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ALBERT SCHWEITZER   ET LA MÉDECINE TROPICALE

Cahiers Albert Schweitzer, Publication trimestrielle de l'Association Française de ses amis; 1, quai Saint-Thomas 67081 Strasbourg, n°85 septembre 1991, pages 15-23

ALBERT SCHWEITZER (liens utiles):  " Die Liebe macht vieles Unmöglich möglich "  (l'amour rend possible bien des impossibles)   Goethe

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Hôpital Schweitzer, Lambaréné (cartes postales du début du siècle), photos C.H., 1986, extraits de"Haute-Alsace", magazine du Conseil Général du Haut-Rhin, janvier 2003, Symposium 2000 autour de Schweitzer et de Bach, Nashville Tennessee, USA (avec tous mes remerciements à Thurston Moore), magazine Time (avec tous mes remerciements à Manfed Stricker).Extraits d'Albert Schweitzer, Kaempf,Wolff et Garel, Editions du Rameau, 9, rue de Mézière 75006 PARIS, 1986.

extrait d'enregistrement d'Albert Schweitzer (en français) 

(copie d'une émission de la télévision française de 1961 que m'a fournie Jean Schweitzer-71260 Fleurville au retour de notre dernier voyage à Lambaréné) 

extrait d'enregistrement d'Albert Schweitzer (en allemand) 

( extrait de "Aus meinem Leben", émission radiophonique du Kölner Rundfunk du 20 avril 1932, disque 33tours "Albert Schweitzer, mein Wort an die Menschen", LITERA, VEB DEUTSCHE SCHALLPLATTEN, BERLIN DDR) 

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Lambaréné et environs (photos C.H., 1996).

            A l'occasion de la semaine schweitzerienne organisée à Mulhouse du 13 au 20 avril 1991 (voir Cahiers Albert Schweitzer n° 84, juin 1991), le docteur Christian Huber a fait une communication le 20 AVRIL 1991 au Temple Saint-Étienne, dont nous n'avons malheureusement pas pu rendre compte dans notre précédent numéro.C'est pourquoi nous publions aujourd'hui le texte intégral de cette communication consacrée à Schweitzer tel qu'il concevait et pratiquait la médecin tropicale(N.D.L.R.) :  

               Permettez-moi tout d'abord de remercier l'Association française des amis d'Albert Schweitzer de m'avoir invité aujourd'hui pour parler de l'œuvre médicale de ce grand Alsacien.

               C'est avec grand plaisir que j'ai accepté cette proposition car il me semble très important de contribuer à faire connaître l'action et la pensée d'Albert Schweitzer qui sont encore trop méconnues, même dans son propre pays. Il est bien évident que, contrairement à de nombreuses personnes qui sont présentes ici, je ne l'ai pas connu personnellement. Aussi, après avoir essayé de comprendre ses motivations puis de cerner quelque peu son action, je m'efforcerai surtout de parler de l'actualité de Schweitzer au Gabon :

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Schweitzer et la médecine tropicale ;

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Schweitzer et la médecine en général ;

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Schweitzer et le respect de la vie.

                 Ce sera aussi pour moi l'occasion de vous parler de cette merveilleuse région de l'Ogooué que j'ai eu la joie de découvrir il y a quelques années en tant que coopérant. J'en garde le souvenir d'un voyage dans le temps et dans l'Histoire, Histoire de cette région d'Afrique équatoriale qui est vraisemblablement le berceau de l'humanité. Ce voyage m'a donné un éclairage nouveau des problèmes de santé que nous rencontrons ici. En effet, j'ai été le médecin du service de pédiatrie de l'hôpital public de Port-Gentil de juin 1985 à mai 1986.

                  Pour ceux qui l'ignorent, je précise que Port-Gentil est situé à l'embouchure de l'Ogooué à 150 kilomètres en aval de Lambaréné. Il s'agit maintenant d'une ville de 80 000 habitants environ, en constante expansion en raison de l'exode rural qui touche cette région du fleuve. Cette ville, qu'on appelle la capitale économique du Gabon, doit son développement au commerce du bois et surtout à l'extraction du pétrole. Cette activité a été à l'origine de grands déplacements de populations : européenne, américaine, asiatique et surtout africaine, venant de nombreux pays d'Afrique de l'Ouest mais aussi des provinces de l'Ogooué et donc de Lambaréné.

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 Paysages forestiers et lacustres au sud de Lambaréné, ancienne mission catholique de Sindara et pêche au gros sur la côte atlantique à Iguéla...(photos C.H., 1986)

                Tout ceci permet de comprendre, à mon avis, la principale différence entre l'Afrique d'aujourd'hui et celle dont parle Schweitzer dans ses livres. En effet, comme les autres Africains, les Gabonais sont attirés par "les lumières de la ville" et quittent la forêt ou la savane pour devenir des citadins. On assiste ici aussi à une formidable accélération de l'Histoire qui projette parfois en quelques heures des hommes de la préhistoire (je pense en particulier aux pygmées) en pleine technologie de XXème siècle.

                 Revenons maintenant, si vous le voulez bien, à Schweitzer et à la médecine. Comment ou plutôt pourquoi le pasteur, théologien, philosophe et organiste, en un mot le brillant intellectuel strasbourgeois du début du siècle, en vient-il à s'intéresser à la médecine ? Il nous parle de sa vocation en analysant son projet de vie, élaboré en fait à l'adolescence.      

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  Albert Schweitzer à Lambaréné, correspondance avec le Père Clément de Port-Gentil et son héritage, toujours d'actualité...(avec tous mes remerciements à Gérard et Caroline Marsot ainsi qu'à Jean-Claude Hayme et Othon Printz pour les textes et les photos)

                    Pourquoi cette vocation tardive pour la médecine ? Schweitzer nous l'explique un peu plus loin en nous parlant de son adolescence ; voilà ce qu'il nous en dit : "L'origine de ce projet remontait à mes années d'étudiant. Il me semblait inconcevable, alors que tant de gens autour de moi luttaient avec les soucis et la maladie, de pouvoir mener une vie heureuse. Je m'étais demandé bien souvent ce que signifiait pour moi la parole de Jésus : " Celui qui veut garder sa vie la perdra, mais celui qui perd sa vie pour moi et pour l'Evangile, la gardera." Au bonheur extérieur s'ajoutait une joie intérieure ". Puis, découvrant un article du journal des missions évangéliques de Paris, intitulé "Les besoins de la Mission du Congo" et signé d'un autre Alsacien, Alfred Boegner, Schweitzer conclut : "Ayant achevé l'article, je me mis tranquillement au travail, mes recherches avaient atteint leur terme."

                    Voyons maintenant l'activité médicale proprement dite. La première installation des Schweitzer à Lambaréné en 1913 est plutôt modeste. Il faut dire qu'avant son arrivée, il n'existait pour tout le bassin de l'Ogooué qu'un hôpital à Libreville avec un médecin européen permanent, et deux dispensaires à Lambaréné et Ndjole dont les médecins étaient souvent en tournée. Il commence sa consultation dans un poulailler proche de la maison d'habitation. Ce poulailler fera bientôt place à une baraque en tôle ondulée comportant : une petite salle de consultation, une salle d'opération de même dimension, une pharmacie encore plus petite. Enfin, au fur et à mesure s'érigent de grandes cases en bambou destinées à abriter les malades indigènes. Il autorise les familles à vivre avec eux, respectant ainsi les mœurs africaines : début du village-hôpital qui sera dénoncé par ses opposants au nom des progrès de l'asepsie.

                    Schweitzer s'était installé à Lambaréné sur les conseils de Monsieur Morel, missionnaire alsacien. L'intérêt de Lambaréné à cette époque était d'être au centre d'un intense réseau de communications fluviales d'une vaste région de forêt tropicale, à l'écart du monde civilisé. Le fleuve était en effet la seule voie de transport qui permettait d'amener des malades en pirogue sur l'Ogooué et ses affluents, jusqu'à 200 à 300 kilomètres de distance. La pathologie que découvre Schweitzer est évidemment très vaste :

                     Il nous parle de maladies cosmopolites avec des pneumonies, des affections cardiaques, urologiques, des hernies dont la principale complication, l'étranglement, condamnait chaque année de nombreux malades.

                     Il cite aussi bien entendu les maladies tropicales classiques, grands fléaux historiques qui persistent de nos jours : paludisme, lèpre, maladie du sommeil, dysenterie, tumeurs éléphantiasiques, etc… Découvrant tous ces nombreux malades, Schweitzer est heureux : "La misère physique parmi les indigènes n'était pas moindre, mais plutôt pire que je ne l'avais cru. Combien j'étais heureux d'avoir, contre vents et marées, réalisé mon projet".                     Toutefois, il n'est pas seul et c'est avec admiration qu'il nous parle de sa femme : "Ma femme, qui avait fait ses études et ses stages d'infirmière, m'aidait vaillamment à l'hôpital. Elle soignait les grands malades, s'occupait du linge et des pansements, travaillait à la pharmacie, stérilisait les instruments et préparait tout pour les opérations, où elle se chargeait de l'anesthésie. C'était un véritable exploit que d'assumer les difficultés du ménage en Afrique et de consacrer en outre chaque jour quelques heures à l'hôpital".

                    On peut aborder maintenant la question des dons, que Schweitzer justifie ainsi : "Je demandais à mes malades noirs de me témoigner leur reconnaissance, autant que faire se pouvait par un acte". Ces actes seront essentiellement des dons : en argent, en nature : bananes, poulets, œufs, etc… L'intérêt de cette attitude était évident : ces dons étaient en effet un apport important à l'entretien de l'hôpital. C'était aussi et surtout pour Schweitzer une responsabilisation : "Je pensais aussi que les indigènes apprécieraient mieux les valeurs de l'hôpital s'ils contribuaient à son entretien selon leurs moyens, plutôt que s'ils bénéficiaient de tout gratuitement."

                    Il y avait deux exceptions toutefois : il ne demandait rien aux très pauvres et aux vieux, ce qui signifiait le plus souvent la même chose chez ses patients ; d'autre part, il parle de la conception un peu particulière qu'avaient les indigènes très primitifs, vraisemblablement les pygmées, du don : "Lorsqu'ils quittaient l'hôpital guéris, c'est à moi qu'ils demandaient un cadeau, parce que j'étais maintenant devenu leur ami."

                    Je crois qu'on ne peut conclure cette analyse sommaire de l'activité médicale de Schweitzer sans parler de l'intérêt qu'il va rapidement porter à l'âme de ses malades et qui l'amènera naturellement à prêcher. Le médecin redevient pasteur. En effet il me semble qu'avant d'être un spécialiste des maladies tropicales, Schweitzer est un humaniste, un généraliste, un praticien s' occupant de la santé globale de ses patients selon la terminologie actuelle. Au début, il est dubitatif : "Étaient-ils seulement des êtres prisonniers de leurs traditions ou étaient-ils capables de penser par eux-mêmes ?" Puis, tout surpris, il se rend compte que ceux-ci s'occupent beaucoup plus des problèmes fondamentaux, de la signification de la vie et de la nature du bien et du mal, qu'il ne l'avait cru d'abord.

                    La question du dogme n'ayant pas beaucoup d'importance dans la brousse, les missionnaires locaux lui demandent de prêcher quelques mois seulement après son arrivée : ils le délient ainsi de la promesse faite à Paris "d'être muet comme une carpe". La particularité et l'originalité du message de Schweitzer vient à mon avis de sa grande culture et de sa polyvalence.

                    Son appréciation des faits est parfois aux antipodes de celle des experts, notamment en ce qui concerne son activité médicale. Cette incompréhension n'est pas terminée, à en juger par les critiques de certains admirateurs du Dr Jamot, qualifiant l'hôpital de Lambaréné de "bazar". Le Dr Jamot était en effet un médecin militaire et un grand stratège de la lutte contre la maladie du sommeil en Afrique équatoriale, à la même époque que lui, mais sans avoir sa renommée internationale.

                    Quoiqu'il en soit, Minder estime qu'entre 1913 et 1965 près de 80 000 indigènes seront soignés à Lambaréné. A partir de 1927, Schweitzer délègue de plus en plus ses responsabilités médicales pour s'occuper de la gestion et de la collecte des fonds. Dès lors, sa vie ne sera plus qu'un incessant voyage entre Lambaréné, l'Alsace et ses tournées dans le monde.

                    Il est temps d'aborder maintenant l'héritage de Schweitzer au Gabon et plus particulièrement dans cette région du fleuve. Bien entendu, cet héritage dépasse de loin le domaine médical et l'Afrique en particulier. Son message est universel.

                      Il n'est pas rare de rencontrer de nos jours à Port-Gentil des Gabonais qui ont connu le "Grand Docteur". Aussi, je ne résiste pas au plaisir de vous raconter l'anecdote suivante : parlant de Schweitzer avec Ernestine, une Portgentillaise, native de Lambaréné, celle-ci me fit part de ce qu'on racontait il y a peu de temps encore dans les cases de son village natal. Selon elle, on serait en effet obligé de tirer les draps du lit du docteur à l'hôpital tous les matins car celui-ci se trouve défait régulièrement le lendemain. C'est bien la preuve pour elle que l'Esprit du docteur est toujours présent à Lambaréné. Ceux qui connaissent l'importance des esprits dans la vie des habitants de ce pays ne seront pas surpris. L'autre héritage, plus concret celui-ci, que laisse Schweitzer dans cette région, est bien entendu l'hôpital, signe permanent de son action vingt-cinq ans après sa mort.

                   Inutile de revenir sur les données chiffrées de son activité qui est tout à fait remarquable. Bien qu'il ait été quelque peu ébranlé par la petite révolution de l'année dernière, j'ai en mémoire un article d'un hebdomadaire parisien de cette période qui relatait qu'en dehors de l'hôpital Schweitzer plus rien ne fonctionnait au Gabon.

                   En ce qui concerne mon domaine qui est celui de la santé des enfants, je dois vous dire que le travail qui y est fait est exemplaire. La pédiatrie y est organisée de façon moderne partant des soins aux enfants les plus malades pour remonter aux causes des maladies, en développant la prévention, c'est-à-dire la protection maternelle et infantile. Celle-ci effectue des passages réguliers dans les villages des environs pour assurer les pesées et les vaccinations des enfants, les consultations et les cours destinés aux mamans.

                   Je pouvais constater en effet régulièrement à ma consultation à Port-Gentil que la plupart des enfants de Lambaréné étaient munis d'un carnet de santé, protégé par une petite pochette en plastique, et dans lequel les éléments essentiels nécessaires au suivi médical étaient répertoriés : la courbe de poids de l'enfant et les vaccinations effectuées.

                  Il n'en est malheureusement pas de même dans le reste du Gabon et on ne peut qu'énumérer les grands fléaux africains bien connus qui touchent ces enfants, parfois déjà dans le ventre de leur mère :

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malnutrition protéino-calorique ;

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maladies infectieuses : sida, tétanos, poliomyélite, coqueluche, tuberculose, paludisme, etc…

                   D'autres problèmes sont plus encore liés à l'environnement psychosocial qui est souvent caractérisé par une grande pauvreté, une hygiène insuffisante, des maladies sexuellement transmissibles, la dislocation des familles, l'alcoolisme. Ces nouvelles plaies sont apparues et se développent avec la civilisation.

                  Il est intéressant de noter que ces grands problèmes de santé se retrouvent dans pratiquement toutes les villes africaines et expliquent en partie les accès de "fièvre" qu'on peut y constater çà et là. Je rappellerai simplement que Port-Gentil est apparu dans ces circonstances sur nos écrans de télévision l'année dernière : c'est l'exemple d'une certaine uniformisation des modes de vie quelle que soit la latitude ; nos banlieues ou nos territoires d'outre-mer sont là pour le démontrer.

                  Pour conclure, on peut rappeler que Schweitzer est arrivé en Afrique en 1913 pour soigner des malades dont personne ne s'occupait. Pendant plus de cinquante ans, il a poursuivi cette œuvre médicale en l'enrichissant de sa pensée philosophique, théologique et en perfectionnant son art musical. Cette action médicale apparaît aujourd'hui d'avant-garde sur bien des plans :

la participation des indigènes ;

 

l'accueil des familles ;

 

le refus de certaines technologies qui peuvent déstabiliser les cultures locales ;

 

l'aide au développement en prenant garde à préserver l'environnement.

                 Les échecs fréquents et malheureux de nos schémas d'organisation des système de santé en Afrique nous le rappellent parfois amèrement. Mais, en fin de compte, le plus grands héritage que nous laisse Schweitzer n'est-il pas celui de son exemple, l'engagement chrétien de l'homme moderne ? En effet, au milieux des tempêtes du monde dit civilisé du XXème siècle, il a fait partie de ceux qui ont répondu à cette voix intérieure leur disant : "Viens, suis moi."

                 Cette fin de siècle est-elle très différente du début ? Je ne le pense pas. Les zones de barbaries se sont quelque peu déplacées à la surface du globe : actuellement c'est le drame des Kurdes qui fait la une de l'actualité. Le regard de Schweitzer sur notre civilisation est celui d'un homme lucide qui l'a quittée pour l'évaluer de l'extérieur. Deux de ses constatations ne restent-elles pas brûlantes d'actualité ? Le monde est inexplicablement mystérieux et plein de souffrance. Nous vivons une époque de déclin spirituel de l'humanité.

                 Comment ne pas céder au découragement, donner un sens et un contenu à notre existence ? Questions qui tiraillent l'homme depuis son enfance. On peut à nouveau citer Schweitzer qui nous livre la pensée élémentaire suivante : "Mon existence a trouvé sa base et son orientation à partir du moment où j'ai reconnu le principe du respect de la vie, qui implique l'affirmation éthique du monde (…) Je considère avec calme et humilité le travail à venir, afin d'être prêt à y renoncer un jour, s'il le faut. Mais, actifs ou souffrants, nous devons faire preuve du courage de ceux qui ont lutté et sont parvenus à cette paix qui surpasse toute connaissance".

                 Albert Schweitzer, formidable synthèse de pensée et d'action transcendées par la foi, appréhende la vérité de la plus simple à la plus à la plus complexe. Il est un exemple pour les hommes et les femmes de notre temps, surtout pour les jeunes qui sont à la recherche de modèles auxquels ils peuvent s'identifier.

                 Ce grand Alsacien du XXème siècle restera peut-être dans l'Histoire de l'humanité comme un symbole pour ces centaines de missionnaires qui ont allégé quelque peu la dette coloniale, parfois au prix de leur vie. Sa démarche n'est pas sans rappeler celle du Père de Foucault. L'immense talent de Schweitzer aura, pour moi, surtout permis de rendre hommage et parfois justice à ces témoins vivants du Christ.                        Christian Huber

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   Le Retable d'Issenheim. Matthias Grünewald, Musée Unterlinden, Colmar    

ALBERT SCHWEITZER (liens utiles):

http://www.schweitzer.org/ (site des amis d'Albert Schweitzer)

www.webmunster.com/gunsbach (site de la commune de Gunsbach)

http://www.eglise-reformee-mulhouse.org/liens.html (site de l'Église Réformée de Mulhouse)

http://www.TennesseePlayers.org 

http://www.tanaka-FineArt.com 

http://www.SpaceforMusic.com/symposium2000 

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Nous devenons humains lorsque nous essayons sincèrement de respecter ou plutôt d'honorer toute forme de vie (Ehrfurcht vor dem leben)

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