinité, la lutte armée et la prison. Commencent alors les longues années de travail forcé - treize ans dans une carrière de chaux - , d'attente, mais aussi d'espoir et de luttes. Dans les années 80, le régime d'apartheid bousculé à l'intérieur par la résistance noire, étranglé par les sanctions économiques, n'aura d'autre issue que la négociation. Nelson Mandela, qui est devenu un mythe, sera l'homme clef pour sortir son pays de l'impasse où l'ont enfermé quarante années d'apartheid. Un long chemin vers la liberté  est le récit d'une vie exemplaire entièrement consacrée à l'affirmation de la dignité de l'homme. C'est aussi un document exceptionnel sur un des bouleversements majeurs de cette fin de 20° siècle.

MERLET A., Légendes et histoire des Myéné de l'Ogooué, Centre Culturel Français St-Exupéry, Sépia Libreville-Paris 1990. Les Légendes et l'Histoire des Myéné de l'Ogooué sont celles des populations du Bas-Ogooué, de son delta et du fameux Cap Lopez du 16°siècle aux années 1870. C'est la représentation, dans l'imaginaire collectif des Myéné de l'Ogooué, des migrations séculaires qui les ont menés sur le fleuve et à la côte Atlantique. C'est aussi la relation de la découverte aventureuse de ces peuples à travers les écrits des navigateurs du 17° et 18°siècle et surtout ceux des Officiers de Marine, des commerçants et des naturalistes du 19°siècle de 1840 à 1870. Bien plus tard, le docteur Schweitzer portera Lambaréné à la célébrité mondiale. L'Histoire ne l'avait cependant pas attendu. Cent ans avant le "Grand Docteur", le village de Lambaréné, capitale des Enenga et celui d'Adolinanongo, capitale des Galwa sont au cœur même du commerce précolonial (traite et troque) de l'aire gabonaise et s'apprêtent à vivre deux grands bouleversements historiques : l'arrivée des migrations fang et les débuts de l'expansion européenne en Afrique équatoriale. Ce sera l'irruption des inexorables mécanismes historico-économiques du Nord dans le "merveilleux et le sacré" de ce poétique univers de forêts, de lacs et de rivières innombrables qui est celui des Myéné de l'Ogooué.           

MORIN E. et NAIR S., Une politique de civilisation, éd. arléa 1997.

MORLEY D., Pédiatrie dans les Pays en Développement, Problèmes Prioritaires, Flammarion, Paris 1977. 

MUNZ W., Albert Schweitzer dans la mémoire des Africains, Études Schweitzeriennes n°5, ed.Oberlin, Strasbourg 1994. Le Dr Walter Munz, né en 1933, a pendant dix ans travaillé comme médecin à l'Hôpital de Lambaréné et à l'heure actuelle il continue d'agir au sein du Comité de la Fondation Internationale. Il a bien connu Schweitzer lors des quatre années de son premier séjour au Gabon et gagné sa confiance. Au point que, de son vivant encore, en 1964, lui fut confiée la direction médicale de l'Hôpital. Par ses contacts quotidiens avec les Noirs, principalement les patients et leur famille, mais aussi avec de nombreux responsables de la jeune république du Gabon, le médecin suisse a acquis une connaissance approfondie de l'âme africaine. Le Gabon, dit-il, est devenu comme sa seconde patrie. S'étant donné la peine d'apprendre les deux langues principales qui sont parlées dans la région de Lambaréné, il a pu recueillir directement des témoignages précieux. Nous avons sur Schweitzer beaucoup de témoignages, donnés par des hommes de tous horizons, que son oeuvre et sa personnalité touchèrent au plus profond d'eux-mêmes, mais on n'avait pas encore vraiment dit quelle impression il fit sur les Africains et quel souvenir leur en reste aujourd'hui, plus de 25 ans après sa mort. Walter Munz est le premier à avoir enquêté méthodiquement dans ce sens, au cours de plusieurs séjours, entre 1987 et 1991. Dans ce livre il réussit à faire entendre la voix des Noirs et montre combien l'exemple de Schweitzer reste vital pour eux, avec quelle force il se trouve enraciné dans leur conscience et leur mémoire. De nombreux souvenirs personnels recoupent ou complètent ceux qu'on retenus les Africains.  

NDONG MBENG H.F., Les Matitis, ed.Sepia, St Maur 1992. Les Matitis, ce sont ces agglomérats de planches et de tôles que les urbanistes qualifient d'"habitat spontané". On les trouve dans toutes les métropoles d'Afrique, et même dans celles qui, comme Libreville, ont été marquées par le miracle économique. Hubert Freddy Ndong Mbeng, 19 ans, est un enfant des Matitis. scolarité interrompue pour cause de pauvreté, il entreprend de composer sur cet univers dont il se retrouve prisonnier. Un univers décrit sans démonstration, ni dénonciation - autre que celle de l'humour. Les conditions de l'espace et du temps sont ici celles du labyrinthe et de la détresse. Pas d'histoire dans ce récit, puisqu'on est dans l'Histoire, pas de psychologie, puisqu'on est dans l'Aventure, celle de ces héros de la défaite que sont Mancipri et Guy Mara, les jeunes de la troisième rue Derrière l'École Normale, et tous les hauts fonctionnaires de la Sogachom - la Société Gabonaise du Chômage - et les Hybrides ratés, et ces femmes en permanente recherche de maris pour en avoir eu de trop nombreux. Mais ce livre n'est pas un reportage, c'est un texte dans lequel l'écriture prend elle-même une allure héroïque, pleine de tensions rythmiques, de leitmotive, impassible à ce qu'elle décrit, détournant la syntaxe et le vocabulaire en fonction de ces deux seuls impératifs : l'Afrique et l'Adolescence. Hubert Freddy Ndong Mbeng est né en 1973, près d'Oyem, au GabonYves de la Croix

ROQUES R.P., Le pionnier du Gabon J.-R.Bessieux, Spes Paris 1956.

RAWIRI G. COHEN M., Le train de la forêt vierge, Berger-Levrault Paris.

RUSHDIE S., Furie, éd. Plon 2001.  NEW  La furie s'est emparée du monde, de New York, du Professeur Malik Solanka. Ce dernier a fui l'Angleterre, laissant derrière lui une femme et un enfant, et s'est établi à Manhattan pour se "déprendre et se refaire". Mais recommencer de zéro est tout un art quand on est poursuivi par des spectres, des furies, des souvenirs. Délaissant l'histoire des idées qu'il enseignait dans le Vieux Monde pour la fabrication d'étranges poupées pensantes aussitôt médiatisées, Solanka découvre d'autres poupées, de sang et de chair celles-ci, subissent la colère d'un mystérieux assassin, le Tueur au panama. Gravitant autour du Professeur, des femmes aussi ingénieuses que belles vont tenter de sauver Solanka de cette furie qui le dévore de l'intérieur : la mystérieuse Mila et ses jeux érotiques à la limite du pervers, et la somptueuse Neela, la plus belle femme du monde, qui se sacrifiera au bout de la planète, pour que Solanka puisse retourner chez lui, dans l'espoir de retrouver son fils... Ce roman s'inscrit avec jubilation dans la lignée de Voltaire et de Swift : Saman Rushdie fonce dans le jeu de quilles de la société moderne, tord le cou à la science sans ménager la fiction. Tour à tour fustigeant et badinant, virtuose et "vitriolique", sagace et cruel, Furie est une fable furieuse, une satire féroce de notre monde actuel, et de la civilisation américaine en particulier. Salman Rushdie, né à Bombay en 1947, vit entre les États-Unis et la Grande-Bretagne depuis 1961. Il est l'auteur d'essais, de nouvelles et de sept romans parmi lesquels Les enfants de minuits (Booker Prize 1981), Les Versets sataniques, Le dernier soupir du Maure et La Terre sous ses pieds.

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REMY M., Le Gabon aujourd'hui, éditions jeune Afrique 1985.

ROUSSEAU, Du contrat social, Flammarion Paris 1992. "Je veux chercher si dans l'ordre civil il peut y avoir quelque règle d'administration légitime et sûre, en prenant les hommes tels qu'ils sont, et les lois telles qu'elles peuvent être. Je tacherai d'allier toujours dans cette recherche ce que le droit permet avec ce que l'intérêt prescrit, afin que la justice et l'utilité ne se trouvent point divisées."   Jean-Jacques Rousseau

SCHMIDT Nelly, Victor Schoelcher et l'abolition de l'esclavage, éd. Fayard 1994. Le nom de ce "philantrope", disparu il y a tout juste cent ans, s'identifie à ce point à l'émancipation des esclaves dans les colonies françaises que l'on omet souvent les multiples facettes d'une personnalité aussi riche que discrète. Victor Schoelcher fur pourtant l'un des vrais pères fondateurs de la République et demeura jusqu'à sa mort l'une des grandes consciences du pays pour avoir refusé tout compromis avec le régime de Napoléon 3. Ami, confident, correspondant de Liszt, de Geoge Sand, de Hugo et de bien d'autres géants du 19°siècle, globe-trotter, collectionneur d'oeuvres d'art et d'objets exotiques, musicologue, mécène, il surprend par l'étendue de ses centres d'intérêt. Il fut un homme d'action-en particulier quand il occupa, quelques semaines durant, le poste de sous-secrétaire d'État aux colonies sous la 2° république-, mais, écrivain et journaliste prolixe, il a en même temps développé une oeuvre tantôt théorique tantôt de circonstances qui a connu de son vivant et après lui des applications concrètes : on parle de ce "modèle schoelcherien" pour caractériser les réformes politiques et socio-économiques introduites dans les anciennes colonies qui sont aujourd'hui des départements d'outre-mer (Guadeloupe, Martinique, Guyane et Réunion). La figure et l'oeuvre du politique et de l'intellectuel se dégage de ses actes comme de ses écrits. La grande nouveauté de la présente biographie est de reposer sur de très nombreux documents inédits d'origine étrangère ou privée. Elle modifie sensiblement l'image d'un héros dont la vie se confond avec la lutte pour les droits de l'homme.

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SCHWEITZER A., Selbstdarstellung, Verlag Heitz et Cie, Strassburg.

SCHWEITZER A., Mitteilungen aus Lambarene, Verlag Heitz et Cie, Strassburg.

SCHWEITZER A., Zwischen Wasser und Urwald, Verlag Paul Haupt, Bern 1926.

SCHWEITZER A., Afrikanische Geschichten, Verlag Paul Haupt, Bern 1939.

SCHWEITZER A., Aus meinem Leben und Denken, Felix Meiner Verlag, Hamburg 1980. Es scheint mir, dass das Werk in Lambarene zu einem bedeutsamen Teil Flucht vor unserer moralisch versteinerten und seelenlosen Kulturtradition gewesen ist - ein Übel, dem gegenüber der einzelne machtlos ist. Nicht gepredigt und gewarnt hat er und nicht geträumt davon, dass sein Beispiel Vorbild und Trost für unzählige werde. Einfach aus innerer Notwendigkeit hat er gehandelt. Am Ende muss doch ein unzerstörbarer guter Kern in vielen sein, sonst hätten sie nie seine schlichte Grösse erkannt. Albert Einstein

SCHWEITZER A., Die Mystik des Apostel Paulus, J.C.B. Mohr (Paul Siebeck), Tübingen 1981. Das Pauluswerk gehört ohne Zweifel zu den bedeutesten Büchern über den Apostel Paulus, und das Prädikat " genial " ist kaum zu hoch gegriffen. H. Goos, Albert Schweitzer, Grösse und Grenzen, 1974.

SCHWEITZER A., Les grands penseurs de l'Inde, Payot, St Amand 1990. L'éthique, c'est la reconnaissance de notre responsabilité envers tout ce qui vit. Il y a deux sortes de mystiques : l'une se déduit du principe de l'identité de l'Esprit universel, l'autre découle de l'éthique. La mystique de l'identité, qu'elle soit indienne ou européenne, n'est pas éthique et n'est même pas à même de le devenir. On peut bien lui prêter un caractère éthique en attribuant une nature éthique à l'Esprit universel. Mais, sitôt que la pensée s'écarte, fût-ce d'un cheveu, de la constatation que l'esprit universel et l'Univers sont un mystère insondable pour nous, elle cesse d'être sur le chemin de la vérité. La pensée indienne moderne s'efforce de donner à la mystique de l'identité le caractère et la signification d'une mystique éthique. Elle y réussit aussi peu que Maître Eckart (environ 1260-1327) qui fit jadis la même tentative pour la mystique européenne. Les greffes de l'éthique ne prennent pas sur la mystique d'identité. La mystique née de l'éthique, par contre, peut admettre que l'Esprit universel et le monde restent un mystère insondable pour nous. N'ayant pas besoin de donner une explication au monde, elle n'entre jamais en conflit avec la connaissance du réel. Tandis que la mystique de l'identité n'accorde que fort peu d'estime à la science, se vantant de posséder une connaissance intuitive et immédiate du monde à côté de laquelle toute autre connaissance devient insignifiante, la mystique éthique reconnaît la valeur de toute connaissance. Elle sait que toutes les recherches et découvertes de la science ne peuvent qu'approfondir le secret que tout ce qui existe est volonté de vivre. La mystique de l'éthique se réclame de la "docte ignorance" (docta ignorantia) dont parlent les mystiques du Moyen âge. La docte ignorance de la mystique éthique est ignorance en ce qu'elle se résigne à ne rien comprendre au mystère qu'est le monde. Elle est docte en ce sens qu'elle sait que la seule chose qu'il nous soit possible de savoir et que nous ayons besoin de savoir, c'est que tout ce qui existe est vie et qu'en nous dévouant pour les autres êtres nous réalisons l'union spirituelle avec l'Infini qui porte en lui toutes les existences. La mystique éthique ne cherche pas à comprendre pourquoi l'Esprit universel prend connaissance de lui-même dans le pauvre esprit humain. Elle s'en tient humblement à la constatation que le pauvre esprit humain communie avec l'Esprit universel et trouve dans cette communion richesse, joie et paix. Dans la mystique éthique,  l'homme possède, comme des biens inaliénables, la plus grande spiritualité et le plus grand idéalisme. Plus la pensée de l'Inde deviendra éthique, moins elle pourra se contenter de l'interprétation éthique d'une mystique qui , par sa nature même, n'est pas éthique, et ne peut le devenir. Tôt ou tard, elle se trouvera amenée à abandonner cette mystique pour la mystique née de l'éthique Albert Schweitzer

SCHWEITZER A., Kultur und Ethik, Beck, München 1990. Ich habe in diesem Buche die Tragödie des bisherigen Suchens nach Weltanschauung geschrieben und selber einen neuen weg zur Weltanschauung beschritten. Wo das abendländische Denken zu keinem Ziele gelangte, weil es sich nicht resolut in die Wüste des Skeptizismus hineinwagte, durchwandere ich diese Wüste ruhigen Mutes. Sie ist ja nur ein schmaler Streifen, der der ewigen Oase elementarer , aus dem Denken über den Willen zum Leben kommender Weltanschauung vorgelagert ist. Indem ich auf diese neue Weise zur Weltanschauung zu gelangen suche, bin ich mir bewusst, damit nur mannigfache Ansätze zu dieser Denkweise, die in dem bisherigen Suchen nach Weltanschauung zutage getreten waren, zusammenzudenken und zu Ende zu denken. In dieses Buch aber lege ich auch meine Überzeugung hinein, dass die Menschheit sich in einer neuen Gesinnung erneuern muss, wenn sie nicht zugrunde gehen will. Ich vertraue ihm auch meinen Glauben an, dass diese Umwälzung sich ereignen wird, wenn wir uns nur entschliessen, denkende  Menschen zu werden. Albert Schweitzer.

SCHWEITZER A., BRESSLAU H., Die Jahre vor Lambarene, Briefe 1902-1912, C.H.Beck, München 1992. Der Briefwechsel zwischen Albert Schweitzer und Helene Bresslau, seiner späteren Frau, musste lange als verschollen gelten. Vor einigen Jahren wurde er wieder entdeckt, hier wird er zum ersten Mal veröffentlicht. Er ist ein grossartiges menschlisches Zeugnis aus der Zeit, in der sich diese beide Menschen, denen berufliche Erfüllung und Erfolg in Europa offengestanden hätten, zur Arbeit in Afrika entschlossen- ein Lebensdokument aus den "Jahren vor Lambarene". 

 "Was ich will, das kann kein Hirngespinnst sein. Dafür bin ich zu realistisch. Aber ich will mich aus diesem bürgerlichen Leben befreien, das alles in mir töten würde, ich will leben, als Jünger Jesu etwas tun. Das ist das Einzige, woran ich glaube - und an deine Freundschaft. Denn auch an sie glaube ich ! Aber die Leute lassen ja nicht zu, dass man aus dem Gewöhnlichen heraustritt, dass man sich aus seinen natürlichen Bindungen löst. Ja, aber ich würde darin zugrunde gehen. Ich muss mich daraus lösen."    Albert Schweitzer an Helene Bresslau, 26.02.1905.

SCHWEITZER A., Six essais sur Goethe, traduction et introduction de Jean-Paul Sorg, Études Schweitzeriennes, ACM éditions, Boofzheim 1999.

SPIRITUS, Colloque de Valpré organisé par l'Association Médicale Missionnaire de Lyon en septembre 1998: Santé, cultures et mission, Paris, mars 1999.

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SPOERRY Anne, On m'appelle Mama Daktari, éd. J.C.Lattès, 1999. Piloter un avion à soixante-seize ans, sillonner le Kenya, de part en part, inlassablement, pour soigner les enfants et les hommes dans les coins les plus reculés d'Afrique, c'est le destin et le choix de vie d'Anne Spoerry surnommée par tous Mama Daktari, "madame le docteur". Née en 1918 dans une famille d'industriels, Anne Spoerry a très tôt éprouvé le désir de devenir médecin des populations déshéritées. Après être entrée dans la Résistance, avoir été déportée à Ravensbrück, elle rejoint Aden une fois la guerre finie. Là elle prend soin des princesses dans les harems et des pèlerins en route vers La Mecque. Mais, aventurière, elle se remet en route et, sur les traces de Monfreid, gagne l'Éthiopie avant de s'installer finalement au Kenya comme médecin de campagne et fermière. Expropriée au moment de l'indépendance en 1964, elle apprend alors à piloter, achète un avion et rejoint l'organisation des "médecins volants" qui vient d'être créée. Depuis lors, depuis trente ans, sur son Zoulou Tango, elle ne cesse de parcourir le pays en tous sens, pour soigner et aider, porter secours et assister les populations de la région où elle a choisi de vivre. A travers le destin extraordinaire de Mama Daktari, Anne Spoerry nous livre un témoignage fascinant et vivant sur sa vie et nous propose une nouvelle vision de l'aide humanitaire.

STIGLITZ J. E. , Prix Nobel d'économie, La grande désillusion, éd Fayard, 2002  NEW   

... DE MEILLEURES VOIES VERS LE MARCHEQuand les échecs des stratégies de réforme radicales, en Russie et ailleurs, sont devenus évidents, ceux qui les avaient préconisées ont prétendu qu'ils n'avaient pas eu le choix. Mais d'autres orientations étaient possibles. J'en ai eu la révélation saisissante lors d'une réunion à Prague en septembre 2000, où d'anciens dirigeants de plusieurs pays d'Europe de l'Est - dont certains avaient réussi et d'autres obtenu des résultats décevants - ont réexaminé leurs expériences. Si le gouvernement de la République tchèque, dirigé par Vaclav Klaus, avait eu droit aux bonnes notes du FMI en raison de sa politique de privatisation rapide, sa gestion d'ensemble du processus de transition avait abouti à un PIB qui, à la fin des années quatre-vingt-dix, était plus faible qu'en 1989. Les membres de son gouvernement ont affirmé que les mesures qu'ils avaient prises étaient les seules possibles. Des orateurs de la République tchèque et des autres pays ont contesté cette assertion. Il y avait d'autres options : d'autres pays avaient fait des choix différents, et il y avait un lien très clair entre la différence des choix et l'écart des résultats. La Pologne et la Chine avaient mis en œuvre des stratégies nettement distinctes de celles que préconisait le consensus de Washington. La Pologne est le pays d'Europe de l'Est qui a le mieux réussi. La Chine a connu le taux de croissance le plus élevé de toutes les grandes économies du monde dans les vingt dernières années. La Pologne a commencé par une "thérapie de choc" pour ramener l'hyperinflation à des niveaux plus modérés, et, en raison de son recours initial et limité à cette politique, beaucoup s'imaginent que sa transition est du type "thérapie de choc". Mais c'est entièrement faux. La Pologne a vite compris que la thérapie de choc était adaptée pour abattre l'hyperinflation mais pas pour changer la société. Elle a suivi une politique de privatisation gradualiste, édifiant en même temps les institutions de base d'une économie de marché, telles que des banques qui prêtent vraiment et un système judiciaire capable de faire respecter les contrats et de régler équitablement les faillites. Elle a compris que, sans ces institutions, une économie de marché ne peut pas fonctionner. (Contrairement à la Pologne, la République tchèque a privatisé les entreprises avant de privatiser les banques. Les banques d'État ont continué à prêter aux entreprises privatisées, l'argent facile a coulé vers les favoris du pouvoir, et les entités privatisées n'ont donc pas été soumises à de rigoureuses contraintes budgétaires, ce qui leur a permis de remettre à plus tard la restructuration réelle). L'ancien vice-Premier ministre et ministre des Finances polonais, Grzegorz W. Kolodko, a soutenu que le succès de son pays était dû à son rejet explicite des doctrines du consensus de Washington. La Pologne n'a pas fait ce que le FMI lui a recommandé - elle ne s'est pas engagée dans une privatisation rapide et n'a pas mis au-dessus de toute autre préoccupation macroéconomique la réduction de l'inflation à des niveaux toujours plus bas. Mais elle a privilégié des aspects auxquels le FMI avait prêté une attention insuffisante, par exemple l'importance d'un soutien démocratique aux réformes, qui impliquait d'essayer de maintenir le chômage à un bas niveau, d'indemniser ceux qui étaient sans emploi, de revaloriser les retraites en fonction de l'inflation, et de créer l'infrastructure institutionnelle requise pour faire fonctionner une économie de marché. Le gradualisme de la privatisation a permis de restructurer avant de privatiser, et les grandes firmes ont pu être réorganisées en unités plus petites. On a ainsi créé un nouveau secteur dynamique de PME, animé par de jeunes dirigeants désireux d'investir pour leur avenir. De même, le succès de la Chine au cours de la dernière décennie présente un vif contraste avec l'échec de la Russie. Alors que la Chine a progressé à un taux annuel moyen de plus de 10 % dans les années quatre-vingt-dix, la Russie a régressé a un taux annuel moyen de 5,6 %. À la fin de la décennie, le revenu réel en Chine (ce qu'on appelle le "pouvoir d'achat") était comparable à celui de la Russie. Alors que la transition chinoise a eu pour effet le plus grand recul de la pauvreté dans l'histoire (de 350 millions de personnes en 1990 à 208 millions en 1997, en utilisant le seuil, certes bas, d'un dollar par jour qui a cours en Chine), la transition russe a peut-être entraîné la plus grande augmentation historique de la pauvreté en si peu de temps (en dehors des guerres et des famines). Le contraste entre la stratégie de la Chine et celle de la Russie n'aurait pu être plus clair, et il a commencé dès les toutes premières initiatives sur la voie de la transition. Les réformes chinoises ont débuté dans l'agriculture, avec le passage du système de production collective des "communes" populaires au système de la "responsabilité individuelle" - en fait, une privatisation partielle. Ce n'était pas une privatisation complète : les particuliers ne pouvaient pas acheter et vendre la terre librement. Mais l'augmentation de la production a montré combien on pouvait gagner même avec des réformes partielles et limitées. Ce fut un immense succès, impliquant des centaines de millions de travailleurs, et accompli en quelques années. Mais l'entreprise fut menée d'une façon qui lui attira un très vaste soutien : un essai réussi dans une province, suivi par des essais dans plusieurs autres, réussis également. Les preuves étaient si convaincantes que le gouvernement central n'a pas eu à imposer le changement. Il a été accepté de bon cœur. Mais la direction chinoise a compris qu'elle ne pouvait pas s'endormir sur ses lauriers et que les réformes devaient s'étendre à toute l'économie. Elle a alors fait appel à plusieurs conseillers américains, dont Kenneth Arrow, économiste de l'université de Stanford et prix Nobel, et moi-même. Arrow devait en partie son prix Nobel à ses travaux sur les fondements de l'économie de marché. Il avait établi les bases mathématiques qui expliquaient pourquoi et à quelles conditions les économies de marché fonctionnent. Il avait également accompli un travail pionnier sur la dynamique - la façon dont les économies changent. Mais, à la différence des gourous de la transition qui ont fondu sur la Russie armés de leur économie de manuel, il reconnaissait les limites des modèles scolaires. Nous avons bien souligné, lui et moi, l'importance de la concurrence et de la création de l'infrastructure institutionnelle de l'économie de marché. La privatisation était secondaire. Les principales questions que posaient les Chinois portaient sur des problèmes de dynamique. Ils se demandaient, en particulier, comment passer des prix distordus aux prix de marché. Ils ont trouvé à ce problème une solution ingénieuse : un système de prix à deux étages. Ce qu'une firme produisait dans le cadre de l'ancien quota serait à l'ancien prix, mais tout ce qui serait produit en plus serait au prix de marché. Ce système a permis aux incitations de jouer à plein à la marge - et c'est là qu'elles comptent, les économistes le savent bien. Mais il a évité les gigantesques redistributions qui se seraient produites si les nouveaux prix s'étaient instantanément appliqués à l'ensemble de la production. Il a permis au marché de "chercher à tâtons " les prix non distordus - ce qui ne va pas toujours sans à-coups - avec un minimum de perturbations. Surtout, l'approche gradualiste des Chinois a esquivé le piège de l'inflation galopante qui avait marqué les thérapies de choc en Russie et dans les autres pays sous tutelle du FMI, avec toutes ses pénibles conséquences, dont l'assèchement total des comptes d'épargne. Dès qu'il eut joué son rôle, le système des prix à deux étages fut abandonné. Pendant ce temps, la Chine avait déclenché un processus de destruction créatrice : éliminer l'ancienne économie en en construisant une nouvelle. Des millions d'entreprises ont été créées par les municipalités et les villages, qui, n'ayant plus la responsabilité de gérer l'agriculture, pouvaient tourner leur attention ailleurs. En même temps, le gouvernement chinois a invité les firmes étrangères à venir participer à des joint-ventures. Elles sont venues en masse : la Chine est devenue le plus grand pays d'accueil des investissements directs étrangers parmi les marchés émergents, et le huitième du monde : seuls la dépassaient les États-Unis, la Belgique, le Royaume-Uni, la Suède, l'Allemagne, les Pays-Bas et la France. À la fin de la décennie, elle était encore mieux classée. Et elle a entrepris, simultanément, de créer l'" infrastructure institutionnelle"  une Commission des opérations de Bourse efficace, des réglementations bancaires, des filets de sécurité. C'est après avoir mis en place ces filets de sécurité et créé de nouveaux emplois qu'elle s'est attelée à la tâche de la restructuration des vieilles entreprises d'État, en réduisant leurs dimensions, ainsi que celle des bureaucraties centrales. En un an ou deux seulement, elle a privatisé une grande partie du parc immobilier. La tâche est loin d'être finie, l'avenir loin d'être clair, mais ce qui est incontestable, c'est que, dans leur immense majorité, les Chinois vivent beaucoup mieux aujourd'hui qu'il y a vingt ans. La "transition" politique, la sortie du régime autoritaire du Parti communiste en Chine, est un problème plus épineux. La croissance économique et le développement n'apportent pas automatiquement la liberté individuelle et les droits civiques. L'interaction entre politique et économie est complexe. Il y a cinquante ans, une idée était largement répandue : on pensait qu'il fallait choisir entre la croissance et la démocratie, que la Russie allait peut-être avoir une croissance plus rapide que les Etats-Unis, mais en la payant au prix fort. Nous savons maintenant que, si les Russes ont renoncé à leur liberté, ils n'y ont pas gagné économiquement. Il y a des cas de réformes réussies sous une dictature - Pinochet au Chili, par exemple -, mais les cas de dictatures détruisant leur économie sont bien plus courants. La stabilité est importante pour la croissance, et tous ceux qui connaissent l'histoire de la Chine comprendront combien la peur de l'instabilité est profonde dans ce pays de plus d'un milliard d'habitants. En définitive, la croissance et la prospérité largement partagée sont nécessaires, sinon suffisantes, pour la stabilité à long terme. Les démocraties d'Occident ont montré que les marchés libres (souvent disciplinés par les États) réussissent à apporter croissance et prospérité dans un climat de liberté individuelle. Cela a été vrai hier, ce sera probablement encore plus vrai pour les nouvelles économies de demain. Puisqu'elle recherchait à la fois la stabilité et la croissance, la Chine a instauré la concurrence, fondé de nouvelles entreprises et créé des emplois avant de privatiser et de restructurer les firmes existantes. Si elle a compris l'importance de la macrostabilisation, elle n'a jamais confondu les fins et les moyens, et n'a jamais poussé à l'extrême la lutte contre l'inflation. Elle a bien vu que, si elle voulait maintenir la stabilité sociale, elle devait éviter le chômage massif. La création d'emplois devait être parallèle à la restructuration. Beaucoup de ses mesures peuvent être interprétées sous cet angle. Si la Chine a libéralisé, elle l'a fait progressivement, par des méthodes assurant que les ressources humaines ainsi évincées seraient redéployées dans des usages plus efficaces, et non laissées dans un chômage improductif. La politique monétaire et les institutions financières ont facilité la création d'entreprises et d'emplois nouveaux. Certes, une partie de l'argent est allée soutenir les entreprises d'État inefficaces - parce que la Chine jugeait plus important, non seulement politiquement mais aussi économiquement, de maintenir la stabilité sociale, qu'un chômage massif aurait détruite. Si elle n'a pas privatisé ses entreprises d'État, celles-ci ont très vite perdu de l'importance quand de nouvelles firmes ont été créées : vingt ans après le début de la transition, elles ne représentaient plus que 28,2 % de la production industrielle. Enfin, la Chine a compris les dangers d'une libéralisation totale des marchés financiers, tout en s'ouvrant à l'investissement direct étranger. Le contraste entre ce qui s'est passé en Chine et ce qui s'est produit dans des pays comme la Russie, qui se sont inclinés devant l'idéologie du FMI, ne pourrait être plus total. Sur de multiples points, la Chine, nouvelle venue dans l'économie de marché, s'est montrée plus sensible aux effets d'incitation de chacune de ses décisions politiques que le FMI. Les entreprises publiques des municipalités et des villages ont joué un rôle central dans les premières années de la transition. L'idéologie du FMI disait que, puisque c'étaient des entreprises publiques, elles ne pouvaient pas réussir. Le FMI avait tort. Les entreprises de municipalité et de village ont résolu le problème de la gestion, de la " gouvernance ", auquel le FMI n'accordait qu'une attention des plus distraites mais qui était la raison cachée de beaucoup d'échecs. Municipalités et villages ont canalisé leurs précieuses ressources financières vers la création de richesses, et dans un climat de vive concurrence pour réussir. Les habitants des villes et des villages pouvaient voir ce qui arrivait à leur argent. Ils savaient si on avait créé des emplois, et si leur revenu avait augmenté. Ce n'était peut-être pas la démocratie, mais il fallait bien leur rendre des comptes. En Chine, les nouvelles activités industrielles ont été installées en zone rurale. Ce choix a contribué à limiter les bouleversements sociaux qui accompagnent inévitablement l'industrialisation. Ainsi, la Chine a posé les bases d'une économie nouvelle sur le socle des institutions existantes, en maintenant et en renforçant son capital social, alors qu'en Russie il s'est érodé. L'ultime paradoxe, c'est que beaucoup de pays qui ont adopté une stratégie gradualiste ont réussi à opérer plus vite des réformes plus profondes. La Bourse chinoise est plus importante que la russe. Une grande partie de l'agriculture russe est gérée aujourd'hui à peu près comme il y a dix ans, tandis que la Chine est passée au système de "responsabilité individuelle" en moins de cinq ans. Ce contraste que je viens d'établir entre la Russie d'un côté, la Chine et la Pologne de l'autre, on peut le retrouver ailleurs dans les économies en transition. La République tchèque a reçu très tôt l'accolade du FMI et de la Banque mondiale pour la rapidité de ses réformes. On a vu plus tard que ces réformes avaient créé un marché de capitaux qui ne finançait pas d'investissements nouveaux, mais permettait à quelques habiles gestionnaires de fonds (ou, plus exactement, criminels en col blanc : s'ils avaient fait aux États- Unis ce qu'ils ont fait en République tchèque, ils seraient derrière les barreaux) de s'enfuir avec l'argent des autres - des millions de dollars. À cause de ces fautes, et d'autres, commises dans sa transition, la République tchèque a régressé par rapport à son niveau de 1989 - en dépit des énormes atouts que lui donnaient sa situation géographique et le haut niveau d'instruction de sa population. En revanche, la privatisation en Hongrie a peut-être débuté très lentement, mais ses firmes ont été restructurées et elles commencent à devenir concurrentielles sur le marché mondial. La Pologne et la Chine montrent que d'autres stratégies sont possibles. Le contexte politique, social et historique diffère selon les pays. On ne peut pas être sûr que ce qui a réussi dans ces deux États aurait été efficace - et politiquement réalisable - en Russie. Certains soutiennent donc qu'il est injuste de comparer les résultats, puisque les conditions étaient tout à fait différentes. La Pologne avait, au départ, une tradition du marché plus forte que la Russie : elle avait un secteur privé même à 1 époque communiste. Mais la Chine est partie d'une situation moins avancée que la Russie. La présence d'entrepreneurs en Pologne avant la transition aurait pu lui permettre de privatiser plus vite, mais elle a choisi, comme la Chine, de le faire progressivement. On a prétendu que la Pologne était avantagée parce qu'elle était plus industrialisée, et la Chine parce qu'elle l'était moins. La Chine, a-t-on dit, était encore en cours d'industrialisation et d urbanisation tandis que la Russie affrontait une tâche plus délicate : réorienter une économie déjà industrialisée mais moribonde. Or on pourrait soutenir exactement le contraire. Le développement n'est pas simple : la rareté des succès le montre assez. Si la transition est difficile et le développement aussi on voit mal pourquoi il serait facile de faire les deux à la fois L'écart entre le succès de la Chine et l'échec de la Russie a d ailleurs été encore plus grand dans la réforme de l'agriculture que dans celle de l'industrie. L'une des caractéristiques des expériences réussies, c'est qu elles ont été "nationales", conçues par des esprits du pays sensibles à ses besoins et à ses préoccupations. Les méthodes employées en Chine, en Pologne ou en Hongrie n'étaient pas du "prêt-à-porter". Ces pays, et tous ceux qui ont réussi leur transition, se sont montrés pragmatiques -jamais ils n'ont laissé l'idéologie et les modèles simplistes des manuels déterminer leur politique. Mais la science, même une science imprécise comme l'économie, avance en faisant des prédictions et en analysant les liens de causalité. Les prédictions des gradualistes se sont vérifiées - à la fois dans les pays qui ont suivi leur stratégie et dans ceux qui ont fait le contraire. En revanche, les prédictions des partisans de la thérapie de choc ne se sont pas vérifiées. J'estime que si les pays qui ne se sont pas conformés aux prescriptions du FMI ont réussi, ce n'est pas par hasard. Il y a un lien clair entre les politiques suivies et les résultats - entre les succès de la Chine et de la Pologne et ce qu'elles ont fait et entre l'échec de la Russie et ce qu'elle a fait. Les résultats en Russie ont été, nous l'avons dit, ceux qu'avaient prédits les adversaires de la thérapie de choc - mais en pis. Les résultats en Chine ont été exactement contraires à ce qu'aurait prédit le FMI, et tout à fait en harmonie avec ce qu'avaient annoncé les "gradualistes" - mais en mieux. Pour se justifier, les partisans de la thérapie de choc font valoir que les mesures nécessaires à leur stratégie n'ont jamais été mises en œuvre pleinement. L'excuse n'est pas convaincante. En économie, aucune prescription n'est appliquée à la lettre. Les mesures (et les recommandations) doivent intégrer cette réalité : ce sont des individus imparfaits travaillant dans le cadre de processus politiques complexes qui vont les appliquer. Si le FMI ne l'a pas compris, c'est grave en soi. Et il y a pis : beaucoup de ses échecs ont été prévus par des observateurs et des experts indépendants - qu'il a ignorés. Ce que l'on reproche au FMI, ce n'est pas seulement d'avoir fait des prédictions qui se sont révélées fausses : après tout, personne, pas même lui, ne pouvait être certain des conséquences de l'immense changement que représentait le passage du communisme à l'économie de marché. Ce qu'on lui reproche, c'est d'avoir eu une vision des choses par trop étroite (il s'est concentré uniquement sur l'économie) et d'avoir utilisé un modèle économique particulièrement limité. Nous avons maintenant beaucoup plus de données sur le processus de réforme qu'il y a cinq ans, lorsque le FMI et la Banque mondiale s'étaient empressés de conclure que leurs stratégies étaient sur la voie du succès. La situation apparaît à présent extrêmement différente de ce qu'elle semblait être au milieu des années quatre-vingt-dix. Peut-être, dans dix ans, au vu des résultats des réformes en cours, aurons-nous à réviser nos jugements. Mais, du point de vue d'aujourd'hui, certains faits paraissent clairs. Le FMI avait dit que les pays qui procédaient à une "thérapie de choc", même s'ils souffraient davantage a court terme, réussiraient mieux à long terme. La Hongrie, la Slovénie et la Pologne ont montré que les politiques gradualistes apportent moins de souffrance à court terme, plus de stabilité sociale et politique, et plus de croissance à long terme. Dans la course entre le lièvre et la tortue, la tortue a encore gagné. Les réformateurs à tous crins - élèves modèles comme la République tchèque ou un peu indisciplinés comme la Russie - ont perdu. LA VOIE DE L'AVENIR Les responsables des erreurs du passé ne se sont pas beaucoup exprimés sur l'orientation que devrait prendre la Russie dans l'avenir. Ils répètent les mêmes mots sacrés : il faut poursuivre la stabilisation, la privatisation et la libéralisation. Les problèmes causés par la politique d'hier les ont contraints, désormais, à reconnaître la nécessité d'institutions fortes, mais ils ont peu de conseils à donner sur ce qu'elles devraient être, ni sur la façon de les mettre en place. Dans toutes les réunions sur la politique russe, j'ai été frappé par leur absence de stratégie, tant pour faire reculer la pauvreté que pour stimuler la croissance. En fait, la Banque mondiale discutait d'une réduction de ses activités dans le secteur rural. Cette initiative était sensée pour la banque, étant donné les problèmes qu'avaient posés ses programmes antérieurs dans ce domaine, mais pas pour la Russie, puisqu'une grande partie de la pauvreté du pays se trouvait dans les campagnes. La seule stratégie de " croissance " proposée était la suivante : le pays devait prendre des mesures favorisant le rapatriement des capitaux qui avaient fui le pays. Ceux qui soutenaient cette idée négligeaient la signification concrète de leur recommandation : donner définitivement le pouvoir aux oligarques et à ce qu'ils représentaient - la cleptocratie et le capitalisme des copains, coquins et mafieux. Quelle autre raison auraient-ils eue de rapatrier leurs capitaux, qui leur rapportaient de jolis profits en Occident? Le FMI et le Trésor n'ont jamais voulu voir qu'ils soutenaient là un système dénué de toute légitimité politique, où beaucoup de ceux devenus riches avaient obtenu leur argent par le vol et les faveurs d'un dirigeant, Boris Eltsine, qui avait perdu, lui aussi, toute crédibilité et toute légitimité. La triste vérité, c'est que, pour l'essentiel, la Russie devait considérer ce qui s'était passé comme un pillage des richesses nationales, un vol pur et simple, dont le pays ne pourrait jamais obtenir réparation. Son objectif à présent doit être d'empêcher que ce pillage continue, d'attirer des investisseurs légitimes en créant un état de droit et, plus généralement, un climat attractif pour les entreprises. La crise de 1998 a eu un seul avantage, que j'ai déjà souligné : la dévaluation du rouble a stimulé la croissance, moins à l'exportation que par substitution aux importations. Elle a montré que les mesures du FMI avaient bel et bien étouffé l'économie en la maintenant au-dessous de son potentiel. Associée à un coup de chance - l'énorme augmentation des prix du pétrole à la fin des années quatre-vingt-dix -, la dévaluation a alimenté une reprise, à partir d'une base certes faible. Cette poussée de croissance a laissé des acquis durables - certaines entreprises qui ont tiré profit du contexte favorable semblent en passe de saisir de nouvelles occasions et de poursuivre leur développement. Il y a d'autres signes positifs. Parmi ceux qui ont profité du système d'ersatz de capitalisme pour devenir extrêmement riches, certains travaillent à changer les règles, afin d'être sûrs que nul ne pourra leur faire ce qu'ils ont fait aux autres. Certains milieux prennent des initiatives pour améliorer la "gouvernance" d'entreprise. Quelques oligarques, s'ils ne veulent pas risquer l'ensemble de leurs capitaux en Russie, aimeraient persuader d'autres investisseurs de s'y engager davantage, et savent que, pour y parvenir, ils doivent mieux se comporter que par le passé. Mais d'autres indices sont moins positifs. Même à l'époque exaltante de la très forte hausse des cours du pétrole, la Russie a été à peine capable d'équilibrer son budget. Or elle aurait dû constituer des réserves, en prévision des lendemains difficiles qu'allaient très probablement lui valoir la retombée des prix pétroliers et le ralentissement de la croissance. À l'heure où ce livre est sous presse, la reprise est incertaine. Les cours du pétrole redescendent, et l'on sait que les effets des dévaluations sont surtout ressentis dans les deux premières années. Mais, au taux de croissance faible qui s'installe aujourd'hui, la Russie aura besoin d'une, deux ou plusieurs décennies pour rattraper simplement son niveau de 1990 - sauf s'il y a des changements très nets. La Russie a beaucoup appris. Au lendemain du communisme, de nombreux esprits étaient passés de l'ancienne religion de Marx à la nouvelle religion du marché. Ce culte a perdu de son éclat, et le pragmatisme prend la relève. Certaines mesures pourraient être très utiles. Il est naturel, en les énumérant, de penser d'abord aux erreurs du passé : on a négligé les soubassements de l'économie de marché - des institutions financières qui prêtent aux nouvelles entreprises, des lois qui font respecter les contrats et soutiennent la concurrence, un pouvoir judiciaire indépendant et honnête. La Russie doit cesser de se focaliser sur la macrostabilisation : elle doit stimuler la croissance économique. Tout au long des années quatre-vingt-dix, la grande préoccupation du FMI a été d'amener les pays à mettre de l'ordre dans leur budget et à contrôler l'augmentation de leur masse monétaire. Bien que cette stabilisation, quand elle est menée avec modération, puisse être une condition préalable à la croissance, elle n'est pas du tout une stratégie de croissance. En fait, elle a réduit la demande globale. Et l'interaction de cette diminution de la demande globale et des stratégies de restructuration mal inspirées a réduit l'offre globale. En 1998, il y a eu un vif débat sur le rôle de l'offre et de la demande. Le FMI soutenait que toute augmentation de la demande globale serait inflationniste. Si c'était vrai, quel terrible aveu d'échec ! En six ans, la capacité de production de la Russie avait été réduite de plus de 40 %, chiffre qui dépassait de loin la baisse de la production militaire et les pertes de capacité qu'inflige n'importe quelle guerre, sauf les pires. Je savais que la politique du FMI avait puissamment contribué à cette réduction de la capacité de production, mais j'estimais que la faiblesse de la demande globale restait malgré tout un problème. On a vu que le FMI, une fois de plus, avait tort. Quand la dévaluation s'est produite, les producteurs nationaux ont pu enfin concurrencer les importations étrangères et satisfaire la nouvelle demande. La production a augmenté. Il y avait bien une capacité excédentaire, que les mesures du FMI avaient laissée inutilisée pendant des années. La croissance n'aura lieu que si la Russie crée un environnement favorable à l'investissement. Cela implique des initiatives publiques à tous les échelons : de bonnes décisions nationales peuvent être annulées par de mauvaises mesures régionales et locales. À tous les niveaux, des réglementations peuvent gêner la création de nouvelles entreprises. L'impossibilité de se procurer des terrains peut être une entrave, exactement comme le manque de capitaux. La privatisation ne sert pas à grand-chose si les autorités locales pressurent les entreprises au point qu'elles n'ont pas d'incitation à investir. Il faut donc s'attaquer sans détour aux problèmes du fédéralisme, en le dotant d'une structure qui offre des incitations cohérentes à tous les échelons. Ce sera difficile. Les mesures qui visent à réduire les abus des échelons inférieurs de l'État peuvent elles-mêmes engendrer d'autres abus, en donnant trop de pouvoir au centre, et en privant les autorités locales et régionales de la possibilité de concevoir des stratégies de croissance dynamiques et créatrices. Si la Russie a connu globalement la stagnation, il y a eu des progrès réels dans certains endroits - et l'on craint que les récents efforts du Kremlin pour remettre au pas les autorités locales n'étouffent les initiatives de ce type. Mais il y a un élément essentiel pour instaurer un bon climat économique, et qui va être particulièrement délicat à obtenir après ce qui s'est passé dans la dernière décennie : la stabilité politique et sociale. L'immense inégalité, la pauvreté gigantesque qui ont été créées dans les dix dernières années offrent un terrain fertile à toute une gamme de mouvements, du nationalisme au populisme, dont certains pourraient menacer non seulement l'avenir économique de la Russie mais aussi la paix mondiale. Il sera difficile, et probablement très long, d'inverser l'inégalité qui a été si vite établie. Enfin, la Russie doit faire rentrer les impôts. Ce devrait être très simple dans ses principales entreprises, celles liées aux ressources naturelles. Puisque la production et les recettes dans ce secteur sont, en principe, faciles à surveiller, il devrait être tout aussi facile d'y faire respecter les obligations fiscales. Il faut que la Russie fasse savoir à ces firmes que, si les impôts ne sont pas réglés dans les soixante jours, leurs actifs seront saisis. Si elles ne paient pas et que l'État les confisque, il pourra les reprivatiser par une procédure plus légitime que la scandaleuse "privatisation par les prêts" sous Eltsine. Et si elles paient, la Russie et le gouvernement russe auront les ressources nécessaires pour s'attaquer à certains des grands problèmes en suspens. Et, de même que les firmes qui doivent des impôts sont tenues de les payer, il faut contraindre à rembourser leurs dettes celles qui doivent de l'argent aux banques - en particulier à celles qui, s'étant déclarées en faillite, sont aujourd'hui gérées par l'État. Cela pourrait passer, là encore, par une renationalisation de fait suivie d'une privatisation plus légitime que la première. Pour qu'un tel programme réussisse, il faut d'abord un gouvernement relativement honnête, soucieux d'améliorer le bien-être collectif. Et, sur ce plan-là, comprenons bien que nous, les Occidentaux, nous ne pouvons pas faire grand-chose. L'orgueilleuse politique de l'administration Clinton et du FMI - qui croyaient pouvoir choisir les dirigeants qu'il fallait soutenir imposer d'efficaces stratégies de réforme et ouvrir une ère nouvelle à la Russie - a révélé sa vraie nature : c'était une tentative outrecuidante pour changer le cours de l'histoire, appuyée sur un ensemble étriqué de concepts économiques, menée par des gens ignorant pratiquement tout du pays, et, bien sûr, vouée à l'échec. Nous pouvons contribuer à soutenir le type d'institutions sur lesquelles reposent les démocraties - la mise en place de groupes de réflexion, la création d'espaces de débat public, l'aide aux médias indépendants, l'éducation d'une génération nouvelle qui comprend comment les démocraties fonctionnent. Au niveau national, régional et provincial, beaucoup de jeunes responsables aimeraient voir leur pays changer de cap. Leur apporter un large soutien - intellectuel autant que financier - pourrait être vraiment utile. Puisque la destruction de la classe moyenne est à long terme la pire menace pour la Russie, nous pouvons, à défaut d'effacer totalement les dégâts commis, œuvrer au moins à interrompre l'érosion. George Soros a montré que l'aide fournie par un individu isolé peut compter. Il est certain que les efforts concertés de l'Occident, s'ils étaient bien orientés, pourraient compter encore plus. En instaurant de larges interactions démocratiques, nous devons prendre nos distances avec les dirigeants alliés aux anciennes structures de pouvoir et aux nouvelles, celles que font émerger les oligarques - au moins autant que la Realpolitik nous le permettra. Surtout, nous ne devons pas nuire. Les prêts du FMI à la Russie ont été nuisibles. Pas seulement parce que ces prêts et les décisions politiques qui les sous-tendaient ont laissé le pays plus endetté et plus pauvre, et qu'ils ont maintenu les taux de change à des niveaux qui étranglaient l'économie. Mais aussi parce qu'ils visaient à maintenir au pouvoir les cercles en place, alors qu'on les savait corrompus. Donc, dans la mesure où cette intervention délibérée dans la vie politique du pays a réussi, on peut soutenir que ces prêts ont compromis un programme de réformes plus radical qui, au lieu de se limiter à mettre en place une conception particulière et étriquée d'une économie de marché, aurait cherché à créer une démocratie dynamique. L'idée sur laquelle j'ai conclu mon intervention dans les débats sur le prêt de 1998 reste aussi vraie aujourd'hui qu'à l'époque : si la Russie, pays riche en pétrole et en ressources naturelles, est capable de se prendre en main, elle n'a pas besoin du prêt; et si elle n'en est pas capable, le prêt ne lui servira à rien. Ce n'est pas d'argent que la Russie a besoin, c'est d'autre chose. Quelque chose que le reste du monde peut donner, mais dans le cadre d'un type de programme tout à fait différent. LES ÉCHECS ET LA RESPONSABILITÉ DÉMOCRATIQUE DEVANT LES CITOYENS J'ai peint un sombre tableau de la Russie en transition : une pauvreté massive, une poignée d'oligarques, les classes moyennes ravagées, le déclin démographique, la désillusion à l'égard du marché. Il convient d'équilibrer cet acte d'accusation en reconnaissant les acquis. La Russie a aujourd'hui une démocratie fragile, mais bien meilleure que l'ancien régime totalitaire. Si elle souffre du manque de liberté des médias, hier trop soumis à quelques oligarques, aujourd'hui contrôlés de trop près par l'État, les médias russes offrent malgré tout une gamme de points de vue bien plus large que sous le système étatique du passé. Même si, trop souvent, ils cherchent à émigrer à l'Ouest au lieu de faire face aux difficultés de la vie économique en Russie ou dans les autres ex-républiques soviétiques, des entrepreneurs jeunes, actifs, instruits, portent la promesse d'un secteur privé plus dynamique à l'avenir. En dernière analyse, c'est la Russie et ses dirigeants qui sont responsables de l'histoire récente et du destin du pays. Dans une large mesure, ce sont des Russes, au moins une petite élite, qui ont fait le malheur de la Russie. Ce sont des Russes qui ont pris les décisions capitales - comme la "privatisation par les prêts". On peut soutenir que les Russes ont été bien plus habiles à manipuler les institutions occidentales que les Occidentaux à comprendre la Russie. De hauts responsables comme Anatoli Tchoubaïs ont ouvertement reconnu qu'ils ont induit le FMI en erreur - ou pis : qu'ils lui ont menti. Cela leur est apparu comme un "devoir", pour obtenir les fonds dont ils avaient besoin. Mais nous, Occidentaux, et nos dirigeants, nous avons joué dans l'affaire un rôle qui est loin d'être neutre et anodin. Le FMI s'est laissé tromper parce qu'il voulait croire que ses plans réussissaient, parce qu'il voulait continuer à prêter, parce qu'il voulait croire qu'il était en train de remodeler la Russie. Et il est certain que nous avons pesé sur l'orientation du pays. Nous avons donné notre bénédiction aux détenteurs du pouvoir. La disposition manifeste de l'Occident à traiter avec eux - et massivement, avec des milliards de dollars à la clef - leur a conféré une crédibilité. Et sa réticence probable à soutenir de la même façon d'autres forces politiques a clairement joué contre elles. Notre soutien tacite à la "privatisation par les prêts" a peut- être muselé les protestations. Après tout, le FMI était l'expert en matière de transition : il avait demandé que l'on privatise aussi vite que possible, et le stratagème des prêts avait au moins la vertu d'être rapide. De toute évidence, la corruption qu'il impliquait ne posait pas problème. Le soutien occidental, les mesures prises par l'Occident - et les milliards de dollars du FMI - n'ont peut-être pas seulement permis au gouvernement corrompu, avec ses politiques corrompues, de rester au pouvoir, mais aussi réduit la pression pour des réformes sérieuses. Nous avons parié sur des dirigeants qui avaient nos faveurs, et préconisé des stratégies de transition particulières. Certains de ces dirigeants se sont révélés incompétents, d'autres, corrompus, et d'autres, les deux à la fois. Certaines de ces stratégies se sont révélées fausses, d'autres corrompues, et d'autres les deux. Il est absurde de dire que les mesures étaient bonnes mais qu'elles ont été mal appliquées. La politique économique n'est pas faite pour un monde idéal mais pour le monde tel qu'il est. On ne doit pas prendre les décisions en fonction de la façon dont les appliquerait un monde idéal, mais de celle dont elles seront appliquées dans le monde où nous vivons. Il y a eu des appels comminatoires à ne pas explorer d'autres stratégies plus prometteuses. Aujourd'hui, la Russie commence à demander des comptes à ses dirigeants sur les conséquences de leurs décisions. Et nous aussi, nous devons demander des comptes à nos dirigeants. Ils risquent fort de ne pas en sortir grandis.

...VERS UNE MONDIALISATION A VISAGE HUMAIN. Les réformes que j'ai esquissées contribueraient à rendre la mondialisation plus juste et plus efficace pour élever les niveaux de vie, en particulier celui des plus pauvres. La question n'est pas seulement de transformer les structures institutionnelles. C'est l'état d'esprit qu'il faut changer. Les ministres des Finances et du Commerce perçoivent la mondialisation comme un phénomène essentiellement économique, mais pour de nombreux habitants du monde en développement elle est beaucoup plus. L'une des raisons de l'assaut contre la mondialisation est qu'elle paraît miner les valeurs traditionnelles. Les conflits sont réels, et dans une certaine mesure inévitables. La croissance économique - dont celle qu'induit la mondialisation - aura pour effet l'urbanisation, qui sapera dans leurs fondements les sociétés rurales traditionnelles. Malheureusement, jusqu'à présent, les responsables de la mondialisation, s'ils vantent ses apports positifs, ont trop souvent mal mesuré ce qu'elle a de négatif : la menace qu'elle représente pour l'identité et les valeurs culturelles.. C'est d'autant plus surprenant qu'au sein même des pays développés on est bien conscient de ce type de problème. L'Europe, quand elle défend sa politique agricole, n'invoque pas seulement des intérêts particuliers, mais aussi son souci de préserver les traditions de ses campagnes. Partout, les habitants des petites villes disent que les grands détaillants nationaux et les centres commerciaux ont tué leurs magasins et leurs quartiers. Le rythme de l'intégration mondiale est très important. Si les choses se font progressivement, les institutions et les normes traditionnelles, au lieu d'être submergées, peuvent s'adapter et répondre aux nouveaux défis. Et il y a un autre point essentiel : ce que la mondialisation fait à la démocratie. Telle qu'on l'a préconisée, la mondialisation paraît souvent remplacer les dictatures des élites nationales par la dictature de la finance internationale. Les pays s'entendent dire que, s'ils n'acceptent pas certaines conditions, les marchés des capitaux ou le FMI refuseront de leur prêter de l'argent. On les contraint - c'est le fond du problème - à abandonner leur souveraineté, à se laisser "discipliner" par les caprices des marchés financiers, dont ceux de spéculateurs qui ne pensent qu'au gain à court terme, pas à la croissance à long terme et à l'amélioration des niveaux de vie : ce sont ces marchés et ces spéculateurs qui dictent aux pays ce qu'ils doivent et ne doivent pas faire. Mais les pays ont de vrais choix à faire, c'est à eux de dire jusqu'à quel point ils acceptent de s'assujettir aux marchés des capitaux internationaux. Ceux qui - en Asie orientale, par exemple - ont évité les rigueurs du FMI ont obtenu une croissance plus rapide, davantage d'égalité et une plus forte réduction de la pauvreté que ceux qui ont obéi à ses ordres. Puisque des décisions différentes affectent différemment diverses catégories, il incombe au processus politique - et non aux bureaucrates internationaux - de choisir entre les options. Même si la croissance devait en souffrir, c'est un coût que beaucoup de pays en développement sont peut-être prêts à payer s'il leur permet de créer une société démocratique et équitable, tout comme de nombreuses sociétés actuelles jugent bon de sacrifier un peu de croissance pour un meilleur environnement. Tant que la mondialisation sera présentée comme elle l'a été, elle sera un asservissement. Il est donc naturel que certains lui résistent, notamment les asservis. Aujourd'hui, la mondialisation est défiée sur toute la planète. Elle mécontente, et à juste titre. La mondialisation peut être une force bénéfique : celle des idées démocratiques et de la société civile a changé les modes de pensée, et des mouvements politiques planétaires ont imposé l'allégement des dettes et le traité sur les mines antipersonnel. La mondialisation a aidé des centaines de millions de personnes à améliorer leur niveau de vie au-delà de ce qu'eux-mêmes (et la plupart des économistes) auraient cru imaginable il y a peu. La mondialisation de l'économie a bénéficié à des pays qui l'ont mise à profit en cherchant de nouveaux marchés d'exportation et en s'ouvrant à l'investissement étranger. Cela dit, les pays pour lesquels elle a été le plus profitable ont été ceux qui ont pris eux-mêmes leur destin en main et ont compris le rôle que peut jouer l'État dans le développement : ils ne s'en sont pas remis à l'idée d'un marché autorégulateur qui résoudrait seul les problèmes qu'il crée. Mais, pour des millions de personnes, la mondialisation n'a pas été un succès. Elle a aggravé leur situation car elles ont perdu leur emploi, et leur vie est moins sûre qu'avant. Elles se sentent de plus en plus impuissantes, confrontées à des forces qui échappent à leur contrôle. Leur démocratie est minée, leur culture érodée. Si nous demeurons incapables de tirer les leçons de nos erreurs, si la mondialisation reste gérée comme par le passé, non seulement elle n'engendrera pas le développement mais elle continuera de répandre la pauvreté et l'instabilité. S'il n'y a pas de réforme, le choc en retour qui a commencé va s'amplifier, et l'hostilité envers la mondialisation avec lui. Ce sera une tragédie pour nous tous, et d'abord pour les milliards de personnes qui auraient pu bénéficier de la mondialisation. Les populations du monde en développement seront celles qui auront le plus à y perdre économiquement, mais cette situation aura des retombées politiques plus générales qui toucheront aussi le monde développé. Si les réformes esquissées dans ce chapitre sont prises au sérieux, on peut espérer qu'un processus de mondialisation plus humain pèse puissamment dans le bon sens, car l'immense majorité des habitants des pays en développement pourront en bénéficier et lui feront bon accueil. Dans ce cas, le grand mécontentement contre la mondialisation nous aura tous bien servis. La situation actuelle me rappelle celle d'il y a soixante-dix ans. Quand le monde a sombré dans la Grande Crise, les partisans du libre marché ont dit : "Ne vous inquiétez pas, les marchés s'autorégulent. Laissons-leur le temps, et la prospérité reviendra. " Peu leur importaient les vies qui seraient détruites en attendant ce prétendu redressement. Keynes a rétorqué que les marchés ne se corrigeaient pas tout seuls, en tout cas pas dans des délais pertinents (on connaît sa formule célèbre : "À long terme, nous serons tous morts"). Le chômage risquait de se perpétuer pendant des années, et il fallait donc que l'État intervienne. Keynes a été cloué au pilori, traité de socialiste, d'ennemi du marché. Il était pourtant, en un sens, farouchement conservateur. Fondamentalement, il avait foi dans les marchés. Si l'État pouvait corriger cette unique lacune, pensait-il, l'économie parviendrait à fonctionner assez efficacement. Il ne voulait pas l'abolition totale du système du marché. Mais il savait que, si ces problèmes de fond n'étaient pas traités, il y aurait d'énormes pressions populaires. Et le remède de Keynes a réussi. Depuis la Seconde Guerre mondiale, des pays comme les États-Unis, en suivant les prescriptions keynésiennes, ont connu des récessions moins nombreuses et plus courtes qu'avant, et des périodes d'expansion plus longues. Aujourd'hui, le système capitaliste est à la croisée des chemins, exactement comme pendant la Grande Crise. Dans les années trente, il a été sauvé par Keynes, qui a conçu des politiques susceptibles de créer des emplois et de venir en aide aux victimes de l'effondrement de l'économie mondiale. À présent, des millions de personnes dans le monde attendent de voir s'il est possible ou non de réformer la mondialisation pour que ses bénéfices soient largement partagés. Heureusement, la conscience de ces problèmes progresse, et la volonté politique de s'y attaquer grandit. La quasi-totalité des responsables du développement, même les membres de l'establishment de Washington, conviennent aujourd'hui des dangers d'une libéralisation des marchés des capitaux non accompagnée d'une réglementation. Ils reconnaissent aussi que la rigueur excessive de la politique budgétaire pendant la crise asiatique de 1997 a été une erreur. Quand la Bolivie est entrée en récession en 2001, en partie à cause du ralentissement économique mondial, on a appris que, selon certaines informations, elle allait peut-être échapper à la cure d'austérité traditionnelle et à la réduction de ses dépenses publiques. De fait, à l'heure où j'écris, en janvier 2002, il semble que la Bolivie va être autorisée à stimuler son économie, ce qui l'aidera à surmonter la récession : elle utilisera les revenus que vont bientôt lui rapporter ses réserves de gaz naturel, récemment découvertes, pour se maintenir à flot jusqu'à la reprise. Au lendemain de la débâcle argentine, le FMI a reconnu les faiblesses de la stratégie du sauvetage massif, et il commence à parler du recours aux gels et aux règlements de faillite, solution de rechange que je préconise, avec d'autres, depuis des années. L'annulation de la dette obtenue grâce aux efforts du mouvement du Jubilé et les concessions faites à Doha pour le lancement d'un nouveau round de négociations commerciales dit " du développement " constituent deux victoires supplémentaires. Malgré ces avancées, il reste beaucoup à faire pour combler l'écart entre rhétorique et réalité. À Doha, les pays développés ont seulement accepté d'ouvrir des discussions sur un programme de négociations commerciales plus équitable, mais les déséquilibres du passé ne sont toujours pas corrigés. La faillite et les gels sont désormais à l'ordre du jour, mais rien n'assure qu'il y aura un juste équilibre entre les intérêts des créanciers et ceux des débiteurs. La participation des experts et des citoyens des pays en développement aux discussions sur la stratégie économique s'est beaucoup accrue, mais elle ne se traduit toujours pas par des modifications dans les politiques suivies. Il faut changer les institutions et changer l'état d'esprit. L'idéologie du libre marché doit céder la place à des analyses fondées sur la science économique, qui a une vision plus équilibrée du rôle de l'État parce qu'elle a conscience à la fois de ses échecs et de ceux du marché. Il faut sentir quel est le juste rôle des conseillers extérieurs : aider à la prise de décision démocratique en clarifiant les effets des différentes options - dont leur impact sur les diverses catégories sociales, et en particulier les pauvres -, et non miner la démocratie en imposant des politiques particulières à des pays qui n'en veulent pas. Il est clair que la stratégie de réforme doit avancer sur plusieurs plans. Le premier, c'est la transformation de l'ordre économique international. Mais elle va prendre du temps. Il y en aura donc un second : l'incitation aux réformes que chaque pays peut accomplir lui-même. Les pays développés ont une responsabilité particulière : ils doivent, par exemple, démanteler leurs barrières commerciales et pratiquer ce qu'ils prêchent. Cela dit, leurs responsabilités sont peut-être lourdes, mais rien ne les oblige vraiment à les assumer. Après tout, les "centres bancaires extraterritoriaux" et les fonds spéculatifs servent des intérêts situés dans les pays développés, et ceux-ci peuvent parfaitement résister à l'instabilité que la non-réforme risque de créer dans le monde en développement. De fait, on peut soutenir que les États-Unis ont profité à plusieurs titres de la crise asiatique. Il faut donc que les pays en développement prennent eux-mêmes leur bien-être en charge. Ils peuvent gérer leur budget pour vivre selon leurs moyens, si maigres soient-ils, et éliminer les barrières protectionnistes qui, si elles rapportent très gros à quelques-uns, imposent aux consommateurs des prix beaucoup trop élevés. Ils peuvent mettre en place des réglementations fortes pour se protéger des spéculateurs du dehors ou de l'inconduite de leurs propres milieux d'affaires. Et surtout, ils ont besoin d'un État efficace, avec un pouvoir judiciaire fort et indépendant, d'un État démocratique, ouvert, transparent, affranchi de la corruption qui a tué l'efficacité tant dans le secteur public que dans le secteur privé. Ce qu'ils doivent demander à la communauté internationale, c'est seulement cela : qu'elle reconnaisse leur besoin et leur droit à faire eux-mêmes leurs choix, en vertu de leurs propres jugements politiques - à décider par exemple qui doit supporter les risques. Il faudrait les encourager à adopter des lois sur les faillites et des dispositifs de réglementation adaptés à leur propre situation, pas aux gabarits conçus par et pour les pays développés. Il faut des politiques de croissance durable, équitable et démocratique. Telle est la raison d'être du développement. Développer, ce n'est pas aider une poignée d'individus à s'enrichir, ni créer une poignée d'industries absurdement protégées qui ne profitent qu'aux élites du pays. Développer, ce n'est pas apporter des Prada et des Benetton aux riches des villes et laisser les pauvres des campagnes croupir dans leur misère. Ce n'est pas parce qu'à une certaine époque on trouvait des sacs Vuitton dans les grands magasins de Moscou que la Russie était devenue une économie de marché. Développer, c'est transformer la société, améliorer la vie des pauvres, donner à chacun une chance de réussir, l'accès aux services de santé et d'éducation. Ce développement-là n'aura pas lieu si seules quelques personnes dictent sa politique à un pays. Les décisions doivent être prises démocratiquement, ce qui veut dire non seulement avec l'intervention active d'un large éventail d'économistes, de responsables et d'experts des pays en développement, mais aussi avec une participation bien plus large, au-delà des experts et des politiques. Les pays en développement doivent prendre en charge eux-mêmes leur avenir. Mais nous, Occidentaux, nous ne pouvons nous dérober à nos responsabilités. Il n'est pas facile de changer les méthodes. Les bureaucraties sont comme les individus : elles prennent de mauvaises habitudes et souffrent quand il faut les changer. Mais les institutions internationales doivent entreprendre les révisions, peut-être déchirantes, qui leur permettront de jouer le rôle qu'elles devraient jouer afin que la mondialisation réussisse, pas seulement pour les milieux aisés et les pays industriels, mais aussi pour les pauvres et les pays en développement. Le monde développé a sa place à tenir dans la réforme des institutions internationales qui gouvernent la mondialisation. Nous les avons créées, nous devons travailler à les réparer. 

Si nous voulons répondre aux inquiétudes légitimes des mécontents de la mondialisation, la mettre au service des milliards de personnes pour lesquelles elle a échoué et lui donner visage humain, élevons la voix, parlons haut !  Nous ne pouvons pas, nous ne devons pas rester passifs.   Joseph E. Stiglitz

TRAORE Aminata D., L'étau, l'Afrique dans un monde sans frontières, actes sud 2000.  NEW  Aminata D. Traoré, psychosociologue et femme d'entreprise, artiste décoratrice à ses moments perdus, s'est fait connaître sur la scène internationale par ses prises de position affirmées sur la situation critique de l'Afrique et sur la condition de la femme africaine. Aujourd'hui ministre de la culture et du tourisme du Mali, elle n'a rien abdiqué de ses convictions. Son livre est une chronique : le regard tendre et lucide qu'elle porte sur la société dans laquelle elle vit donne aux anecdotes du quotidien toute leur portée. C'est aussi un essai, où l'analyste expose avec clarté et concision la situation dans laquelle se trouvent son pays, le Mali, et son continent, l'Afrique. Mais c'est surtout un cri d'alarme et un plaidoyer politique. Poids exorbitant de la dette, rôle ambigu du FMI, l'auteur répond par la reprise en main des décisions, par le refus d'une démocratie régulée de l'extérieur et par la singularité culturelle africaine. Au cœur de l'action, Aminata Traoré éprouve quotidiennement l'urgence de trouver des solutions et le besoin de transformer le monde : les propositions qu'elle énonce sont courageuses et novatrices, vont à l'encontre des idées reçues et révèlent, par-delà le pragmatisme de la femme de pouvoir, la profonde humanité d'une femme de cœur, qui se trouve, pour reprendre le titre d'un de ses chapitres, "au cœur de l'être".

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WERNER Alfred et Hélène, GOETSCHEL Nicholas, Les Epidémies, un sursis permanent, éd Atlande 1999. ...La perspective d'un monde aseptisé, débarrassé de toute substance activement ou potentiellement pathogène pour l'homme, semble aussi irréaliste que de réduire les épidémies à de simples phénomènes récurrents aux règles parfaitement prévisibles. Les germes ayant besoin de leur hôte pour subsister, une telle conception de l'avenir sanitaire reviendrait à organiser une destruction du vivant. Parties prenantes de l'évolution, l'homme et l'épidémie paraissent liés par une étroite communauté de destin. Ennemi héréditaire de l'humanité, l'épidémie apparaît aussi comme la rançon de l'existence de celle-ci, le reflet voire le garant paradoxal de sa vitalité. 

WHEELER William, EFE PYGMIES Archers of the african forest, Rizzoli publications, New York 2000.  NEW  ...To Western minds pygmies represent a carefree existence, living harmonously in nature. In this view, the primeval rain forest, far from any form of governement or taxation, provides all that they need, leaving them free to hunt, sing, dance, and leisurely enjoy their family. This highly idealized state is, of course, a myth. Even their name is a myth, for they do not call themselves "pygmy", but "Efe". During my first visit to the Ituri forest, however, I came to believe that this romanticized version of pygmy society was not entirely misconceived. Something rang true about their seemingly carefree existence and the joy expressed in their music and song. Here were elements of life that we long for : firmly bonded families, personal virtues, and time to sing, dance, and explore the world around us. But there are no stores in the rain forest and there is no medical care of any kind. Nothing is given for free, and there are periods of hardship, starvation, and disease. Here, I thougt, was a chance to do something worthwile : to live among the Efe and experience their life, to capture the love, compassion, joy, and sorrows that are obviously present. The people in this book are not nameless faces, but my intimate friends. And their life is changing. The Efe face a dilemma, the same our forefathers confronted long ago in the Nile and Euphrates river valleys. As nomadic hunter-gatherers, the Efe trade meat and honey for food grown by the Lese, an agricultural Sudanic people living in the rain forest. When game is scarce, the Efe move deeper into the forest where wildlife is more plentiful, or they stay camped near the Lese villages to benefit from their gardens. Over the eight years that I periodically camped among the Efe, I noticed them starting their own gardens. Permanently settled, they could attend the Lese school. But planting means the end of their nomadic way of life foreever. The Efe are are the last members of a race of people living as we all did ten thousand years ago. Freedom, as we wish it, cannot exist in the world of today. Still, we are free to make choices... 

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WIESEL Élie, ... et la mer n'est pas remplie. Mémoires, seuil 1996. "Je vais devenir militant. Et enseigner. Partager. Témoigner. Révéler et diminuer la solitude des victimes." Tels sont les défis que se lance, à 40 ans, Élie Wiesel. Les lieux où règnent la guerre, la dictature, le racisme et l'exclusion déterminent la géographie de son engagement et son histoire au jour le jour : URSS, Moyen-Orient, Cambodge, Afrique du Sud, Bosnie... Conférences, manifestes, interventions : pour le romancier de l'angoisse et du doute, la parole devient une arme. Il dénonce la libération du terroriste Abou Daoud par la France, la visite de Reagan au cimetière militaire allemand de Bitburg, les contrevérités de Mitterrand, Walesa ou Simon Wiesenthal; les excès de l'armée ou de la justice en Israël. Et combat ces intellectuels inquisiteurs qui comptent les "dividendes d'Auschwitz", ces producteurs pour qui l'Holocauste est prétexte à grand spectacle, cette intelligentsia qui jette le trouble entre Israël et la Diaspora. Avec le prix Nobel de la paix viennent la célébrité, les honneurs, les désillusions. Et parfois la solitude, malgré la présence, au cœur des rêves, de la famille disparue, malgré la chaleur des étudiants de New York, Boston ou Yale, malgré le cercle des amis et l'Ahavat-Israël, l'amour pour Israël. "Tous les fleuves vont à la mer, et la mer n'est pas remplie." Et pourtant, comment l'adolescent miraculé de Buchenwald renoncerait-il à son rôle de témoin et de défenseur des droits de tous les hommes ?

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CASSETTES VIDEO, CD-ROM et CD :

AKENDENGUE P., DE COURSON H., LAMBARENA, Jean-Sébastien Bach et l'Afrique...Mélodie distribution 1993. Par l'exaltation, la règle retrouve le rythme. Par l'exaltation, le rythme retrouve la règle. A Lambaréné, Albert Schweitzer a réalisé la rencontre de l'Europe et de l'Afrique par la musique.

Centre Culturel Français St Exupéry, A la découverte du Gabon, Libreville 1992.

Gabon, Musique des Pygmées Bibayak. Chantres de l'épopée, CD Ocora Radio france 1989.

HUBER C., Les chrétiens face au SIDA, émission de la Radio-Télévision Gabonaise, Libreville 1993.

KIDJO Angélique, Parakou, CD Island Records S.A. 1990.

Le Monde Diplomatique 1984-1998, CD-ROM.

ANNUAIRES (Alsace et Afrique):

http://www.google.com/ (mon moteur de recherche préféré...)

http://www.alsannuaire.com/ (annuaire alsacien)                                         

http://www.woyaa.com/ (annuaire africain)                                                 

http://www.africa.u-bordeaux.fr/links/SANTE/more2.html (annuaire africain)

http://www.africances.com/famille.asp  (annuaire africain)

http://www.okoume.net/annuaire/pages/ (annuaire gabonais)

http://www.internetgabon.com/Gabon_S.htm (annuaire de santé au Gabon)

http://www.burkinet.com/38.html (annuaire burkinabé)

http://www.mylinea.com/aedev/ (internet et développement durable)

http://www.echangesante.com (médecine et francophonie)

http://www.afrik.com (actualités africaines)

http://www.akendengue.org/ (site de Pierre AKENDENGUE)

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http://geocities.com/gabonlines/homepage.htm (découverte du Gabon)

http://www.mylinea.com/mayotte/ (portail internet de l'Océan Indien)

http://bible.gospelcom.net/bible?language=french (BIBLE EN LIGNE)  NEW

http://www.catholiens.org/fiches.asp?N=683&x=1 (sites "catholiens")

http://www.vatican.va/ (site plurilingue du Saint-Siège)

Musique : Zouk Machine (Maldon)

 

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